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Full text of "Revue des études juives 1889"

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REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
59, RUE DUPLESSIS, 59 



>5^^ REVUE 



des 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME DIX-HUITIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE /V^ 7 ^^ 



1889 tTk' A 



Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



toi 
t.l8 



http://archive.org/details/revuedestudesjui18soci 



TEXTES PEHLVIS RELATIFS AU JUDAÏSME 



PREMIÈRE PARTIE. 



Après la chute de Jérusalem et la captivité, la Babylonie était 
devenue une seconde Palestine ; après la destruction du second 
temple, au premier siècle de notre ère, elle devint le véritable 
centre du Judaïsme. Le Judaïsme, persécuté par Rome païenne, 
puis par Rome chrétienne, y avait retrouvé une patrie : sous la 
féodalité guerrière des rois Parthes ou Arsacides, animée, en reli- 
gion comme en politique, d'un esprit de dédaigneuse et tolérante 
indifférence, absolument dégagée de toute préoccupation sectaire 
et respectueuse des indépendances locales, les Juifs de Babylonie 
formaient une communauté autonome et libre. 

En l'an 226, la dynastie Parthe est renversée par une dynastie 
nouvelle, la dynastie Sassanide, originaire de la province de 
Perse, zoroastrienne ardente, qui fait du Magisme la religion de 
l'état. Cette révolution fut un coup terrible pour la colonie juive, 
dont tous les vœux avaient été pour le dernier Parthe, Artaban, 
dans sa lutte contre Ardéchir. Le grand docteur juif du temps, Rab, 
le fondateur de l'école de Sora, avait été l'ami d'Artaban ; à la 
nouvelle de la mort d'Artaban, il s'écria : « le pacte est déchiré ». 
Les Perses, en effet, enlevèrent aux tribunaux juifs le droit de se 
prononcer dans les affaires criminelles ; ils enlevèrent aux Juifs 
l'accès aux fonctions publiques et menacèrent leur liberté reli- 
gieuse. Aux jours annuels où se rallume le grand (eu sacré *, le 
feu Behrâm, formé de mille feux, ils pénétraient de force dans les 
maisons des Juifs, en enlevaient les tisons allumés et les forçaient 
ainsi à contribuer au culte étranger ; et comme le Magisme défend 

1 Hypothèse : le texte n'indique point le jour, il est dit seulement : certains jours 
de l'année pendant lesquels leur religion défendait d'avoir du feu chez eux; Revue 
des Études juives, 1884, t. IX, 278. 

T. XVII I, n° 35. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de souiller la terre en ensevelissant les cadavres, ils ouvraient 
les tombes juives et en déterraient les ossements, qu'ils allaient 
exposer sur les hauteurs. Les Juifs regrettaient avec amertume le 
temps des Parthes : « Les Parthes, disaient-ils, ressemblent aux 
armées du roi David ; les Tlaberîm ' sont de vrais démons 2 . » 

Mais la période d'intolérance passa vite. La piété des Sassanides 
n'était persécutrice que quand la politique l'enflammait. Les persé- 
cutions continuèrent longtemps contre les Chrétiens, parce qu'on 
redoutait leurs sympathies byzantines, et parce qu'ils étaient les 
alliés nés de l'ennemi national ; elles durèrent jusqu'au jour où la 
trop orthodoxe Byzance, en persécutant et expulsant les Nesto- 
riens, que les rois de Perse accueillirent à bras ouverts, amena 
en Perse la formation d'un parti chrétien national, une sorte de 
gallicanisme iranien. Les Juifs, aussitôt qu'il fut reconnu que 
leurs regrets ne portaient que sur le passé et ne regardaient pas 
au-delà de la frontière, retrouvèrent sous les Sassanides la liberté 
dont ils avaient joui sous les Arsacides. La persécution se 
ralluma bien de temps en temps, sous des princes trop fervents 
et plus religieux que politiques, comme Yezdegird II (438-457) et 
Firouz (457-484) ; mais ce ne sont que des tourmentes passa- 
gères. Les Juifs, d'ailleurs, ne demandaient pas mieux que de se 
fondre avec la nation où ils vivaient : dès l'avènement des Sassa- 
nides, le chef de l'école de Néhardéa, Mar Samuel, avait posé le 
grand principe politique de la soumission aux lois du pays : dîna 
demalkJwutà dîna, « la loi du pays fait loi ». C'est le principe 
absolument contraire que l'Islam devait proclamer, et cette dif- 
férence d'attitude des deux religions suffit à elle seule à faire 
saisir la différence de leur esprit et à expliquer la différence de 
leurs destinées. 

Il nous a paru qu'il serait intéressant de rechercher dans la 
littérature Sassanide l'écho des sentiments de la Perse à l'égard 
des Juifs. 

Cette littérature, désignée généralement, d'après la langue où 
elle est conçue, sous le nom de littérature pehlvie, est surtout 
d'origine sacerdotale : elle consiste en commentaires et en livres 
de casuistique religieux émanant des Mages. Cette littérature, 
très vaste, n'a pas encore été suffisamment défrichée, d'abord à 
cause de son étendue et parce qu'elle est encore inédite pour la 
plus grande partie, ensuite à cause du caractère rébarbatif de la 



1 Probablement les Mages, « la confrérie ». 
* Voir Graetz, Histoire des Juifs. 



TEXTES PEIILV1S RELATIFS AU JUDAÏSME 3 

langue et de l'écriture pehlvie, qui fait qu'un livre pehlvi n'est pas 
une chose à lire, mais à déchiffrer. Je donnerai les passages que 
j'ai recueillis dans les textes qui sont accessibles. Ils sont tirés la 
plupart d'ouvrages théologiques et inspirés par l'esprit de polé- 
mique religieuse, le Dlnharl et le Shihand gûmânîk vijâr ; deux 
autres passages d'un intérêt historique ou légendaire sont tirés 
du Minokhired et du Livre des Rois pehlvi. Tous ces textes 
datent pour le fond de la période Sassanide et se rapportent à 
une époque où les écoles juives de Babylonie étaient encore 
florissantes. 



L'esprit des livres théologiques est naturellement hostile. Le 
Dinkart, la plus vaste compilation théologique des Parsis, fait de 
nombreuses allusions polémiques aux religions étrangères du 
temps, à celles du moins contre lesquelles le Magisms avait à 
lutter : ce sont « la religion Yahoud, celle du Messie (Masîh) et 
celle de Mani ! », c'est-à-dire le Judaïsme, le Christianisme et le 
Manichéisme. Voici une des dix recommandations qu'il prête à 
Saint Sin * 2 , un des premiers docteurs de la légende zoroastrienne : 
« Gomme la doctrine du Mazdéisme fait prospérer le monde et 
que celle du Judaïsme le fait périr, il faut que les princes gouver- 
nent suivant la loi pure du Mazdéisme et se tiennent éloignés du 
Judaïsme 3 ». Nous reviendrons plus tard sur ce passage, qui 
semble contenir une allusion à quelque prince judaïsant ou sus- 
pect de judaïser. 

Dans l'apocalypse persane de Daniel, la période perse est 
résumée dans les termes suivants. « Us épouseront leurs mères et 
leurs pères; ils adoreront le soleil, mais feront régner la paix dans 
le monde. Les sages d'Israël feront amitié avec eux et appren- 

1 Chapitre xxix du Dinkart, édition de Destour Peshotun (Bombay). 

* Le saint dont le Destour lit le nom Dayûn (la polyphonie des caractères pehlvis 
permet les deux lectures) : c'est en réalité le saint Saêna, mentionné dans le Yasht 
des Férouers, § 97, comme étant le premier maître qui ait paru sur terre, avec cent 
élèves {yô paoiryô satô-aêthryô ftakh&htata paiti ayâ zemâ). L'identité du docteur du 
Dinkart avec le Saêna de l'Avesta ressort de cet autre passage du Dinkart, cité par 
le Destour : « Parmi les Destours, il est dit de Sên (Dayûn) : quand la Loi aura été 
en existence cent ans, Sên naîtra ; quand elle aura eu deux cents ans, il mourra; 
et il sera cent ans le premier des Mazdayasniens qui aura paru sur cette terre avec 
cent disciples » (Zaki; fartûmi mazdayasn 100 sùl yahvûnt man pun 100 hâvisht frac 
yeûtùnît medam danâ zamîk ,- les mots soulignés correspondent exactement aux mots 
de l'Avesta cités plus haut). 

3 Chapitre clgvii, § 8. — Voir encore ch. cl, § 2. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dront beaucoup d'eux, et eux-mêmes s'informeront beaucoup du 
Seigneur auprès des Israélites. » Dans notre essai sur cette apoca- 
lypse, nous rappelons que ces rapports d'amitié et d'instruction 
mutuelle ont en effet laissé leur trace et dans le Parsisme et 
dans le Rabbinisme l . Mais ils ont pris souvent aussi une autre 
forme, la forme delà discussion et de la polémique religieuse. Il 
faut se représenter les rapports des Docteurs avec les Mages à 
peu près comme ceux d'un rabbin moderne avec un missionnaire 
protestant ou un clergyman discuteur. C'était quelquefois le Juif 
qui attaquait : ainsi, le Dînkart contient tout un chapitre en 
défense des mariages entre frère et sœur, le Khétadâs, contre les 
attaques d'un Juif 2 . Plus souvent, sans doute, c'était le Mage qui 
prenait l'offensive. Il nous reste de cette littérature polémique un 
débris des plus curieux : il fait partie du Shihand gûmânîh vijâr, 
a Explication qui détruit le doute », ouvrage dont le titre indique 
l'objet et qui contient une défense en règle des principes du 
dualisme et une réfutation en règle du Judaïsme, du Christia- 
nisme et du Manichéisme. 

Le Shikand gûmânîh 3 ne date point de la période Sassanide ; 
il a été écrit après la conquête arabe, dans la seconde moitié du 
ix° siècle, et à une époque où le Zoroastrisme était à son tour 
persécuté : mais cette position nouvelle ne change rien naturelle- 
ment à sa conception du Judaïsme, et il est intéressant de consi- 
dérer quel était le point de vue d'un bon Zoroastrien du haut 
moyen âge ayant à juger les principes du Judaïsme. 

Cette réfutation est plus ancienne qu'aucune des réfutations 
chrétiennes du moyen âge. Elle en diffère absolument, comme on 
pouvait s'y attendre, d'esprit et de caractère. Le Chrétien en 
polémique contre le Juif est en réalité sur la défensive, car il 
admet tout ce qu'admet le Juif; sa croyance n'existe que par celle 
du Juif; seulement, il admet en plus, et c'est là sa seule raison 
d'être, des choses>que le Juif repousse, parce qu'il ne les trouve 
pas dans le texte commun, de sorte qu'en réalité le polémiste 
chrétien, en ayant l'air d'attaquer, ne fait que se défendre et se 
justifier. 



1 Mélanges Renier, p. 413. 

s Chapitre lxxx. La traduction du Destour est très inexacte .* se reporter à la tra- 
duction donnée par M. West dans le second volume des Pahlavi Texts, p. 399 sq. 

8 Le texte, qui ne nous est arrivé qu^n version pazende^ a été publié avec une 
traduction sanscrite indigène et une rétroversion partielle en pehlvi, par le Destour 
Hoshtng et M. West; Bombay, Government central Book Depot^ 1887. M. West en 
adonné une traduction dans le troisième volume de ses Pahlavi Texts. 



TEXTES PEHLVIS RELATIFS AU JUDAÏSME :; 

La position du Parsi est tout autre. Il n'a rien de commun 
avec le Juif et juge sa croyance avec ses propres lumières et ses 
propres principes. Sa position est celle du libre penseur, toutes 
les lois qu'il ne fait pas intervenir — fort imprudemment sans 
doute, s'il a trouvé qui riposte — ses propres principes méta- 
physiques et autres. Aussi, bien des passages des pages suivantes 
auraient pu être écrites par Gelse et les auteurs des contre-évan- 
giles et semblent des fragments de la Bible enfin expliquée, rema- 
niée à l'orientale. L'auteur déploie d'ailleurs une réelle force de 
logique et de dialectique, qualité ordinaire chez les théologiens de 
toute religion quand ils ont l'offensive. 

L'intérêt de curiosité n'est pas le seul qu'offrent ces textes. Ils 
en offrent un autre plus sérieux : c'est un élément nouveau dans 
l'histoire de l'exégèse biblique en Orient. D'où sont prises les 
nombreuses citations de la Bible que contient la réfutation du 
docteur Parsi ? Il est peu vraisemblable qu'il les ait tirées directe- 
ment du texte hébreu : il avait donc sous les yeux une traduction 
au moins partielle de la Bible ? Quelle est cette traduction ? 
Y avait-il une traduction pehlvie de la Bible ? A quelle école 
d'exégèse se rattachait-elle et se ramène-t-elle à une branche 
connue ? D'où a-t-il pris les midrashim étranges du second 
chapitre ? 

Je me contente de mettre les matériaux aux mains des exégètes. 

CHAPITRE XIII. 

4 . Des contradictions et des absurdités de la première Ecriture * 
dite Sainte-Écriture 2 et sur laquelle les Juifs s'accordent à dire que 
Dieu l'a écrite de sa main et l'a donnée à Moïse 3 . Gomme elle est 
pleine de toute sorte d'erreur et de perversité, je vais vous en 
donner, pour votre instruction, quelques exemples dans le nombre *. 

Il est dit au début de ce livre qu'au commencement il y avait la 
terre, formant une île aux eaux stagnantes 5 , et les ténèbres et l'eau 

1 Nakhustîn niné désigne, semble-t-il, non pas PAncien Testament, mais le pre- 
mier livre de la Bible, c'est-à-dire le Pentateuque et peut-être plus strictement en- 
core la Genèse. Toutes les citations et allusions bibliques de ce chapitre se réfèrent, 
en effet, à la Genèse. 

2 Ajât, persan ûzâd, littéralement libre et noble. 

3 Ecrit Mûshâê. 

* Littéralement : « Un peu [mhangé = svalpa) de beaucoup qui est en elle. • 
5 Zamî i âtv hhûn u târ u târîkî u an i syâh : an hhûn est traduit littéralement 
en sanscrit payô rudhirâ, « formée de lait et de sang ». M. West voit dans an hhûn 
une fausse lecture du pehlvi afâm (sans couleur) et traduit without form. Aw hhûn 
est en réalité le persan âb khûn, île où l'eau croupit. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

noire 1 . Et le souffle de Dieu planait sur la face de cette eau noire 2 . 
Puis Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Et (se penchaul) 
en bas, il trouva bonne la lumière 3 , et il attribua la lumière au jour et 
les ténèbres à la nuit. Et en six jours il créa ce monde, le ciel et la 
terre ; car le septième jour il se reposa *. Et c'est aussi à raison de 
ce mystère que les Juifs se reposent le jour du sabbat 5 . 

15. Il est dit encore qu'il créa Adam et sa femme Eve G et les mit 
dans un jardin du Paradis, afin qu'Adam cultivât ce jardin et s'y 
promenât. Admô 7 , qui est Dieu même, dit à Adam : « Mange do tous 
les arbres qui sont dans ce jardin, excepté de l'arbre de la science. 
Car qui en mangera mourra. » Ensuite il mit un serpent dans le 
jardin. Ce serpent trompa Eve et lui dit : « Cueille le fruit de cet 
arbre, que nous le mangions et le donnions à Adam. » Et elle fit ainsi, 
et Adam en mangea aussi. Et ils eurent la connaissance de distinguer 
le bien du mal, mais ne moururent pas. Et il vit et reconnut qu'il 
était nu. Il se cacba sous l'arbre et se couvrit de feuilles d'arbres, 
par honte de sa nudité. Ensuite Adînô alla dans le jardin et appela 
Adam par son nom, criant : « Où es-tu ? » Adam répondit : « Me 

1 Dans Pirké Rabbi Eliézer, ch. v : i La terre est sur l'abîme comme un vaisseau 
sur la mer ». — L'eau noire est une conception chère aux Mandéens qui revient sou- 
vent dans leur livre d' Adam. (Note communiquée par M. Israël Lévi.) 

* L'original : « et le souffle de Dieu couvait sur la face des eaux • est traduit u 
vakhsh (ÎTH) * Tazat awar rod i â ûw i syâh hamé nyâtved (nDrT~l>3). Sont obscurs 
les deux mots importants de la phrase, vakhsh et nyâwed. La traduction sanscrite 
porte : et Dieu regarde (sadaiva paçyatij avec ses yeux (locanâl)hyâm) sur la surface 
de cette eau noire; cf. §49, où vakhsh est traduit cakshushî. Le traducteur a lu akhsh, 
œil, au lieu de vakhsh (u -akhsh]. C'est ainsi que dans la citation d'isaïe que l'on 
trouvera au chapitre suivant, § 9, imi, son souffle, est traduit daos le pazend 
u vakhsh et en sanscrit locanam. Vakhsh, est certainement une corruption orthogra- 
phique du pehlvi pour vât le vent; la traduction persane de Tavus a bâd (Saadia 
riâh). 

3 Vash azher nigônaa shîhast a rôshanî : il y a ici quelque corruption du texte 
pehlvi : shîhast = medammûnist, parut; le sens doit être : cette lumière lui parut 
bonne; on aura écrit nikûn au lieu de nîvako == nîk. Azher est pléonastique: il a 
le sens de nîkvn : il manque dans le passage correspondant, § 51. 

4 Aspîn n usa : aspîn est la forme ancienne (zend aspen) ; âsâ est la forme moderne 
dérivée, persan âsâu. Voir Etudes iraniennes, 11, 134. 

5 Shunùat; persan shamha : la l'orme ancienne se trouve encore dans Menoutchehri 
(xi e siècle ; éd. Kazimiisky, p. 221) : 

Befâl i nîk uberôzi mubâraki Shunèad 
Nibîd gîr u madeh rôzgâri hvesh bebad. 
Badiui Mûsâ iurôz khoshtar ast nibîd 
Bekhor muvâfaqatash râ nibîdi no shunbad. 
« Sous de bous auspices, en ce jour béni de Sabbat, prends du vin et ne gâche pas 
ta vie. 

» Aujourd'hui (jour de Sabbat), dans la religion de Moïse, le vin fait plus de plaisir; 
bois donc, pour t'y conformer, du vin nouveau le jour de Sabbat. » 

Le poète passe en revue toutes les religions et tous les jours de la semaine avec 
même conclusion. 

6 Écrit Havâê. 

1 Adinô, pour Adônô ou Adûnâ 'pltf. Pour la transcription î d'un ancien û, 
voir Cari Salemann, Ueber eine Parsenhandsihrift , 11 sq. 



TEXTES PFJILVIS RELATIFS AU JUDAÏSME 7 

voici sous l'arbre, parce que je suis nu. a Adinô entra en colère et dit : 
« Qui t'a appris que tues nu? Serait-ce que 1 tu as mangé de l'arbre 
de science dont je vous avais dit : n'en mangez pas? » Adam 
répondit : « C'est la femme que tu m'as donnée qui m'a trompé. » Et 
Adinô demanda à Eve : « Pourquoi as-tu fait ainsi? » Eve répondit : 
« C'est le serpent qui m'a trompée. » Et Adam, Eve et le serpent 
furent tous trois maudits et cbassés du jardin du Paradis. Il dit à 
Adam : i Tu te nourriras avec effusion de sueur et essoufflement 
des narines 2 jusqu'à la fin de tes jours de vie, et la terre ne produira 
pour toi que sous les ordures et les excréments 3 . » Et il dit à Eve : 
« Ta grossesse sera dans la douleur et la peine et tu enfanteras dans 
d'horribles souffrances. » Et il dit au serpent : « Parmi les quadru^ 
pèdes et les bêtes fauves de la plaine et de la montagne, sois maudit. 
Tu seras sans pied, tu marcheras sur le ventre et la poussière sera 
ta nourriture. Il y aura haine et guerre entre tes descendants et la 
femme, de sorte que les fils de la femme te blesseront à la tête ». Ils 
ajoutent que c'est pour l'homme que Dieu a fait et créé le monde et 
tout ce qui est aucune part, et qu'il a établi l'homme roi sur tous 
les êtres et toutes les créatures, de l'élément sec et de l'élément 
humide. 

48. A présent, je vais dire quelques mots sur le contenu de leur fa- 
tras et la niaiserie de leurs discours. Où étaient et dans quelles li- 
mites étaient contenues cette terre formant une île stagnante, ces 
ténèbres, et Dieu et son souffle et l'eau noire? Et Dieu même, de 
quelle nature était-il ? 

51. Il est évident qu'il n'était pas lumineux, puisque, quand il vit 
la lumière, il l'admira 4 , parce qu'il ne l'avait point vue auparavant. 
S'ils disent qu'il était ténébreux, il en ressort alors qu'une parole, 
née des ténèbres, développe (?) la lumière 5 . S'ils disent qu'il n'était 
pas ténébreux, mais lumineux, comment se fait-il que cet être, étant 
lumineux de lui-même, quand il vit la lumière, en parut tout émer- 
veillé? S'ils disent qu'il n'était ni lumineux ni ténébreux, qu'ils nous 
fassent connaître cette troisième nature qui n'est ni lumineuse ni 
ténébreuse 8 . 

59. Et encore, ayant son lieu et sa demeure dans les ténèbres et 
dans l'eau noire, et n'ayant jamais vu la lumière auparavant, com- 
ment pouvait- il voir cette lumière? Et d'où venait sa divinité ? Car, 
à présent, un être qui demeure dans les ténèbres ne peut voir la 

1 Ma agarat = magar at. 

* Qarashni pa hustarashni i qaê udamashni i vînt bât. Dans l'original : Tu man- 
geras du pain à la sueur de ton front (littéralement de tes narines), m, 19. 

3 Vat zami hamâ hihir u kimâr rôdât ^b rPfàStn 1*1^111 T^P" 1 l 111 ' ^' 

* Niaônaa shihast. Voir plus haut, p. 6, note 3. 

5 Frâ i roskan ; frai = zend frâyô. 

6 Se rappeler dans tout le cours de cette argumentation que pour le Parsi il y a 
deux principes éternels, l'un lumineux et bon, l'autre ténébreux et mauvais, irréduc- 
tibles l'un à l'autre. 



8 IŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lumière. Et s'il avait sa racine et sa demeure dans les ténèbres, 
comment pouvait-il aller au-devant de la lumière? Car il est clair 
que les ténèbres ne peuvent aller à rencontre de la lumière qui les 
repousse et les fait disparaître. 

64. Autre chose. Cette terre, formant une île stagnante, était-elle 
finie ou infinie? Si elle était finie, qu'y avait-il en dehors d'elle? 
Si elle était infinie, qu'est devenu son infini ? Puisque, comme nous 
le voyons, cette terre et ce monde ne sont pas la terre et le monde 
primitifs. 

68. Et quant à ceci qu'Adinô dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière 
fut ; il faut observer qu'Adinô existait avant la lumière; or, quand 
il désira créer la lumière et donna ordre qu'elle fût, il a dû réfléchir 
et se demander comment est la lumière, si elle est belle ou laide. 
Mais si la lumière, par sa propre nature, est entrée dans la connais- 
sance et la préoccupation d'Adinô, il en résulte clairement que la 
lumière existait à la fois et dans la connaissance et la pensée d'Adinô 
et en dehors d'elle : car il est impossible de connaître et concevoir 
une chose si elle n'existe pas '. Si la lumière existait déjà, elle n'est 
pas* une création d'Adinô ! Et s'ils disent que par sa propre nature 
la lumière n'était point dans la connaissance (d'Adinô) et qu'il la 
désira sans connaître ce qu'elle était il agissait fort inconsidéré- 
ment. Et comment peut-on réfléchir sur une chose dont on n'a jamais 
eu ni la connaissance ni l'idée? 

78. Autre point. Cet ordre que la lumière fût, fa-t-il donné à chose 
existante ou à néant? Une chose est certaine, c'est qu'un ordre ne 
peut se donner qu'à quelqu'un qui l'accomplisse. S'il a donné cet 
ordre à un être lumineux, cet être lumineux même existait donc 
déjà. S'il a donné cet ordre à un non-être, comment ce non- être a-t-il 
obtempéré 3 à l'ordre d'Adinô ? Comment a-t-il compris que le désir 
d'Adinô était qu'il devint lumineux ? car le non-être ne peut pas plus 
obtempérer à l'ordre d'Adinô que si Adinô n'avait pas donné d'ordre. 
Le non-être ne peut penser en aucune façon. Ce non-être qu'il créa, 
donnant l'être au non-être, était donc savant et prescient, puisqu'il sa- 
vait ce qu'Adinô voulait qu'il fût, et tel qu'Adinô le voulait tel il fut. 

86. S'ils disent que la lumière est sortie de la parole d'Adinô, qu'il 
dit sois et elle fut ; comme Adinô et sa nature étaient obscurs et qu'il 
n'avait jamais vu la lumière, comment cette lumière a-t-elle pu sortir 
de la parole? Car on sait que la parole est fille de la pensée *. S'ils 
disent que sa parole devint lumineuse, cela est tout à fait étonnant, 



1 II est curieux de retrouver ici le fameux raisonnement du parlait par lequel. saint 
Anselme, puis Descartes ont prouvé l'existence de Dieu. 

2 â râ afridaai Adinô hast. La particule râ n'est point le persan râ, râi; c'est 
la négation sémitique là (écrite en pehlvi râ) et conservée par erreur, au lieu d'être 
transcrite na. 

3 Le sanscrit traduit « entendu » (açrnot), comme s'il y avait shnûd au lieu de 
khshnûd. 

4 Et Tidée de lumière n'existait pas encore. 



TEXTES PEHLV1S RELATIFS AU JUDAÏSME 

car il faut alors que la lumière soit le fruit des ténèbres et la nature 
lumineuse aura son germe dans les ténèbres ; ou bien sera-ce que la 
lumière était cachée dans les ténèbres ? Ainsi que je l'ai dit, il est 
clair qu'on ne peut donner un ordre sans quelqu'un qui l'exécute. 
C'est quand la lumière a existé qu'un ordre a pu être donné. 

94. Autre point. Toute cette création, ce ciel et cette terre, il les a 
créés et organisés en six jours et le septième jour il s'est reposé de 
son œuvre. Mais s'il a créé ce monde de rien autre que son com- 
mandement — Ainsi soit ! et ainsi fut-il ! — pourquoi alors ce délai 
de six jours ? Car s'il n'avait d'autre peine que de dire ainsi soit! 
ce délai de six jours devient bien invraisemblable et il n'a pas 
dû bien se fatiguer. Si l'on peut faire l'être du non-être, et si lui le 
peut, il doit pouvoir le faire sans délai de temps. Et s'il ne peut le 
faire en moins d'un jour, on ne peut plus dire qu'il a créé l'être du 
néant. 

100. Autre point. Puisque l'on ne connaît le nombre des jours que 
par le soleil, comment peut-on connaître le nombre des jours et leur 
nom avant la création du soleil? Or, ils disent qu'il a créé le soleil 
leur quatrième jour, qui est mercredi. 

4 02. Autre point. Pourquoi avait-il besoin de se reposer le sep- 
tième jour? Si pour faire et créer le monde, il ne lui fallait d'autre 
temps ni d'autre peine que de dire sois ! comment expliquer qu'il lui 
faille ce jour de repos pour dissiper sa fatigue. Car si le mot sois /n'a 
duré qu'un instant, il n'a dû être non plus fatigué qu'un instant et 
a dû être remis tout aussitôt. 

106. Autre point. Pour quelle raison et quelle cause a-t-il créé 
Adam et Eve avec fonction d'accomplir sa volonté, sans leur donner 
en même temps un caractère tel qu'ils ne pussent s'écarter de l'ac- 
complissement de son désir? Car si, avant de les créer, il savait qu'ils 
ne devaient point écouter ses ordres et qu'il ait pourtant fini par les 
créer, s'impatienter contre eux et entrer en colère deviennent choses 
déraisonnables. Car il devient évident alors qu'Adinô même ne 
réalise pas son propre désir et qu'il est en lutte et en opposition 1 
avec son propre désir. Si avant de les créer il ne les a pas connus et 
n'a pas su qu'ils n'obéiraient pas à ses ordres, il est ignorant et mal 
informé. S'ils disent que son désir intime était qu'ils ne fissent pas 
la chose qu'il ordonnait, pourquoi leur a-t-il donné l'ordre de la faire? 
Et à ne pas la faire, quel crime y avait-il ? Comment peut marcher 
un cheval que Ton retient avec la bride et que l'on presse avec le 
fouet 2 ? Ces paroles ont toutes les marques et les caractères d'un 
trompeur, dont le désir et l'ordre sont en contradiction et en discor- 
dance l'un avec l'autre. 



1 Patyûra, le terme technique pour désigner la réaction mauvaise dAhriman sur 
les actes et les créatures d'Ormazd. 

2 Aspé kesh pa ragh ham ayozend (raçanâbharena niyojayanti) vash pa tâwànaa 
qashtâwend. 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

4.16. Si son désir et sa volonté était qu'ils ne s'écartassent pas de 
sa volonté à lui, leur force et leur désir à s'en écarter étaient donc 
beaucoup plus puissants et plus forts que sa force et son désir ne 
l'étaient à les en empêcher. Si, au contraire, son désir réel était qu'ils 
s'écartassent de sa volonté et s'il savait qu'ils le feraient, et qu'il 
leur ait pourtant donné l'ordre de ne pas s'en écarter, comment le 
malheureux Adam pouvait-il ne s'en pas écarter ? Il ne devait pas 
créer le monde : car, à s'écarter de son commandement, on pèche 
directement contre son commandement ; à ne s'en pas écarter, on 
pèche contre son désir et contre sa prescience, et il y a péché des 
deux parts. 

421. Autre point. Ce jardin qu'il arrangea, pourquoi et à quelle 
fin l'a-t-il fait ?. Et cet arbre même de la connaissance dont il leur a 
défendu de goûter, dont il leur a recommandé de ne pas goûter, dans 
quelle intention l'a-t-il créé ? Cette recommandation, cette défense 
prouve qu'il chérissait davantage l'ignorance et le peu de sens et qu'il 
les aimait mieux que la science et la sagesse. Et il gagnait davantage 
à leur ignorance : car tant qu'ils n'avaient pas mangé de l'arbre de 
la science, ils étaient ignorants, et n'étaient pas désobéissants ni 
rebelles envers lui. Et dès qu'ils eurent la connaissance, ils devinrent 
désobéissants à son égard. Leur ignorance ne lui donnait point d'in- 
quiétude, et aussitôt qu'ils gagnèrent la connaissance, il s'impatienta 
d'eux et s'irrita. Il les chassa du Paradis en grande détresse et honte 
et les jeta sur la terre. Bref l'origine de la science des hommes sur la 
terre est dans le serpent et la tromperie. 

4 32. Ils disent encore que toute chose a été créée pour l'homme, 
d'au il suit clairement que l'arbre aussi il l'a créé pour l'homme ; — 
qu'il a fait l'homme roi sur toute création et toute créature : s'il en est 
ainsi, pourquoi détourner leur désir de cet arbre qui leur appar- 
tenait? 

135. Voici un mot qui prouve que sa connaissance était aussi 
petite que possible *. Car, s'il vint dans le jardin, cria et appela 
Adam par son nom, criant Où as-tu? c'est autant dire qu'il ignorait 
où était (Adam) ; et si Adam n'avait pas répondu, il n'aurait pas su 
où il était, et si (Adam) n'avait pas crié avant qu' (Adînô) ne le vît, il 
n'aurait pas su s'il avait mangé de l'arbre ou non ; il n'aurait pas su 
le qui ni le comment, qui en a mangé et qui a trompé. Et s'il le 
savait, pourquoi faisait-il cette question : « Serait-ce que tu as 
mangé de l'arbre dont je vous avais défendu de manger? » Aussi, en 
arrivant tout d'abord, il n'était pas blessé; mais c'est quand il sut 
qu'Adam en avait mangé, qu'il s'impatienta et entra en colère. 

141 . Une autre preuve de son peu de prescience, c'est qu'il créa le 
serpent, son propre adversaire 2 , et le mit avec eux dans le jardin. 



1 Hambîtnici traduit svalpam api. 

2 Patyâraa, la désignation d'Ahriman, 



TEXTES PEIILVIS RELATIFS AU JUDAÏSME 11 

Pourquoi n'a-t-il pas fortifié le jardin de telle sorte que le serpent 
et les autres ennemis ne pussent y pénétrer ' ? 

143. Et sa mendacité ressort de ces paroles qu'il a dites : « Si vous 
mangez de cet arbre, vous mourrez. » Or ils en ont mangé et n'en 
sont pas morts, mais sont devenus intelligents et ont pu distinguer 2 
le bien du mal. 

145. Considérez encore combien contradictoires et discordants sont 
sa connaissance, son désir et son commandement. Car, s'il désirait 
que le fruit fût mangé et commandait qu'il ne le fût pas, il savait 
qu'il le serait. Il paraît donc clairement que son intelligence, son 
désk* et son commandement sont contradictoires. 

148. Ajoutez encore que, pour un péché commis par Adam, la 
malédiction qu'il a jetée sur lui passe sur tous les hommes de tous 
les temps, injustement ; ce que je considère en toute façon comme 
une chose déraisonnable, ignorante et folle. 

150. On n'en finirait pas sur ce sujet. Ceci me paraît suffisant. 



CHAPITRE XIV. 

1 . Je veux écrire quelques mots encore sur les contradictions et 
les erreurs de la même Ecriture, qui est pleine de toute sorte d'ini- 
quité et de pensée démoniaque, et, en façon de résumé, j'en exposerai 
le millième. 

4. En premier lieu ce qu'il dit de sa propre nature : 

Je suis Adînô qui aime la vengeance, qui prends vengeance 3 . 

Je prends vengeance sur les enfants jusqu'à la septième génération \ 

Je n'oublie pas ma vengeance première*. 

Ailleurs il est dit : 

Ayant pris colère et des pensées lourdes {de ressentiment), sa lèvre est 
pleine de poison, sa langue est comme le feu brûlant, son souffle comme 
la rivière débordée 6 . 

1 Ayâosh cim bâghastân awâ drûpusht né kard kush mâr u hanica dushman padash 
andar né shaivâd. Comme avait fait Ormazd quand il fortifia le ciel (u drûpusht ash 
ûsmûn kart) pour empêcher le patyârak d 1 y pénétrer (Bundehesh, page 11). 

2 Huzvârd, corruption orthographique de vuzârd (vi-cârt). 

3 Man hom Adînô ; khîn, qâk, khîn thôzh. M. West rapproche le Deutéronome, 
xxxii, 35 : A moi appartient la vengeance et la récompense, ûb'^l Ùp5 n b. L'auteur 
a plutôt en mémoire le ÛpDI N"l3p bfc* de Nahum, i, 2, et le verset cité dans la note 
suivante. 

4 U khîn i haft aûbadaa pa farzanda thôzhom. Cf. Exode, sx, 5 : ÏTlî-p "OiN "'d 

Ipwrban d'nabia b* D^a ^n b*i trwb* mna f-i? Tps &«p bs ^priba 

ifiOttjb. Car je suis l'Eternel ton Dieu, Dieu vengeur, qui poursuis l'iniquité des 
pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me 
naissent (4 -\- 3 = 7 ; cf. Genèse, iv, 5). 

5 Exod., xxxiv,^ ; orn ija b*i d-5a br m2N \vj ipD îipr ab r:p5T 

E^ai ÏV\ D V U?^ by. Qui n'innocente point U coupable et poursuis l'iniquité des 
pères, etc. 

6 Ayàl'ta khashm u gara manishni, vash law pur-zahar, u huzvâ cun âtashi sozhâ, 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

4 3. Sa voix ressemble à un cri, et mieux encore au cri d'un démon 1 . 
14. Son siège est dans la nuit, le brouillard et la nuée -. 
4 5. Son coursier est le vent desséchant 3 . 

16. De la marche de son pied s'élève un tourbillon de poussière 4 . 

17. Quand il marche, derrière lui se lève aussi la flamme*. 

18. Ailleurs il parle ainsi de sou caractère colère: Quarante ans 
durant f ai été irrité contre les Israélites. Et il dit : Les Israélites ont 
le cœur corrompu 6 . 

21. Ailleurs il dit : Qui est aveugle, hors mon serviteur ? Qui est 
sourd que le messager que Rétablis ? Qui est aveugle comme le roi 7 ? 
Or on sait que leur roi n'est autre qu'Adinô ? 

24. Il dit encore que les anges du feu sont corrompus 8 . Et encore 
que son action produit de la fumée et des charbons ardents 9 et que 
son effort fait couler le sang 10 . 

Il dit encore : Tentasse (?) V homme sur V homme : je siège dans le ciel 
sur leurs membres ". Et encore qu'en une seule nuit il fit périr de maie 
mort cent soixante mille hommes de l'armée des gens de Mazandé- 

uvakhsh cun rôd i arôvînà. Isaïe, xxx, 27-28 : I^S pm7373 N3 ITIÏT 1 ÛUJ Ï"!3Ï"! 

rpiia brw "ïrrm nbsN raao mapi û^î n&ïbtt ttidid ttsw» nasi idn. 

Voici que le nom du Seigneur vient du lointain, sa colère brûle, son poids est lourd, 
ses lèvres sont pleines de courroux, sa langue est comme un l'eu dévorant et son 
souffle (1ÏTH, traduit vakhsh ; cf. page 6, note 2) comme un fleuve débordé. 

1 Vash vâg ô grînâ humânâ a i déw vagi humânàter. Identification douteuse. 

2 Vash nishastan andar gûam uvazm uawar. Gilam est une fausse lecture de tûm 
(traduction sanscrite tamasi), etvazm de nazm (persan nazm ; cf. l'exemple de Cheikh 
Azari, dans le Dictionnaire de Vullers, s. v. nazm, nazmi târîk u abri siyâh). 

3 Vash bâraa vâdi qashînââ. Ps., civ, 3. 

4 Vash ezh raweshni i pâê khâk gard âkhézh éd. 

5 Ka rawed âsh ezh pasî âkhézh i âdar. 

6 Cihal sâl aroar asarâsarâ pa hhashm lui hom — vahéftaa-dil hend asarâsam. 
Psaumes xcv, 10. û^f Sab VP Û3> 173 NI 11*73 £31pN TOlû 0*^318. 

Ke hast khôr bé agar bandaa i men 

Ke kharg bé frîstaa i hamé brihinom. 

Ke hast khôr cun pâdishâh (Isaïe, xlii, 19.) 

^3^-tDN "O IIS* ^73 

nbm ^shns raim 

Db\273D 1*\V ^73 

mm i^ys ~n3n 

M. Halévy me fait observer que la traduction « comme le roi • [cun pâdishâh), au 
lieu de « l'envoyé >, repose sur une fausse ponctuation de dbll3?3, lu moshlam, au 
lieu de meshullam. 

8 Fristaga i âtash. Selon M. Halévy, combinaison de Job, iv, 18 : « Il trouve de 
la corruption jusque dans ses anges », avec Psaume civ, 4 : « Il fait des anges de la 
flamme dévorante ». Traiter de corrompus les anges du feu est naturellement pour un 
Parsi le comble de l'impiété. 

9 Kuniskn dût khurg (iraduit angâralta ; c'est le persan kharak. hot coals, embers) 
baret ; semble répondre à Psaume xvm, 9 : "n^a û^brU ,.."IDN3 )"Qy Tihy 
"1373 73. 

10 Kôhhshishn khûn-rfjashni. 

11 Mardum yak awar dit sârinom aroar âsmâ/i nishlnom u awarshâ andâm. 



TEXTES PEHLV1S RELATIFS AU JUDAÏSME 13 

ran '. Et eu une fois aussi il frappa dans le désert six cent mille 
hommes, sans compter les femmes et les petits enfants, d'entre les 
Israélites, à part deux hommes qui échappèrent *. 

32. Une autre chose parait de tout cela, c'est que le résultat final 
n'est que repentir. Car il est dit : Il pâlit (?) et dit : Je me repens 
(Vatoir créé V homme sur la terre 3 . Il est encore dit qu'il siège sur 
un trône que quatre anges supportent sur leurs ailes, et sous le 
poids de leur charge de chacun d'eux, sort un fleuve de feu 4 . Or 
puisqu'il est esprit, non fait de corps, comment ces quatre malheu- 
reux, eux-mêmes légers, ont-ils à peiner et à supporter un poids 
lourd ? 

36. Autre chose. Tous les jours il crée de sa main quatre-vingt-dix 
mille anges; jusqu'à la nuit ils adorent; après cela il les précipite 
dans un fleuve de feu 5 . Au spectacle de telle pitié et iniquité, com- 
ment les créatures peuvent-elles persister dans les bonnes œuvres et 
les bonnes actions, puisqu'il précipite dans l'enfer éternel, pêle-mêle 
avec les coupables, ces malheureux anges, pieux, obéissants, aux 
actions pures? C'est comme ce que dit une autre secte qu'au jour de 
la résurrection Dieu jettera dans l'enfer le soleil et la lune avec les 
autres pécheurs par cette raison qu'il y a des hommes qui leur pré- 
sentent hommage*. 

40. Ailleurs il est encore dit que Mehâdar Abrâhîm, l'ami d'Adînô 7 , 
ayant eu les yeux malades, Adinô lui-même vint demander de ses 
nouvelles. Il s'assit sur un coussin et demanda après sa santé. 
Abrâhim appela en riant son fils favori Asina 8 et lui dit : « Va au 
Paradis et apporte du vin léger et pur. » Il alla et l'apporta : et 

1 II s'agit de l'extermination de l'armée de Sennachérib. De'vs du Mazandéran est 
l'expression courante dans l'Avesta pour désigner les barbares, le Mazandéran étant 
habité par des populations sauvages. 

1 Les Israélites dans le désert, dont il ne resta que Josué et Caleb. 

3 Zarigâ andâ bût vask guft ku pashémâ hont pa kardan i mardumpa zamî (Genèse, 
vi, 6). 

* Dans Daniel, ix, 10, un fleuve de feu sort de devant le trône de l'Ancien des 
Jours ; les quatre anges qui supportent le trône sont ceux d'Ezéchiel, ch. i. 

5 Cf. Hagiga, 14 : « Chaque jour les anges du service sont créés du Fleuve de feu 
(qui coule devant le trône divin). Ces anges récitent un hymne et s'évanouissent ». 
(Cité par M. Halévy, dans son ingénieux article sur les Aggadot sadducéennes'; 
Revue des Etudes juives, tome VIII, 1884, p. 46 : les Sadducécns n'admettaient pas 
Yéternité des anges, Dieu étant la seule substance éternelle.) 

6 Cf. Isaie, lxi, 19. (Le soleil ne brillera plus pour t'éclairer et la lune ne te don- 
nera plus sa lueur.) Appliqué par les Midraschim à la fin du monde ; cf. Apocalypse, 
vi, 12 et suite. 

7 Abrâhîm est la forme arabe [Ibrahim) d'Abraham ;•■ l'ami d'Adino » répond à 
son épithète arabe de KhalîL Ullah. Ceci semble indiquer que notre auteur travaille 
sur une source arabe. — Mehâdar est sans doute le persan Mehtar, grand, épithète 
habituelle des patriarches. 

8 Asînaa, en pehlvi âsînak, corruption orthographique de Is-haq : la corruption 
s'est produite par la chute ou le redressement de la partie horizontale du second 
crochet de h. 



l'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Abrûhim fit force instances à Àdinô, disant : « Bois du vin. . . dans 
ma maison. » Adinô répondit : « Je n'en boirai pas, car il ne vient 
pas du Paradis et n'est pas pur. » Abrâhîm se porta garant, lui 
assura qu'il était pur et qu'il venait du Paradis et que c'était son fils 
Asina qui l'avait apporté. Alors Adinô, en sa confiance en Asina et 
sur le témoignage d'Abrabim, but du vin 1 . 

Quand il voulut partir, Abrûhim ne le laissa pas qu'il ne se fût en- 
gagé envers lui par un serment. 

51 . Considérez ce bavardage plein d'erreur, où il n'y a pas un trait 
qui convienne à Dieu. Qu'il vienne sous forme corporelle dans la 
maison d'Abrâhîm, manger du pain et boire du vin, il n'y a là pas un 
détail qui lui convienne. De plus, il parait encore de ce récit que le 
mal d'Abrâhîm ne venait pas d'Adinô, mais de quelque autre agent*. 
Le trouble d'intelligence d'Adinô et sa stupidité étaient tels qu'il ne 
reconnut pas la pureté ni la provenance du vin. Et il n'a point dit la 
vérité, puisqu'il a dit qu'il ne boirait pas le vin et a fini par en boire, 
et confesse qu'il était pur et venait du Paradis. Or un être de telle 
nature, comment peut-on l'adorer comme un Dieu omniscient et tout 
puissant? 

58. Ailleurs il est dit qu'il y avait un malade qui, avec sa femme 
et ses enfants, était très misérable, pauvre et dénué. Il était toujours 
très actif et assidu à la prière, au jeûne et au culte de Dieu. Un 
jour, dans sa prière, il demanda en secret une faveur ; il dit : 
« Donne-moi abondance de subsistance, que ma vie soit plus facile. » 
Un ange descendit vers lui et lui dit : « Ta subsistance, Dieu ne t'en 
a pas alloti davantage de par les étoiles, et il ne peut te faire un 
nouveau lot. Mais en récompense de ta piété et de tes prières, je 
t'ai donné un trône de perles précieuses, à quatre pieds, dans le 
Paradis : mais si tu veux, je t'en donnerai un pied. » Ayant ainsi 
été averli'par l'ange, il consulta sa femme. La femme répondit : 
« Mieux vaut nous contenter d'une maigre subsistance et d'une vie 

1 « Cette forme de la légende, nous écrit M. Israël Lévi, semble la combinaison de 
deux Midrashim relatifs, l'un à Abraham, l'autre à Jacob. A propos de ces mots de 
la Genèse qui suivent le récit de la circoncision (xvn, 1) : « Dieu apparut à Abra- 
ham, ...alors qu'il était assis à la porte de la tente », les Docteurs content que le 
patriarche était malade des suites de l'opération et que Dieu vint lui rendre visite 
pour accomplir le devoir de Bikkour'Holim (Bereshit Rabba, 48; Baba Meçia, 86£, 
etc.). Mais ici, il n'est point question d'un vin surnaturel qu'Abraham aurait offert à 
son hôte. C'est à propos de Jacob que ce vin paraît. Quand Jacob apporte à son père 
le gibier demandé à Esaïe et préparé par Rebecca, le texte dit : « Et il lui apporta 
du vin » (xxvn, 25). Comme dans tout le récit antérieur de la préparation du repas, il 
n'est point parlé de vin, le Targoum du Pseudo-Jonathan croit nécessaire d'expliquer 
cette lacune et dit : « Il n'avait pas de vin : un ange lui en apporta de celui qui était 
gardé dans les raisins de la création et Jacob le passa à son père ». — Le Tanhuma, 
cité par le Yalfiout, 115, est plus explicite encore : « D'où Jacob avait-il ce vin? De 
i'ange Michel, qui le lui apporta du Paradis. Il n'est parlé de vin de bénédiction 
qu'ici et à propos d'Abraham et de Melchisédec, Gen., xiv, 18. » C'est à la même 
confusion des deux récits qu'est due l'attribution à Abraham de la maladie d'yeux 
d'Isaac. » 

2 Preuve du dualisme. 



TEXTES PEIILV1S RELATIFS AU JUDAÏSME 15 

misérable dans ce monde, que d'être assis au Paradis, parmi nos 
égaux, sur un trône à trois pieds. Mais si tu peux, obtiens-nous notre 
subsistance par un autre moyen. » 

70. L'ange, à son retour, dit : « Quand je détruirais le firmament, 
quand je referais à nouveau ciel et terre, quand je disposerais à 
nouveau et referais la marche des étoiles, je n'en verrais pas mieux 
s'il doit t'échoir un bon sort ou un mauvais. » De ces mots, il résulte 
bien clairement qu'il n'est pas lui-même l'auteur de la subsistance 
et du destin : la répartition ne se fait pas d'après son désir et il ne 
peut altérer le sort 1 . Et le mouvement de la sphère, du soleil, de la 
lune et des étoiles n'est point dans le domaine de sa connaissance, 
de son désir et de son commandement. Et il suit encore que le trône 
qu'il promet de donner dans le Paradis n'est point de son œuvre et 
de sa création 2 . 

75. Ailleurs il dit en son propre fatras : « J'ai fait périr ensemble 
un grand nombre de pécheurs et une quantité innombrable d'in- 
nocents ! » Et comme les anges parlaient beaucoup de la folie de 
cette action, il dit : «. Je suis Adînô, le maître absolu ; le supérieur, 
celui qui est sans rival, celui qui accomplit son désir et nul n'ose 
dire mot contre moi. » 

79. Le résumé serait long de ce fatras plein d'erreur, qu'il me 
semble trop long de détailler par écrit. Si quelqu'un veut examiner 
à fond cette loi perverse, qu r il prenne un ministre de récriture 
sainte, afin qu'il connaisse la nature de toute cette écriture et la 
vérité de ce que je dis. Maintenant, est-ce un Dieu qu'un être qui a 
tous ces signes et ces caractères, à qui la vérité est étrangère, le 
pardon inconnu, et qui n'a pas la connaissance en partage. . . ? Mais 
non, c'est le Démon même, c'est le maître de l'enfer, celui qui a son 
terrier dans les ténèbres 3 , celui qui a son germe dans les ténèbres 4 ; 
c'est lui que des êtres corrompus, démoniaques et pervers, louent et 
adorent sous le nom d'Adinô 5 . Eu voilà assez sur ce sujet. 

James Darmesteter. 

1 Cf. Minokhired , vin. 

2 La femme de R. Hanina ben Dosa lui dit : Jusqu'à quand serons-nous si mal- 
heureux? — Que l'aire, dit R. Hanina ? — Prie Dieu qu'il te donne quelque chose. 
— Il pria et reçut un pied de table d'or. Sa femme vit alors en songe que les justes 
devaient manger à une table d'or de trois pieds, taudis que la sienne n'aurait que 
deux pieds. Elle dit à son mari : Te plaît-il que tout le monde mange à une table 
parfaite et nous à une table boiteuse ? — Que faire, demanda-t-il ? — Prie Dieu de 
reprendre son présent. Il pria et il lui fut repris. 11 est dit que le dernier miracle était 
plus grand que le premier, car c'est une tradition qu'on donne, mais qu'on ne reprend 
pas >. Taanit, 2o a, Berachot, 17. C'est tout ce qu'il y a sur le sujet. (Communication 
de M. Israël Lévi.) 

3 Sûr grîstaa ; lire târ grîstaa ; c'est la lecture qu'avait le traducteur sanscrit 
(timisra) : s et t se confondent aisément en pehlvi. L'enfer est dans l'Avesta appelé 
• ie terrier du démon » [drujô geredhô), les animaux qui vivent sous terre étant 
considérés comme Ahrimaniens. 

4 Tam-tukhmaa, zend temascithra, épithète uvesléenne des démons. 

5 C'est la pure doctrine du Marcionisme. 



EXAMEN CRITIQUE 

DES SOURCES RELATIVES A LA 

PERSECUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN 

PAR LE ROI JUIF DES IIIMYARITES 



L'histoire du Yémen de l'époque où eut lieu la persécution 
contre les chrétiens de Nedjrân est racontée toute au long par 
Tabari. J'en donne un résumé succinct, en élaguant les traits se- 
condaires ou trop romanesques. 

Vers la fin du V e siècle de l'ère vulgaire, le trône du Yémen fut 
occupé par un usurpateur, nommé La'hiatha Yanoûf Dhou Cha- 
natir. Celui-ci tua cruellement les princes de la famille royale 
légitime qui lui faisaient ombrage, et déshonora ceux qui ne 
lui semblaient pas dangereux, afin de les rendre ridicules aux 
yeux du peuple. Le cynique tyran avait l'habitude d'annoncer 
à ses gardes l'accomplissement de son acte honteux, en se mettant 
à la fenêtre avec un cure-dent dans la bouche. Un jour, il fit 
appeler le prince Zour a Dhou Nouicâs, qui, se doutant bien de 
ce qui l'attendait, se pourvut d'un couteau tranchant; lorsqu'il 
se trouva seul avec le tyran, il lui trancha la tête, qu'il plaça à la 
fenêtre, en ayant soin de lui mettre le cure-dent à la bouche, afin 
de faire accroire à la garde qu'il n'était rien arrivé d'extraor- 
dinaire au roi. Grâce à cette ruse, Dhou Nouwâs réussit à quitter 
le palais et à réoccuper le trône de ses ancêtres. Il fut le dernier 
roi d'Himyar, se convertit à la religion juive et prit le nom de 
Joseph. Vers le même temps, le christianisme fut introduit à 
Nedjrân par un saint nommé Fimoùn, qui réussit à convertir à 
sa foi la plupart des habitants. Le roi juif, ayant eu connaissance 
de cet événement, marcha contre la ville avec une grande armée, 
et, ayant assemblé tous les chrétiens, il leur enjoignit d'embrasser 
le judaïsme sous peine de mort. Ceux-ci préférèrent mourir. Le roi 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 17 

fit alors creuser pour eux des fosses, y brûla une partie des chré- 
tiens et tua les autres, après leur avoir infligé les tourments les 
plus douloureux, de façon qu'il en périt environ vingt mille. Un 
chrétien du nom de Daous Dhou Tha'labân s'enfuit du massacre 
et alla annoncer au roi chrétien d'Abyssinie les atrocités commises 
par le roi d'IIimyar sur les chrétiens de Nedjrân. Le Négus d'Abys- 
sinie envoya alors dans l'Arabie méridionale son général Ariat, 
à la tête d'une puissante armée. Dhou Nouwâs se jeta à la mer, 
après avoir perdu la bataille, et Ariat fut nommé vice-roi du Yé- 
men. Peu d'années après, Ariat fut tué par un autre chef abyssin 
nommé Abraha, qui gouverna le pays au nom du roi d'Abyssinie 
et entreprit sans succès de détruire le temple de la Mecque, en- 
viron vingt-cinq ans avant la naissance de Mohammed (570 — 
25 = 545). 

Cette forme du récit est la plus usuelle, elle vient d'Ibn Içhaq, 
qui dit l'avoir reçue, par quelques intermédiaires, de Wahb ben 
Munabbill le Yéménite, en partie aussi d'un habitant de Nedjrân. 
Le récit rapporté à Mohammed ben Ka'b Qorazhî n'en diffère que 
très légèrement. Le missionnaire et chef des chrétiens de Nedjrân 
porte le nom purement arabe d'Abdallah ben Thâmir, et le chré- 
tien échappé au massacre est nommé Hayân (?) ben Faïd", au lieu 
de Daous. Plus remarquable est la version de Hishâm ben Mo- 
hammed, d'après laquelle l'expédition de Dhou Nouwâs contre 
Nedjrân aurait été entreprise pour venger la mort des deux fils 
de Daous, qui était de religion juive, crime perpétré traîtreusement 
par les chrétiens de cette ville. Ibn Qoutaïba et le Qisâs al-anbiija 
mentionnent parmi les martyrs une femme avec ses trois fils ! . 

La première question qui se pose, au sujet de ce récit, est celle qui 
concerne son authenticité. Sur ce point, les critiques les plus auto- 
risés sont unanimes à admettre la parfaite historicité de la persé- 
cution des chrétiens de Nedjrân, dans ses traits fondamentaux du 
moins. Le savant académicien italien Ignazio Guidi, qui a consacré 
un travail magistral au document principal de cet événement, 
admet comme un fait certain que la légende arabe relative aux 
faits de Nedjrân et à l'introduction du christianisme repose sur 
une tradition locale et nationale, et que seul l'épisode de la femme 
avec les trois fils est emprunté à des sources syriennes. 

Cependant, à cette appréciation si favorable d'autres savants 
avaient depuis longtemps opposé le témoignage négatif de deux 

1 Voir Th. Noldeke, Geschichte der Perser und Araber zur Zeit der Sassaniden, 
ans der arabischen Chronik des Tabari (Leyde, E.-J. Brill, 1879), pages 172-205. 
Nous nous référerons très souvent à cet excellent ouvrage, dont les annotations 
condensent dans quelques lignes le sujet de gros mémoires. 

T. XVIII, n° 35. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

auteurs grecs qui vivaient à l'époque de la guerre entre l'Abys- 
sinie et le Yémen. Gosinas Indicopleustes raconte qu'il a été à 
Adoulis vingt-cinq ans auparavant, vers le commencement du 
règne de l'empereur Justin, quand Ellatzbaas, roi d'Axum, qui 
était un chrétien très zélé, se préparait à attaquer les Homérites 
de l'autre côté de la mer Rouge. Gomme Justin a régné de 518 à 
527, les préparatifs en question ne peuvent évidemment avoir eu 
lieu qu'entre 518 et 521 ou 522. L'écrivain ne nous dit pas que 
l'expédition se mit en marche immédiatement, iï permet, au con- 
traire, de supposer quelque intervalle jusqu'à son accomplisse- 
ment réel. Procope (Pers., i, 20), de son côté, rapporte brièvement 
qu'au temps des guerres perses qui eurent lieu vers le commence- 
ment du règne de Justinien, le roi très chrétien Ellestheaïos (lisez 
Ellesbeaios), ayant eu connaissance de l'oppression dont les chré- 
tiens avaient été victimes de la part des Himyarites, qui étaient 
en partie païens, en partie juifs, envoya une armée navale contre 
eux, les vainquit dans une bataille, tua leur roi de ses propres 
mains, y nomma un chrétien homérite du nom de T Ec^icpatoç, roi 
vassal, et retourna dans son pays. Nous apprenons ainsi qu'Esi- 
miphaios était sur le trône dTIimyar en 527, la première année 
de Justinien, mais nous ignorons depuis quand il exerçait la 
royauté. Cette lacune n'est pas comblée par une relation très 
analogue qui se trouve chez Malala (p. 456 suiv.). Le roi Elles- 
boas, y lit-on, à qui Justinien envoya une ambassade, avait 
autrefois fait la guerre au roi des Amérites (twv 'Apepittov), qu'il 
vainquit entièrement et remplaça, après lui avoir enlevé tout 
son royaume, par un vice-roi de sa propre race (èx toO rôfou yévwç), 
du nom de Anganès ( 5 AyYdtvnç). La différence plus ou moins réelle 
des noms propres, jointe à cette circonstance que le roi abyssin y 
est encore un païen, me semble prouver avec évidence que Malala 
ne dépend pas de Procope. C'est aussi l'opinion de M. Guidi l . 
J'ajoute que, si, comme on l'admet, Malala s'est trompé sur la 
religion du roi Ellesboas comme sur l'époque de la guerre, qu'il 
place sous le règne de Justinien, le fond de sa relation s'accorde 
néanmoins avec celle de Procope non seulement sur les person- 
nages du drame, mais sur ce point important concernant la mort 
du roi Homérite. La légende arabe fait également disparaître 
Dhou Nouwâs immédiatement après la bataille, seulement elle 
l'attribue à un suicide volontaire, probablement par suite d'une 
considération d'amour-propre national himyarite. 



1 Ignazio Guidi, La lettera di Simeone, vescotio di Bêth-Ars'âm sopra i martiri 
omeriti, Roma, 1881, p. 11, note 4. 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 19 

Ainsi qu'on a pu déjà le remarquer, ni Cosmas, ni Procope, ni 
Malala n'indiquent d'un seul mot la persécution des chrétiens de 
Nedjràn. Aussi quelques savants * ont-ils invoqué ce silence 
obstiné pour rejeter comme apocryphe la légende relative à ces 
martyrs, qui est devenue très célèbre dans les martyrologes 
des diverses églises chrétiennes. Les défenseurs de la légende, 
au contraire, font valoir les sources syriaques qu'ils considèrent 
comme indubitablement antérieures aux relations arabes. Ces 
sources sont au nombre de trois, savoir une épître de Jacques 
de Saroug aux Himyarites, un hymne de Jean Psaltès sur les mar- 
tyrs de Nagran et la lettre de Siméon de Beth-Arsham à Siméon 
de Gaboula où est donnée copie d'une lettre du roi himyarite 
adressée à Moundar, roi de Hira, et relatant les événements de 
Nedjrân. Les mêmes savants cherchent aussi à expliquer le si- 
lence des auteurs grecs précités, en admettant deux expéditions 
abyssiniennes contre Dhou Nouwâs, l'une en 519, l'autre en 523. 
M. Guidi expose cette thèse de la manière suivante : 

« Dhou Nouwâs, monté sur le trône vers 485, soit par ses con- 
victions religieuses, exaspérées peut-être de quelque acte de vio- 
lence contre les Israélites commis à Nedjrân, soit par des raisons 
politiques, ou plutôt par ces deux causes ensemble, suscita, l'an 523, 
une persécution contre les chrétiens qui étaient sous sa domina- 
tion. Les faits de Nedjrân sont un épisode, sans doute le plus impor- 
tant, mais qui n'est certainement pas le seul de cette persécution. 
Cet épisode, raconté tout au long dans la lettre de Siméon, et de là 
dans le Martyrium Arethœ, etc., acquit une célébrité plus grande 
que la persécution générale et que les guerres entre le Yémen et 
l'Abyssinie, chez les écrivains et dans les livres qui dépendent plus 
ou moins immédiatement de la lettre de Siméon. Quant aux autres 
auteurs qui, indépendamment d'elle et des notices locales de Nedj- 
rân, s'occupèrent de l'histoire générale du temps, il n'est pas 
étrange qu'ils ne parlent que peu ou pas de ces événements, qui 
étaient peut-être beaucoup moins importants que Siméon l'avait 
dit. Voilà pourquoi le silence de Cosmas et de Procope me paraît 
ne rien prouver contre la véracité du fait, d'autant plus que ces 
deux auteurs s'occupent incidemment des choses de l'Abyssinie et 
du Yémen. Quoi d'étonnant que Procope, dans le court résumé 
qu'il donne au paragraphe 20, néglige de parler d'un épisode qui, 
de son temps, était bien loin d'avoir acquis la célébrité qu'il eut 
depuis? Et quant à Cosmas, parlant sans doute de l'expédition de 

1 Joh. Frid. Leop. George, De Aethiopum imperio in Arabia felici, Berol., 1883; 
D r F. Praetorius, Ueber die âthiopisch-himyarischen Kriege (Zeitung der deutschen 
morgenlàndischen Gesellschaft, 1870, pages 624-627]. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

519, il est bien naturel qu'il ne mentionne pas les faits de Nedjrân, 
postérieurs de quatre ans environ. Puis, il est impossible que la lé- 
gende, telle qu'elle est dansMétaphraste, etc., dérive des écrivains 
arabes. Métaphraste s'est servi du Marlyrium Arethœ, écrit tant 
d'années avant les légendes arabes ; mais lors même que nous igno- 
rerions cela et que nous ne connaîtrions pas la lettre de Siméon, 
il eût été encore beaucoup plus vraisemblable que les Arabes 
eussent emprunté leurs notices aux auteurs syriaques et, par leur 
entremise, aux Grecs, que le cas contraire. » 

Voilà une plaidoirie d'une logique indéniable, comme d'une 
éloquence captivante. Elle a de plus, en sa faveur, deux autorités 
de premier rang : MM. Théodore Noldeke et Auguste Dillmann ! . 
Devant l'unanimité de savants aussi compétents dans les ques- 
tions historiques, mon scepticisme paraîtra plus que téméraire. 
C'est donc à titre de simple acquit de conscience que je prends 
la liberté de leur soumettre, sans autre préambule, les quelques 
raisons qui m'obligent à ne pas accepter d'emblée deux expédi- 
tions différentes d'Ellesbeaïos contre le même Dhou Nouwâs 
dans l'espace de quatre ans. 

Certes, le fait même que les rois d'Ethiopie ont souvent cherché 
et réussi à s'emparer de l'Arabie méridionale est mis hors de doute 
par le double témoignage de l'inscription grecque d'Adoulis et des 
inscriptions gréco-gëëz d'Axum. Dans ces dernières, qui ne sont 
pas très éloignées de l'époque qui nous occupe, le roi d'Ethiopie 
prend le titre de roi de Saba, de Raïdân, d'Himyar, etc. Suivant 
toutes les vraisemblances et à en juger d'après les conquêtes ana- 
logues, le conquérant se contenta de laisser une garnison et un 
préfet dans la capitale, auxquels il confia la collection de l'impôt 
annuel, sans se mêler autrement des affaires intérieures du pays, 
qui furent dirigées comme auparavant par des rois indigènes issus 
de la dynastie légitime. Cette circonstance fait bien comprendre 
pourquoi les Arabes n'ont gardé aucun souvenir de l'état de sujé- 
tion des Himyarites vis-à-vis de TAbyssinie. Ce qui les a frappés, 
c'est plutôt la longue perpétuation de la dynastie légitime d'Hi- 
myar jusqu'à l'usurpation de Lahiatha Yanoùf, la réintégration 
de la même dynastie par Dhou Nouwâs et sa destruction totale 
après la mort de celui-ci. Or, c'est précisément le grave épisode 
de la mort du dernier roi légitime et son remplacement par un 
vice-roi de race non royale qui forment le nœud des relations 
de Procope et de Malala. Rien n'autorise à admettre une double 



1 A. Dillmann, Zur Geschichte des aksumitischen Reichs im viertem bis sechsten 
Jahrhmdert (Berlin, 1880), p. 27-36. 



PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE NED.TRAN 21 

interruption de la royauté légitime dans l'espace de quelques 
années : une première fois par un usurpateur indigène, une se- 
conde l'ois par un vice-roi chrétien imposé par l'étranger. Une 
telle supposition est encore moins légitime de la part de ceux 
qui attribuent un caractère traditionnel aux données des auteurs 
arabes. Quant à Cosmas, comme il ne parle pas de l'issue de la 
guerre, son témoignage ne peut être invoqué ni pour, ni contre 
la thèse que je combats, néanmoins, il constitue une présomption 
favorable pour la grande importance de l'expédition qu'il a vue se 
préparer. Il serait vraiment étrange qu'un chrétien aussi ardent 
que Cosmas, qui écrit vingt ans après les soi-disant persécutions 
de Nedjràn, n'eût pas cru utile d'ajouter à sa mention des prépa- 
ratifs la double expédition du môme roi en faveur des chrétiens, 
ainsi que les résultats obtenus successivement, surtout celui de 
la seconde, qui fut infiniment plus imposante et plus définitive. 
Un tel silence n'est-il pas de nature à rendre quelque peu dou- 
teuse l'hypothèse de deux expéditions consécutives contre Dhou 
Nouwâs ? 

La première mention formelle de l'expédition éthiopienne contre 
un roi judéo-himyarite de ce nom se trouve dans le Mariyrium 
Arethœ, qui fixe la date des persécutions de Nedjrân à octobre 
523, la cinquième année de Justin, et celle de l'invasion d'Elles- 
baas et de la mort de Aouvcwç, le roi juif d'Himyar, en 525. Si l'on 
avait des preuves certaines que les actes de ce martyr sont 
l'œuvre de Saint-Serge, un des contemporains de ces événements, 
alors nous n'aurions qu'à nous incliner. Mais jusqu'à présent ce 
n'est qu'une légère induction qui attend qu'on l'appuie par des 
faits. Pour le moment, le seul fait certain, c'est que le Mariyrium 
Arethœ dépend, pour le fond de son récit, de la lettre de Siméon 
de Beth Arsham; seule la partie relative à la composition de la 
flotte éthiopienne vient d'une source différente, qui semble tirer 
son origine de témoins oculaires. Quant à la date précitée, elle 
s'impose à tout lecteur de la lettre de Siméon, qui fait arriver la 
missive du roi juif à Moundar en janvier 524, ce qui, si on dé- 
falque les deux mois pris par le voyage du messager, place les 
événements en octobre 523. Nous n'avons donc pas deux dates 
notées indépendamment et se confirmant l'une l'autre, mais une 
seule, celle de la lettre de Siméon, qui a ensuite passé dans le 
Mariyrium Arethœ. Ceci établi, ce dernier ouvrage doit donc 
être écarté du débat, et il faut nous adresser directement aux 
sources syriaques pour pouvoir nous prononcer en connaissance 
de cause. Ces sources sont : l'épître de Jacques de Saroug aux 
Himyarites, l'hymne de Jean Psaltès et la lettre déjà mentionnée 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Siméon de Beth-Arsham. Nous reviendrons, d'ailleurs, sur cer- 
taines données du Martyriam dans le cours de cette étude. 

Les documents syriaques que nous examinons affirment una- 
nimement que les chrétiens de Nedjrân ont subi d'atroces persécu- 
tions de la part d'Himyarites affiliés à la religion juive, mais ils 
diffèrent grandement sur les détails d'une importance telle qu'on 
peut se demander s'ils visent les mêmes faits. L'analyse qui suit 
le démontrera surabondamment. 

L'épître de Jacques de Saroug * , 

L'épître attribuée à Jacques de Saroug, nommé brièvement Mar • 
Jacob, est adressée aux frères chrétiens et confesseurs élus de 
Nagran, ville des Himyarites, ("p^m tmm £Witt"i éwwû V^ 
éttwi tfrw»). L'auteur se réjouit de leurs souffrances pour 
l'amour de Jésus-Christ. Les persécutions ourdies par le diable 
contre les croyants aboutissent toujours à la glorification de la 
croix. Ils doivent se féliciter du sort échu à leur ville de manifes- 
ter la victoire de l'Evangile et d'enraciner la croix dans le pays 
des Himyarites par leurs souffrances diverses (as'brfâtt yû^ttrm 
awttm annao atti&w as"<pï iïin). Leur lutte est d'autant plus 
admirable que leurs ennemis sont plus cruels. Si des païens les 
persécutaient, il y aurait pour eux quelques moments de répit ; 
maintenant que ce sont des juifs qui se sont assemblés contre eux, 
leurs maux sont infiniment plus intenses. Les païens haïssent les 
chrétiens, parce qu'ils ne connaissent pas le Seigneur; les juifs, 
au contra4re, sont habitués à verser le sang et, en tourmentant le 
chrétien, c'est Jésus-Christ lui-même qu'ils voudraient tourmen- 
ter. Ces diatribes, qui sont conçues dans les termes d'une violence 
qui dépasse toutes les limites, ne forment que la quatrième partie 
de l'épître, les autres trois quarts contiennent une homélie destinée 
à inculquer la doctrine du monophysitisme. Vers la fin seulement, 
l'auteur revient à la vengeance finale sur les ennemis des chré- 
tiens et prie les martyrs de se souvenir de lui dans leurs prières. 
Une attention un peu soutenue sur les expressions syriaques 
que nous avons mises en caractères hébreux fait acquérir la con- 
viction que Mar Jacob s'adresse à une communauté chrétienne 
qui habite Nedjrân et dont les tribulations sont indispensables, 
d'après lui, à la propagation du christianisme dans le pays, car, 
comme il le dit très énergiquement, « là où il n'y a pas de persé- 

1 Schrôter, Trostschrciben Jacob's van Sarug an die Umyaritischen Christen {Zeit- 
schrift d. d. morgenl. Gresellschaft, XXXI, p. 402 et suiv.). 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 23 

cution, la croix n'y est pas davantage («b t|N N5£b\x rpbi a^a 
NB^pt ^in\^| ». Nulle part il n'est dit que les persécutés aient été 
eux-mêmes des Himyarites ; au contraire, tout l'ait supposer qu'il 
s'agit de chrétiens venus du dehors, probablement d'une colonie sy* 
rienne. C'est à ces chrétiens, dont la langue mère était le syriaque 
et qui appartenaient à la confession monophysite, que Mar Jacob 
a écrit son épître syriaque, c'est eux qu'il a voulu consoler de 
leurs souffrances et encourager en même temps à persévérer dans 
le monophysitisme pur. Il a écrit à des gens qui non seulement 
parlaient sa langue, mais qui étaient depuis longtemps rompus 
aux subtiles exercices de la théologie militante. Pour des Himya- 
rites indigènes ignorant le syriaque ou trop fraîchement convertis 
au christianisme, l'écrit de Mar Jacob serait resté lettre close, 
môme avec le secours d'un interprète, et, de plus, l'auteur les au- 
rait avant tout félicités de leur conversion à la foi du Christ. Le 
cas est tout contraire, les destinataires de l'épître sont de vieux 
chrétiens et en communauté de langue et de foi avec l'écrivain. 
Passons aux persécuteurs. Ceux-ci sont des juifs, notamment des 
juifs de Nedjrân. Sont-ils des indigènes convertis au judaïsme? 
les paroles de Mar Jacob ne permettent pas de le supposer. Il dit 
plutôt avec une clarté parfaite : « Chacun de vos ennemis là-bas, 
ayant appris ce que ses pères avaient fait à notre Seigneur le Christ, 
est désappointé de savoir qu'il ne persécute que vous et ne tue 
pas votre Seigneur, comme ses pères l'avaient fait » ftiîijH nn 1F1 
smBBa an^ï ■pttb ^irfrm» na* w» ^mn n?j i^am b^n ■pbïti -va 
b"jp ■WDK ^a ï^Tab $h*\ tpn "psb -m hv WS'tfa). Si les mots ont 
un sens, et rien n'induit à penser que le célèbre écrivain ait voulu 
jeter des paroles en l'air sans réfléchir à leur portée, cette façon 
de s'exprimer caractérise indubitablement les ennemis des chré- 
tiens comme des juifs de race. Pas la moindre allusion à des 
païens convertis au judaïsme. A plus forte raison, Mar Jacob 
ignore-t-il l'affiliation du roi himyarite à la religion juive. Si un 
fait aussi étonnant était arrivé à sa connaissance, il n'aurait pas 
manqué de le relever; cela lui eût fourni une foule de comparai- 
sons pour exercer sa verve. Il en aurait fait tantôt un Pharaon, 
noyeur de petits enfants, tantôt un Antiochus Epiphane, blasphé- 
mateur et meurtrier du pieux Eléazar et de la Macchabée avec ses 
sept enfants, et beaucoup d'autres personnages encore que fournit 
le riche martyrologe biblico-évangélique. S'il n'a pas profité d'une 
telle aubaine, qui a si bien délié la faconde du Martyrium Are- 
Un r, c'est qu'il ne se doutait pas du tout que le roi des Himyarites 
fût devenu juif. Il le savait païen et, comme tel, son nom lui 
importait peu, c'est pourquoi il s'est dispensé de le mentionner. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Résultat net : la persécution de Nedjrân, d'après l'épître de Mar 
Jacob, avait pour auteurs les juifs de la même ville. C'était une 
querelle entre deux communautés au fond étrangères au pays. Le 
gouvernement, parfaitement païen, semble avoir favorisé les me- 
nées juives pour des raisons plutôt politiques que religieuses. Un 
état de choses pareil a été précisément porté à notre connaissance 
par le récit désintéressé de Procope. Les chrétiens étaient amis 
des Romains, leurs coreligionnaires ; les juifs, au contraire, qui 
n'avaient nullement à se louer de la façon dont ils étaient traités 
dans l'empire romain, s'efforçaient naturellement d'entretenir à 
la cour himyarite des relations d'amitié avec la Perse, vers la- 
quelle tendait toujours la politique des Tobba. Rien d'étonnant que 
la rivalité persistante entre juifs et chrétiens ait souvent dégénéré 
en voies de faits dans les villes qui comptaient ces deux commu- 
nautés religieuses. Les violences commises par les chrétiens de 
Nedjrân sur leurs concitoyens juifs n'ont pas été enregistrées par 
l'histoire ; un faible écho seul en est parvenu à Hishâm, relative- 
ment au massacre des deux fils de Daous ; par contre, la vindicte 
des juifs sur les chrétiens s'est répandue avec la rapidité de l'é- 
clair dans tout l'Orient et, chemin faisant, a été grossie en une 
persécution religieuse. Jacques de Saroug fit de cet événement 
l'objet de son épître, où sa haine du nom juif d'une part, son zèle 
pour le nionophysitisme de l'autre, se sont donné libre carrière. 
C'est dans l'ordre des choses, et il n'y a pas lieu d'y insister da- 
vantage. 

Les données biographiques que nous possédons sur le célèbre 
écrivain cadrent parfaitement avec ce résultat. Mar Jacob mou- 
rut le 29 novembre 521, et, comme son épître doit être anté- 
rieure à l'établissement de la prédominance du christianisme dans 
l'Arabie méridionale, M. Guidi nous paraît être bien près de la 
vérité quand il fixe la date de ce document à 519, la deuxième 
année du règne de Justin. Mais de là à conclure à une expédition 

éthiopienne contre Dhou Nouwàs à cette date il y a loin ; il faut 
pour cela des preuves bien autrement concluantes. 

L'hymne de Jean Psallès 1 . 

L'hymne dont il s'agit a été composé en grec par Jean Psaltès, 
abbé de Beth Aphtonius, près de Kennesrin, mort en 538, et tra- 
duit en syriaque par Paul, évêque d'Edesse, probablement entre 

» Schrôter, l. c, p. 400-405. 



PERSÉCUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 2:; 

522 et 526. Cette traduction a été revue par Jacques d'Edesse, en 
675, sur l'original grec. Jacques écrivit à l'encre noire les mots 
syriaques de la traduction qui correspondaient exactement aux 
mots grecs de l'auteur; ceux, au contraire, que le traducteur 
avait ajoutés afin de rétablir le même rythme entre l'original grec 
et la traduction syriaque, il les écrivit à l'encre rouge ; ceux, en- 
fin, qui différaient entièrement de l'original furent écrits par lui en 
petits caractères au-dessus des mots, entre les lignes. Le texte sy- 
riaque étant très court, nous le transcrivons ci-après en caractères 
hébreux, en y ajoutant une traduction littérale : 

Nnnn&m Nnm» ïww TîMûfcH iisrr : arTEfi arc^ip ntîto b:n 
aob73 pviofc v* 7 ^ , awn tobtt dwbov wia N^p-ioi araft^n 

t*r\iwn o^abDû isnrb B*nwi .t**mtt»a ins^rr nn "psbanttn 

,r»win£l« r-nm 
Wi mn *pn\N t^n-n bu^ . . . t^Wal trp'ns "p-itt&w 

T»a nh .NiîibN f^n^STa ^b^ [t^msnb^m) s^rmawb bbtts vn 
i ^b^ Nnbma briana td wam t^narb h n^3] t^-inN cjn 
[rinbn] im Ta i» ^o^no . t^rpmspi Mmafcprss "wna h nn] 
jwtk (t^nttob) Mirniito [t<n* pja t^Ert] ^rwi •j^iuon 
1*»:^t «ton [s-rrvwi] j-pm r<rrp hs] *pa^ r|^ . [mîi] nbtttt 
. *jb r-nnn [f^ns&a iraanKS] nicrôn» "p nN!Q "pa Tirn .t^r^jn 

h :rn] o^onN [bs]bi , t^rm ha] 1^ (maa) bas [t^nbpim] bttsb 
aroDi 'fb'H t-raaa (a?) [•pEi : '■jmixpî-ra] Tira *jbi oniûi) . m no 

.wbdn dm hpinbm] s^*-na ftbj 

« Sur les saints martyrs himyarites qui ont subi le martyre 
à Negran, ville située dans les eootrées méridionales des Saracènes, 
au temps de Justin, roi des Romains. Lorsque Masrouq, qui était un 
juif, d'après sa religion, régnait sur les Arabes, les chrétiens de 
là furent persécutés et forcés de renier le Christ. Composé par Jean 
Psaltès, abbé du couvent de Beth Aphtonius. 

Les rédimés du Seigneur diront... Car tu es grand et faisant des 
prodiges, etc. 

Qui peut raconter tes œuvres puissantes et fortes, Christ divin? 
Voici, la contrée étrangère et barbare des Himyarites, enflammée 
dans ton adoration, a regardé et imité la foi des Cappadociens. 
Sébaste a produit quarante martyrs dans une seule arène du lac au 
temps du froid, Negran non seulement l'a imitée en cela, mais Ta 

1 Commencements des versets Psaumes cviii, 2, et lxxxvi, 10. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quatre fois surpassée en nombre et nous a montré plus de deux 
cents athlètes qui ont triomphé dans la lutte. Le premier parmi eux 
était Harith, le maître. 

Par les prières de ceux qui dans notre temps récent ont aussi en- 
trepris la lutte, fais cesser, éloigner le scandale et les pièges des 
communautés, vaincs, anéantis et extirpe toutes les hérésies, fortifie- 
nous dans ta foi, mets-nous au nombre de tes élus, et sauve-nous, 
Seigneur, qui es seul miséricordieux envers les hommes. » 

Le document qu'on vient de lire se compose visiblement de deux 
pièces différentes qui ne peuvent pas venir d'un même auteur. 
L'auteur de la suscription écrit longtemps après le règne de Jus- 
tin, connaît l'existence d'un roi juif, qu'il nomme et qu'il fait 
régner sur les Arabes. L'auteur de l'hymne parle exclusivement 
des Ilimyarites, se tait sur la religion des persécuteurs, ainsi 
que sur le nom et la religion du roi dont Nedjrân formait le do- 
maine, et apporte, par contre, des renseignements précis sur le 
nombre des martyrs et le nom de leur chef. M. Th. Nôldeke a éta- 
bli le premier la distinction à faire entre les deux parties de la 
pièce, en rappelant que la mention du nom éthiopien Masrouq 
au lieu de Dhou Nouwâs, dans l'introduction, caractérise celle-ci 
comme une addition tardive. Nous aurons encore à discuter plus 
loin ce point, mais le fait est acquis et nous ne nous préoccupons 
à l'heure qu'il est que de l'hymne seul, dont l'authenticité nous 
paraît inattaquable et qui est déjà un peu en avance sur l'épître de 
Jacques de Saroug, du moins en ce qu'il nomme saint Arethas. En 
ce qui concerne la date des événements, le poème ne sort pas du 
vague particulier à ces sortes de compositions, mais il ne saurait 
être postérieur à 526, année de la mort de Paul d'Édesse. 



La lettre de Simêon de Beth Arsham. 

Nous arrivons finalement au document principal qui est cons- 
tamment invoqué par les défenseurs de la légende arabe. L'ana- 
lyse ci-après a pour objet le texte publié par M. Guidi. Nous en 
empruntons de préférence les extraits que nous donnons en trans- 
cription hébraïque. 

nsttï ïtwni ^nriN 'psaa "pns^ai ■paannb pn ■pâma ipi ain 
jnmtt s? 1»3Ti NmTi \k "ppss ù-n^oabîn ram "pnbm NNttaan 
tobtt hwwi* \i2 n^niïjNi awïi o^sin na r*«wp arv-DN *ntt 
•paru t|an . nwi û3> «ria nayai tfih'im aobtt -naiE mb ^»wi 
•pibaptt imVr ^tt^tà "pribai pm Krwrp •jm^a ï-inbatt 



PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN 27 

Tbna OD73 ïtiTi . b^^ïtoI \b**l xah 1^73 talwbaai Hma^ 
fcnairaa pn "pn *pr« na , piana Ktorn ■pbna cjn panai arwrp 
bapib N:b53 -narab wjam» "paii rMfiW xmn Nfi3i7obi £^373^nb 
,r-rr*:n r/^ïa r**nn*n sraba 'p'-iprflai Nbm Nma •p'nprfliH r>siro 
M"*W3! r>*D3n r>*"*rj la nn jwd ni3i53l bwrarab pb^ iai 
nïtt biibi «sroï 1 173 ï"nayni fûb fPN tab r>*3?3i }b "nïi v^&n 
pi r^n^n t»i irions i^i nwn 173 Tipn« "paîpl r>ïmTO in 
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iin i^-i73Ni iiîiDipDDN ?<bnsb ^b •jmnrji ^isn n^an 11M373 ï-jnbp\i)"i 
1i;n np&Ni nnap ^b Tirn r^^a^i^ 113N Jnsro^rj ^bi ïib n^roi n b 
n^rr^Nn bai "pïTiitai iinnij» q&< n^ipiNn «naa •jirjN nipi»i >i ïTi73 ta i^b 
1iin3T Na^biraT rMTPtBtta rra inisaii 113^ Sn3>an pnnai ï-ia Nin 
na^ i^^ Si^Miîin wûfi rAïtl "jnï-îb ni73^i .naiz r>i.bn imaN fiOlW 
parj a73b*i î-rnna ■j-idsn iva N373 b"j73 tsn^u?» t^nti ■ttm^ nu:3n 
KïibKa pneam iiab p^an Nb^i "pr-ib p^roNi rsnroirti 173 "jinsN 
«anu)bi xniiobi r^iaaïsb ii^om r>4b S]N t^^-iNi ar^m r^naj* 
rn*wE3 avïm irr 3*w»a pnèrpni Nb^ t^n^a 173 r^tinb iwN r>ï-i^rT3i 
wiunaDai r>t-bwN rNîbT *rrxhwi ^1253 na^i nnba iinrosm r>trrbN 
n*^3 nai 1T173K31 ia^ Hibl r>*rpia»a l^nsasi in^ r>ibT 113^ iuj^ 
rMTJttrm in mai iï-r Ni-îbNT y\n I^ton pnntWDa r>^bN ^in^ 
ibmpb bb73 Mnîrao lirr^n 1^1 in .^mabn iim^i iinb iaai 
•pi r>januji ^irrowi pnba ibcspn^i an&nn r>sir; t^iuji t^ni 
J"«rDntt353l xa^ bai i3ipDn lin^ba» I373p b^air r>ibi n^unxi ipn^ 
• iniaN fePTiîT inwi «n^iaroa ^nsiaii in pbaps 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« Nous faisons de nouveau savoir à votre amitié que le 20 du 
2 e Kanoûn, qui est ! Tannée 835 d'Alexandre, nous sortîmes de Hir- 
tha 'de Naaman avec l'honorable Mar Abraham, prêtre, fils d'Eu- 
phrase, qui a été envoyé de la part de Justinien, roi des Romains, 
auprès de Moundar, roi de Hirtha, pour qu'il fit la paix avec les 
Romains, au sujet duquel nous vous avons entretenu dans notre 
première lettre, dont nous, ainsi que tous les croyants qui sont 
auprès de nous, recevons les bienfaits et qui aide notre parti, les 
croyants. Il connaît bien ce que nous avons écrit auparavant et ce 
que nous écrivons en ce moment. 

Ayant voyagé dans le désert vers le sud-est pendant dix jours, 
nous trouvâmes le roi Moundar en face des montagnes de sable qui 
s'appellent dans la langue de l'Arabie Ramla. Quand nous fûmes 
entrés dans le campement de Moundar, vinrent nous trouver des 
Arabes païens et des Ma addites qui nous dirent : que vous reste-t-il 
encore à faire depuis ce jour et après? Voici que votre Christ a élé 
chassé (des pays) des Romains, des Perses, des Himyarites et de 
toutes les autres contrées. Et pendant que, par ces paroles et par 
d'autres paroles semblables, Mar Abraham et nous avec lui, nous 
étions insultés par les Arabes païens et par des Ma'addites, nous 
survint une grande douleur, qui est aussi une grande souffrance 
pour tous les vrais fidèles. En effet, il vint près de nous un ambas- 
sadeur du roi des Himyarites chez Moundar, roi de Hirtha, qui lui 
apporta une lettre toute pleine d'arrogance, dans laquelle il l'infor- 
mait des sévices qu'il avait infligés aux chrétiens de Nagran, ville 
des Himyarites. Il lui écrivait de cette manière : 

Le roi que les Éthiopiens avaient établi dans notre contrée est 
mort, et, l'hiver étant arrivé, les Éthiopiens ne purent pas venir dans 
notre contrée, et moi, je devins roi de toute la région des Himyarites. 
Et, avant toute autre chose, je pensai faire ceci, exterminer tous 
les chrétiens de toute la région des Himyarites, ou bien autrement, 
qu'ils renient le Christ et deviennent juifs comme nous. Avant tout, 
je pris le parti de chasser (de leur siège) et de saisir tous les 
Éthiopiens laissés dans notre pays à la garde de l'église qu'ils 
croyaient avoir solidement fondée dans notre pays, et je les tuai tous 
au nombre de deux cent quatre-vingts, moines et laïcs, puis je 
changeai leur église en une synagogue juive. Après cela, je conduisis 
avec moi une armée de cent vingt mille hommes et je partis pour la 
ville de Nagran, où je mis le siège assez longtemps. Voyant que 
la ville ne pouvait pas être prise par la force, je donnai ma parole de 
serment aux habitants qu'il ne leur serait fait aucun mal, s'ils con- 
sentaient à me rendre la ville; par cela ils se soumirent et ouvrirent 
les portes de la ville. Tous leurs chefs sortirent alors vers moi, mais 

1 Le texte de Jean d'Éphèse (d'après Denis de Telmahre) a N^ï"!*! ' de celle * • au 
lieu deïTirPNI, « qui est ». Voir Assémani, Bibliotheca Orientalis, I, 364. 
* Ville appelée par les Arabes • Hîra ». 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 29 

il ne me parut pas qu'il convenait d'être véridique à l'égard de chré- 
tiens. Je commençai donc par leur demander de m'apporter leur or, 
leur argent et tout ce qu'ils possédaient, et, quand ils me les eurent 
apportés et que je les eusse reçus, je leur demandai qu'ils me mon- 
trassent leur évèque Paul. Ils me dirent qu'il était mort, mais je ne 
les crus pas jusqu'à ce qu'ils m'eussent montré son tombeau. Alors je 
fis déterrer ses ossements et je les brûlai par le feu, et je fis brûler 
aussi leur église, leurs prêtres avec tout ce qui s'y trouvait. Après 
cela, je leur demandai de renier le Christ et la croix et de devenir 
juifs comme nous, mais ils ne voulurent pas. Je leur dis: voici, 
les Romains ont maintenant reconnu que le Christ était un homme, 
pourquoi errez-vous après lui, êtes-vous donc meilleurs que les 
Romains? Nous ajoutâmes : nous ne vous demandons pas de renier 
Dieu, le créateur du ciel et de la terre, ni d'adorer le soleil, la lune et 
les autres luminaires ou toute autre créature, mais de renier Jésus, 
qui s'est considéré comme un dieu et de dire seulement qu'il était un 
homme et non un dieu. Nous les exhortâmes beaucoup, mais ils ne 
voulurent pas renier le Christ, ni dire qu'il était un homme; et dans 
leur foiie ils dirent qu'il était Dieu et fils du Miséricordieux et ils 
préférèrent mourir pour lui. Leur chef raisonna beaucoup avec nous, 
mais il eut la récompense qu'il méritait. Tous leurs autres chefs 
furent aussi tués et les restants s'enfuirent et se cachèrent. Nous 
n'avons pas encore pu mettre la main sur eux, mais nous avons 
donné l'ordre de les tuer partout où on les trouverait, s'ils ne renient 
pas le Christ et ne deviennent pas juifs comme nous. » 

Suit un récit relatif au martyre des femmes, dont voici le ré- 
sumé : Après le massacre de leurs maris, les femmes, exhortées 
à professer que Jésus était un homme, refusent de le faire et 
proclament, au contraire, qu'il était Dieu et préfèrent mourir pour 
le magicien et séducteur (Nttnm fctt^afc). Les nonnes se dispu- 
tent à qui mourra la première. Toutes sont tuées, à l'exception 
d'une très belle et très noble dame, à qui le roi accorde un répit de 
trois jours. Le troisième jour, invitée à renier le Christ, elle court 
à la grande place de la ville, la tête découverte, et fait une longue 
allocution aux femmes païennes, chrétiennes et juives, ses com- 
pagnes. Elle leur parle de ses richesses et de sa beauté, non gâtée 
par l'apostasie judaïque (cot-pt KnrviDM bnnnn 50 *d), ainsi que de 
celle de ses filles, et les exhorte à persévérer dans la foi du Christ. 
Elle se présente enfin devant le roi, tenant ses filles par la main, 
et, en tendant son cou au bourreau, elle crie : je suis chrétienne. 
Une des filles ayant proféré des injures, le roi leur fait trancher la 
tète et verser leur sang dans la bouche de leur mère, qui partage 
bientôt leur sort. Le roi jure par Adonaï d'Israël qu'il est très 
touché de la beauté de cette femme et de ses filles et qu'il est 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

étonné qu'elles aient pu s'attacher ainsi au séducteur et magicien 
qui a osé se proclamer Dieu. Quant aux enfants des autres mar- 
tyrs, le roi, prenant en considération la prescription deDeutéro- 
nome, xxiv, 16, les laisse en vie jusqu'à leur majorité, où il leur 
faudra renier le Christ, sous peine de mort. En attendant, ils sont 
distribués aux magnats du royaume. Ce qui vient après mérite 
d'être cité textuellement ; c'est la fin de la lettre du roi himyarite : 

abaN rcnttûia "ppatt ab t^m annm ^mabab ian lana Tbm 
nw frowû inï-îb^bi m^ ï*«an rua t]N ib-n *<an t^nn»a ^n 
.jaûVim ïaw pn t\sn ^pa ^ anbm ^a yiaN na*ri ^acabran 
ûiabai auwn "pnb «irtn ûïïïbaa ■ptabwa man wiii 'p ba» 
.-jb nnraai ib mbui t^nn £]bn "jrnabfcb awamn 

« Nous avons écrit ces choses à ta majesté, afin que tu t'en 
réjouisses, car nous n'avons pas laissé un seul chrétien dans notre 
pays. Toi aussi, fais de mémo-, que tous les chrétiens qui se 
trouvent sous ta domination suivent ta religion, ainsi que nous 
avons fait dans notre royaume. En ce qui concerne les juifs qui sont 
sous ta domination, aide-les constamment en toute chose, et tout ce 
que ta majesté demandera en échange, envoie-nous le dire et nous te 
l'enverrons. » 

Après cela vient, en apparence, la continuation de la lettre prin- 
cipale, mais le morceau suivant diffère tellement de ce que nous 
savons jusqu'ici, qu'il doit venir d'une autre main, comme on le 
verra tout-à-1'heure. 

•pr^N TD anTm s^aba n^-ittb fco-pïïrn aaba ana "pî-iba "pbn 
l'a *p»fiH &«rs ona-iN na wa^p ûi-rûN "n'a unspn û? «nmyaa nmb 
NDIpODN »0A10 "H» NUD^pn WOn ÛJ> Nabft «aNaov p *nniziWï b^b 

■npp» 15"! »*<wib wonai wr«i3 ma r<™ iaw r^sstn ma^i 
na&n "pnatt *-pni Nwao tznpn NnTm TiaiE d^p pbït s^pavû 
rsrab^aa bnfri -jm'a ^a r^maa^ ^pa j*W7«n ttttnM "pa 
■jtti t^no Maica p s^-pam aaba n^aatwr ta "pbn .nnantotoi 
am^a KiTWi aobtt 'pas ana Nb pnbab nnsa "j'ai "Wi «nn^aa 
t^npy mm asam Wn* 1 tanpi aabab paa ^tttf anar» "in aba 
pana *pbm • wrnb'i «sanb Nnnn mm Nr-aona *pnbab Nnan 
nnpn^ nna jtn kww ftb^ nbb»» }tti -nan» mbl nïton i» 
!>tn^rn fcob« Tima û'rp N^^m aoba \n nTiPta&n ï*nn «nna» 
•j-imb^ ûp «an «aanViK 1 ! aosnin aww i^rn wtao-o nbapna Naaw 
Mpvwai «mam -pan nappa* aoba mai» Fi ^n arr^an naia tjbn 

1 Le manuscrit P. offre OWPA. 



PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE PŒDJ1UN 31 

rcwte nm «n innb na«i natabittH «anao-û &n«r» ^aa iinbab &np 

•pi-nai: nVi wrwmab id^wsi Ttfïiab «a» m^a ^n^wia abi "pab mwan 
■pbrtb tt)*ia t^stt firawa è**iûîi an s^wiDwt nnbm t**tt3ïi ïsn idin 
ipian **w»m f<ab?: 1*15» naw btap t*<aa\s r-^mtëîaa ■n'es r^bi 
î-rb Tirana b^ttVi "pan *wnsi î^-rttn )ni f»*i im 'pïirn:' ain 
isstt aa r^b . mmttttb pDim "pnaK ■ponenritt r«<b "pna&n t^mra 
r*ob>a V a "i aowteb "paa pSNi ■non t^javrh t^onsn ^ab)a "je 
«bi "pas t^sa n?jN r^aa im . mna ï» l" 1 ^ tpD&o bcap^ï t^-pttJTr 
r<a'r>a ntj« "pbn lai rr«*Ptt)5Qb i-jb tinaN 'psntti ^b "pnaN ^au) 
**Énao t^zaa ia s^saona t^-ian yn in ^rm^n *pMba a^rp Traia 
. . fcoVa n:3îi nttKM t**tbi t^bn nw»ab tobîab *i»ni Dp j^tnntf 
•msaa'i r^miB7ab Nssna'i ib nabtti r^saons fa^in ^b^ ^paraa *ib 
n?annN f»r?i . pnaan anaai pnaai *jati «wû N*ba ïrnswûa 
na in t*w . i»np : bbiam na« r™?a na&n Mb ntt&o wb* tobiï 
r^ra bbtttt É^nbN nbm tpnn r<ab>a tnp *i5aai ^att^rra r*nan 
)J2 '•CD t-na t^ïb^i batt ^b sba t^s^?a ©aa î^ïbi s*on bm î^bi 
n:n tarons t<:wX ûKp «mfcb toaia* t^nb» nbm Ta tjbn . Nann&n 
r^aa^an s-rma^ab mai» t^abïï t**în vd "pw , t^aa aap t^bi 
traîna ûi?a rtb n»«ai xdbn naraa 5*<b ■■\ ta n» , 7p bb?j ^bm t^bi 
nn w»b*ai V N *** a ^ T* W1rt ^^^^ rtniar^i bia?ai nnan^ b m ûiï 

.Nnitii «a^n i» 

« Le roi des Himyarites écrivit toutes ces choses, à Moundar, roi de 
Ilirtha, lorsque nous étions près de lui dans le désert avec le révé- 
rend Mar Abraham, prêtre, fils d'Euphrase, de qui nous avons parlé 
plus haut, qui fut envoyé par le roi Justin, avec le vénérable et saint 
Mar Sergis l , évêque de Roçafa, afin de faire la paix entre les Arabes 
des Perses et les Romains. Quand cette lettre fut lue devant Mundar 
de Hirtha et plusieurs autres personnes (quelques-unes de ces 
choses, c'est l'ambassadeur des Himyarites qui les a dites en raillant 
et en se moquant des chrétiens avec arrogance, car les vexations 
que le roi adressa aux bienheureux martyrs et à l'illustre Daoumi et 
à ses filles, le roi des Himyarites ne les a pas écrites toutes dans sa 
lettre, mais le messager les a racontées au roi devant les juifs et les 
païens et ce fut une grande douleur pour tous les chrétiens et une 
grande joie pour les païens et les juifs. Et nous avons écrit ces choses, 
les tirant de la lettre adressée à Mouodar et des paroles de l'envoyé) ; 
après que cette lettre envoyée par le roi des Himyarites fut lue 
devant Moundar, roi de Hirta, comment les chrétiens de là avaient 
été tués et quelle grande tribulation et persécution les avait atteints, 
le roi Moundar se fâcha et, par raillerie et dérision, il appela tous 
les chrétiens nobles de son royaume et leur dit : 

« Voyez, chrétiens, je vous ai prévenus et vous ne m'avez pas 

1 Ou Qiorgis. 



32 REVUE DES ETUDES JUIVES 

écouté. Je vous ai dit : laissez le Christ, et vous n'avez pas voulu ; 
laissez donc, du moins, à présent la religion du Christ. Voici, vous 
venez d'entendre ce qui est arrivé à ceux qui n'ont pas renié le Christ, 
comment le roi des Himyarites les a tués et exterminés et comment 
il a aussi brûlé leur église. Voyez, le Christ a été chassé par les 
Himyarites, les Perses et les Romains, et vous ne vous décidez pas 
à l'abandonner? Je ne suis pas meilleur que le roi des Perses et des 
Romains, qui a chassé et fait sortir les chrétiens, ni que le roi des 
Himyarites, qui les a tués et exterminés de son pays. Voyez, com- 
ment je vous ai parlé et vous ne m'avez pas écouté pour abandonner 
le Christ ! » 

Quand le roi Moundar eut prononcé ces paroles devant tous ses 
grands, un d'eux qui était chrétien, mû par un zèle ardent, se leva 
et dit au roi courageusement : « Non, ne parie pas ainsi, ô roi. Ce 
n'est pas de ton temps que nous sommes devenus chrétiens pour que 
tu nous conseilles d'abandonner le Christ et de renier le christia- 
nisme, mais, ainsi que nous, nos pères et les pères de nos pères 
étaient chrétiens. » Le roi se fâcha alors contre lui et lui dit : tu oses 
parler devant moi ? Ce grand et fidèle personnage répondit et dit 
devant le roi : Je parle pour la religion de Dieu et je n'ai pas peur ; 
personne ne peut rien me faire, car mon épée n'est pas plus courte 
que celle des autres. Certes, pour la religion de Dieu je me lèverai et 
je combattrai jusqu'à la mort et je ne craindrai pas. Quand le roi 
Moundar vit son courage et comment il parlait devant lui sans 
crainte, il ne put lui dire autre chose par égard pour sa famille et 
son autorité, car c'était un grand personnage dans le monde et un 
des chefs de Hirtha. » 

Les traits suivants établiront, comme je l'espère, l'origine diffé- 
rente de cette pièce. 

1° Mar Abraham y est dit avoir été envoyé de la part de Justin, 
l'introduction de la lettre principale mentionne, au contraire, 
l'empereur Justinien. Un même auteur ne se contredirait pas à 
quelques pages de distance. La considération que les Orientaux 
appellent Justin Justinien 1 er pourrait être invoquée tout au plus au 
cas où le nom de Justin figurerait en premier lieu, alors, on son- 
gerait à voir dans la mention postérieure de Justinien une négli- 
gence de plume. Mais maintenant que la forme moins exacte, Jus- 
tinien, se trouve avant, en employant plus loin la forme exacte 
Justin, l'auteur, s'il était le même, se serait aperçu de son lapsus 
et l'aurait corrigé. Pour un interpolateur étranger, ce change- 
ment des formes du nom du même empereur n'avait rien de cho- 
quant et il ne se souciait guère de corriger la première forme. 

2° Cette pièce mentionne d'une façon abrupte deux noms propres 
qu'ignore le récit principal : Serge, évêque de Roçafa, comme 



PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN 33 

compagnon de Mar Abraham, et L'illustre Daoumi comme étant la 
noble chrétienne qui avait subi le martyre à Nagran. On est donc 
en présence d'une interpolation postérieure qui a emprunté le 
dernier nom à la seconde partie de la lettre dont nous traiterons 
plus loin. * 

3° Cette pièce représente le roi Moundar comme antipathique 
aux chrétiens et ayant déjà essayé de leur faire abandonner le 
christianisme. Gela constitue une flagrante contradiction avec le 
témoignage du texte principal, qui le dépeint comme un ami sin- 
cère et un protecteur éprouvé des fidèles. 

4° Le passage que nous examinons raconte sans broncher cette 
énormité que le roi Moundar fit venir tous les chefs chrétiens de 
son royaume dans son campement au milieu du désert, éloigné de 
dix journées de marche de Hirtha. Il a donc fallu vingt jours pour 
que les chefs de cette ville aient pu recevoir l'ordre royal et se 
rendre auprès de lui, et encore ont-ils dû partir le jour même. 
Or, l'ambassade qui était avec Mar Abraham partit de Hirtha 
le 20 janvier et rentra dans cette ville le 19 février ; elle est 
donc restée avec le roi neuf jours seulement (du 31 janvier au 
9 février) et n'a pas pu, par conséquent, assister à l'assemblée 
des chefs chrétiens, ni connaître personnellement les choses qui 
s'y étaient passées. On voit que l'interpolateur a entièrement 
perdu de vue la distance et les dates indiquées dans le texte 
principal. 

J'ajouterai une autre considération, qui est un simple point 
d'interrogation .à l'adresse de plus expert que moi dans les usages 
de l'église syrienne. Mar Serge porte dans notre passage le titre 
de N\cnp «saint», mais ce titre est-il donné aux évêques par 
ceux qui se trouvent près d'eux? Si non, ce serait une preuve 
de plus que l'auteur du passage n'est pas contemporain de l'am- 
bassade. 

Quoi qu'il en soit, du reste, de cette considération, le caractère 
d'interpolation de notre passage est indéniable. Il appartient à un 
autre auteur qui, connaissant l'existence d'une église consacrée à 
Saint Serge à Roçafa, a voulu introduire ce personnage dans l'am- 
bassade romaine, afin d'apporter un témoignage de plus en faveur 
du récit relatif aux événements de Nagran. Pour ce qui est du 
nom de l'héroïne, il l'a simplement emprunté à la suite du texte 
principal, auquel nous nous hâtons d'arriver. 

Donnons d'abord la transcription du passage le plus important, 
qui invoque deux nouvelles sources d'information et qui ajoute 
quelques détails à la narration sommaire qui précède. 

T. XVIII, n° 35. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^fcnafcl Krwnp Nnanrn statua l^lna ifcysi ^rwnb vna nsi 
«ajairt» Ta m&aN • twim mbi «ma«a ■nn p^na «n y^bn l^fî^ 
Va aab?: mai» mb Kitt Trimai w»taona nn anara tas» ^i^n 
inîrma nai Nn^m «nnaa finûia nn iDb»«i Bwtaon? ^^b)o in 
arao-û aob» ifi nb ain nmi lirrb n3>ttnu:8 172j>di NnTna un 
inaab wttwi «htm l?a anaa nsi naa &nn ba^i paN Nirt TïiîH 
anaa NDïi b^an in . inaa i?d «a*»» liftb Nmai ktnd ^bisa-i î^îna^i 

aaan «a^aa* vrw e<riN 

« Et à notre retour à Ilirtha de Naaman, le lundi de la première 
semaine du Carême, nous apprîmes des choses qui n'étaient pas 
écrites dans la lettre adressée à Moundar. Quelques Himyarites 
fidèles, avec un messager chrétien qui a été envoyé au roi Moundar 
de la part de ce roi chrétien que les Éthiopiens avaient mis sur le 
trône dans le pays des Himyarites, s'étant trouvés dans Hirtha de 
Naaman, apprirent que le roi chrétien qui les avait envoyés était 
mort. Par suite, ils payèrent un homme de Hirtha et l'envoyèrent à 
Nagran pour qu'il vît et apprît la vérité et leur apportât des rensei- 
gnements de Nagran. Cet homme revint et rapporta les renseigne- 
ments suivants. » 

Le rapport du messager confirma les points principaux de la 
narration précédente : le roi himyarite, après avoir trahi sa pro- 
messe, enleva les richesses des habitants et brûla les ossements 
de l'évêque, l'église et tous ceux qui s'y trouvaient, fît venir en sa 
présence tous les magnats au nombre de deux cent quatre-vingts 
et menaça leur chef, l'illustre Harith, fils de Ka'b (aa>a na mn), 
en l'invitant à abandonner le magicien et séducteur, sous peine 
de mourir misérablement. Dans sa réponse, le noble vieillard lui 
dit courageusement : « Si les autres chrétiens ne m'avaient pas 
empêché, j'aurais engagé avec toi une bataille ou une lutte person- 
nelle, où j'étais sûr de vaincre. Je ne t'aurais pas ouvert la porte 
sur ton serment, sachant d'avance que c'était faux et tu n'aurais 
jamais pu prendre la ville. Je ne renierai pas le Christ en ma 
vieillesse. En vérité, j'ai vu beaucoup de rois, mais je n'ai pas vu 
un roi menteur comme toi. Le Christ m'a tout donné dans ce 
monde, enfants, parents, noblesse de race ; j'ai vaincu dans plu- 
sieurs batailles par la puissance du Christ, je vaincrai aussi dans 
celle-ci. Tu espères détruire le christianisme d'ici, non, il domi- 
nera et ton judaïsme s'éteindra fjrwirr rtt*Tij... Cette église 
sera reconstruite après ma mort et je lui laisse les trois parts de 
mes biens. » Les chrétiens appaudirent plusieurs fois à ses paroles 

1 Bonne leçon de Jean d'Éphèse, Le texte P. donne tfnTrl 1?a- 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 3& 

et le roi, voyant qu'ils ne voulaient pas renier le Christ, donna 
l'ordre de les mener près du torrent nommé Wâdî (abmb 
«■m Nnpna^i), de trancher leurs têtes et de les jeter dans le tor- 
rent. Les chrétiens restèrent inébranlables, et, quand on eut tué 
le vieillard, ses compagnons accoururent et enduisirent de son 
sang leur figure et leurs vêtements ; puis, tous reçurent volontiers 
le coup d'épée. Le nom du glorieux vainqueur était Harith, fils 
de Ka'b. 

Un autre épisode, dont il n'a pas été fait mention dans la lettre 
du roi des Himyarites, fut rapporté par l'homme revenu de Na- 
gran. L'enfant d'une des femmes mises à mort, voyant le roi assis 
sur le trône et portant des vêtements royaux, allait lui embrasser 
les genoux. Appelé par sa mère, l'enfant dit au roi : je croyais 
que tu étais le roi chrétien que j'ai vu dans l'église (*b rmoi 
smra mTm iti araon^ rûN fiobm) ; si j'avais su que tu étais 
juif, je ne serais pas venu à côté de toi. Tu as beau m'offrir des 
noix et des figues : ma mère et moi, nous ne mangeons pas les 
noix des Juifs, parce qu'elles sont impures (ntia *p5tf ■pattai baiï 
fcOTvn). Je ne reste pas à côté de toi, parce que ton haleine sent 
mauvais (ano ^mTi ba?û). Le roi s'étonna qu'un enfant aussi jeune 
eût pu déjà être séduit par le séducteur et magicien. L'enfant, 
voyant que le roi ne laissait pas aller auprès de sa mère, le mordit 
au fémur en lui disant : laisse-moi m'en aller près de ma mère, 
méchant juif (wz n"HT«) ; ô ma mère, les Juifs m'emportent (aïn 
aoTn ^b ybpta), viens me chercher pour me mener à l'église. La 
mère cria : va mon enfant chéri, je te remets à Jésus-Christ, qui 
est dans l'église ; nous l'attendons. Après ces mots, on lui trancha 
la tête. 

Enfin, un troisième épisode, dont il n'est pas question dans la 
lettre du roi himyarite, fut rapporté par l'homme venu de Nagran. 
Je le transcris textuellement ci-après, à cause de sa grande im- 
portance. 

yvn ma *pa nw srrvwi wi r^maaiiin amw tab nn-Di 
ï**rrtt)»a msam Na^bsa p*nm n»Nb sssbfc nE*n n^Eia la pta 
r^bn *p p-^pn ï-ib mttan ifTiMa aabfcb inp^T api^ ïitdis nba 
Nmrafca msam ann «aibs&a pinni *k$ t^nabtob iHsm nnîia 
Nnibsm «miBEa nsai baa n^ai ^na-n >&rp ■pnbaan *p -psa 
mm^ai ^om V 2 "'osa aai *pa« yn ien «aai *v arnica "jmaN 
Nf^ir "pis ïsronaa a^bsa pinm ^mizîfca mosm -eôô i»Nm 
ï-ioaan» *nmn aab7ûb arrcmtfi ïrma *-ntta pnîi .m» bap 
l-na.Wi ftrrov masi J^i froffi . Sj>b *p a^nai *p« Nnm ■'M 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« La fille cadette de la bienheureuse Daoumi, ûgée à peine de neuf 
ans, ayant entendu que le roi disait à sa mère de cracher sur la croix 
et de renier le Christ, remplit sa bouche de salive et cracha sur la 
figure du roi et lui dit : Sois conspué, parce que tu n'as pas honte 
de dire à la reine ma mère de cracher sur la Croix vivifiante et de 
renier le Christ. Sois renié, toi ainsi que tous les juifs, tes compa- 
gnons, et soit renié quiconque renie le Christ et la Croix, comme toi. 
Le Christ sait que ma mère vaut mieux que la tienne et ma race plus 
que la tienne. Tu as osé dire à ma mère de renier le Christ et de 
cracher sur la Croix, puisse ta bouche être fermée, ô juif meurtrier 
de son Seigneur. Ces choses dit la fille de la bienheureuse au roi, et 
aussitôt elle fut égorgée avec sa sœur, comme il est écrit plus haut. 
Le nom de celle qui a remporté une si belle victoire était Daoumi, 
fille de Ezmenî. » 

La fin de la lettre mérite également d'être citée textuellement : 

**w»ao ta^pi aobfc -iia-ra ûip T>bfi ^sn NnaTia -npnN ian 
p-tttDi "pïTEins "pana ainsi «awia "pnbab isnan t**np? mm 
Nmrtoïia abm awin î^bi nwb^bpi ba?ai p^B» ia "paa-inb 
•pissb nh^x) ta* ip-n? Nsnpo^DN î^^^pi aranb 'pbn ïOTna 
waitaanai 'pïiba *pbn a-niaDabai «aipa^aai fcttyn 212 ïiwwai 
baa>a Nb« Kn"%m aa^iano yn 'piana «bi ioianai t-obttb ainaai 
«a^rrai t<ny*n& ïjn "pbïi t]ao "païi "pi pi^na , *paiia m«V»>pi 
Wiabi anpiiDpi N^D^pbi N^p^b^pi aianabn s^a^paNb "pi "isn 
«nu^ip amnobn ainab «anam "piayai Narrai «navrai «a-iiabi 
, » amabion «niû^ip aman «sbœi «a*»© b3> "pb^ai ba>b "pa "ja^nai 
«nia>i Noia s-pa p-inas épitît «ni t^Dipa^aa t]N \n "pana 
araa>b pi-p-ian ^ifr pi^o ant^a pb^i , «"ra-imi «mina î-pai 
■pï-iba c^na^isi pi «aipa^aa a^sm annaa *-p«i «a^onan 
aont-pb ■ynm*! nn aca-ip "paaai bas «nnNi N*wp t^wi-m 
.r^aibs rrnn piïib p*ino?ai «miîio Jn^ai Nn^y^r «na ynara 
Nnaraa «naia ba "prias «ana yi-nura ^^ataa nw pbîi aoiw 
ab« , N'n'ranl «raona^ mzy ny tswwû piaEi t^aata «aat bai 
Nsmia ibi t^ma^caona a^pnni ■panm «aipa^DN pat* sa^boia i» 
«ana "nan ■paabna'n imaaTnbi t-^absb "pa^aa ÉTliiTi pas 
p"ntt« «b ira j^-paN n-pa ■pujannâ'i ana^-ral aa-ram ariacal 
■p-iltira «b^r Naia> pbnai «b« «nu^a t|bn Nntt^a tsniinl pnb 
«ma^a pinba 'pbj-H in .an^m aabs n-nb «a^T «ansnai aa-ina 
•pnb "p-racoi so-pm-i Na^aona^i araa> r-nb na>a la^na b^b 'jai 
Na-^bit n-^nn i» 'p'-nanai ii^niaïaa yipva t^in l^a3> «b )&~i 
o«n naa «^n Ni-ran^i «aba 3>aia ^an ><2^aana "pmb^ pabniïîai 

1 Ici finit le texte dans B ; ce qui suit se trouve seulement dans P. 
a M. Guidi incline à corriger "p^n IN 1Î1 K!a"lp (Kepàxiov). 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NED.JRAN 37 

èon 9*v* »b« .k^bwi bwm )k wmi wian êwiït b* 
KiTiî-pb Ninaiio kïïi wm «•mob rrb t^sn^ûi fcpiwn Kati^ï bstti 
NT,n sdi e^trwa «aim wNd^ fc-ittm i-xb nnnoN Nba f-osnbi 
Itrrn^ltt b* 'piûNrH Nm;n "pa aman» ïbana n-im btaloi kiwi 1?: 
»rtbK h*wDaa ÈPtnnOT ^m .ïruoa "pi-ib^ 'pam n^^o *pn «bat 
s-rrran&b woa k-wi "«m n:a> t]bn ™bs tzb^N-i «aa fwn 
ba-ai N'On Krvwi wNDbipi «ipTOi «naiie ï-rb^ i*n*pi S-ro^a w»at 

. ÏTon F»b*ttb*bi i»t 

« Quand la lettre contenant les choses qui précèdent fut lue devant 
Moundar et beaucoup d'autres personnes, une grande angoisse 
s'empara de tous les chrétiens. Nous nous empressâmes d'en faire 
une copie et nous l'adressâmes à votre amitié, en vous priant qu'aus- 
sitôt que possible, sans retard et sans négligence, ces choses soient 
portées à la connaissance des révérends et saints évêques, réfugiés 
avec le Christ en Egypte, afin que le patriarche d'Alexandrie les 
apprenne par eux et que ceux-ci insistent auprès de lui pour qu'il 
écrive au roi et aux évêques d'Ethiopie qu'ils ne négligent pas les 
affaires des Himyarites, mais qu'ils s'y mettent aussitôt que possible. 
Que les unes et les autres choses (de cette narration) soient aussi 
portées à la connaissance des villes des fidèles, savoir à Antioche, à 
Tarse de Cilicie, à Césarée de Gappadoce, à Édesse et autres villes 
des fidèles, afin qu'ils fassent les commémorations des saints 
martyrs, hommes et femmes, mentionnés plus haut, et qu'ils prient 
pour la paix et la tranquillité des saintes églises et du gouvernement. 
Que les évêques sachent aussi comment les juifs détruisent l'asile 
des églises et les chapelles des martyrs des Romains et quels maux 
les juifs leurs compagnons font aux chrétieus qui se trouvent dans 
le pays des Himyarites. Mais les évêques de toutes les villes des 
Romains, anciens et modernes, pour gagner une petite pièce de 
monnaie ou deux vendent les églises et les chapelles des martyrs 
aux juifs, qui les démolissent sous la Croix. Les juifs qui se trouvent 
à Tibériade envoient quelques-uns de leurs prêtres, an par an et à 
certaines époques, et excitent des tumultes contre le peuple chrétien 
des Himyarites. Mais, si les évêques sont vraiment chrétiens et 
aiment que le christianisme se relève, et s'ils ne sont pas les associés 
des juifs, qu'ils persuadent au roi et à ses grands de faire prendre les 
grands prêtres de Tibériade et des autres villes et de les jeter en 
prison. Nous ne voulons pas dire qu'on leur rende le mal pour le mal, 
mais qu'ils fournissent des garanties qu'ils n'enverront plus ni 
lettres, ni personnages de marque au roi des Himyarites, qui a fait 
tous les maux indiqués précédemment aux chrétiens himyarites. 
Qu'ils leur disent que, s'ils ne font pas cela, les synagogues seront 
brûlées, qu'eux-mêmes seront chassés de dessous la Croix et que les 
chrétiens domineront sur eux. Car le roi des Himyarites, entendant 
cela, cessera de persécuter les chrétiens, par pitié pour les juifs ses 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

compagnons. Mais je sais trop que l'or judaïque passe partout et cache 
la vérité, et que les juifs et les infidèles n'en deviennent que plus 
arrogants. Mais l'amour de l'or et de l'argent est bien fort dans 
l'église et l'affection est diminuée chez les pasteurs, et c'est pourquoi 
on a enlevé les troupeaux aux pasteurs qui souffrent pour leurs 
troupeaux. Cependant, nous parlons, et eux, ils font leurs affaires. 
Mais ce que veut le Christ, Dieu et bon pasteur qui s'est donné lui- 
même pour ses brebis et son troupeau, qu'il le fasse à son troupeau, 
racheté par son sang précieux. A lui gloire, honneur, louange et 
adoration, à présent et en tout temps et aux siècles des siècles. 
Amen. » 

Le document se termine par une note du scribe, que je trans- 
cris ci-après. Le premier mot est écrit à l'encre rouge. 

Nsbtt "i;-n vitt» , tobio i» ^ l'mruafc^ *n amasb "pnNT rtti 
*î*n*Wi T^p 1 ^ Ènnsn awio iib^p^ i^ioni nwid -^win «^insm 
N3S1 ansba ï-vzwi araons &ob» ^bw&n **wn ï-nba Nsba )n 
xh^nft asins naina ■pîimbata'i awmLî "paî-ib t^i^o s-p:m «ni* 

• ■pttK uï'w bs 1^ 

« Le scribe (dit) : J'ai trouvé ces choses, et moi aussi j'ai recherché et 
j'ai appris de ceux qui allaient et venaient de cette contrée, envoyés 
par le roi. Ils racontaient que ce roi juif fut pris par les Éthiopiens, 
qui lui attachèrent au cou des vases de potier pesants et le jetèrent 
du vaisseau au milieu de la mer. Puis, régna un roi chrétien du nom 
de Alpharna, qui construisit l'église et un Martyrium à ces bienheu- 
reux, par la prière desquels l'humble écrivain soit sauvegardé de 
tout mal. Amen. » 

Nos lecteurs étant maintenant au courant du document prin- 
cipal, nous allons, sans autre préambule, en discuter la valeur 
pour voir si l'autorité qu'on lui attribue est vraiment justifiée. 

Date de la composition .—Nous avons déjà touché ce point plus 
haut à propos d'un passage interpolé. Ici nous devons y insister 
tout particulièrement, parce qu'il nous offre une preuve, pour ainsi 
dire, mathématique, que Siméon de Beth Arsham n'est pas l'au- 
teur de ce document. En effet, la date formellement donnée au 
début, savoir 835 d'Alexandre, c'est-à-dire 524 de l'ère vulgaire, 
est, d'après l'expression également formelle de notre document, 
l'année même où Abraham, fils d'Euphrase, fut envoyé auprès 
de Moundar de la part de Justinien. Naturellement, et tout le 
monde le reconnaît, il s'agit en réalité de Justin, que les Orientaux 
ont l'habitude d'appeler Justinien I er , mais une telle dénomination 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 39 

n'a pu prendre naissance que tout au plus pendant le règne de 
Justinien; il en résulte avec certitude que notre document, loin 
d'avoir pour auteur un compagnon de l'ambassade de Justin, 
doit avoir été rédigé après la mort de cet empereur, c'est-à-dire 
plusieurs années après l'événement et lorsque l'Arabie méridio- 
nale était gouvernée par une dynastie chrétienne. Ajoutons qu'il 
est impossible d'admettre que le nom de Justinien s'y soit glissé 
par l'inadvertance d'un copiste postérieur. D'abord le passage in- 
terpolé qui porte le nom de Justin montre tout au moins que la 
transformation onomastique n'était pas encore générale; ensuite, 
la leçon « Justinien » est commune au texte de Jean cCEphèse et 
à celui du Musée Borgia, qui appartiennent à deux familles diffé- 
rentes. Il y a plus, la leçon iournavou, au lieu de lourrivoi», au commen- 
cement du Martyriam Arethœ, qui est notoirement tiré de notre 
lettre syriaque, fait voir que Métaphraste avait lui aussi écrit : 
ïouaTivtavoû, comme le portait son texte syriaque, mais qu'un 
copiste récent y substitua la forme historiquement plus exacte 
ToiKJTtvou. En un mot, l'authenticité du nom de Justinien dans 
l'introduction de notre texte est à l'abri de toute contestation, 
et la seule conclusion qu'on en puisse tirer est que la com- 
position du document est postérieure de beaucoup d'années à la 
date qu'on lui assigne d'habitude. 

La date relativement tardive de notre document ressort avec 
une égale certitude de ce fait remarquable que Moundar y est 
qualifié d'ami sincère et de protecteur généreux des chrétiens. 
Même après la réception de la missive du roi himyarite, il leur 
tient un discours d'une douceur extraordinaire, et, au lieu d'un 
ordre, il les exhorte paternellement à renoncer au Christ, qui a 
déjà été chassé des autres pays ; bravé enfin parle chef chrétien 
de Hirtha, il ne prend aucune mesure pour venger sur les autres 
membres de la secte l'affront qu'il a subi publiquement. Eh bien, 
pour l'histoire vraie, Moundar avait un caractère tout opposé. 
Procope dit explicitement que, pendant les cinquante ans de son 
règne, il n'a pas cessé de faire aux Romains, c'est-à-dire aux 
chrétiens, tout le mal possible. Moundar est resté païen et païen 
des plus barbares. Il immola le fils de son rival ghassanide, 
Hârith, à la déesse Ouzza (Procope, De Bello Persico, II, 28), 
et, quant à sa haine contre le christianisme, il en donna une 
horrible preuve en immolant à la même déesse Ouzzâ ("m?) quatre 
cents nonnes devenues ses captives (Land, Anecd., III, 24*7). 
Pour qu'un auteur chrétien ait osé réhabiliter un ennemi de 
cette trempe, ruisselant de sang chrétien, il a dû compter sur 
l'oubli dans lequel ses actes abominables étaient tombés. Et 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme Moundar mourut dans une bataille, près de Qinneshrîn 
contre le Ghassanide Ilârith ben Gabala, juin 554, dans la 
2*7 e année de Justinien, il est clair que notre lettre est au moins 
d'une dizaine d'années postérieure à cet événement, et nous attei- 
gnons ainsi la dernière époque de Jean d'Ephèse (c. 586), qui est 
le seul auteur préislamique qui attribue cette lettre à Siméon de 
Beth Arsham, et encore, d'après le témoignage de Denis de Tel- 
mahré, qui mourut en 875, c'est-à-dire trois cents ans plus tard. 
Une considération assez plausible serait de nature à faire sup- 
poser que Jean d'Ephèse, qui a vu dans sa jeunesse Siméon de 
Beth Arsham à Gonstantinople, aurait compilé lui-même cette 
lettre sur des réminiscences inexactes de certains renseigne- 
ments qu'il avait obtenus alors en partie du célèbre prélat, en 
partie des versions populaires et très exagérées qui avaient cours 
en Orient durant le vi e siècle sur les événements de Nedjran. 

Voici cette considération : Notre document insiste plusieurs fois 
sur ce fait que le Christ Dieu avait été chassé de l'empire romain 
et de la Perse avant de l'être du pays des Himyarites. C'est d'abord 
l'ambassade romaine qui apprend cet événement de la part des 
Arabes païens deHirtha; puis, le roi himyarite annonce aux chré- 
tiens de Nedjran que les Romains ont reconnu que le Christ était 
un homme; enfin, Moundar lui-même dit aux chefs chrétiens 
réunis : Suis-je meilleur que les rois des Perses et. des Romains 
qui ont chassé et rejeté de leurs territoires « ceux qui croient 
dans la divinité du Christ » ? Quelque exagéré qu'on le suppose, un 
tel langage doit reposer sur un fond historique. Or, les persécu- 
tions contre les sectes chrétiennes, considérées comme hérétiques 
par l'orthodoxie officielle, n'ont pris d'extension en Orient que sous 
le règne de Justinien. A cette époque régnait en Perse Chosrau 
Anushirvân, qui, d'après le témoignage du même Jean d'Ephèse, 
s'est rendu coupable d'un cruel massacre de prêtres chrétiens 
(n, 19). La réalité de cette narration, ainsi que M. Noldeke le 
remarque avec raison, est des plus douteuses, mais vrais ou 
controuvés, ces massacres de chrétiens en Perse, contemporains 
de persécutions de chrétiens dans l'empire romain, ont pu fournir 
à Jean d'Ephèse, et à Jean d'Ephèse seul, la base de l'affirmation 
qui se répète à plusieurs reprises dans la lettre attribuée à Siméon 
de Beth Arsham. 

Malheureusement pour l'authenticité de notre texte, des raisons 
d'une toute autre nature semblent même s'opposer à l'idée devoir 
dans son auteur un contemporain du vi° siècle, que ce soit Jean 
d'Ephèse ou tout autre écrivain, et voici pourquoi. Le compilateur 
de la lettre dont il s'agit sait l'arabe classique et se complaît à le 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN /il 

faire savoir, dans l'intention visible de rehausser l'authenticité de 
sa narration par des traits de couleur locale. Or, c'est précisé- 
ment cette recherche d'imposer qui nous fait suspecter sa bonne 
foi. L'examen des deux mots arabes qu'il cite excusera notre scep- 
ticisme. 

Notre auteur appelle Ramla le lieu où se trouvait le campe- 
ment de Moundar. Non seulement il remarque expressément que 
ce nom signifie « lieu de sable (abrn) », mais il l'orthographie à 
la façon de l'arabe musulman ï-jbEn, avec un fi final. En admettant, 
ce qui est loin d'être prouvé, qu'on parlait l'arabe littéral au 
vi° siècle dans les environs de Hira, il est certain que ce mot, 
entendu de vive voix, aurait été transcrit en syriaque Nbtti avec 
un n. L'orthographe purement arabe avec n ne peut venir que 
d'un auteur qui a lu les livres musulmans, en d'autres termes, 
d'un écrivain postérieur à l'Hégire. 

Le rappel du mot arabe ^éo, qu'il syriacise enN^n = tfbfi3,« tor- 
rent », n'est pas moins probant. L'auteur suppose comme une chose 
bien connue qu'on parlait arabe à Nedjrân ; cela est parfaitement 
exact après l'Hégire, mais absolument faux au siècle précédent, 
où la langue populaire était le sabéen, langue où le mot wadi 
n'existe pas. 

Chose curieuse, notre auteur, qui sait bien l'arabe , ignore, au 
contraire, la nature exacte du parler sabéen ou himyarite. D'une 
part, il se tait sur le nom du roi qui persécuta les chrétiens, de 
l'autre, il nomme le chef chrétien de Nedjrân Harith, fils de Ka'b, 
en faisant confusion avec un nom de tribu habitant dans le terri- 
toire de cette ville 1 . Le nom de Vhérome,Daoumî, fille de Ezmanî, 
est encore plus étrange et n'a rien d'himyaritique ; 153 ni paraît 
même représenter l'arabe frw « idole », au figuré « une grande 
beauté », d'après le proverbe « plus beau qu'une idole ». On sait 
combien de fois notre auteur insiste sur la beauté extraordinaire 
de l'héroïne. Toutefois, comme la forme ^*n permet encore une 
autre explication par l'arabe dii 2 , nous n'insistons pas sur cette 
étymologie et il nous suffit de constater l'étrangeté du nom 
Ezmanî. Chose remarquable : Jean d'Ephèse n'a ni le nom de 
l'héroïne ni celui de son père. 

Le résultat en est forcé : la lettre dite de Siméon de Beth 
Arsham appartient à un auteur de l'époque de Justinieh, où, grâce 
à l'épître de Jacques de Saroug et au poème de Jean Psaltès, 
on supposait qu'il y eut une persécution de chrétiens à Nedjrân 

1 Ign. Guidi, l. c, p. 20, note 3. 
- Ign. Guidi, /. c, p. 2o, note 3. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sous le règne de Justin ou Justinien I or . Pour lui procurer l'auto- 
rité nécessaire, il l'attribua à un compagnon de l'ambassade ro- 
maine envoyée, sous le règne sus-nommé, près de Moundar de 
Ilira, et dont le chef était Mar Abraham, fils d'Euphrase. Le fac- 
turai anonyme, agrémenté des mots ïibfcn, ^n, wi et ^ttttf, fut 
bientôt assigné à Siméon de Beth Arsham par ceux qui savaient, 
par Jean d'Ephèse, que Siméon était présent à Hira au temps de 
Moundar. D'autres ont pris le parti d'insérer un abrégé de cette 
lettre dans les œuvres de Jean d'Ephèse comme dans celles de 
Zacharie, évêque de Mitilène, et c'est dans cet état que Denis de 
Telmahrê nous l'a transmis, en le rattachant plus formellement 
aux extraits qu'il donne des écrits de Jean. C'est au même com- 
pilateur peu consciencieux de Telmahrê que nous devons proba- 
blement cette affirmation, absurde entre toutes, qui fait de Hârith 
l'époux de la bienheureuse Daoumî. Prendre le Pirée pour un 
homme, c'est une erreur qui peut arriver à ceux qui parlent de ce 
qu'ils ne savent pas, mais donner à cet homme Pirée une femme 
et des enfants pour en confectionner une sainte famille de mar- 
tyrs, cela constituerait le comble de la fantaisie pour un auteur qui 
prétend raconter des événements contemporains. Jean d'Ephèse 
ne peut pas avoir écrit ces énormités. 

J. Halévy. 
(La suite au prochain numéro.) 



POLÉMISTES CHRETIENS ET JUIFS 

EN FRANGE ET EN ESPAGNE 



1. Pierre le Vénérable. 

Le traité de Pierre le Vénérable contre les Juifs est de 1146 ». 
Ce traité contient, entre autres choses curieuses, une traduction 
latine complète d'un ■nb p sna-iîT '11 îma?» qui diffère, en plus 
d'un détail, du même récit (voyage au ciel et aux enfers de Josué 
b. Lévi) que Ton trouve dans diverses rédactions hébraïques qui 
sont parvenues jusqu'à nous 2 , Ce n'est pas sur cette pièce, néan- 
moins, que nous voulons appeler l'attention aujourd'hui, mais sur 
deux autres passages de ce traité, où il est question d'un faux 
prophète juif qui s'était produit dans le Maroc, et de deux grandes 
familles juives de France. 

Voici d'abord le passage concernant le faux prophète 3 : 

Sed forte, ut etiam novum risum de te toti mundo exhibeas, in illo 
nostri temporis asinino rege prophetiam hanc completam dices, qui 
in Africœ partibus, contra novi nominis regem, videlicet de Merroch, 
insurrexit. Qui causa nefandee, hoc est Mahumeticee sectœ, illius 
perditee gentis infinitam multitudinem sibi adjungens, cum ante ple- 

1 On le trouve, entre autres, dans la Patrologie latine de Migne, vol. 189. 

4 Migne, col. 631 ; cf. Bet ha-Midrasch, de Jellinek, II, p. 48. Voici un des 
traits que nous n'avons pas retrouvés dans les rédactions hébraïques. Josué b. Lévi, 
dans le ciel, ne trouve pas de siège pour s'asseoir, il s'adresse alors à la fille de 
Pharaon, et lui dit : « Ton père est à la porte. » Elle court pour voir son père, et, à 
son retour, elle trouve Josué b. Lévi installé dans la place qu'elle avait occupée et 
ne voulant plus la céder. « Tu m'as trompée, lui dit-elle, mon père n'est pas à la 
porte. — Je n'ai pas dit, répond Josué b. Lévi, qu'il fût à la porte du paradis, c'est 
à la porte de l'enfer que je l'ai Vu. • La fille de Pharaon n'en avait pas moins 
perdu sa place. 

» Migne, col. 540-41. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

beius esset, paulatim in majus pessimo profectu profecit, ac sœpe 
cum jam dicto rege dimicans, fréquenter superior in pnvliis factus 
est. Et quoniam primis provectus sui diebus, ut facilius sibi stul- 
tum populum simulata lmmilitate conciliaret, asino insidere solitus 
erat, asinorum rex vulgo vocatus est. Talem hujus famam cum 
Judœi accepissent, statim in spem animas erexerunt, et plures ex 
ipsis regem illum suum, quem super asinum ascensurum propheta 
jam dictus prœdixerat, venisse dixerunt. Quis digne poterit tantam 
perditorum liominum insaniam deridere? Exsecrandi erroris ho- 
minem dolosum, crudelem, non aliquorum hominum tantum, sed 
multorum populorum occisorem, regem mansuetum, regem mitem, 
regem benignum, Judœi inlerpretati sunt. Cur saltem non attende - 
runt, quod nec de terra", nec de regno quod quondam fuerat Juda^o- 
rum, nec de ipsa saltem ultima stirpe processerat Judœorum. 

Il est extrêmement probable que ce prophète est celui dont 
parle Maïmonide, dans sa lettre aux israélites du Yémen, et qui, 
d'après lui, aurait paru à Fez vers 1127 '. Si cette identification 
est juste, Pierre le Vénérable nous donnerait sur ce faux pro- 
phète dont parle Maïmonide des renseignements qui sont intéres- 
sants. Il semble d'abord résulter des indications de Pierre le Vé- 
nérable que ce prophète n'était pas un Juif, mais un musulman. 
Les Juifs s'attachèrent à lui, parce qu'il avait l'habitude de pa- 
raître sur un âne, par feinte humilité et comme doit faire tout bon 
Messie, depuis la prophétie de Zacharie -. Le prophète musulman 
avait peut-être entendu parler de cette prophétie de Zacharie et 
s'y était conformé pour s'attacher les Juifs, ou bien, en montant 
un âne, il avait simplement voulu séduire les musulmans par 
ses airs d'humilité, sans prévoir que les Juifs y verraient un signe 
de l'arrivée du Messie. Le mouvement avait, sans doute, une por- 
tée politique, puisqu'il se produisit dans un de ces moments criti • 
ques où un nouveau roi arrive au pouvoir. Ce n'est pas un Juif 
qui aurait pu se faire suivre par une « multitude infinie » compo- 
sée évidemment de musulmans, ni se mêler d'une question de 
succession au trône, ni encore moins livrer des batailles au roi. 
Le Messie de Fez était donc un Messie musulman adopté aussi par 
les Juifs. Il livra des combats et y fut souvent victorieux, mais, 
dit Pierre le Vénérable, ce ne pouvait être qu'un faux Messie, 
puisque, d'après Zacharie, le vrai Messie est doux et miséricor- 
dieux, tandis que celui-ci a versé le sang dans maints combats. De 

1 Cf. Graetz, 2 e édition, VI, 308; cf. Hebr. Bibliographie, XV, 11, pour la date 
de la rédaction de la lettre de Maïmonide. 

* Chap. ix, verset 9 : « Ton roi viendra, il est pieux et miséricordieux (nous tra- 
duisons comme Pierre le Vénérable), pauvre et montant un âne. » 



POLEMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 45 

plus, le vrai Messie doit descendre des Juifs, et celui-ci n'était pas 
de la race des Juifs. D'après Pierre le Vénérable, on l'appela, pro- 
bablement après sa défaite, et par allusion à la bête qu'il montait, 
le roi des ânes. 

Pierre continue de raisonner contre les Juifs et leur oppose le 
fameux oatt ms^ ab de la bénédiction de Jacob. L'argument est 
bien connu, c'est un lieu commun de la polémique des chrétiens 
contre les Juifs : Jacob a dit que vous aurez des rois jusqu'à ce 
que viendra Siloli (le Messie), vous avez cessé d'avoir des rois in- 
digènes depuis Hérode et Jésus, donc Jésus est le Messie. A quoi 
les Juifs répondaient que les chefs d'école de Palestine et les Chefs 
de l'exil, en Babylonie, étaient aussi des espèces de rois, et ils 
ajoutaient, sans doute, que, depuis l'extinction des écoles palesti- 
niennes et du judaïsme babylonien, ils comptaient, dans nos 
pays, des familles puissantes, des hommes influents, familiers des 
princes et des rois, et qui continuaient à tenir en mains « le 
sceptre de Juda ». A cet argument, Pierre le Vénérable "répond l : 

Produc igitur mihi de propagine Judse regem, aut, si hoc non po- 
tes, saltem ostende ducem. Sed non ego, ut aliquid ridendum po- 
nam, regem illum suscipiam, quem quidam tuorum apud Narbo- 
nam Galliae urbem, alii apud Rothomagum se habere falentur. 

Il est incontestable que le roi juif de Narbonne dont il est ici 
question est un des membres de cette famille des Toderos et des 
Calonymos qui avaient une si haute situation à Narbonne et dont 
on fait, à tort ou à raison, remonter l'origine jusqu'à Gharle- 
magne 2 . Le membre de la famille qui gouvernait les Juifs à Nar- 
bonne et était officiellement reconnu pour leur chef, portait effec- 
tivement le titre de roi, traduction maladroite du mot hébreu 
nacî 3 . La mention de cette famille célèbre, chez Pierre le Véné- 
rable, est des plus intéressantes, elle est antérieure à la mention 
que fait de cette famille Benjamin de Tudèle et sans doute aussi à 
celle qu'on trouve dans Abraham ibn Daud. Il est difficile de dire 
quelle est cette famille de Rouen à laquelle il est fait allusion dans 
le passage cité de Pierre le Vénérable ; voici cependant, à ce sujet, 
une conjecture assez hasardée, il est vrai. Dans le travail de 
M. L. Lazard sur les revenus tirés des Juifs de France dans le 
domaine royal au xm e siècle 4 , il est plusieurs fois question, aux 

1 Migne, 189, col. 560. 

' Voir Rabbins français, p. 560 ; lohasin, édit. Filipowski, p. 84, cul. 2, d'après 
Abraham ibn Daud. Voir Neubauer, Jemish Chronicles, Oxford, 1888, p. 82. 

3 Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 42. 

4 Revue, t. XV, p. 231. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

années 1297 et suivantes, d'un Galotus, juif de Rouen, qui était le 
procureur ofiiciel des Juifs de Normandie ou môme de France et 
qui occupait, sans doute, une haute situation parmi ses coreli- 
gionnaires 1 . Ces fonctions de représentant des Juifs étaient 
évidemment dévolues à des Juifs riches, et, comme le prouve 
l'exemple de la célèbre famille des Calonymos de Narbonne, la 
fortune aussi bien que l'inlluence pouvaient rester pendant plu- 
sieurs générations dans une même famille. Il n'est donc pas 
impossible que le Calotus de 1297 soit un membre de la famille 
juive dont parle Pierre le Vénérable et qui jouissait, au xn° siè- 
cle, d'une réputation princière. Dans tous les cas, le texte de 
Pierre le Vénérable rapproché des informations données par 
M. Lazard semble indiquer que la direction et représentation 
officielle des Juifs du nord de la France a eu longtemps son siège 
à Rouen et que c'est là que se trouvaient les familles juives les 
plus riches de cette région 2 . 



2. Jacob ben Ruben. 

Jacob b. Ruben a composé, en 1170, un traité de controverse 
intitulé : 'n mTsnbto 'o. C'est le plus ancien ouvrage de ce genre 
que possède la littérature hébraïque, il a servi de modèle et de 
guide à beaucoup de polémistes juifs d'Espagne, dans les siècles 
suivants. L'ouvrage est divisé en douze chapitres ou Portes, qui 
traitent principalement des différents livres de la Bible au point de 
vue de la controverse avec les chrétiens : 1. Questions d'ordre 
philosophique; 2. Le Pentateuque; 3. Les Psaumes ; 4. Jérémie ; 
5. Isaïe; 6. Ézéchiel; 7. Les douze Prophètes; 8. Daniel; 9. Job; 
10. Proverbes; 11. Les Évangiles ; 12. Le Messie n'est pas arrivé 3 . 
Nous donnons ici quelques extraits de cet ouvrage d'après le ma- 
nuscrit du séminaire rabbinique de Breslau. 

Voici d'abord un morceau de l'introduction de l'ouvrage : 

e-ibn i-ibas hïfc&Bn mbiia n&ab vûs& v " 1 ïinpii "O Jam [F 2 b] 
YYttnrfc "4* itmi inVia s^jipçp T Tvwn mpsi nraa î-np^rr "^ 
■vnn lasntti wh ib-na» ^na* "nana ^an» "nia» "pau ûian orna* 

1 Revue, xv,p. 239; p. 246, n" 21 ; p. 247, n° 25 ; p. 249, n° s 44 et 44 bis; p. 256, 
n°* 55, 57 ; p. 258, n° 3. 

2 Le nom de f Calotus » devait être rare parmi les Juifs, nous ne savons si on 
en trouverait un second exemple. « Dant » [Revue, XV, 244) vient probablement 
d'Amandant, qui est fréquent parmi les Juifs de France. 

3 Voir une description plus détaillée dans Neubauer, Jetvish Controversy, dans 
The Expositor, n° de février 1888, p. 92-95. 



POLEMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 47 

tab iywwi m»an baa oainai nnaattrt n^ana ipa -foia Nim 
■NDM paim lab Vownai ra 1 ^ mena nu ^pan^ la^a ma t 
brvn wnnai ï^aK s-iîo TO* ï"1N ma^b wivn IptDHl ibasa 
tan« vie 13» ">b« ittfioi '•ibwn m*m ïrabn na^tt iniïbb ibsiN 
Mwib fcaTJi 'panb ab wwi t<bi fca^BWîi ^aia b^ tenais 
kaidbn *n»k apan aua tara-ipan ^pnN bai ir-ina sn^b a^wn 
tt)»«3 -ira tev baa û^Daton-ai tttfvn ^aab a^bianai a^bau: a^bn 
irbrn t]ab ^-™ WTOWi narrvp t-r^an *o 13> bim fcarabirt iaai 
n&K a an inpTnn "j-pa "pa nrui irmaaa -qkvïi tnNita tnaiWi 
naa np-n wwn *jb«ttJ« TSKTn bNi "piana -nn ina^n ^naraa 
am wpin b* orowi tt*xd^ïi TOfl StfiMiwnti anvm ""warra ^na 
«ibmB ■'îD^bttsn ^aoia* wsn ewar* ïniB&nn avaria rnsbtû w 
■marna >n inptna îïTrrwrn ni^an no? tartb napn ï-nabia ari 
\naam Tombai» ba b« ^tn nitTjon ^aa&o *ro ^ba tartb lp*n 
imamor innbi tuanbi 'panbi Jnawb ^ab ^nnsi [f° 3 a] rm-iENa 
a^nan awb "OîQTa o^bna tnnr n^<x ^aai ^baia ^aa Tma-niittb 
isom , nuiia» bai ia inrnaai ^£p irrb«a viayraai rcHEi i-paaarra 
ibawn 1» [-n^an] ïrarwj rrrana piiîfcnn "tettri .anane a'^b pbna ïtrtv 
fcoartia i-nwn it^bw . n"* ï-tu^ nmn^ m^sn *>au5rt n*tt?i 
. n"^ "iïtot nai» t*ra!-na hr«i vain . î-t"3> m nib^ra 
r^amo r-rnan todïi . ft"a> înw "naia maît© im^Nn TOTûnli 
n«* ^irisa s^ama rman vaien .n"^ s^^a^ïi b«pwr "na^ 
j^^ano mnn w»nn »?f^ b^ana ^^art^ m^n n^Tawn in w 3> 
■niiDjfi . ûû^ii n^-ipar; nn« riToann nna^n a©?û n"3> ai^ "naitt 
bN")^' 1 ^b?: riTûbo ^nai nKU5»i nb-pt ib^t] ^dd^d t^^an^ m^an 

..... T T _ 

,iMa îxb y^tû 1T1 "ja n">tt3tta r^anu: nvssn n^a^ 

Il résulte de ce passage que Jacob b, Ruben, ayant été forcé de 
quitter son pays (probablement l'Espagne ou la Provence), s'était 
fixé en Gascogne l . Là il se lia avec un prêtre chrétien de noble 
famille et des plus savants, auprès duquel il s'instruisait et qui 
s'étonnait que les Juifs ne vissent pas, dans leur abaissement et 
dans la puissance des chrétiens, la preuve de la vérité de la reli- 
gion chrétienne. Ce prêtre fit tant que Jacob b. Ruben discuta avec 
lui sur la religion et chercha à réfuter les arguments que son ad- 
versaire tirait, à ce qu'il semble, d'un ouvrage où étaient consi- 
gnés les arguments et théories de saint Jérôme, de saint Augustin 
et, si nous ne nous trompons, de l'apôtre Paul. Nous ne savons 
pas pourquoi Jacob mentionne aussi, dans sa préface, le chant 
grégorien. Jacob doit être un des premiers écrivains juifs (ou le 

1 Ailleurs N^lpiaa » voir Neubauer, Fifly third Chaptcr, I, p. vin. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

premier) qui aient fait une critique des Évangiles. Ces critiques 
des Juifs sur les Évangiles ont été beaucoup plus nombreuses et 
plus fréquentes qu'on ne le supposerait d'après ce qui nous en est 
resté. Nicolas de Lyre, au commencement du xiv° siècle, a trouvé 
utile d'écrire tout un livre pour les réfuter. 

Le livre de la divinitat dont il est question dans cette préface 
que nous venons de reproduire, est aussi mentionné au f° 17 a 
(Porte II) sous le titre de mvri (lire n^an) 33Sin. Au f° 75 a 
(Porte IX) se trouvent ces mots : stn naatt [•narott] froama nvan 
ûOpYj n&np^tt nnN nttan nan ûiafc. Cela paraît indiquer que ce 
livre (ou cette science) de la divinitat (divination?) est principa- 
lement ou uniquement fondé sur le livre de Job. 

Abraham b. Hayya est cité plusieurs fois par l'auteur sous le 
nom de nanuJ ba anNi: bina» "i (f° 25 a, f° 74 &, f° 85 a). 

L'auteur cite aussi plusieurs fois des passages du Emunot ve 
Deot de Saadia, mais d'après une traduction qui n'est pas celle 
d'Ibn Tibbon, et qui diffère même souvent d'une façon notable et 
de la traduction d'Ibn Tibbon et même du texte arabe 1 . Nous 
donnons ici deux de ces passages, ils ont de l'importance pour 
l'histoire de la littérature hébraïque. 

1° Sur les trois anges qui apparaissent à Abraham et où les 
chrétiens voulaient voir la trinité (Porte II, f° 29 a; cf. Saadia, 
Emunot, 2 e chapitre ; p. 47 de l'édit. Slucki) : 

n^Ni i-n^o 'n n^fi n^aa nitp ^a t-nairan -pb? a^ttîN 
ttqm s**rn ^a *pi»n -iie« nu)-> ^p* 73 tiwinbi ta^iab tanb ^n 
r^jbi Uiibœi in» t<iî-jia ï-nbisii î^"i!i Tb* a^a^a a^aaa rrabiu 
ha\hna naaiann naa na^n^n -îb^Ni l^aa>n spob Tani-tD tj la^n^n 
tûttn ' 135*1 V^ït qiaa 'na pia p ia\N M;abtt nam ni^i "O 
naatt piaan nn ^"v^sb ^i? îwis ûi-nnan stoinp iab"n a^aart 
Niiam tanb nabn to^DNM ^a tainnii ba ^aab wm ba i^b 
tp-ca^'n b^a?3i 3>aitt ^a*rn s-in . nar^inaa annaa aa> Tttta' ta^-ir 
r^man nb:*a nbnntt 'Tina nr ^n 2 cannai h» nbasn ^stTffi ann 
vn a-- d^fflaNM "o yr»© ■jsxab û-oabfcn dn im*n a^np annaab 
•pva )n ^nKïtt r^a fcaa nttN î-iiïb ^pva i-nap-> &an tarante 
■p?n tiTa^^n ^fi6»îi inifcô *]$ -ien xb xiïï aa^a^a in n^N t^bi 
mn i"i ^«bE ^a^a 3 nvnb ttpa?: ■*''■> •pava ansttî ïrn inrcbra b*Ha 
ittD tnibtt nmn l^a>a s-nn^p nna nb^To niûN ^iipn iiiab anwa 

1 Voir Jûd. Zeitschrift, de Geiger, 1872, p. 4, et 3Ionatsschrift, de Graetz, 1870, 
p. 401 et 449. 

s Le sens est clair : « Ceci montre qu'il est impossible que les trois hommes soient 
le Créateur (Dieu) qui est apparu à Abraham. » 

3 Cela signifie : « Il devrait y avoir » (dans le texte), ou bien : « c'est-à-dire... » 



POLEMISTES CHRETIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 49 

SainîJb itttt iTPttb tt5pn5Qi l 'i2$b laviïJb i7:ai "pr^bi vsb '?ûnuj 
bsnnina n» np^i 'ttib mr-inn bsirprt» n« aibaawN hbwn ra^n '72Nb 
aiwa a va n?3N Nbi ani»H aiw n?3N î-fàb baron a an .i-iba* 173a a^am 
îrowbtta s^a ïnuibiû» -inx ba ta^aNïi fniBbœ "ibs ^a rra&ta :n 
ûib na b^nb inKïn fniû rot niûab s^a thbïi b"T 'a*i 'tsnib 172a 
n73an û^bttîn ma n» ntoab B**arc -iman aa*na i-iN ^iDîib WMïrn 
ïTO* tmïiWTi ttp paba B^bN 'mb ib ïtïi s^bn "pba aiaa* aia 
aôa rœnen ^pnao nwip&tt ima-p ïiî bai irnmbœ arrra ina* ba 

♦ pSd ÛTttD 

2° Le second passage de Saadia se trouve dans la Porte VI 
(f°68 a du ms.; cf. Emanot, 2° chap., p. 44, de l'édition Slucki). 
Voici ce passage : 

■»a n^aa ^niVi "pas b:> nbawD tnKtti a^sa M3M Wîatt aTOrt 
cnp 13E la na'npi *pnp t^arrott s^bn nnwoa ^baa y"3>73» >o 
*»"wo '^an paein b"« baron batte pi .nwni amaanm !-nbwD 
1-173 ^D73 ina* 'n^ ï^Tiaïro k-n»a naao t^in p t& n73an n"? 
ib n»fcn paur» arom . fn?2N aa^i-iba* ^ ï-ian'n m73ip?3a t^npi 
■»5 hfcNro 172a *;na< isrpb a^ïïa» fcaî-pro ^a iam« t^asrr 3>*riii 
toN û"»ïibfifri ann i"i ^a -rama ^ïnaa "p^ab 2 taiiibfitti >nn i"i 
lairta r<b naa nna* iro^a a^i-iba aai i"i aa ina* ïro273a mar 
rama k»îto ïmwi nsœ r^r-ïa^a ntn ,Nnn rw ï-jt t^nrt .na^ri p 
lianabi nmaa aiû"n w p b^am "p* 1 '»«^j 173a *p ïtow n«Ta 
■roa roabsi ib vn hi3i aroa ^a la-n -iwtii ta3^33 d^a© n^n 
©iûn t^bi nriN b^iaa ^mni nriN b:naa n^atn 'iai ib rnb-> aa^a 
bra-n^ n?3« ï-ibnn© b^a^a ï-nûbn ^r;37D biaa t^îb d^i na^rn ï-îT?a 
-173N n?3 13D73 N^ïf p dwN '73NT bïni»îi ib b^ïD "n^T .p^Tà Nnn 
"ina piaa man ,^anb i"ii "»nbN ^a^Tob ii^pm rtnvrt ni73T73fi 
'ns ^a b"T l"i^n a^n ♦ ibip p^ i^b^n "»"^ maiEtt tza^n" 1 a\na 
■»a Mrpni mvti pi "jvby t^nm ■ , ""' *^in ^a d^^i^ [i3"iina = ] 
ap:^ ^ny ï^s-pn bx *i7aaiB J173 ib ï-wan'n v '"> inn^i ^Mbs mnN 
ibbai li^w fins d:i 'a - ' rrn«i ap^^ nnN ^a ia ^nnna n^N bicoa'n 
bibraai ^3nn"lna n^i"> ba -inaoa nN^ttaîi n^373a^ ïib:â ba nan ba 
"rïapai bidbisi tî^ai ->aa nb wn rrm» t»©d» baan v nU5 " 13,,s 
isnbto 'n !-rn3H 173a . mat nb^ni -i^rn in^b ai^nan ii^na 
n:a -»a '7:ai i^iiDai -^ niT" 1 ^by '73ai nn^n ' 1 "' 1 iwm '73ai imm 
.im-ia ^:nba innndîm .wt ^bai i"i ^ai maaa iiana "Jt^s v "» 

1 Les versets bibliques de ce passage sont: Juges, vu, 18; Juges, xvi, 2; 
II Samuel, xv, 12. L'explication du verset relatif à Gédéon manque dans notre ma- 
nuscrit, on le trouvera dans l'édition imprimée. 

J Les versets bibliques de ce passage sont : Deutér., iv, 35, par exemple; Juges, 
vnr, 29 et suiv. ; Ps., xxxv, 23 ; II Sam., xxn, 14; Isaïe, xliv, 2; xlviii, 16 ; Ps-, 
cv, 4 ; Is., lx, 2 ; Ps., en, 17 ; Is., xm, 5. 

T. XVIII, n° 35. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ib y^vrï-î bai y-i« uatn aarîa '735 »ntt*î ^baa nnasa i"i nnn 
tmnna t-n^an n«a« ïiawn 'ttài :t»ot w • marins tabiab ^ 
i^b nnanata pis n?mai , ûam ^n b^pi biai 'm nn*™ mn&na» 
■îenaai 9Yn naa a^c?3»n ba narn ab-i?n t*<na ina- nbrni Mim» 
biai bai na b*ai biai xin banal niai* ba -o rroaim baie baa 
. fcpipn in t^sbb ï-ibia-» Kïrnia -i^d\n \no , Sa^pi in na b^ai 
t^bx bwwai b^apin» D*wa banatti [n]tta>:»ni "para nanatti an?» dm 
r-in^N *Yni n^aE ï"Wi*n î-nnna -na-n rn^a yrvn taan bané» 
"ibbn mtttt) ba "pb*^ , -nui^m banaii yipin ïnnttNi "ibanai ï-ro*n 
p»«ïn lasan brn« nbapi m» tpm nna naa nnbab ba-cn uszk 
yi»Ni ab Ban aupi in inat '*m n^rrria t^iïin n^n abin dhin 
î^sïï î^ibi *naî '*m natrb rra^ri inba baian t<^^u) jnw . na 
tprm nna D^sa i> -îttcnsnai ibaa abia s^ba sttt nn&* ïit amN 
>oi bnai la^ia in n-pnb n^àtt baian *pm ^bm nna naai "jhn 
"«a innttN pb , ibanai îaipvi ï-pït ^n "p 2 ^" 1 ta^fl "i^nib Wi* 
pT t**ba nnbab pia 91^ pp tprsan ma *ana bba bfietTa battin 
•narrai spV»n iba r-ra naa t-^ba î-rb*» nna ï-hm t^bi pT nns 
baa.nbïïa pnsb Nbn nnx maa pannb bibiai ù^r- ps bas 
ta^i7j na^ naa nna Hiaa pnsb [f° 69] rtna* pabn pNtt B ".* N 
■pa^i» "j\su5 t-iba w ^bi '»ann b^N nn« tnb?ai "in^ nan p^ 
nnN mai^a t-n52ï5rt ib^ nbbia n^tiïï ï-navûibfi baa nns Jnb?3 
i3353Nntû nn« n^iab nnx rib» aw bab i^an^n ^a^sb nn^ ï-rb?:i 
♦ nna pini in^ na^r y^Taïii ai?:ann bat» ibna niTa^n ba ia napniti 
b"j>nt ibbn ï-nmrï ba ia ibbaa naa ban natii s**nmo T^^nw l^ai 
Niniïî nrimn naa noi^n natii * n^a^n^a i^aia iaa?a aianarn t^bia 
j^b naa abia 2 ûn'^ mttiûrt ib« ia nbbaa tssb a»i . aam biaiT in 
^-ani n^fii- bv pitiïi yis^ b» 'pisb natii ï^-îïitïî nTanb bain 
,*nb ^mai nab natii r-^ino tpai^att "jbia niTa^an ib» ">a inw) 
biban nia^a nn« rrbTaa ibbn m^"^n bibanb^a tsi^ba iana« ba» 
in ia7aata>7a nnss ï-rb?a nanai aiatpauj iiôbn 1» ^nrn .baian tam» 
nb53a taibbaa ibbn t-nttœn ^a nttNan ^^ni na^t: in» nu t^nas 
.inaT '^ni nafpb t^bi naaiiabb ?<ir; Bjib^ntn ^ai^n pb ?<inrï 
nM matbîa m^n ibxia n»ftn piaïi i^iai uni iiéwïi a^ttïi ^i^ 
D^a-iDi'nm aiBibinm tan^i^n bau? n^sia^i yw niowi ai«)a natT»ti 
tani^mi^aT ainp^ai arrottwai p^yab^a «b» bornai aiN^Taa aai» 
naa ta^nn^m tainpram aiTaiaiam a^Ta^ï-si B^bian nxm ba» 
taïaibn» tanDibinn *i\n to^i ih-in a^a^Ta Diiamrn vïvw ^ixn iai» 
♦ Bjibim "na^ tana rbr n?inb niaaN %no Nb« n^ «bi im« 

Les autres passages de Saadia se trouvent dans la XII e Porte ; 

1 Ou plutôt n^NnUÎ, la leçon est douteuse. 

8 Nous ne comprenons pas ce aïTO, il manque peut-être un mot. 



POLEMISTES CHRETIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 51 

cette Porte a été imprimée l , au moins en partie, nous ne repro- 
duisons donc pas ces passages. 

L'introduction de la Porte XI (sur les Evangiles, f° 10>b) contient 
l'intéressant passage suivant : 

nanbi SanaiiOJo tm r-navcn a^nb "ob i:*btt t^ns -Ô3ôn 
wbi ton»* rteinnb ^b "O y*iv w anvii tarov-^w» imbfitffl 
nvfc i-r*pb:?nbi feinta ïrno5a trm rmiib un *o ûîrb* imb 
■»aba i-pfi r**b «a 3W ta^nbNtt rirn n*tûtt }e taiï 2 d^chidi trpn 
■rotnb iy«nwn ^nwatri ■wrmsn i*nari m*n bba 1353» TOîiib 
nrmaw ûnso FTMttîa n^ïïï ù^53 ia»£ ^rroîft p bj> in&p ^?a» 
■»a%ntDNîi Tibab DDnNM 3 ndni viétp "o vnba fc*b -iiBtfEïi p "ira?» 
■»"■« fin i-iN-nb ï^ï-i ï-rma ^ ïrnb mnt b^ toib TOtfi ^rbabi 

. ÇPtnn ba in ripanbi wfta 

On voit, par ce passage, que ce n'est pas sans inquiétude que 
Jacob b. Ruben ose aborder la discussion des Evangiles. 

A la Porte VIII (f° 75 a), sur les fameuses semaines de Daniel 
qui forment un des thèmes favoris de la polémique judéo-chré- 
tienne, l'auteur dit : 

Emaitt bab fiwb TOM mabs^ mb-ma ?^ab *mtn xh 
û'îttîïn ausm fcaimb? b"T ï"ifcO ï-r^ra '^an a^î-ha wan ^aaia ûiin 
ïtti "in amas 'i mm» xi*\ tnypmy ^na -naoa dwnaïn 
'n tzann >*a p ■nmi tan t-m© ^ -w&n 4 i-mui b« anair 
rwflttti a»m wai î-tsej t^nti r^ia nsai n"3> ï-nw pis amas 
tarama ban Sn^ai bs> Ha*8 "O ">a>58 ■»» ^m^N p b3> tzrm 

, ?rttb tw Epoinb *pa Dïrbsn 

Enfin, dans la Porte XII, l'auteur, après avoir rapporté plu- 
sieurs passages des Emunot de Saadia sur le Messie, continue 
en ces termes (f° 85 a). 

n»N »inrnzri >ib r-rmo^ïri "înnra-H nwnïiïi "O ^^buïïi pbnn 
pw (ou nuca) miïï3 miara fcaiyofcïi "nai *n£p nba nan^n 
■pat ncntt bs anas nyra t^b ba jn&arj -na^ja jstbi ^bernc*?! 
n» rrn-inb ta» ■© "HEa r**b t-iwènb ; — i^n &rrna*ïb ï-tûm tarm 

1 Voir Steinschneider, catal. Bodl., col. 2032, et Hebr. Bibliogr., III, 44. 
* Faut-il lire Q^niS ? 

3 Lecture sûre. 

4 Le Fortalttium Fidei, livre III, 4 e considération, 25° argument, parle aussi des 
calculs d'Abraham b. Hayya ; l'ouvrage d'Abraham b. Hayya qu'il cite est évidem- 
ment le JlbaiOîni nbs'E, ms. à Munich et à Oxford (voir ma^il 'D. édit. Fili- 
powski, préface de l'éditeur). Le Fortal. Fid. parle encore d'Abraham b. Hayya au 
livre III, 8 e considération, o° passus. 



52 1ŒVUE DES ETUDES JUIVES 

Le môme passage, dans le ms. de Paris, n° 983, est comme 
suit : 

dann Tnbnn dann nai !ibN . mn\a-> ?<b . . . "»©^U3ïi pbnn 
liNairr i-pia t^sbi s^btiïi ûann ibfinw^rt pnar 1 naœ i-"v \s-ion 'i 
b^ "paorï ^2i 15 maso 12b î-iarDi .s^ti na ûrtnaa 'n t<»i83ïi 
t^bT taïrnaib Hcna n^n pin ■pa ta^nsîn r^wan rui as ttî 

, nwian nM n^nnb dn ra -nEK 

Le ms. d'Oxford n° 2146, f° 85, a ce qui suit (communication de 
M. Ad. Neubauer) : 

ïi'y won '1 ûonn ^nan nbs . inntui t**b ♦ ♦ . ^bttifi pbnn 
tannai 'n ktoïi nans t^b os "p^n ^na^io t^bi pnati 'n naiBa 
****ioatt nsn os ï-it b? 'pfcMfi "n'an 15 r-»WKa 12b ï-unai f^n na 
n*i n^nnb on "O vraN t^b'j dîmanb s-irana pin 'pa û^ai-inNïTi 

Le n° 2147 d'Oxford est comme le ms. de Breslau, sauf qu'il n'a 
que le mot -m ara, sans le mot suivant, qui est maffia ou maffia. 

Nous avons donné ces variantes à cause de l'importance de ce 
passage *. 



3. Alfonse de Valladolid (Abner de Burgos). 

On peut voir, sur Abner de Burgos, qui, après son baptême, 
s'appela Alfonse et devint chanoine à Valladolid, l'Histoire des 
Juifs, de Graetz, t. VII, p. 318, et note 13 de la fin du volume. 
Nous rappelons seulement ici la date de 1336, où Alfonse accusa 
les Juifs de maudire les chrétiens dans leurs prières. 

Ses deux principaux ouvrages contre les Juifs sont le Libro de 
las Batallas de Bios et le Mostrador de Justicia. Personne n'est 
jamais parvenu à voir, à ce qu'il semble, le premier de ces deux 
ouvrages, on n'en connaissait qu'un seul manuscrit qui était à 
Valladolid et qui paraît être perdu -. Le Mostrador de Justicia 
existe en ms. à la Bibliothèque nationale de Paris 3 . C'est un vo- 
lume de 342 feuillets, la hauteur d'écriture des pages est de 
22 centimètres à 33 lignes par page; la largeur, 15 centimètres. 
C'est pour dire que l'ouvrage est très volumineux. Nous en don- 
nons ici une description sommaire. 

1 Se rapporter à Steinschneider, Calai. Bodl., col. 2032, déjà cité plus haut. 
* De Castro, I, 195; Amador, Estudios, p. 302. 
3 Fonds espagnol, n° 43. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 53 

Les 11 premiers feuillets du manuscrit contiennent un autre 
ouvrage, incomplet; il manque des feuillets à la fin (après le 
11° feuillet), on ne saurait dire s'il en manque beaucoup ou peu. 
L'écriture de ces 11 feuillets est de la môme époque, et peut-être 
de la même main que le reste du volume. Cet ouvrage, écrit en 
espagnol, a pour auteur Maestro Alfonso, qui est sûrement, comme 
on va le voir, notre Alfonse de Valladolid. L'auteur s'appelle 
Sabio de la ley, et Alfonse de Valladolid était instruit dans la lit- 
térature hébraïque ; l'ouvrage commence par ces mots : « Dixo 
Maestro Alfonso », et le Mostrador de Justicia commence par les 
mots « Dixo el Maestro ». Enfin, au f J 4 ?;, ligne 15, se trouvent 
les mots : « E assi lo proua enel libro Mostrador de Iusticia », ce 
qui prouve surabondamment que cet ouvrage est d'Alfonse de 
Valladolid, et, en outre, qu'il est postérieur au Mostrador. Notre 
ouvrage, dans le ms., ne porte pas de titre, mais nous essayerons 
tout à l'heure de reconstituer ce titre qui manque. L'auteur dit qu'il 
a écrit autrefois un ouvrage intitulé Las malliciones de los Judios, 
pour montrer les malédictions que les Juifs ont écrites, dans leurs 
livres, contre les chrétiens. C'est justement contre ces malédic- 
tions qu'Alfonse de Valladolid s'était élevé en 1336 et avait obtenu 
un décret royal destiné à faire disparaître des livres des Juifs 
les passages incriminés. Aujourd'hui l'auteur fait, pour ainsi dire, 
tout le contraire, il veut montrer, contrairement à ce que croient 
les Juifs, que ce qu'il y a de fondamental dans la religion chré- 
tienne se trouve aussi dans les livres saints des Juifs, et que 
ces théories et croyances des chrétiens se trouvent déjà dans les 
livres des Juifs 1 . Ceux-ci ont, par conséquent, tort de maudire les 
chrétiens 2 et feraient mieux de se convertir. L'ouvrage est, on le 
voit, destiné à montrer la concordance entre l'Ancien et le Nou- 
veau-Testament et on peut admettre que c'est le Concordiez de las 
Leyes attribué à Alfonse de Valladolid. Un autre ouvrage du même 
titre (De concordia Legum, souvent cité par Alfonse de Spina) a 
été écrit par Jean de Valladolid, Juif baptisé qui vécut un peu 
plus tard qu'Alfonse de Valladolid. 

Nous donnons ici le texte de l'introduction de cette Concordia 
d'Alfonse, d'après le ms. de Paris (f° 3 o) : 

[Sabio de ■] la ley que ouo asser oluidada de los peccadores de 

1 Nous disons cela d'après un examen de l'ouvrage, quoique cela ne se trouve pas 
si expressément dans l'introduction. 

* Il fait allusion à ce que disaient les Juifs de la trinité, de l'incarnation, de la 
rédemption, de la transsubstantiation et autres miracles qui sont le fondement de 
la religion catholique. 

3 Deux mots à peine visibles. 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Israël, dixo maestro Alfonso que depues de que môstramos enel 
Libro de las malliçiones de los ludios muchas maliçias que tienen los 
Iudios quentra los Xpistianos escritas en sus libros que ellos con- 
pusieron de ssi e quelos tienen por libros autenticos entre ssi, las 
quales maliçias fazen todas e continuan en ellas con conssentimiento 
de algunos Xpistianos que gelo no entienden e de algunos que gelo 
no quieren entender ; Queremos agora mostrar en este libro muchos 
bienes de la nuestra ley Xpistiana, los quales bienes los ludios tienen 
escriptos enlos libros de la ley de Moysen y de los profetas santos, 
segund dichos de los sus grandes sabios del su Talmud autenticos 
entrellos y de los mayores de los filo[so]fos, los quales bienes no 
fazen nin creen los ludios ninguno dellos, e que fue echada de 
para de Dios sentencia de malliçion sobre ellos que nunca los crean el 
commun dellos ni que los fagan. Porque quiçat sera este libro razon e 
cosa de para de Dios a algunos sabios y entendidos e bonos que po- 
dran ser de los ludios para entender y connoçer con sus uoluntades 
los bienes de la nuestra Xpistiandat que no connoçan e dexassen de 
faser las maliçias que agora fazen contra ella e no créer aaquellos 
sus sabios que gelas mandan faser nin fiar dellos. E sera esto serui- 
çio de Dios e de la Xpistiandat e quebrantamiento de los maliçiosos 
que son contra ella. 

Le reste du manuscrit (fT. 12-342) est consacré au Moslrador 
de Justicia d'AUonse de Valladolid. L'ouvrage est un dialogue 
entre le « Mostrador » et un Rebelle qui représente le contra- 
dicteur juif. Il est divisé en 10 chapitres et chaque chapitre est 
divisé à son tour en paragraphes. Les flf. 13 b à 28 a contiennent 
la table des matières détaillée, paragraphe par paragraphe. Il 
résulte de cette table des matières que l'ouvrage se décompose 
comme suit : 



Chapitre I. . . . 35 paragr. Chapitre VI. . 

II. ... 22 — — VII. . 

— III. ... 6 - — VIII. . 

— IV. ... 26 — — IX. . 

— V. ... 26 - - X. . 



34 paragr. 
41 — 
12 — 
57 — 

27 — 



Cela fait un total de 286 paragraphes ; cependant, en tête de 
cette table des matières, l'auteur dit que l'ouvrage contient 284 pa- 
ragraphes. Il manque un certain nombre de feuillets à la fin du 
ms., car le dernier paragraphe du ms. est le paragraphe 25 du 
chapitre x, tandis que ce chap. x a 27 paragraphes. 

Nous donnons ici l'introduction de cet ouvrage. 

[f° 12 a.} Este es libro Mostrador de Iustiçia. Dixo el Maestro : Cate 
la premia de los ludios el mi pueblo donde yo era que sson en esta 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 55 

luonga captiuidad quexados e qucbrantados e angustiados en fïecho 
de los pechos, el pueblo que descend ieron de la ssu onrra e del ssu 
loor que asollan auer e non an ayuda nin ffuerça en ssy. 

E acaesçio un dia, penssando yo mucho en este pleito, que entre 
ala ssignoga con gran lloro e amargura de rni coracon e ffis plegarias 
a Dios disiendo assy : Pidote, Dios sseïior, merced que tengas mien- 
tes a estas coytas en que ssomc-s, que por que es esto e sobre que es 
esto, e ssobre que es esta yra grande e ffuror tuya que as ssobre el 
tu pueblo desde tan gran tienpo aca, tu pueblo e oueias de tu pasto. 
Por que diran los pueblos, a do es ssu Dios destos. E agora, sseïior, 
escucha la mi oraeion e las mis plegarias e alunbra sobre el tu ssan- 
tuario que esta assolado, e piada ssobre el tu pueblo Israël. E delà 
gran coyta que ténia en mi coracon e delà laseria que auia tomado, 
causse e adormescime, e uy en uision de ssueno commo un grand 
omre que me disia : Por que estas adormesçido, entiende estas pala- 
bras que te fTablo e parate en ffiesto, ca yo te digo que los Iudios 
estan desde tan grand tienpo enesta captiuidad por su locura e por 
su neseedad e por mengua de mostrador de iustiçia donde conoscan 
la uerdad. Esto es lo que fablo Dios e uete con canto *. 

Et quando desperte de my sueno, non toue mientes a ninguna c(*sa 
de aquella uision, si non que me entro en uoluntad a catar y estudiar 
sobre las rrayses de la fe enlos libros de la lev e delos prophetas e 
delos sabios e delos glosadores e estoricos allegoricos e en los libros 
delos filosofos, segund esso que yo podia, e trabaie en esto algun 
tienpo. E lo que gane de todas aquellos estudios despues de gran tra- 
baio, era me duro ademas, por que era rrason estrana a mi mucho 
segund el huso e la costunbre que auia husado ante desto en créer la 
fie del comun de los Iudios. 

E entonçe me oue de rremenbrar de la rrason que me ffue dicha en 
la uision del sueno, que los Iudios sson desde gran tienpo en ssu 
captiuidad por ssu locura e por su nesçedad, e disia non lo menbrare 
mas e tôlier lo ne de mi coracon e mi ymaginaçion, e ffincare enla 
mi fe en que nasçi, como ffinco mi padre e mi auuelo e todas mis 
generaciones, si quier sea bona fe o mala, e non catare a mi coracon 
nin a mis penssâmientos, ca non so yo meior que mis parientes. E 
desque finque asi muchos dias, acaeseieron me algunas tribulario- 
nes, e estando un dia quexado por ellas e ayunando, aquel dia acaes- 
çio me ala nocbe despues que ui en uision de sueno aquel mismo 
uaron que ante deste quanto très anos, e dixome commo saîiudo : 
Ilaca, quando paregoso dormitas, quando te levantaras de tus ssueno. 
Ca los peccados de todos los Iudios e de ssus fiios e de sus genera- 
ciones tienes acuestas. 

E el fablando me esto, yo [f° \1b] tome gran miedo e espanto, e 
luego mobosse uie toda la uestimienta dessusera commo pinturas 
muy ffermosas commo de cruces ssegund el sseello de Iehsu nasa- 

1 Ces mots font probablement encore partie du discours adressé à Alfonse. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rario. Et lornosse entonce aquel omre commo plasentero a conssolar 
me, e dixo me : Sseello de Dios es uerdad; he que amace commo 
nuue tus yerros e commo nube tus peccados, tomate ami, ca rrede- 
mite. E ssegund este ssuefio ui por muchas uegadas en maneras 
deparadas que non es mester de nonbrar las aqui, ssi non esto 
que digo en gênerai. E con esto entre en uoluntad de conponer 
un libro en rrason de la fe, el quai pus nonbre Lybro de Batallas de 
Dios, si non que era puridat encubierto entre mi, por que melo non 
ssopiessen los diçiplos e que me nasçiesse algun daîïo dellos. E 
quando fue la manana del dia que ui aquella uision dicha, pensse en 
lo que me fue dicho que el sseello de Dios es uerdad, e pensse otrosi 
en rason de aquellos sseellos ssegund cruces que falle en mi uesti- 
mienta, e dix quicat que fecho destos sseellos fue commo los seellos 
segund cruces que fTallaron muchas aliamas de los Iudios en esto 
rregno de Castiella por ssenai de la uenida del Xpisto que los fue 
mostrada por dicho de dos Iudios tenidos por profetas entrellos aquel 
tienpo que era ante desta uision quanto ueynte et çinco anos, e cate 
enboluimiento de ssus letras deste seello qu'e auia nonbre uerdat, que 
es dicho en ebrayco émet, quel escriuen con très letras, e fallel que 
fîasia sses uierbos,e son estos et emmamet ta tam\ e esto ssegund lo 
que escriuo el que conpuso el libro que a nonbre ce fer yeçira. (Suit 
une démoûstration que cela indique pluralité en Dieu ; puis il re- 
prend, f°.4 3#, ligne 4 4.) Et esta esel rrays delà ffe de los Xpistianos 
e la carrera derecha para ganar los dos mundos, este e el otro que 
uiene, commo sse prouara en este libro alos entendidos. E despues 
que conpus el Libro de las Batallas de Dios sobre esta rrays uerda- 
dera la quai es ssu seello de Dios, e despues de que me affincaron 
del çielo por muchas maneras, conuerti me ala ley de los Xpistianos 
publica miente, loado sea Dios por ssaluar mi aima de los mis pecca- 
dos e de los peccados de todos los Iudios que ténia acuestas, ssi non 
descubriesse a ssus oreias lo que me mostraron del çielo. Et por amor 
que las rrasones ssean mas paladinas e manifiestas aquien quisiere 
saber la uerdat enellas, quiese conponer este libro quelo llame por 
nonbre Mostrador de lustiçia, por mostrar la ffe cierta e la uerdat e la 
iustiçia enella alos Iudios que la auian mester, segund que me ffue 
dicho, e para rresponder atodas las contradiciones e las dubdas o las 
mas sencillas que nos pueden fïaser todo ludio rYebelde e contrade- 
sidor a las nuestras palabras. E desde agora comienço et digo que 
este libro es parado a dies capitulos. (Suit une description de la ma- 
nière dont l'auteur a divisé ses chapitres et fait sa table des matières, 
et autres réflexions; il continue, f° 13 à, 1. 17 :) E sobre esto me asoflri 
en conponer este libro desta guisa, maguera que non so guisado para 
tanto e en nonbrar las sus rrubricas que son dies capitulos e sus 
paragrafos que sson dosientos e ochenta e quatro. 

El capitulo primero es para nonbrar quales son los libros e laspre- 
misas donde deuemos tomar prueuas en todo el libro e en quai ma- 
nera e por do tomaremos la prueua donde. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 57 

El capitulo segundo es para prouar que auia aser ley nueua ala 
uenida del Xpisto. 

El capitulo tereero es para esplanar quales auiau aser las rrasones 
de aquella ley nueua e quai fue la causa para ella. 

El capitulo. quarto es alas rrasones delos contradisidors a lo que 
nos desimos que el Xpisto auia a uenir e a morer para perdonar el 
peccado de Adam. E coramo sera el quebrantamiento deaquellas sus 
rrasones dellos. 

El capitulo quinto enlas rrasones delos contradisientes alo que 
nos desimos que delas perssonas de la trinidat en Dios e su enuesti- 
miento en la humanidat del Xpisto départe de la perssona del fiio e 
commo sera el quebrantamiento de sus rrasones dellos. 

El capitulo sesto enlas rrasones de los contradisientes alo que nos 
desimos en gênerai del enuestimiento de la diuinidat en la humani- 
dat del Xpisto e commo [f° 14 a] quebrantaremos nos las ssus rraso- 
nes dellos. 

El capitulo sseptimo es para prouar que la esperança que los Iu- 
dios an a la uenida del Xpisto en tienpo senalado es falssa esperança, 
mas que Iehsu Nasareno ffue el Xpisto que uino segund los tienpos 
seîlalados que ffueron dichos para la uenida del Xpisto en los libros 
de los prophetas et delos sabios. 

El capitulo otauo es enlas rrasones que los Iudios rrasonan, di- 
siendo que aun non es uenido el Xpisto, por rrason que disen que los 
Xpistianos son la gente de Edom e Esau, la quai gente auia a auer 
quebranto e caymiento ante delà uenida del Xpisto e commo que- 
brantaremos nos las sus rrasones dellos. 

El capitulo noueno es para prouar que la esperança quelos Iudios 
an para uenida del Xpisto en qualquier tienpo que sea non termi- 
nado nin taiado, es otrossi esperança falssa e que por esso son sa- 
lidos los Tudios debuelta de Israël. 

El capitulo deseno es para prouar que los Xpistianos, segund sus 
costunbres e los mandamientos que tienen puestos enssu ley, son 
conuenibles aser llamados los santos de Israël, e que los Iudios, se- 
gund sus costunbres e sus mandamientos que tienen puestos ensu 
ley del Talmud, no son conuenibles para ser debuelta de Israël. 
E commo quebrantaremos todas las rrasones que rrasonan contra 
esto. 

Cette curieuse introduction nous donne quelques renseigne- 
ments précieux sur Alfonse de Valladolid l . Elle prouve d'abord, 
si tout ce qu'elle dit est exact, que longtemps avant de se con- 
vertir au christianisme., Alfonse était assailli de doutes et avait le 
cœur inquiet. Il est probable que cette affaire d'Avila dont il parle 
dans cette préface et qui s'est passée en 1295 l'avait vivement 

1 Comparer, avec ce qui suit, Graetz, VII, p. 485-7. 



58 revue des études juives 

frappé. Deux Juifs, dupes de leur imagination, avaient annoncé 
l'arrivée du Messie, les Juifs d'Avila l'attendaient, mais ils ne vi- 
rent, à ce qu'on assure, qu'une pluie de croix qui s'attachèrent à 
leurs vêtements. On voit par la préface d'Alfonse et les images 
dont il se sert quelle impression ce miracle encore inexpliqué (si 
le fait est authentique) a fait sur lui. Il a deux visions impor- 
tantes et diverses autres dont il ne veut pas parler. La seconde se 
produit trois ans après la première et vingt-cinq ans après l'affaire 
d'Avila, mais c'est seulement un certain temps plus tard qu'il se 
baptise (donc sûrement après 1320). Dans la seconde vision, on lui 
révèle un grand mystère, connu de tout le monde ' : c'est que le 
sceau de Dieu est Vérité [émet en hébreu, avec trois lettres dion). 
Il part de là pour faire, comme le Livre de la Création, des com- 
binaisons cabbalistiques sur le nom de Dieu et les fondements de 
la religion chrétienne, et ces spéculations mystiques sont le fond 
d'un livre qu'il écrit sous le titre de Las Batallas de Bios -. Ce 
livre, écrit d'abord en hébreu (et traduit plus tard en espagnol), 
fut d'abord tenu caché par lui, car il était encore Juif quand il 
l'écrivit ou en conçut le projet; en le montrant aux rabbins ou 
élèves des rabbins (ce sont les diçiplos de sa préface), il risquait 
de se faire punir ou excommunier. Plus tard, il se fit baptiser (vers 
1325 ou 1330 3 ), et c'est ensuite seulement qu'il écrivit le Mostra- 
dor de Jasticia, dont le but est la conversion des Juifs. Le livre 
des Batailles de Dieu, au contraire, peut n'être pas un livre de 
polémique ou de controverse, mais une sorte d'ouvrage cabbalis- 
tique, d'un mysticisme hardi. Le Mosirador est appelé en hébreu 
plir ïm», les polémistes juifs le mentionnent souvent, nous ne 
savons si la rédaction espagnole que nous avons est originale ou 
traduite de l'hébreu, ni même s'il en a exicté une rédaction hé- 
braïque. 

Nous terminons notre examen de cette partie de l'ouvrage en 
donnant ici une analyse sommaire de la table des matières dé- 
taillée, elle contribuera à faire connaître le caractère de ce livre : 

Ch. i. Sur les livres qui servent à la fois aux chrétiens et aux 
Juifs pour la vérité de la foi et sur ceux qui servent seulement aux 
Juifs. — Les Juifs prétendent que les chrétiens ne peuvent pas se 
servir du Talmud en faveur du christianisme, puisque les talmu- 
distes ne se sont pas faits chrétiens. — Gomment pouvons-nous 



1 C'est un lieu commun de la littérature midraschique. 

2 C'est une raison de plus, entre toutes les autres que nous donnerons plus loin, 
pour croire que ce livre n'est pas celui qu'Alfonse écrivit contre Jacob b. Ruben. 

3 A l'âge de 60 ans, d'après Paul de Santa-Maria ; voir Graetz, l. c. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 89 

nous servir de ces talmudistes que nous tenons pour mauvais? — 
Et que disons-nous des passages du Talmud qui sont contre nous? 
— Que) mal ont fait les talmudistes? ils ont nié Jésus. — Gomment, 
me dit-on, puis-je m'imaginer que j'en sais plus long que les sages 
antiques des Juifs? — Les Juifs prétendent qu'on ne doit pas 
prendre à la lettre les fables du Talmud ; ils ne veulent pas que je 
me serve d'allégories, que je compte la valeur des lettres ou que je 
fasse des permutations de lettres ou autres opérations de ce genre. 

Ch. il. Prouver parla Bible, par les rabbins et par entendement 
humain, que le Messie a dû venir au temps de Jésus, et que la loi mo- 
rale seule de l'Ancien-Testament est immuable, mais non la loi céré- 
monielle (grand paragraphe, avec Talmud). La loi de Moïse sauve de 
l'enfer, mais n'ouvre pas le paradis, de là nécessité de la Loi nou- 
velle. Tout le chapitre est le développement de ces idées. 

Ch. m. Preuves de la Trinité ; les noms Elohim, El saday, Sabaîiod, 
Ehie, le tétragramme, le sihur coma (Î1531p W^S) et le perech sira 
rrrs pis). —Inutilité de la Loi nouvelle d'après les Juifs, l'ancienne 
Loi suffit au salut. 

Ch. iv. Le péché originel : si les fils sont punis pour les péchés des 
pères ; si c'est l'âme ou le corps qui hérite de ces péchés. — Abraham 
a été au paradis avant la venue de Jésus et les autres justes aussi 
^disent les Juifs). — Si la mort des justes rachète les péchés des 
autres. 

Ch. v. Si Dieu peut avoir un fils, peut entrer dans un corps. — 
Sur le verset : « L'esprit de Dieu planait sur les eaux, s — Sur le : 
« Dieu dit : Faisons (au pluriel) un homme à notre image. » — Sur 
« le trois fois saint. » — Les trois anges d'Abraham. — L'Evangile 
« dit : Qui pèche contre le Père et le Fils sera pardonné » ; d'où 
les Juifs concluent que les péchés contre le Saint-Esprit ne sont 
pas pardonnes ; donc il y aurait inégalité dans les trois personnes 
de Dieu. 

Ch. vi. Dieu ne peut pas provenir de la femme, car devant le 
Sinaï, Dieu a ordonné aux Juifs de se séparer de leurs femmes (pour 
se préparer à la révélation). — D'autres prophètes ont fait des mira- 
cles avant Jésus, on ne les a pas faits Dieu pour cela. — Preuves 
tirées par les chrétiens dTsaïe et des Psaumes. — Preuves tirées des 
Evangiles par les Juifs, contradictions des Evangiles sur la généalo- 
gie de Jésus. 

Ch. vu. Les semaines de Daniel. — La vision d'Ezéchiel. — La 
chronologie des Juifs est fausse. — Etude détaillée de la chronologie 
juive depuis la création du monde jusqu'à la naissance de Jésus. — 
La chute du Temple. — Où les chrétiens prennent-ils que Jésus doit 
venir deux fois ? — Le Christ est venu déjà ; preuves tirées (par les 
chrétiens) du Talmud. 

Ch. vin. Les quatre monarchies; Rome existe encore. — Zacharie 
et la monarchie des Mèdes. — Les Juifs disent qu'il n'y a pas d'au- 
tre captivité que celle de Babylone, d'après la Bible ; la captivité ac- 



00 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tuelle, donj se prévalent les chrétiens, ne compte pas, n'est pas 
dans la Bible. 

Gh. ix. Les événements qui, d'après la Bible, doivent s'accomplir 
au temps du Messie ne se sont pas accomplis (disent les Juifs). 

Ch. x. Les chrétiens ont aboli les cérémonies. — Les Juifs disent : 
Nous valons plus que les chrétiens devant Dieu ; preuve : nous vi- 
vons sur la terre de nos ennemis, les chrétiens ne pourraient pas en 
faire autant ; il est donc certain que Dieu nous protège. 

Le Fortalitium Fldei d'Alfonse de Spina rapporte ou résume 
un certain nombre de passages du livre des Batailles de Dieu 
d'Alfonse de Valladolid, entre autres (Livre III, 3° considération) 
un passage sur les sectes juives, qui seraient innombrables, et sur 
la persécution que les Garaïtes auraient eu à subir, en Espagne, en 
4938 de la création du monde, sous le roi Alfonse IX 1 . LeMostra- 
dor (chap. x, § 15, f° 328 & du ms.) a un passage analogue et qui 
explique ce qui semblait étrange dans le Forlalitium. Alfonse 
de Valladolid était trop versé dans l'histoire de la religion et de 
la littérature juives pour inventer ces prétendues sectes juives 
dont il a l'air de parler, d'après le Fortalitium. Notre passage du 
Moslrador prouve bien qu'il ne commet pas cette erreur ou ce 
mensonge. Il n'a nullement l'intention de faire passer pour des 
sectes les partisans des diverses opinions qu'il énumère, tout ce 
qu'il veut, c'est de montrer qu'en face de l'unité du dogme catho- 
lique, garantie et établie par l'Église, il y a, dans le régime de 
liberté intellectuelle du judaïsme, diversité d'opinions sur toutes 
sortes de questions et, suivant lui, une espèce d'anarchie qui 
témoignerait contre la religion des Juifs. Voici ce passage de 
Mostrador : 

El paragrafïb XIV . Dixo el Rebelle : E quales sson aqueilas cosas 
de la fîee en que uiste tu que non concuerdan los Iudios todos 
enellas. 

El paragrafïb XV . Dixo el Mostrador que algunos de los Iudios que 
sson que creen en todo el Talmud de Babiloniae sson llamados fari- 
seos ; otros algunos sson que non lo creen todo el Talmud de Babi- 

1 Le texte nomme seulement le roi Alfonse, sans numéro. L'année 4938 est 
l'année 1178 de l'ère chrét., donc le roi Alfonse ne pourrait être que Alfonse IX, 
qui a régné en Castille de 1158 à 1214 ; mais d'un autre côté cet événement est ra- 
conté par Abraham ibn Daud (édit. Neubauer, Jemislt Chroniclcs, p. 79) et placé par 
lui sous Alfonse fils de Raymond, qui est Alfonse VIII (1126-1157). Comme dans ce 
même passage d'Abr. ibn Daud il est question de la prise de Calatrava par le même 
Alfonse, et que cette conquête eut lieu en 1147, l'Alfonse qui expulsa les Caraïtes 
ne pourrait être qu' Alfonse VIII et la date 4938 du Fortalitium serait fausse, ou 
plutôt il y aurait désaccord entre Abraham ibu Daud et Moïse de Léon, à qui sont 
empruntés ces renseignements. 



POLEMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE Gl 

lona, ssinon alguua parte dcl; e otros que non creen ninguna cosa 
del Talmud, si non la Bibia, e sson llamados cutim ; e ay otros dellos, 
que sson llamados çaduçeos, que no creen que llmcan las aimas de 
lus omres despues de la muerte ; e ay otros dellos que creen que ffin- 
can las aimas despues de la muerte en alguna manera, si non que no 
creen que abran pena nin galardon alla ; e ay otros dellos, que sson 
llamados mecubalin, que creen dies perssonas en Dios ; e ay otros 
dellos que creen dos Dioses, maestro e ssu dieiplo, que a nonbre 
matatron. E ay algunos dellos que creen trasladamiento e muda- 
miento delas aimas de un omre a otro o a muger, e aima de muger a 
muger o a uaron ; e dellos a bestias o uacies o otros serpençias o 
pescados o cusanos ' o yeruas o aruoles o a estrella o algunos delos 
cuerpos çelestiales. Et esto lo i'fincan delas opiniones de Pitagoras 
et Aficoras 2 e Ancassagoras 3 , e aun que io aponen a Aristotiles. 
E los Iudios toman desto rrason para el mandamiento que los mando 
la ley de casar el omre con la muger de su ermauo quando el non 
dexare ffiio, por que disen que entra el aima del muerto en el ffiio de 
su muger e de ssu hermano, et disen que por esso son deffendidas de 
corner las bestias pollutas et las truffanas *. et las aues pollutas e los 
pescados [f° 329 a] pollutos, por que disen que tienen aimas de onbres 
peccadores e de gentiles, e que non es guisado de que sse gouierne 
dellos el Iudio que ellos tienen que es santo. E a esta opinion sse 
acueslan los Moros, que disen que yran ssus aimas en uientres de 
aues, para sser ssu Dios. E esto es mucho alongado de la concor- 
dançia que los Xpistianos an en la ley santa e conplida que tienen. 
E algunos de los Iudios creen que las aimas fïueron desde ssiempre 
como Dios. E otros dellos creen que sse ffasen de nueuo,e otros creen 
que sse fison de nueuo quando sse ffase el cuerpo cuya aima es. 
E algunos dellos creen que el mundo non auia comienço, e otros 
dellos creen que ouo comienço, et otros dellos creen que es nueuo e 
eterno en uno, por parte que ssienpre an mester a Dios. Et otros dellos 
creen que ouo comienço desde tienpo ssenalado a aca ; et otros dellos 
creen qui ouo comienço desde el otro tienpo, et otros dellos creen 
que Dios cria mundos e deffaselos; e algunos dellos creen que en el 
otro mundo estaran ssin ningun cuerpo para ssiempre, et que estaran 
en la gloria de Dios. Et otros creen que estaran alla en cuerpo et en 
aima ssienpre. Et algunos dellos creen que conbran et beuran alla, e 
que fl'aran ffiios, e que conbran todos un pescado indiuiduo que a 
nonbre lunaton s , e la ssu ffenbra fflema (ces deux mots sont exponc- 
tués) que tienen salgada desde que el mundo començo, o que abran 
todos que corner en aquellos dos peçes dos mille aiios. Et assi que 

1 Le ms. porte ceci : « o pescadol' occusanos » ; cusanos , auj. gusanos, insectes, 
reptiles. 

2 Epicure. 

3 Anaxagore. 

4 C'est le mot hébreu ter e fa. Voir Fidel Fita, Estuclios, VII, 28. 

5 Leviathan. 



02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

beuran el uino que esta guardado en ssus huuas desde que ej mundo 
començo (et autres légendes de ce genre), e otros dellos creen que non 
ssera ninguno cosa de todo, si non que aquello es metaffora e se- 
meiança de cosas spirituales. (Puis viennent les légendes et opinions 
sur la* résurrection ; qui ressuscitera? les Juifs seuls? les pieux 
parmi les gentils aussi? etc. ; puis les opinions diverses sur le Mes- ■ 
sie : les uns disent qu'il est né , les autres disent qu'il n'est pas encore 
né; d'autres croient qu'il y en a deux; etc.) [f° 329 b, en bas]. 
E algunos dellos creen que en qualquer gente que el omre ssea bono 
sera ssaluo, e otros dellos se ffasen ffilosoffantes, que no creen lo 
uno nin lo altro. Et algunos dellos creen creençias [f° 330 a] conpues- 
tas de unas con otras destas, e estas conposiciones sson muchas 
ademas, e por todas estas contradiçiones e desconcordias que tienea 
mereçen sser culpados e yr de mal en peor, ssegund dixo el uiesso : 
Partido es ssu coraçon dellos, agora sseran culpados. E poco tienpo a 
passado que estos Iudios del rregno de Gastiella e delos mas de la Es- 
païia eran todos çaduçeos e ereies, commo lo escriuio el ssabio rrabi 
Abraham ben Esra en la glosa que ffiso de la Ley. Et assi escriuio 
rrabi Mosse de Léon en la apistola que conpuso para contradesir 
alos çaduçeos, e dixo enella que desde la ora de quatro mill e nue- 
uecientos e XXXVIII aïios de la criacion del mundo, que sse torna- 
ron todos aquellos Iudios a créer en esta creençia en que estan 
agora del ssu Talmud de Babilonia, non por ssu uoluntad dellos, ssi 
non por rruydo que ouo entrellos los çaduçeos e los ffariseos unos 
con otros en la uilla de Garrion, ssi non que los çaduçeos eran mas 
poderosos e non encendian candelas en la noche de ende en la noche 
del ssabbado en toda la uilla. E auian los ffariseos très omres onrra- 
dos que ssienpre tenian quixa por que non sse conplia la Ley en- 
trellos, tanto que tomo gelo el uno dellos por lo de Dios e ençendio 
candela publicada miente para ssabado. Et non era assi el uso delos 
çaduçeos, por que dixo el uiesso en la Ley : Non ençendaras ffuego 
en todas uestras moradas enel dia del ssabado. E entro grand rroydo 
en el aliama por que tomaron que aquel onbre quebranto el sabado. 
E entro grand rroydo, e llegaron las nueuas al rabbe mayor de los 
caduceos, que moraua en Burgos, e mandole prender. E ssobre 
âqueîlo ouieron de yr al rrey don Alffonso los çaduçeos e los ffari- 
seos, e parosse por los ffarisseos un Iudio ffisico del rrey, que auia 
nonbre rrabi Ioce ben Alffacar, que uiniera de Granada, e ffiso el 
rrey lo que el'quiso. En que mando a todos los çaduçeos tornar a 
la Ley de los fariseos. Et entonce sse tornaron todos a pesar dellos a 
esta Ley de los fariseos que agora tienen, e por taies asçidentes 
como estos se tornaron los Iudios en cada tienpo de una creençia a 
otra. 

La fin de ce passage sur les Garaïtes permet de mieux com- 
prendre une phrase assez obscure du Fortalitium : Quia in Ma 
carrionen. predicti regni (Gastelle) erant Pharisei et Sadducei 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 63 

(c'est-à-dire rabbanites et caraïtes •). Notre texte espagnol montre 
qu'il faut lire : Quia in villa Garrionensi, etc. C'est à Garrion que 
se passe l'événement qui amène la suppression des Caraïtes. Il est 
difficile de comprendre l'action du rabbanite qui allume une lu- 
mière le samedi. Il a probablement voulu montrer, môme au prix 
d'un gros péché, qu'il était absurde de la part des Caraïtes de res- 
ter sans lumière ni feu le samedi. La démonstration n'est pas 
d'une logique irréprochable, mais c'est l'acte d'un exalté. 

4. Isaac Pulgar. 

Le Ezer lia-dat, d'Isaac Pulgar -, est du milieu du xiv e siècle, 
du temps d'Alfonse de Valladolid (vers 1336). C'est un ouvrage 
curieux, qui ne ressemble pas aux autres ouvrages de controverse. 
Il a la forme oratoire, et les cinq dialogues dont il se compose, 
écrits en prose entremêlée de vers, sont tous, sauf le premier, 
encadrés dans une vision, où dialoguent des personnages dont 
l'auteur prétend rapporter les paroles. Ces personnages sont 
bien choisis, leur caractère a toujours quelque rapport ave^ les 
thèses qu'ils soutiennent. Dans le dernier dialogue, consacré à la 
question de la résurrection et de l'immortalité de l'âme, la scène 
devient fantastique. L'auteur est transporté sur le champ de ba- 
taille où tombèrent Saùl et Jonathan et où gisent les ossements 
des héros d'Israël. L'un d'eux se réveille et révèle les mystères de 
l'autre monde. 

On sait qu'Isaac Pulgar fut le principal adversaire d'Alfonse 
de Valladolid. Déjà dans le distique qui précède son ouvrage, il 
semble qu'il fasse allusion au p*j£ fim» d'Alfonse. Voici ces deux 
vers 3 : 

p-nn p^tritti pnàîi rmïïb 
: m iî -i^2^r^ û^b-siDE bip iîn 

irmn w vûv mna 4 iT-n« i^t ïib"i[ ] 
: mb w bpi rmn'n pnb 

1 Nous citons d'après l'édition de Nuremberg- de 1485. 

' Le ms. (1° 2) le nomme Isaac b. Pulgar. Le mot Pulgar désigne une localité 
espagnole, il en résulte que, dans les noms, des Juifs espagnols, le mot ben (fils 
de...) peut parfaitement être suivi d'un nom de localité. C'est ainsi qu'on a aussi 
Salomon b. Adret. Nous supposons que ce nom (pris pour exemple) a passé par les 
pbases suivantes : le père de Salomon se sera nommé d'abord Abraham (de la ville) 
d'Adret, puis Abraham Adret ; le fils se sera nommé d'abord Salomon b. Abraham 
Adret, puis Salomon b. Adret. — Comme le nom de notre Isaac Pulgar s'écrit ""|pbD 
ou "iNpbD, il est possible que le nom de Semtob ÎH^PpbS vienne aussi de cette 
localité appelée -Pulgar. Voir Steinschneider, Catal. Bodl., col. 2537. — Sur Isaac 
Pulgar voir encore Haluç, 4 e année, p. 83-84 et p. 90. 

3 Tout ce que nous allons dire et avons dit du lïzer ha-dat est tiré du ms. du sé- 
minaire rabbinique de Breslau. 

4 La lecture du "\ au commencement du vers n'est pas absolument sûre, ni l'exis- 



64 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les premiers mots de l'ouvrage paraissent également faire 
allusion à Alfonse de Burgos. Après avoir gémi sur le nombre 
des incrédules et des apostats de son temps, Isaac Pulgar dit qu'il 
écrit son livre contre eux et pour les réfuter : ^nitt by a'nBiib 
diTn&tti d'nnEft biomp^DRïi tn-iDiai mn. Ces & montreurs mau- 
dits » désignent évidemment Alfonse de Valladolid, auteur du 
Mostrador, et ses disciples et imitateurs. 

Isaac explique ensuite pourquoi son ouvrage est divisé en cinq 
chapitres. Il veut d'abord démontrer la vérité de la religion 
Israélite contre les apostats et les chrétiens, ou la démontrer aux 
Juifs ignorants qui ne la connaissent pas I (1 er chapitre) ; il veut 
ensuite répondre aux incrédules et aux sceptiques aïoimp^DN 
(2 e chap.) ; puis à ceux qui croient à l'astrologie h^iyo "hairt et au 
fatalisme (3 e chap.) ; à ceux qui prétendent que tout, dans la 
Bible, doit se prendre à la lettre (les û\mD), et à ceux qui veulent 
(ce sont les chrétiens) tout prendre pour des images et des allé- 
gories fTW (4 e chap.) ; enfin à ceux qui ne croient pas à l'immor- 
talité de l'âme (5 e chap.). 

Son premier chapitre, qu'il intitule D-mp^sa nmtDn « Réponse 
à l'épicurien », fut composé à la demande des habêrim *nan 
ûWttnrr, qui savaient qu'il discutait souvent avec les apostats, 
et avaient trouvé goût à ses réponses. Ce chapitre est divisé en 
huit Portes : 1° ce que c'est que la tora ; 2° elle est sainte et 
bonne ; 3° supériorité de Moïse ; 4° le monde futur d'après le Ju- 
daïsme ; 5° ne pas désespérer au milieu des souffrances et de l'hu- 
miliation actuelle des Juifs ; 6° le Messie n'est pas encore venu ; 
1° et 8° les aggadot. Dans la Porte VII de ce chapitre se trouve 
le passage suivant, où Isaac nous apprend qu'il a eu des entrevues 
(ou au moins une entrevue) avec Alfonse de Valladolid : 

mn wra anvn ^r^ iiasa ti ina tî\s û* vnanra t-ina &*d 
wim a-rab iab -inraai iissn m&tbttb n^p *iv t^ai t^sianpiaa ûm 
■»bat» iroinra ■£ nttarn )y^ laaa 'n tznptt in» stîi nm-nn 

Bans le chapitre II, l'auteur suppose qu'il est transporté à Jéru- 
salem ; là, il entend un dialogue entre un vieillard Jpï, représen- 
tant de la tradition, et un jeune homme *)3>a, qui suit les modernes, 

tence d'une lacune non plus, mais le vers n'est pas sur pied avec ïlbl seul et 
n'aurait pas de sens. 

1 Dans l'introduction, il dit que c'est pour ces derniers qu'il écrit le 1 er chapitre ; 
mais en réalité ce chapitre est plutôt une apologie du judaïsme contre les apostats, et 
c'est de ceux-là qu'il y parle ordinairement. Il y a là une certaine indécision sur ce 
point dans la pensée de l'auteur. 



POLEMISTES CHRETIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 65 

veut faire le philosophe, blasphème et pèche contre la loi rnott 
ïtvût et séduit les autres. Ce chapitre a été imprimé dans Taam 
Zehenim, mais le texte imprimé est très différent, dans la forme, 
de celui du ms. de Breslau. Dans le cours de la discussion, le 
conservateur invoque l'autorité d'Al-Gazali, qui écrit le Renver- 
raient des philosophes. Son adversaire lui répond qu'Aboulwalid 
(Ibn Roschd) et R. Isaac Albalag, dans le vmprtffi nso, ont ré- 
futé Al-Gazali 1 . 

Le dialogue du chapitre III se passe encore à Jérusalem. Les 
deux interlocuteurs sont un astrologue nmrs et un rabbin nnn. 
Le chapitre se termine par un conte où il est montré que les 
astrologues ne savent rien et trompent le monde. Ce conte est 
intitulé frison '0 (Livre de celui qui consulte les nuages) et a la 
forme d'un dialogue entre un "piytt et un "pmntt. 

Chapitre IV. n'y a des gens qui se frottent de philosophie, se 
regardent comme des esprits supérieurs, deviennent incrédules et 
font les esprits forts, ce sont les épicuriens de ma seconde partie; 
mais il ne faut pas, pour cela, accuser la philosophie. Au con- 
traire de ces philosophâtres ùiDbsntt, le vrai philosophe devient, 
de jour en jour, meilleur, plus croyant et plus vertueux. Il est 
bien supérieur aux ignorants qui croient à la cabbale 2 et aux 
sorciers. Ces cabbalistes irbmptt sont odieux. Ils prétendent qu'il 
est superflu de se creuser la tête sur les problèmes métaphysi- 
ques, on ne peut rien savoir, sauf par la tradition nbnp prise d'un 
prophète, et ils croient ferme que leur cabbale vient des pro- 
phètes. Si on leur demande d'où ils le tiennent, puisque la chaîne 
de la tradition a été rompue depuis l'exil, ils répondent que cela 
est aussi sûr que la Loi et les Prophètes et ils mettent au même 
rang que la Loi leurs contes creux : mtnbi nvuûfjb ÛÏT3Q "Wl 
oipn i*iB0b ûî-pbnr: "meo. Ils ne savent pas que la conservation 
de la tradition est chose difficile ou impossible, et que, par exem- 
ple, malgré tout le mal que l'on s'est donné, de tout temps, pour 
conserver dans toute sa pureté le texte saint (le Pentateuque), il 
s'y est glissé des fautes. On n'a qu'à voir, pour s'en convaincre, 



1 Sur Isaac Albalag voir le Ealvç, 4° année, p. 83 et suiv. L'ouvrage de lui qui 
est mentionné ici est évidemment sa traduction, avec commentaire, des Tendances 
des Philosophes d'Al-Gazali. Ibn Roschd a écrit, sous le titre de Renversement du 
Renversement, une réfutation d'Al-Gazali. • 

2 Un siècle plus tard, Hayyim ibn Musa y croira parfaitement (ms. de Breslau, 
f. 13;> a). Cela est naturel, la cabbale est de la fin du Xni siècle, les gens sensés, qui 
connaissaient son origine récente, refusèrent d'y croire et se moquèrent de cette 
nouveauté. Elle a gagné du terrain avec le temps, et à mesure que, par suite des 
persécutions, l'esprit scientifique s'est afFaibli chez les Juifs. 

T. XVIII, n° 35. S 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le min- nsa connu chez nous et qui est écrit par Ezra le Cohen 1 , 
on y trouvera des leçons dilïerentes de celles de nos meilleurs 
manuscrits. L'auteur raille ensuite les gens qui croient à la magie 
et aux sorciers -. 

Le chapitre V ne contient rien de spécialement remarquable, 
c'est un dialogue entre un vivant et un mort, mais où le mort, 
ressuscité pour la circonstance, joue le principal rôle. 

Nous donnons ici le texte de deux passages spécialement 
curieux de cet ouvrage, l'un contre les cabbalistes, lautre contre 
la sorcellerie. Ils sont tous les deux dans le chap. IV. 

nna tPfinpsn anaaan na raja ^rr mm ïtobïti [F°55<2.] 
a>8)ttb Diwi baïaa nbiai plia pa -o pyyj^xn ûm DibaipE rîTn 
un 13 nwr t-\v2*vp-n rnbin iiypaa b"n irnaananrh abj>a tano 
nbapn ia n.HKa ûitoei a^H"p an iai ^iaa73 nmpb -bap ^13 
Gamba nftttiiaai ûiaran ioe n^iaari r^n a*ra arn s*m tj5n 
ia nElbi pcnanb aaaab wan n6 "psn s-int wn "pNE tna 
vn ^a tararan 1&73 tp*tot33fc tan ï-fba Jr-fW vn r>ib*a -Hiasi» 
fntfbnn j-rnaan ûniaian lèrtb'nai aa^în yv\txn ain^ai apaisa 
taaiia avab?j isb ïlbibn iiwrii laiiai isvn^b lavnaiya mp iïïs 
lïiiiya ûipTniwr! ûudmci 1373 nab^N ma>aip?3H iiba lairoiftixa psa 
pmas ÎTiyn n"^ ia\^aa lanaai laimin "iDoa pansa t>sb "-nasa 
rmo a 1173 ^a i**p t^bi cnpn inaab amban innsa tinotbi nmanb 
nittioa naiwaiK naaa ba mnn ipaynm i£i-inm ib*miarî irniN rtraa 
abiai mna tp*iyt\ in m» arra nann »bœ iia amana rma» dn 
taipn^iTa fcarmaai cariai a^naa tamaa nx ©•«•iiïib tanama iho 
fcarmajaa aamb-irram eamamn ba asn ûyvj T? inTTa m tffliatii 
■jii^ttn b£K rm nn mmpa nsp^a iaip- ianaa a^aia ûiifi 3 N£73 
■pian ant? m navia B**irra labatN ûoiid» s^in nias min- naaa 
na^a "îœN Bimran anaan nNEJa pi73nb mania mb» ia 1x1:731 ^a 
earmai t^xfoi ï-ibN- aibaip^rra trwxBjH aiiasa cn^n ^proaî 
br m-n» inba ^wilan ba mbTîaia rrnir mb73 [f° 55 &] nnan .a^aa --aiaa 
■pnn Tasa tainsir ê^sto aax ^a tiaiNi ^tz^zt: p^ana V : ^ D ^ 
îri73 itiis anai na%a l^Nîrtb"! pin^nb ta^a^ amaoa tjpim aaab 
•labrrni na-ana laïai xbi iyv tt^h ^a ii^-n nàNbTDa naxa s^ï^-'a 
liiana "paa* ai^ aiNn ann piannb Taaa niaN anain 3in ^a isram 
rtnisa ûD3;p73i nrin bitpei ba'an a^n^a n73 ^ann ^iN2:73' , !«»JOBrt 
aibaipttm a^n73w\n thnii nptpm ^"a bis- mm n-nno73 î-i-ira^ 

1 C'est TEzra de la Bible, à qui cet exemplaire était attribué. Cf. lohasin, édit. 
Kilipowski, 1° 220 b, un autre exemplaire remarquable qu'où avait eu Espagne. 

2 licite, en passant, le "ib "TCiX aiaar» iai73 'a. Veut-il dire qu'il soit l'auteur 
de ce livre? 

3 Lire n^t:: ou nN^-:a ou ^N£7:^ 



POLÉMISTES CHRETIENS ET JUJFS EM FRANCE ET EN ESPAGNE 67 

spybnb ûbnp la^nn arraa tt** 1 arma» s-inr nana ^:» ne» rtbalfi 
tarrô» d"naw es^aïa-ibisn tism t**"inpb teib-imaan b» miTabi 
bapb na y» tcx nn» nb» D^bann ^nsa çnana aaw iban ht nab 
Ëa^panai yasari mapbi rm»baan mo*bi r-naba>an a^ogb an»~ 
ppna*m pn b?ian j-ri\p diia "ina rtb» çpnan na^p" 1 on ^a aaazya 
&"»aann "riaa t:nnD;i aa^7"i3a m nias fisrpgva taynaaa aa^nsa 
•aw ib Tarn . aanpnrn ean^b fcs">nb[»3n sia» nia» t? aa"n»iDar7 
■nap'wa iaia fn«bfl3 i"ipa>aai FrbapJi ruwa na-aiam pîma 
yaïai naann nia'paa dm "b inaaba simn 6**b wraaa ^a «npna 
iriaaa aa-ai isa taan îa^ï ïaaiaa "»a î-ipim yn»a ^a a-nan» 
Yiaa^n a^an aw "i7aa? abri latnab wan Ta* anaai '■pbn ^b-n -nb» 
S-rip" 1 iiaïaia mbpi nm^nn r<inn ia\N- msnai inpap"n "imaa 
i2i nàba bnn pn nnrnn» n»iaai maa an*n ntvjw ïwa T»a 
tp^aTî dia ib lan» ^a ^m . i^n» b» aiian laaa rnajn ïp?t Ja 
y» nia» nn» laba njaK'n nb nam Dia inarnanm îaçia ba* a»TH 
na">ia» i-w\np»i inaaa rmnb bai» a» f<3 ïtvjok "anabb ip^rj ysn 
!-i:m è**rm mn "nnna rraiam ïrènba wi nnp\nr»i w -W 
rbr r-naa np»ai ïroai naaa nsaa &<np viîaa br aaia own 
jpi-n [f° 56 a] vmia»na srnnn nsbïi aaia nris- nnnaa»"i niD^^- 
bba Tmp»na vr 6*ch mnn "pn r<a irtap rp-in n»n n;.a»rn 
nam nnian mba*a wi "iharp?") fcjbpn b»i i^^n b» " i ,-7û" , i îsar: a-urpi 
mbsn ^a irnsnai aca nnpb nia» n~ipu- hx ina^a^ ippri^na ^ba 
r-in^n nia» istn» ba iab Dia"».i îpwm -iniNn a-rçjm lann n« b»n 
maian "ja dp nnaT.- naa ynwS- ib ynapm a^'^-n im^anN ^b n,;] "P" 1 "" 1 
ïmr.a.xn . r:i^n n^p"»bia an:: vrp b» r<sn^i n'-- nsaa a^annar» 
î-rnnna irrnava T»72 aa^an a^binnr: ^rai mb^a aa^bnn ■vyiao 
i:a y^s "^a ijaiani ><bi *\y^ xb r\$i ^nam -irn?^» ^ap'aa a^ias» 
r-n7:br:- a^ohb bans na nia» i-rronn ^73 r-ibirai "iaa: nn» na 
C|» nana yaai ^ata» bia^ riPpaa a» ^a nai» r-rrrr nan naiam 
aawN ^a nsia rrapai maipr: naanna r;J;' , » >i^a:r; naian aaa» 
irr: ta"oapn"i msi vania maian pn waa Hpv3çn naa3 ^nia 
fnapn m^iai n^riasn nbapn pari . ■pw aiiaa n^bw^ nan i^:r» 
»-ir; î^bn nn» baipaa bapaia ^aa i» s^^a^r: ^aa nm» p^bapan 

S? ne» HT53S1 naia n^aa ama 
mabann ^r:ra a^raw^an nsj'a t<">- rr»yian?i rta^am [B ,Q 56 , 7 >] 
aa^w^nai aamb» taa^ppnniaai d^aaim aa^nTr; aa^b^Dm rrmnam 
baigna a^arm ynnan aan^a^a dn-^ata ttan^riai a^n:n d»"»â£anb 
fcnaoma "»pb anarari br ya»nb i^^ bba- ^nnai .naDar; iabnn 
îannnai c*<a pn a^aianb^a- bia a 2m» irnaT no» ra-j- la yin 
rp-aan r-iana» ana man ai^n wiana i~rb»a m:ia»i inna b^a 
[f° 57 a] ai*a ana nn»b yw^-a a^'*î^ a^nn- nànarjiiaa ^a anaia» »im 
onnn^ià yTi" 1 aaip7:n -îa-ai^i b^D^b irn^-b r-i^bn aaitt t^sbi ^nr 
nn^bnrn ^anbab cpiaa n*ar ^aVas ^a an^:^a donan'n r-iîa nm 1573a 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

t[WD î-întt)* fr-piiben nnnpwn r-wibob t\WD nwy ^-ibsn 
imn^p ■rç-iba-i î-rax*b innôram îr*nia nabn rmom n-snbsb 
ï-i'jn dn •o biyab bar B^bw i« baratt -dn n-niapnb ba-p bab 
I^n tûn *iv amaba *-n*p»a mm maiMiDi'mbnn» s-rbsoi ïwp 
ta^yamam in a^-iansn a*n "•aaa am uinab b"oia73 avm r-niai 
13a û^Dwnb i-i&na nbwN mbnra biaa trnïibi . amby a^ry73!-n 
tsib ï-idcd7j i-mn s-n»K pbn in* ; imbpb tepttab Hb« d^bya 
ï-iban TnsoTa mmpn runna b"T»a a"nn ï-na ^-uni-j -isai rrnn 

rrbx a*waizj 
p»Kiib a^ieabi rnyiï-f nanb wiffifin t*ra™ ^?: rranatt isai 
■o laiyjaïi fcav^aia ^ain an^rn nœaa ^a ï^nn in p'nnmbi tpïîaa 
nm ujinnb mnx* nao mt ba ï-jt antanin a^ym a^saia nTaran 
rraa tnwNTa rra-iuîn i^Ta îznnna "imjas -m ia aayD imana 
■ramn ny m»X73!i3 -dt dva ïnmaaia aya imarp tpaTarr aittjrn 
m&rxTab rp)aaw ma mi^- imx ^a d^y-n^ a^nai mn^i a^-pp 
^aian» ï-r^pr: piiaa ^bir; «rab ûys mp "O bœttnï t^inn nain 
ina^brsa ^^73 aôi !-nya bara iras* inoann Traaa rwrn îian» 
nnany ira» naïii "impTa np^i i73y nan^ia d^N mma Nbi pniab 
pi t-oft-zy ï-7d-idd ï-mobn pinb ïWttm •firinpttsm irttnMïi s*wrm 
, a^iaari pœjn ï-mn^b » . aa-nab fin pnbœ Ep«an k -iaa3 aina N£73n 
b«©i n-^uN i"ur3&oii Ttraa i-ranTa ^b i-rapi pnan aa-pa piu:b *jb 
i-rrrna Nbn rra^bna na'r ^a'rn la ^b nTaram ^n^nb aiujn ■'aiann 
napm "p^a nbsa aTJ yann^j ï-t^n it ^«b r-ïfcn?j!"î n« ï-i^nm 
tDip)33 »■»» aiai aaya ^a -nnya pi « . ^artsm ^Toy r-janb nN 
n">inrn s^^aipa pn^ia tata atzni im^na nb r-i-ipi ^ba rnnn 
. rn^tt) pnoTon ^an* 1 [f. 57 *] nnn ^bs i^-na^a ^a Dîra^a oansna 
t=i^372rf nsp û-^bN Tn73«^ p imoabi anpu) ^ny a^bynb ^ai 
-id^di-i a >i 33ia7ûr: b« rtb» mao ya rp^bn aaiu) ^nïî a^-n i^n^N 
smyaicb t-nann ^na^n myiattsn aann aa^bann inwn ^bnrr by 
n^by rmn ni»N i^yi-t b« nb 173^1© ^ba?D cainia n^ aa^a^b^ 
ba in ^Nb^n bN ^inr; bysTon îom^i i2a-«T ^^ in ^iàft Hbn 

.TV* 

ibyaa w ^a aa^aïîinrr nDi72N inb^n rninaDan ?-nn»N!i i»n 
tanaybn ïamN yst: ^nan^ b^n ^ai rin^ hbmm nbyin T"y 
O^ïibN ^nn^ aa^DiD i:n3N ^a im^na insap ainb tonaica a^rtbm 
'û"«tt53Nn by roptttt ^bTaa wn wpnb7jn bbenriba aa^nnyï a^-inc* 
a^ïDïiba ya^ûi tamN tD^muji inayi T»nw73 b^m aa^ii:p37jrî 
oaujna 1373» a 3b hn nn^o' 1 Nbo "na inr^yb ibavuî &"*« ûnbyin 
îiïTttayi Nbusa :n"pt vb« ibbsn^a pyn^i ^n73 TOfr 'n-< b^r: "O 
»ian ibwN my^ia 1wN73 p^tht3 n3^73y ^3373 aa^b^a^73r5 p rc-wi 
î-rbfin .?<3p bw\ "i^rîbN v'i 13» pnas73 îtint n3i73N by ï-iwn ^b 
«btt D"ywNi t"^ ^aiy bbaa amsTab iism ban«i ^yr:iD aarr nTa^a 
rrnN aTip 173N3 a^by-i &aba nn3"i73N rrypn^3 ^a nu;y73 iu;y^ 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 69 

mai iras n"a nssvb ïam'n naai va ^rprrpbaa p-inm aamss 
ton ^a dna«a inwbpa hd^ *o mnxn .a*n nrcab "iibn moaaa 
■tax* pna non «nn inbiï? ^na ban rrb« aana irirn^b npsia 
ïwapn îwti cfi» n aaa -jttSN irwiatt n^an T*bM iaai ^a s-paiom 
bxN f-iaaa b^anm n^tn noKaan imafi V 3 "^ pmnn rnaai 
. d"waa -^ a? ba hN ïm *ai ^b î-in« napan "natta bN-iia^ ba 
ûnnx ûwaaa nbann bÉntoi ijwvb rwa ïwp n^n Nb "o n&ntt 
ttiw n:na^ na *pnaai baia snb irpn ibNi ,inb"iT dm» taa^pnaa 
n»D« \x;a awn vn -uasan ia yaaam np^an fa via^n na-in 
mia*b r*<bT "înbnïb 'pis ûita c^tbi linon n"a bwNb ombi maba 
pai ira b"n fca^a^aan taa^bansn ba ^a i**p taaan ^rai^ [f. 58 a] 
ûbab nbnnnn &n!-n nanatm n^sna îbwi v^y aba d*»b*Baii tnb 
a^aian nbabab aniapai t"2 ^rai* ^a nba a^bao laramta iaa Nb 
rva iniBjaa na^ai n"a "lafcTïi mwi ^bna nbann ma "ijptûi 
iba to*wa rrnn m&« sb r-jaaai . ann D^a>aa -panai ^basi 
poa>nan i?ût TiaNi ban bu) "pncaai arai nna npia ûnvïib sn ^a 
ïwai omaa fcmrtib« aar-na aiionb aamia-iyb niasia ^a t]N ana 

. nrabma n-psab nawa^i am^ba ï-nb» 
ï-naraa nbann taiia n^n t^bia a^aaNa a^b naaoaa ba na*n 
iabn nïw «b nnan b^aa naaa û'waam anaan arnn s-maatti 
bann "nna* -iab^ ii#a ipm 'lai b^y-n Nba vnaD *pan ^aan a 'iai 
t^bi aa^baa aa^^a ^ai» miawrta - ^^^P 3 l^bn ^n}3 iy 'i:n ibaïn 
^N"i *j\n i-ïbN awna ia^n*« nu5Na nairt ï-nrt "ib&o .n^n a^iaa 
ba d^n^aTai bwn a^aizîTai b^a^ab a^ ^a a^baa t"^ "«^ai^ «np^b 
tarmaa» T^i aanba^ iimîi i^a^i 'i^toattî w b© in^a ^nu) 
ab anb ^«i baa a^ n^t N3 -i^^ia nwNT b^ n?2N3i . dwi ansam 
nnn^a na»n flm n^Nai . nyaia^ Nbi ana a^TN iNn" 1 isbi anb a"W 
V-^^i . û^ûbN a^aba aaba -ty^ «a aaba ù^i? "pais N^aan n?2Ni 
a« "»a ï'y -vyft r\^-Qy i^nï) mmnb a*waafi ^naa ba a^b^ r:T 
^air^ nab na^ ^t .nb^in «bi rmm mbaoi m'usa ainbi Ni^ab 
i-rr: ba^ bab nrîN a^i ivtn t-nÈr»afc»a ta"»-i^aw rn «b aartn T"r 
D?-pT»au3 a^ dtn ^a -^ban ^-na r^-na a3> "D-n ^a aa^na anibao 
■»baa a^anb in rnnb a^bia^ b^n ^ma b"-i m an ^a-i amman 
nWn nab boa aaam ni a^wsn ^aa -^ban r-nbi^sa an^v n^T 
in^ ^baa bn^ia in imp na^r tmia^^nb -iuîsk w ^a ï-ttw b^b 
débinai aa^rjp ta^tt^an bab nbnm uj^n son ^a _ imatai inaNan 

. braan b^ in^i la^nn^ ina^Tan 
r-ia^a msab aa^an n^a^ rtbs n^nn ^usnbn mai'a:! [F° 58 ô] 
aaacna ma ù^po^nab nbanm m©aa l'y n^^aa w ^a ^asîibi 
Ca^TONn ba i^n n^N nb^nn mpn ann û^ffi^aa n^n t^tb ib^ ^a 

1 Jérém., xn, 2. 

• Les versets bibliques cités ici et un peu plus loin se trouvent dans Jérémie, il, 
8, 11, 5 ; iv, 14 et 22; v, 21 ; Isaïe, lix, 15 et lvi, 10. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bnt-r -narra b*po*PM b'waip dwra d^r: ■wa a^ptmtti tà^bwri 

.nttnai Niraa a^ntawn 
TEn ^aaa rinbaott ^a a^tt "imsro pie d:> pt br ùnaierri 
iïf î-n'm paba î-nTCp PibiKî-n aiNP ^a yiwrt aii mwa ?pia:h 
toTa rtnB yw m^nwsa nowa'n b-tfïûîn bnàTai araa Fwfctfib 
Pinaizjpp -iwa triab "pat nbiizp- ntra intf aa ^a aànfcb ba-nbtti 
rtTtt ^Ta t]N Htf-tf Nbtt ^m Tiafip la aap^br Pnbapan pT^nbarj 
t-njptMi mftbilDîa PntttfP; p i&«3 nnpirn rwpBa nw p^a 
btt^a pma d^ nad£ ■pK d'TONa irma^ao npN P/wiritt rnaba 
i&ia Prrbn ynx ^stp ao "noa» tsThaai fcs^ttSh tarpïm^ è'^în 
nibwpiam "p" nvrosart rmnp "je d-pottb dpp d^a a "m a\^raa 
dTN pan fcppbN "Ton irb* P-nas np,à ib« fcaawa pi p-nrip; 
twN ^a dapp fcrhbpa N^.ip nauja ab"i t"? \3nnyn ^bana 'pttfcwi 
tarr pÉn d'Wbph 'p dïtvam tà^îà'p nain taraa-tfttPE ^^^ ^nn 
Pnasp Nb 'parra ïtïi "iba ^a naift^ rnbi» &raa ^paar ab pytth 

. ijnb» iribtçbtt "'PbKîî 3>bti|ri *p 
Pnbanh fcaia îapa^b N*aptt 'rn baiPia fcaarâpa ^a piepp; "p:n 
1» Hbshp Pi* ba *ïbpaa bbaia Nap"* Nb ^ "ma?» jn»» inbiîtt 
ï-wiariïi p-in^aati Prô^NP rvna^a nb tfânrçb imDon 1 t&n yatari 
nana pa ^a t"^ mb'W bbaa ï-it -iDaa ab ^jsn maïaip jràa bii 
nnarbi ^aar: ^ania "jb^bn àPariPb tN ^a romrr aaa ptoik ian^ 
p*ibpp»b ïirp p« nai tpo .mbntpbtttt vonbi i^bb nbo^n bpbV 
3>^3 [f° ^9 a] ^ba7û nb^Torn J-m^rr ""ûpa^o k-»«5p n^^bi tà'niiàrï 

Isidore Loeb. 
[A suivre.) 



GLOSES D'ABOU ZARARIYA BEN BILAM 

SUR ISAÏE 

('SUITE') 

ï 

frira flrifàb "rrs r&pbx rfffà new ♦nnv p rn« nto ?h 1 
iréap «^ mj> ra fi» 'fi mw fw j« w£p «a ^y niai Mh wrbit 
mapm nopi ns# ^ria psrèa ^yo fao tye , onex f?y ona nnj 2 : njhj 
»*jp £«n «in .d:jid mat 3 inafin mm bnn -îanpnDK^Ki Çroa&n 

12T ^î? V^K WT }*K1 ffeK^Î ^r>Q KTWflDn W rh (Kl Pf&Ô^8 D3D 

m» *k onat? ;a pntpa 5&$e'jtf ♦ BptPrii latri * tPjwK rjfa&frit 
wd i '' ppin^K 3Kro *d ' rural npi ^nn 161 ^p:n *6 -pm ^y 

Ch. VII. 

1. ^fh. Cette histoire est ajoutée ici après le récit de la ma- 
nière dont Isaïe est devenu prophète ; il y a là une preuve évidente 
de ce que nous avons dit, qu'Isaïe a commencé sa prophétie dans 
Tannée de la mort de Ouzyyah, et pas du tout auparavant. 

2. ÎTD. Parfait d'un verbe à la deuxième radicale faible, comme 
rr:0, n?ûp. Le sens est : « s'établir et se fixer », comme dans rem 
(Gen., vin, 4). 

3. DTto. Cette forme indique un gai, D35, bien qu'il soit inusité, 
de même que -nn (Job, 11, 13) indique l'existence d'un parfait ûwqal 

T 

I. 'IEIDît C'est un niphal dérivé de d**iM (xxv, 6) ; le sens est : 
« Repose-toi sur tes marcs, ne t'en vas pas ni ne te déplace. » J'ai 

1 Voyez Revue, t. XVIF, p. 172. 

' C'est une erreur; l'explication se trouve clans le traité des Verbes dénominatifs, 

ainsi qu'il suit : aipiD'n itû^s ww d'nttŒ )i2 Dp©*n n^r; — n^ra 
ïrnw n*»bi :nb%j srm 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'D Norvr*nnnKi npci psi bto rùino c«3p» t)«iîs« ♦ n^wn niajt 
«cm -ptoc «cn^ij n-rtp w irtm p-ra oapa d^pït air6 Karrap 
. nappa mvra n^ya G : ' jkw «^ fana' «^ KaruKB Kanaiji po *ô« 
fft/iytAa [d »#t&n »b ntotei py^K biipo ^p/i ^apriDo byt 
nappa oJh/i j«i dhckio» yop^ '« ^tn»»a /îrap^ /iKû*6b« 
bz anar ia« mar obi 2 «Tya ja* d^ Kne«io« yopj >« «nenona 
npn^nD» *6i naaœ kbd r«o tj irtni 3 innai/ia pipn ^w *jyo >d 
i5« ♦ oyo oncN /in» nap tfam o*tw niyni 8 :,T^y tW»k ia« 
m» t^t? napo nna^i rfrip*? ymn ^o [û yen fûo in p:o^« nin 
poip mafe ^tw i^o ytpinb y^n jw kti rrprrè t>tp *wa 
nbip }« in ppyj h^w np^pn^K ^y "inar^K «in Mya ^y rpa *6 
mya bfo fxb* nin *ftpai nya na tt dw tram o^tw myai 
p:ôob« |«a ♦ * n« nw» *6i W« *6 <2 tnra dw n»^ 
kdjk n:« pan htoS >mbK *]t?a kd^d nia ySaw hjk ^k irtna 

déjà mentionné cette explication dans le Livre des Particules. — "Eîpîd 
Û^TiKtt ma3T : « Les bouts de tisons fumants. » "piin et npB dans leur 
fureur, au moment où ces deux rois se proposent d'attaquer Jéru- 
salem, sont comparés à des tisons fumants, et cela dans la violence 
de leur colère, à plus forte raison (n'y aura-t-il rien à craindre), 
quand leur colère sera apaisée, car ils ne commenceront rien et n'y 
reviendront pas. 

6. rtaat^pai. C'est un futur du hiphil d'un verbe à la seconde radi- 
cale faible, dont le sens est le même que celui du verbe à la troi- 
sième radicale faible mstpb (II R., x, 32) ; qui signifie : pour enlever 
les frontières d'Israël. Si on traduit ïiaSFpa par N-Dnans, * enlevons 
les frontières de Juda », on n'est pas loin de la vérité. Abou Zaka- 
ria ne cite ce mot que dans le sens de yipn (Prov., ni, 11), ce qui 
n'est pas permis ; Abulwalid n'a élevé aucun doute à cet égard et 
n'a fait aucune observation dans le Moitstalhiq. 

8. û'nuti) W3i, etc. La dernière de ces soixante-cinq années est 
la neuvième année du règne de Hosée, puisqu'il est dit : « Ils la 
prirent au bout de trois ans, dans la sixième année du règne d'Ezé- 
chias, qui est la neuvième année du règne de Hosée, etc. » (II Rois, 
xviii, 10). Nous ne connaissons pas exactement le sens de ce compte; 
mais ce que nous savons, c'est que le mot m^n signifie « après que 
ces années se seront écoulées », comme dans Gen. , xl, 13, et ail- 
leurs. 

12. baiaN ttb etc. Par les paroles du roi, on aurait pu supposer que 
c'était un acte d'humiliation de sa part ; mais, après que la pro- 
phétie (v. 13) a dévoilé le sentiment intime du roi, il devient mani- 

1 Locution proverbiale qui signifie : ils ne feront rien du tout. V. Lane, s. v. N13. 
* L'opinion qu'exprime ici b. Bilarn se rapporte au mot arabe choisi par S. 
3 Voy. Dukes, p. 91, et, plus complet, Nutt, 54, s. v. yip. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN PILAM SUR ISAIR 73 

fuupoi ara ypi nxi\ fies *j*p ,*uik i^« ^ t'fhnpMi m\tyn j«a 
ypy innan >broa 1<j tprn npo w •Trafe w >:dd niib» 
bai^K »c fripa yiia vn omxn mpja ^iîo py jk na»' .d^dh 
tnna wwkï *b nvian flrntp npi pointa n«n p b^s niun 
D*Mvun rr^/ioi "ii»ba p an* m yyùx .tb v idb •tnwïi ^aai 
»ien ua*ib :! »mn^ >di ♦ ijtp^K p rpa n:« >k nnaa »bp ^p3 ob jki 
«m Kfinatpifl *na baai nunnbK p rrt5a ffnnoabK nraba ' Kroit b"r 
ttb« prayan r\nn bria Fibana «b naa n >1b« tnwan pan» 
bria fis ffb*bjb« >Diab«a .nratpn nyiia »'» n^p 20 tnbria na: ns&b 
«in ^ frtua B*b:ni ftMvb* -^ ♦ a»b:nn nyt^n j'nanpa .TTaœ dj 
Fptn n^riai papn ♦r»wi jptn n« oai n>b:n nwy «b nbriai ;«aa^K 
pniib i^ pa> .JK5Ç vitîn ipa rbw w& itpp 21 jp^i or pna nson 

feste qu'elles renfermaient une déclaration d'insuffisance pour la 
toute-puissance divine. 

16. yp ïinN ntiN. C'est un qualificatif, dans le même sens que 
yp^i (Nombres, xxn, 3) ; il signifie « éprouver de l'ennui ». — i3Bti 
etc., c'est-à-dire nps et ysfl. 

19. bvbott ip'ipam parait avoir le même sens que rwnpaa (chap. il, 
21); il signifie l'endroit où les montagnes présentent des fissures; 
c'est une forme b^B d'une racine géminée. Le mot mnain a déjà été 
expliqué ci-dessus (chap. v, 6).— û^ib^îi. Ce mot a élé traduit par 
y'Jttbfit, qui est une espèce d'arbre ; il en est de même de Crbbî-rjn, 
bien que nous n'en connaissions pas la nature ; c'est-à-dire, c'est 
aussi une espèce d'arbre. R. Haï Gaon, dans son Hâwi, l'explique 
par « les maisons vantées », ce qu'il a tiré du Targoum : ma bbm 
RnTDTDin. Mais le prophète ne l'a placé après D^T^itt, qui, sans 
aucun doute, désigne une plante (cf. lv, 13), que parce qu'il désigne 
également une plante. 

20. trraoîl ■OTia : « Avec le grand rasoir ». ïrplsiain est un quali- 
ficatif, comme dans Jérémie, xlvi, 21. — B^bàlM nywi : « Le poil des 
parties honteuses » ; d^bmn désigne par euphémisme cet endroit du 
corps, comme II Samuel, xix, 25. — îiDOn : « Tu couperas » ; cf. 
Gen., xviii, 23. 

21. îivp. Cela aura lieu pour deux raisons : 1 9 la sécurité dans le 
pays ; V la quantité de lait que produiront ces animaux, au point 
qu'ils suffiront, malgré leur petit nombre. 

1 Cf. Ibn Ezra. 

* Le traducteur est ici I. Dj., Ousoul, col. 442, 1. 4. 

3 C'est le titre connu du lexique qu'Ibn Ezra, dans son introduction au B^ÏNft, 
nomme tpKftrï. Voy. A. Neubauer, Notice sur la Lexicographie hébraïque, p. 165 
et suiv. 

4 Ms. tt&M. 

5 Cette interprétation est emprunte'e à Ibn Dj., col. 723, 1. 26 et suiv: 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

[3? KËSri v\n arfaS it ko fKft *S8îtori ■ES^d ^d ' p*6« kot™ 

iW étf T#> . flnt^l Tûtt^ *pa P^Ka JEb P|^« DÎT ,t.t n^« 23 ♦ artrèj) 

itra cnrrn 8S & : ■jiBfot f]K^î6 aorao pa*D rtfiëaa pa hj« »« 5k-# 
•ptp rre ma* *6i j»ti àifrî aia* TpaîW mnao^K j«3îd^k ♦ptrjr myoa 
^jîo jtfia .w rfapbS rrm tWih$K r*îfca&6 n^r D**if&« jo 
natà îttiiT *fe »£« TBh . «na^ii k,td wd «nmo [aas % « ipa^K 
k.tb îpa yi^k mbx m k.t^k tb>» v6k ftfoftfc riirri Wfaftîfe t/d 
no jo i^i ffW>p p3D3 ^ij6k /va$K a«S5 ^ap ^« pr:ai rrrirt» tan^t 
[té«n5a Yrn ê»*3D*6«i wk* dk*k ia« »^« rpprrr "j^o p ;^â pao 
■naka^a *sd j«D«'âa in: ddk nan pa» j« nats^i ;na Triai nam n^n va 
♦ r«DKià fhâ«n «îi a ray ^s »m nata ffmb; ^y té rria *iiiïH 



2 vW?k la» ,yb idd .anat^BYia rby atnaj ^.na p^a ^ np * 
emdéu dhp ^ mwi p fîarpi»« va aoa T«m jwia^K ;y n*«aa na« 

23. . . .Ûtb mim "itiJK. Il désigne les villes d'Israël ; c'est-à-dire: 
malgré sa fertilité, le pays sera abandonné à toutes sortes d'épines. 

25. . . .Û^ïTfî ban. L'endroit écarté, éloigné, sera travaillé, labouré 
et cultivé, et il n'y poussera pas d'épine, parce qu'on le soignera 
en le cultivant constamment. — Y118 ïiblDtob : « L'endroit où les 
bœufs déposent leur bouse », c'est-à-dire le lieu où ils paissent 
librement, de sorte qu'ils y déposent beaucoup d'excréments. — Il 
s'agit du pays de Juda où les montagnes sont en grand nombre. 
L'époque qu'on a en vue est le temps où restèrent encore les tribus 
de Juda et de Benjamin jusqu'au petit nombre d'années qui précé- 
dèrent la destruction du premier temple,, c'est-à-dire depuis les six 
années écoulées depuis le règne d'Ezéchias jusqu'à la fin de la vie de 
Josias, lorsque les dix tribus étaient dans le Khorasan, à « nbn, 
mari et \Tft nr;3 » (II Rois, xvn, 6). Il parait que ^inu est le nom d'un 
fleuve du Khorasan appelé Chaboras, et que 'jria "On est un fleuve 
qui baigne la ville de Gazna, qui est aujourd'hui la capitale du 
Khorasan. 



Chap. VIII. 

1. Y- np. Abulwalid explique ces mots comme des expressions 
figurées pour le commerce conjugal; il s'appuie sur ce qui est dit 

1 ■jftNbfc* ; c'est le mot que S. ajoute à la fin du verset. 

- Yoy. Ousoitl, col. 247, 1. 24. — Ihn Dj. trahit ici peut-être une trop grande fa- 
miliarité avec la littérature arabe, qui aime beaucoup ces sortes de métaphores. 



GLOSES D'ABOI) ZAKAHIVA BEN B1LAM SUR ISAM: 7:; 

nbps tàvbv 3A3K1 ni s 23 fforris iâ nn«â^« ^y pïDB^K feiiiti 
nruiusksn flfiafrûWi tdkdp stfbafc ♦ vbjs rntso rrrri <s tft&KS^ 
ttbtti &ina riôk «in d^ . înm bw ïfcl 9 «a^« »ë orna ïîbj prf 
pS« rrvDbm notb rrfetf nn« nts^ ma itei r6iîoi "itoâii&i* nKjyo 
im b^p rri vinnto p uim ^3 mvn Djnn p pntpo idd^ki 
jHitem \)T$nr\ nd^s dsjM *k inm mm 'wai i'iDiftli pn^a 
ub fhS$W fWiifafcj bMiâftctf «a^3i jjtfJjftï&K »fetf dd^k» ksjk 
^ plétfff/iû^ psrti în^ai p nps ré 3tbMâ ^ip îm dd^p "un 
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u3*i ï«yi îtf^n ;r mp «i« T^iDi «ina *ri«a »p3 nœpDK 
î*6 ^3D^fc «ii ( >bv n k»3« ffapnoa lèuM MtMfan nninsa^ 
fciÉR&fl k,yb yy: *£nb& *b» «nnens *ïi*?£ nmnDa^ w6k 

plus loin : « Je pris des témoins véridiques, etc. .. » Mais la traduc- 
tion du verset dans son sens propre est : « Prends une grande 
feuille et écris dessus en écriture vulgaire. » 

8. r'à'ifâ fftbtti Le développement de ses armées, qui sont com- 
parées à des ailes. Le nun de ïi^D est remplacé par un daguesch 
dans le têt. 

9, "mm d ,, E* 1*1. Ces mots ne sont pas des impératifs purs ; le 
sens est le récit de ce qui va se passer, comme dans ~im nwi (Deutér., 
xxxn, 50). 13H signifie « broyer et casser », dans le même sens que 
ûmn (Ps., ii, 9) ; nnm a le sens de « écraser et casser », comme 
dans nnftm (Jérémie, xlix, 37). — mm int&nri. Le sens est : 
'« Toutes les fois que vous'vous entr'aiderez et que vous vous forti- 
fierez, vous n'aboutirez qu'à être écrasés, et toutes les fois que vous 
prétendiez vous montrer nombreux et énergiques, vous ne réus- 
sirez pas ». Cette parole s'adresse à Péqah et à Reçin, qui se prê- 
taient secours mutuellement contre Achaz. 

14. 73*3}D^1. Il devrait y avoir, à la place du séré, un patah, puisque 
c'est un pie l au parfait. Lorsque je dis qu'un verbe comme celui-ci 
et ses pareils sont des parfaits, bien qu'ils soient précédés d'un vav 
pourvu d'un scheva, qui indique un futur, ce n'est que parce que je 
considère la forme primitive; et le vav, qui a fait du verbe un futur, 
est un élément étranger ; et quand cette lettre tombe, le verbe reste 
un parfait pur. De même lorsque je dis que Uba^l, iNTn, 'Ï53*n, dont 
les vav portent un patah, sont des futurs, c'est d'après la même 
méthode, parce que les vav pourvus de patah, qui ont donné à ces 
verbes le sens du parfait, sont des éléments étrangers, tandis que 
la forme primitive est un futur. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sh nawa .wwi uhi i«in vb ima nm ' 2 : totapmtht 
Kim Damna mm ''3 t^p/i bapfioa ^d ira Kciâa «ara pmpnyn 
titra p'pn^K oara*n j?ii» *« oaana njiainm te mot in • Dasnya 
ppia^i nc^ ^mw va w:> ^wao^ tiîAi spj p*6i *HpiA rrm 1 * 
m *ftit piDD^it liita ^ria EHpa^ rrm *6ik r&ïp .tA«m? at^ 
fcmw* »;ia w^ fhnacâs »ne jiksiAk p ttrra d^it at^ 
• *ma$a min oinn mwrj -nat 16 : 1 bk2D*6k ffwifot on p*ttn 
fhitîw^it p "|JvïsyK «a ^y Écria *waa [aarû^Ki ôen^it niuya no» 
ma: ^Jia thA irmi^K te ma*?i ♦ Ta*^r6« anôïm ffjmt^m 
Q^ntfistDn dwtpi ^ki maan ^k iptt l9 tpwa n«a pti ma^i 
porm parafa oip m6i 'rajw^it fàitM maitn flp»pn « o^nam 
Ka*6a p^aynri DiTKiyit pya p DmiaûK5> kqjk on:» 9 b^ùbt* 
\» »5?t p «â'« npKJic^K rftn aimait pi .one* n lita* v6 it&vb 
jas r£x»a wa *ijn $>/ia ntta^ita ûTattii cna^ari rwMrrb* 
w «a d^î? DnWT»^ xiïnn p^»it ,td n«n ym p pwa ♦ D'wrni 

12. W*i*n tfbn. Le sens est : « Ne le croyez pas terrible, ni redou- 
table. » Le verbe est un futur du hiphil. 

43. toSF'Vfc. C'est ici un qualificatif. La traduction est : t Qui doit 
vous inspirer de la terreur », c'est-à-dire l'objet de votre terreur, qui 
mérite de l'inspirer. 

14. ...Frîn. Les premiers mots, WTpîab !TÎ"n, doivent être joints à 
la fin du verset, à dbiûTV dOTb; les autres qualifications se rap- 
portent particulièrement aux deux maisons d'Israël, qui sont les dix 
tribus. 

16. . . .TWfc. Impératif (de lits) « garder », et lanri a le même sens : 
« Garde-moi le témoignage et la loi que je t'ai donnés et fais-les 
garder par les disciples ». — iTTab. Le singulier de ce qualificatif est 
*rittb, comme -naa et *n5U3 f bien que Titob ait un schourek. 

19. manî-j. Le sens propre de msNii se rapporte à l'art de la pres- 
tidigitation. Il y a des gens spéciaux pour cet art, qui font accroire 
à ceux qui les interrogent, qu'ils leur adressent la parole au 
moyen d'un membre quelconque, et ils emploient une voix basse 
qu'on comprend à peine. Parmi ceux qui pratiquent cet art, il y 
en a aussi qui prétendent que les êtres spirituels leur adressent la 
parole et leur révèlent les choses secrètes, comme c'était la préten- 
tion de la nécromancienne (I Sam., xxviii, 7). — û^sh^ît. Ce mot 
est dérivé de 91\ le noun est ajouté pour exprimer le mépris, parce 
qu'ils prétendent savoir ce qui sera, tandis qu'ils n'y comprennent 

1 On ne voit guère pourquoi, selon notre auteur, les dix tribus sont désignées par 
« les deux maisons d'Israël >, à moins qu'il ne s'agisse des tribus cisjordaniques, 
d'une part, et des tribus transjordaniques, de l'autre. 

* On s'attendrait à ^"b^NObN. 



GLOSES IVABOU ZAKARÏYA BEN HILAM SUR ISAIK 77 

aroi .D</ion bx D^m ira pit ivAh ^« ay nin trwjDir *6 am 
kibss? Ai otik^k p? w&ta p^mr b.i:k 'j^n feiiAn ;b fica :taK3 
npa «n^ nhy «^ sb:Sk j« rnnt^ y bipyhx ;«q ri3E>K ;«3^ frSp^a 
»3 ^ap te «bsi^k D3n« [y p^« rTmit» >ïb tdj^k annpiKBB nya 
n3tw *3 13» ar6 to pin hbikb a-inv ara a^iani ima*^ dw a^nn 
"trdd^ki ps^a aSsv [a »tpa 'jno^s didA riat^n *6 j« tt aisr 
ruNB Fïtkb |R&^d bkW» w rntt^K «toi ikb:i*6k «npsiB *wa 

«B«^3 |RD^ r6 nn«^3 *6 [B [à KB ^1? BpB *TBJ^« |J? KD^I |«3 A 
1^ *B >1RBJ1Û D«:^« TKB1 }KB^B B^J? }K7 finn/l ^Ktû &6 *ttpK3 

«^ kb*6b ^p^ na pï5B^« vu6*à« nbybit s?b ï^/ib («3 kbi 
rnna frbanno ju«3 kbhb bb^s }« ruvoft kb tkik kbjk r6 tkb 
^kï rmpiKB ks^d an^« fini [b b^kî^k uhn p tffWMxhv *tb:6k n«B^ya 
*6 bk miynh mir^ 20 *p kth -fin na^y na nb& 'IitAk 
bhjx fhniw^m ftnrV» pm >« aap^K bvo ntft .tb ibb ♦ tibk* 
: 3 .tb jarnni -ron ni?y »a nittp ^rio ♦ •ran **ïA nii *6 kbkî?3 pînpA 

rien, -r- . . .Nbn. Il les qualifie du plus haut degré d'ignorance, savoir 
qu'ils interrogent les morts sur les vivants ; et s'ils faisaient le con- 
traire, cela vaudrait mieux, parce que l'intelligence prouve déjà que 
l'âme n'a aucune connaissance après qu'elle a quitté le corps, sans 
compter le témoignage de la Bible. Le plus sage des sages a dit 
(Ecclés., ix, 5) : « Les vivants savent qu'ils mourront et les morts ne 
savent rien, ils n'ont plus de récompense à attendre, car leur sou- 
venir est oublié » ; il a entendu par là qu'il n'y a aucune attache 
pour les âmes des morts avec rien du monde de la naissance et de 
la destruction, après qu'elles ont abandonné les corps. — Par cette 
interprétation, la parole de Salomon apprend quelque chose; car s'il 
ne voulait décrire que l'état du corps, comme l'a prétendu quelqu'un 
qui n'a pas d'intelligence, l'expression serait défectueuse et n'aurait 
aucune portée, parce que, sous ce rapport, la science de Salomon 
était égale à celle de tout le monde, et un homme qui se distinguait 
dans la science des choses divines comme lui ne devait pas dire une 
parole inutile. Il n'a donc voulu dire que ce que j'ai mentionné, sa- 
voir que l'âme, aussi longtemps qu'elle est liée à ce corps, connaît 
ce qu'elle connaît de ce monde par la voie des sens ; une fois qu'elle 
en est séparée, disparait l'intermédiaire par lequel elle possédait 
cette connaissance; cela est clair. 

20. ...ïTflnb. On a expliqué ces mots comme exprimant un ser- 
ment, savoir : a Par la vérité de la loi et du témoignage, ils diront 

1 Ms. fhntttt 

* Jbn Ezra réfute absolument cette explication. 

3 B. Bilam s'oppose, par ces mots, à l'opinion de S., qui traduit ^Hï) « recher- 
cher ». 



la REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

jKTPDy Wi^k nyx tv nwp ja ^yc:a ,^»ii n#pj n> "nn 24 
^ao »îy ^«p nawAai mst^ *p:i «o^ .npis qwa riapni nny nom ~ 2 
vn jjtpiy ^iyo ritop in hïAk ffe!?ô «7 fipi na^â «n:« pra^K 
ntrn;a ^dk nn:a ni?B*a . d*6ê^k in »*îV« ntj'p nnr nw }a pntra cck 
ppna *n9 pana "nw^ *p?ia «^ *5 23 îm:o ja friw^K «n ntspD 
Sp»â rJh ffc&îb k^ îhk *jya^Ki rrçh oipna^ rrpîsc ppya >:ya {a 
fci prii ' m^ai p npc ^y« paranaiw pn [a iron» esd pn^n 



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dvd mnnn 13 t^n ton^ la^tr naa nsi fea ^iy n« »p 3 
:»na bri mnnn n^p in t&w p pru *T* [ s i pia jtojfÊki 



des paroles sans clarté » . *irnai a ici le même sens que Genèse, xxxn, 
27. C'est le sens qui convient ici. 

24. ïTDpa est le participe niphal de ïrop, cela signifie : « Celui qui 
est dans une situation pénible et difficile ». 

22 ...ïnaï Ï1}m. Après avoir mentionné ÏT12Ê et FCïîn, il ajoute, 
comme explication, qu'il s'agit de l'obscurité de la détresse, et non 
de l'obscurité de l'atmosphère; c'est pourquoi il dit ïip-ii: tp^tt, parce 
que tp3>» signifie l'obscurité et est dérivé de rïD^* (Amos, iv, 43). — 
niji2 rsbDNi : « Des ténèbres répandues » ; dans ma» le hé du fémi- 
nin est tombé. 

23. . . .t]3n» Nb p. T\yV2 a le même sens que tp^E du verset précé- 
dent. Le sens est : que ni obscurité ni détresse n'atteindront la tribu 
de Juda de la part de ces deux assiégeants, Pékach, fils de Rema- 
lyahou et Reçin ; mais les tribus de Zabulon et de Nephtali seront 
exilées de leur patrie. Le verset fait allusion à l'invasion du roi 
d'Assyrie dans le pays des tribus, lorsque Achaz l'y eût poussé. J'ai 
déjà expliqué cela plus haut. 

Chap. IX. 

3. . . .b* nN "O. Il fait allusion à l'événement qui arriva à Seuna- 
chérib dans le pays de Juda, et il compare l'écrasement de ses armées 
à l'écrasement de Midian devant Gédéon, fils de Joas. C'est là le sens 
de ces mots : 'pi» DTO mnnn 

1 Us. -irrb?:m. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SI li ISAIK 79 

bvb» m *ib* n#c p "îpçp^s w in *ot [ktd p*p £>a »a 4 
"nia dtop rnpa »jb;b ^> m\& ^Ka ni?« b»3^«3 rè S'a n;« »:j;oa 
rfetri ai»5pa tti .prm pin «sa aiyba ^ipm 'A prno na 

Tp» maa nnrn ntopa TgAka orp&y fyrœtni» nao rjbiai n^aa kt>« 

KTUKB TT2S1 ai» mnÔ ^X TK^b H^ "J^l »B*|I 13p>3 Tp' 
» • pMV ^3 tW\S 13K H?B pCl . DTIKDiKl DHDSJK [*3 flpTCl DTV&Jtfl 

p i3n2 kj^i aaj?i» fûb iïoutjQ p anp/ia îtï&k w ,s fea pb&k '#» 
pirp^c ^in rv\s jvuji *6 h^« pp?K bzhb& p ine âo^ *nn ^j?o d^? 
♦ di^st to ly '3K nua b« pw K7fî ibîp «ipi 5 : ,-jb^kd 3 r^p «as 
np^tf "|bi »b Hy«ai>K jttkttt^ son p kbdk riDDâa ^kj?o n^a ton >ûd 
jph nno«n jk »« vrpmb dos in qi^ itr m n^s di«d^k dd*6ki 
p ftnpfl»^ M&ottta papwa no«i ,'ann £à $?* a6 qsén fiwn 

4. ÏN1D "pao bS "Os Selon le traducteur (S.), "pNO dérive de Ï1NO, 
qui signifie la mesure ; le sens est : « On lui donne la mesure avec 
laquelle il a mesuré les autres », suivant le sens de ces mots : « On 
applique à l'homme la mesure dont il se sert à l'égard des autres ». 
Les Arabes disent également : « Gomme tu juges, tu seia^ jugé ». Il 
entend en disant ï"jb?3UJn que (l'armée de Sennachérib) est devenue 
comme un vêtement imprégné de sang, qu'il n'y a pas moyen de 
nettoyer autrement que par le feu. C'est, en effet, par le feu que la 
catastrophe lui est arrivée, comme il est dit : « Sa magnificence sera 
remplacée par uu incendie qui brûlera comme le (eu (ci-dessous, 
x, 16) ». Ce feu ressemble à celui qui est apparu à Nadab et Abihou, 
qui les a terrifiés et qui a séparé leurs âmes de leurs corps. — Abul- 
walid traduit : a Tout mal qui arrive », en rendant "j^io par ^883 dans 
le sens de « mal », par une analogie approximative avec la racine 
arabe. Mais je ne connais guère ce sens du mot; c'est un mot obscur, 
pour lequel il est impossible d.'apporter une analogie, comme je l'ai 
dit. Sache-le. 

5. ...ÊODittO ^np^i. Dieu a reçu cinq noms en raison des évé- 
nements arrivés à cette époque ; Ezéchias est appelé du sixième 
nom Ûtbi2 no, pour dire que son règne sera un règne de paix ; il 
ne sera pas contraint de faire la guerre. Les noms qui précèdent 
sont empruntés aux événements : je dirai que n2d est une quali- 
fication, dans le sens de maosa ; il fait allusion à la chute de Sen- 
nachérib : c'était un prodige extraordinaire et sans précédent, que 

1 M. Sota, I, 7. 

2 I. Dj., Ousoul, col. 471, 1. 20 et s. Il paraît manquer ici après bo le mot ïiVQ 
qu'on Ht dans V Ousoul. Nous ne sommes pas certain que b. Bilam ait saisi ici le vrai 
sens de l'interprétation d'Abulwalid ; nous pensons que I. Dj. a voulu dire : « tout 
accident qui arrive », en forgeant 'pKUJ d'après 1^'û. 

3 Ces deux mots paraissent superflus et manquent, en effet, dans un ms. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'rpi »i»« m w /ii*6bj >#b jb ffast îm jés ;« ^îpKD nrnsrt^ rjya 
fr«a rfotàn ;a ma' j« k.-6/io aip/v d^ kj?:e> rfaiipK amis^ snma 
n«aoi n33D ppy «S >b5 iaK3 frimw h'M> »a v\b& piKa/11 ffoûâi ^« 
aiiSp^ fftp^Ri ffrrp^n nÉuyai i»« n«aoi rAv 131 h^« rain^ pi* 
»3 nbips rW* ;n ja r£ hn^«i mp^« [a hdbj »$>k rima naaj «a 
*a^ rrtry n/iK pima^ nyat^ *6n k4»ki Yiasmi ^ h* n33 ibk 
{« ann:a n«jn« «a D3P3 flosAK rrtna nantS/fc toj n«aai irivnp oip 
w ^3 *aro p)33 3nn«i n^psi nr»' fa fWba nrorô fa nm-DJ 
«piD 1^3 ^yj^ ffnaiD^«i dktAk n*uvai ny »3« hkbdi ina 
£«pji nr3 friand 3?tod «ma wbx nânp:a^« c«jsé«^« pai ru»a 
♦ 'Ta an** n« fran ntra ri^an jiisriKn v£k ^33 'a n^»ip3 wu*3i 
n5»3ifl rà *r:y ja «^ n:a nropi n^in jk 3nmD »ijn ^5? W^kï 
fc«p iB'ia bv wan ^mjv o« 13 3snnn ^y jrun immivi n^p3 
anjOTi n^3i ^5? rrp3 "pria «nsin» a^> ;k n*6*6K rrtn ;k kbsb 
[a irtn p h^i *pp3 *6 -p^ 'IP ^ D/1 ^ ÛJ ^ ™k T^ 3 

185,000 hommes mourussent dans une même nuit, par une circons- 
tance secrète, dont on ne connaissait pas la cause. Il est appelé 
yj"p, pour indiquer la direction qu'il donnait à son gouvernement. 
Il est aussi appelé bat, qui signifie le pouvoir et la force, par oppo- 
sition au pouvoir et à la force que Sennachérib s'attribuait à lui- 
même, en dehors de Dieu; voy. chap. x, 13 : « Car il dit, j'ai agi 
avec la puissance de ma main et par ma sagesse », et encore, 
chap. xxxvn, 26 : a N'as-tu pas entendu que je l'ai préparé de loin, 
que dès les temps anciens je l'ai formé? »— Il porte encore le nom 
de lias, parce qu'il était distingué par cette qualité, à l'opposé de 
ce que prétendait Sennachérib que sa bravoure venait de lui-même, 
par suite du grand nombre de ceux qui lui étaient soumis, en di- 
sant : « Je tarissais avec la plante de mes pieds tous les canaux 
de la forteresse b. Par le nom de 12 '3», il désigne la durée et l'éter- 
nité, afin de faire par là une distiuction entre lui et les idoles, qui 
ne subsistent pas, tandis que Sennachérib avait prétendu établir 
l'égalité entre Dieu et ces idoles, comme il disait (chap. xxxvi, 20) : 
o Quels sont ceux parmi tous les dieux de ces contrées qui aient 
sauvé leur pays de ma main? » La preuve que Sennachérib préten- 
dait que sa force et sa puissance venaient de lui et non d'un autre 
est donnée par la réprimande suivante : « La hache se vante-t-elle 
devant celui qui la manie, ou la faucille s'élève-t-elle contre celui 
qui la dirige? » (chap. x, 15.) C'est-à-dire : de même que ces instru- 
ments, lorsqu'ils ne sont pas mis en mouvement par un moteur, 
restent sans action et inertes, de même toi (Sennachérib), tu n'agis 
que par la force d'autrui, et non par ta propre force. Cette croyance 
de Sennachérib se montre dans ces mots : a Car il dit. . . ». 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR (SAIE 81 

TCHûh G : »wi3J »3 >flB3TQi *iiw t n33 nas* »a n^tp in .TiKpnyK 
rnnj?^« «^3 ^ noW* edi ^d fipkia d*b^k tun akj nTwen 
na^ks t3k *o flhVMW /îKifi D^arnc an "ib>k d*b ^d fripon noaj; *rpi 

»^ nR&Dl W iTD 1DD ♦ ']D3D> 1*3*8 fltfl »0 t îTTKj£« Y3 ^W 

Dnaaa anse todddi n^iiai rimpu m *u* rua >k n-ij«^k np*pn^K 
rt>aJ fo «in ♦ însan ni? 3tp *6 ox?m *« t"rp pn^a w wai H*b îm 
riBTpa^ »jAk wAk ira jïtïb ricipa ibSb^k *m pniia mm «o 
dv puni TO3 '•' i^r in $>ia i>« «mm rfrrp ^o R.TM Jff3*î npi 
mes nraii ^d^k jisjb rua n^« iftiifc* 3^p in riB3 ^î?b ♦ ins 
J dkj^k ja W^k >« q*bib3 *]pir ^a {a n:« rra rfrapi J3*6i » tman 
mœa^K *b vj kb:k Nrn*n« *>rb& nbibx \xb biph* nppnb Diy itfm 
rffi n^ip^ td^« ^3:^« ^« nBNi«^3 ra^K d s d5 ja in *ft« pa^K3 

H13^K 1,1 p03«1 ♦ DIKIO^Kl D""6« DiliB 3?Bp> JK ^>K W 1,11 JMÎ1 

«i ipi irfi ja/ma pj^Ki ïkAki nsra^K 'hy rùs> juj b»^ kb^b 

^«i «ma na'Dii ji«3^k Wi byte o^a >:b ^ KB3 ^331 «3^pa 

6. rtaidb. Ici se présente un mêm fermé au milieu du mot contre 
l'habitude ; l'inverse a lieu dans SpatHû 12H (Néh., 11, 13), où, contre 
l'usage, il y a un mêm ouvert à la fin du mot. 

4 0. ^033. On a traduit ce mot par U51U5 : « mettre en désordre ». Mais 
le vrai sens est : « exciter ». Le verset' signifie donc que Dieu 
excitera contre Reçin ses ennemis, cf. xix, 2. C'est une racine pri- 
mitivement quadrilitère, ou formée d'un trilittère. 

12. i!"D£!"î. Ce mot fait partie de la classe des mots doublement 
déterminés, puisqu'un mot affecté d'un suffixe est déterminé et 
qu'on a ajouté par surcroît un hé, qui est également une détermi- 
nation. J'ai déjà mentionné d'autres exemples de ce genre à l'occa- 
sion de Vïnm (Jos., vin, 33). 

13. ï"ïdd. C'est le cœur du palmier d'où croissent les rameaux ; le 
pluriel est moa (Lévit., xxm, 40). Ibn Gigatila présente sur ce point 
l'opinion que HDD tire son seos de d^DiDD (Ps., gxlvi, 8) et signifie 
l'homme d'une condition inférieure. C'est le contraire du vrai sens du 
verset, puisque la condition inférieure y est comparée à "ptt^N, qui 
est une plante vile, par rapport au palmier qui est le chef, comme l'in- 
diquent les mots 3.jT1 ffiNl; il veut dire : le maître et le sujet seront 
exterminés. *J"I73^N est le roseau, comme on le définit : « Une plante 
qui croît au bord de l'eau ». Le vav et le noun sont ajoutés à D5N, 
dont on trouve la métathèse dans N735 (xvin, 2). La plante superbe 
et la plante vile sont mises en regard de 33T1 îïîfcn. 

1 Ce traducteur n'est ni S. ni l. Dj. 

* Littéralement : « ou bien un verbe auquel il a été ajouté une lettre pour le faire 
arriver à l'état de quadrilittère ». En hébreu on traduit d'ordinaire "D 5115173, et 
l'infinitif pNn?N, qui est également employé, est rendu par fîiOn. 

3 Aucun autre commentateur ne reproduit cette interprétation. 

T. XVIII, n° 35, 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

{k na wi n^Jî» «noe ip ♦ dots nrn orn ntPK» vm is j^n 
«ira pwiûto ikscb Wir6« «n« cru» iKttnK ^« ona jâ pi^ 
*aa«>a rum <7 :dt^û miPKBi nbç in i*6,-6k rn >d ^6ï6k 
*po »aao -maii h s ia pj niKe B]*3 ^pnDo vn ^*w;v^*6k nKjyo . iirn 
♦••oaww : wips ^oa m*u mei np mr ^p dd*6k kj npi nap nat ^r 
n'ai .ymi onsn niKaa >' s maya * 8 :»jj?o^k aon '^fitwji iro idd 
kû*b aii^K bips wii p*6« no^ô« me iddï m«j? tj ^p p*6« 
nm# ôe^a «in *onii «ûjk cnn^ >d ^b'i ni: nb jmi 'd^k^k oj?î 
n:6 n:«a aoam pi^K a«na >c nai «a «in »ny *6 iâ«n^« *jj>o *e 
ti«A« a«na *d mil \sk tj anyba «na D^ann n^ rrwi .ïû^k 
t5*6k «w^« *bd naoi ^«p c^« '#aa nnjm }«. 3 naa^K ja*6 
nmai «a *id pi^K ;d sir nb i« nia« ivn jo ma *6i nany^K 
: pj^K an*«j pj «a to onana p ht: »b ^n ^ 

15. ^ItiJja'S Wn. Un passage pareil a déjà été expliqué (ni, 42). 
Notre verset signifie : « De ceux mêmes dont on pouvait supposer 
qu'ils dirigeraient dans la bonne voie est venue la direction vers 
l'erreur de sorte que les gens guidés par cette mauvaise direction 
ont été conduits à leur perte » ; c'est le sens de ù^bstt "p^Ntoi. 

47. nitm signifie « s'enflammer » ; c'est un futur qal d'un verbe au 
premier radical noun ou yod. — "^ao. Les ingulier est *po, du type 
-Dp. On trouve également "]3p (Gen., xxn, 13), sur la forme de T3p 
et de ms. — 1338*1*1 a été traduit, d'après le contexte, « s'épaissir ». 

48. y-)N ùn^n. Le mot y-)N est employé ici au masculin, contre 
l'habitude. On a traduit : « La terre a été obscurcie », en comparant 
le mot arabe analogue, comme on l'a prétendu. Nous n'avons pas 
trouvé dans le lexique arabe pour ûn*N d'autre sens que celui de 
« tarder ». C'est du moins ce qui est donné dans le Kitab Eldin\ 
peut-être le sens d' « obscurité » est-il un provincialisme dont les 
Arabes ne se servaient pas. Toutefois j'ai trouvé dans le Kitab ez- 
zâhir d'Ibn Anbari ûn^N avec le sens de « s'obscurcir » ; il ajoute : 
a c'est de là qu'on nomme la dernière partie de la nuit rtfôns* ». Mais 
je ne sais pas où il a pris cela, puisque dans le 'Aïn je ne trouve que 
ce que je t'ai cité. Peut-être l'a-t-il rencontré dans un autre ouvrage 
arabe en dehors de ce qui se trouve dans le texte de l'auteur du 
'Aïn. 

J. Derenbourg. 

(A suivre.) 

1 Ainsi S., dans sa version citée également par I. Dj., Ousoul, col. 17, 1. 3. 

' l C'est I. Dj., Ousoul, col. 556, 1. 6. 

3 Abou Bekr Elkâsim Elanbarî, connu [sous le nom de Ibn Elanbari, parce que 
grammairien lui-même, il était le fils d'un célèbre grammairien. Il mourut en 328 de 
l'hégire 940 de l'ère vulgaire. (Voy. Fihrist, p. 75.) 



ELEMENTS CHRETIENS 



DANS LE 



PIRKE RABBI ELIEZER 



LA PARABOLE DES TROIS AMIS. 

Behaï, auteur du xm e siècle, écrit les lignes suivantes, qui ne 
manquent pas d'intérêt ! : 

Les savants citent à ce propos une parabole. — Ce soutces pseudo- 
philosophes qui prêchent la vanité du monde. — 'Le monde, disent-ils, 
ressemble à un homme qui avait trois amis, l'un qu'il aimait à l'excès 
et dont il ne se séparait jamais; l'autre qu'il chérissait beaucoup 
aussi, mais moins que le précédent; un troisième qu'il affectionnait 
peu et qu'il ne voyait que de temps en temps. 

Un jour il fut mandé par le roi; aussitôt il fut pris de terreur et de 
tremblement, tant il craignait son souverain. Il alla consulter son 
premier ami et lui conta son cas : le roi m'a fait appeler, et j'ai grand 
peur; je te demande aide et conseil; viens avec moi devant le roi. 
L'ami répondit par un refus. Il se rendit alors auprès du second: 
celui-ci lui dit qu'il s'associait à sa peine, qu'il l'accompagnerait 
volontiers jusqu'à la porte du palais, mais qu'il ne pourrait entrer 
avec lui. Le troisième ami, qu'il alla voir, en désespoir de cause, lui 
répondit: Je prends part à ton chagrin; aussi, pour alléger tes an- 
goisses, je t'accompagnerai près du- roi et plaiderai ta cause. — Le 
premier ami, auquel on se confie sans réserve, c'est l'or et l'ar- 
gent. . . ; le second, ce sont femme et enfants, qui nous suivent jus- 
qu'au tombeau et après s'en retournent; le troisième, ce sont les 
vertus et les bonnes actions, qui vont avec nous jusqu'au palais du 
roi et y plaident notre cause. 

1 Kad Hakémah, éd. de Fùrth, 1880, p. \2a-b. 



8/i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais nous n'avons pas besoin de nous appuyer sur les branches, 
puisque nous avons les racines, j'entends notre sainte Loi et les Mi- 
draschim; car toute la sagesse répandue dans le monde n'est que le 
fruit de notre Tora ; à plus forte raison les leçons morales et les 
paraboles. Or, cet apologue se lit dans le Pirké R. Eliézer, ch. 34: 
« L'homme a trois amis en ce monde, sa femme et ses enfants, ses 
biens et ses bonnes actions. Quand il meurt, il réunit sa famille et 
lui demande de le sauver de la mort, mais ils lui répondent : Ne 
sais-tu donc pas qu'il n'y a pas de pouvoir sur la mort? Il s'adresse 
ensuite à ses biens, qui lui font une réponse analogue. Enfin il fait 
venir ses bonnes actions, qui lui promettent de le précéder devant 
Dieu et de le sauver. » 

Nous savons où Behaï avait lu cette parabole des « pseudo- 
philosophes », c'est dans le *mrt\ ^bttin p, « le prince et le der- 
viche », publié par Abraham ben Hisdaï quelques années aupa- 
ravant l . Ce texte hébreu est la traduction de la version arabe du 
roman fameux intitulé Barlaam et Joasaph. Cette histoire, qui a 
eu tant de vogue au moyen âge, est, comme on le sait, l'œuvre d'un 
chrétien du vi e ou du vn e siècle, et n'est qu'une adaptation de la 
légende du Bouddha 2 . Je ne sache pas qu'aucun auteur du moyen 
âge ait si bien pénétré que Behaï le caractère de ce roman. Sous 
les transformations subies tour à tour par l'œuvre primitive en 
devenant chrétienne, puis musulmane, puis juive, découvrir le 
fonds de la doctrine qui l'inspire, je veux dire le pessimisme, c'est 
faire preuve d'une sagacité peu commune au xm e siècle. Certes, 
il serait puéril d'ériger Behaï en représentant du Judaïsme, et 
d'attribuer cette antipathie pour la philosophie bouddhique à 
l'enseignement de la religion juive, qui professe par dessus tout 
un optimisme inébranlable ; néanmoins, ces paroles de blâme 
prennent plus de relief et deviennent plus instructives encore 
quand on les met en regard de l'Église, inscrivant naïvement 
le héros bouddhique au nombre des saints auxquels elle rend 
un cuite, tant est grande l'affinité entre le bouddhisme et le 
christianisme. 

Behaï montre-t-il le môme esprit de divination quand il tranche 
!a question de l'origine de cette parabole? Ce serait lui demander 
une impartialité et des notions d'histoire littéraire qui n'étaient 
pas de son temps. Examinons à notre tour cette question. 



1 C'est également de celte version que dérive le passage du Menorat Hamaor, 278. 

2 Voir II. Zottemberg, Notices et extraits, t. XXVIII, l ro partie; Emmanuel Cos- 
(juin, Contes populaires de Lorraine, t. I, p. xlvii ; G. Paris, Le lai de l'Oiselet, p. 8. 
Notre parabole a été exploitée très souvent au moyen âge ; on trouvera la liste .i peu 
près complète des références dans Osterley, Gesta Romanorum . 



ELEMENTS CHRETIENS DANS LE PIRKE HAIUU EL1EZER 8b 

Il serait facile de la résoudre en s'appuyant sur l'âge respectif 
du roman de Barlaam et du Pirké R. Eliézer. Le roman chré- 
tien est du vi e ou du vu siècle, il est antérieur à Tan 634, tandis 
que le Pirké est de beaucoup postérieur à l'islamisme ; Barlaam 
et Joasaph, ayant été écrit originairement en grec, en Palestine, 
a passé vraisemblablement en syriaque, certainement en arabe ; 
or le Pirké, né également en Palestine, témoigne d'une certaine 
connaissance de la littérature arabe et syrienne. A mon avis, en 
voilà assez pour prouver que l'emprunteur est le Pirké R. Eliézer. 
Mais je veux aller plus loin et me servir de la parenté des deux 
paraboles pour donner une preuve de plus que l'ouvrage hébreu 
est assez moderne, et qu'il renferme des éléments de toute prove- 
nance, voire même chrétiens. Je laisserai donc de côté les pré- 
misses que j'invoquais tout à l'heure et raisonnerai comme si nous 
ignorions la date de rédaction du Pirké. 

Deux hypothèses sont possibles pour expliquer la concordance 
de ces deux paraboles. On peut d'abord supposer, comme le veut 
Behaï, que la parabole était d'origine juive et a été insérée dans le 
roman chrétien, qui ne la renfermait pas primitivement. Pour 
appuyer cette hypothèse, on cite d'ordinaire un passage du Pirké 
Abot(ch. vi) et de Bereschit Rabba (ch. XLix).Le texte du Pirké 
Abot est ainsi conçu : « Au moment de la mort, ni l'or, ni l'argent 
n'accompagnent l'homme, seules, les bonnes actions et la péni- 
tence le suivent. » L'idée est évidemment la même que celle de la 
parabole, mais, outre qu'il n'y est pas parlé des parents, ce qui 
manque à ce passage c'est justement la forme et le cadre de la 
parabole, qui sont à considérer ici. Quant aux paroles de Beres- 
chit Rabba, elles n'ont aucun rapport avec notre apologue. Le 
Midrasch veut expliquer pourquoi Dieu avise Abraham de son 
intention de détruire Sodome. R. Jehouda ben Simon dit que 
Dieu s'est comporté en cette circonstance comme un roi qui avait 
trois amis qu'il consultait toujours avant d'agir. Une fois, il ré- 
solut de se passer de leur avis, que fit-il ? Il renvoya l'un de son 
palais, mit en prison le second, mais, quand ce fut le tour du troi- 
sième, qu'il aimait beaucoup, il ne put se décider à le traiter de la 
sorte. Ainsi, pour la malédiction de la terre, Dieu chassa Adam, 
pour le déluge, Dieu enferma Noé dans l'arche, mais pour la des- 
truction de Sodome, il consulta Abraham. — Y a-t-ii la moindre 
ombre de ressemblance entre cette parabole et la nôtre? 

En revanche, celle-ci reflète bien l'enseignement bouddhique : 
le mépris des richesses et des affections de famille ; et surtout 
elle cadre parfaitement avec le sujet même du roman, qui nous 
montre le prince indien quittant son palais et ses richesses , 



Pf. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

abandonnant sa famille pour se consacrer à la pratique des bonnes 
œuvres et à la contemplation de Dieu. 

Deuxième hypothèse : peut-être la parabole est-elle parvenue à 
l'auteur du Pirké indépendamment du roman, par voie de trans- 
mission orale. Ce serait une supposition gratuite, car l'écrivain 
chrétien n'a pas reçu la légende du Bouddha par ce canal, il nous 
apprend lui-même que l'histoire a été apportée de l'Inde à Jéru- 
salem par un moine du couvent de Saint-Saba. 

Il est donc constant que l'auteur du Pirké R. Eliézer s'est ins- 
piré du roman chrétien soit qu'il ait connu l'ouvrage même, ou 
une de ses versions — arabe ou syriaque — soit qu'il ait entendu 
raconter cette parabole. Ces morceaux qui forment un tout com- 
plet se détachent très vite du contexte pour faire tout seuls leur 
chemin dans le monde '. 

Encore cet apologue n'avait-il pas un fond essentiellement chré- 
tien et pouvait-on facilement se laisser séduire par l'idée qui en est 
rame. Mais voici une légende entrée dans notre Midrasch qui est 
empruntée à un apocryphe chrétien et dont le fond est essentiel- 
lement chrétien aussi. 



LA PENITENCE D ADAM. 

« Le dimanche (après son expulsion du Paradis), Adam entra 
jusqu'au cou dans les eaux du Gihon supérieur. Il jeûna sept se- 
maines au point que son corps en devint comme un crible. Mon 
Dieu, s'écria-t-il, enlève-moi mes péchés et accueille ma péni- 
tence, afin que la postérité sache qu'il y a rémission pour les fautes 
et que tu acceptes le retour des repentants. Dieu lui tendit la main 
droite, lui enleva son. péché et accepta sa pénitence, car il est 
écrit : « Je t'ai fait connaître ma faute et n'ai pas caché mon 
crime ; j'ai pensé : j'avouerai mes péchés à l'Eternel, et toi tu as 
enlevé la faute de mon péché (Ps. XXXII, 5). » 

Cet épisode de la vie d'Adam n'est raconté que par le Pirké 
R. Eliézer ; il est inconnu à tous les autres textes midraschiques. 
Gomment a-t-il été imaginé? Généralement, ces fictions ont pour 
but de combler une lacune, ou d'expliquer un passage obscur, ou 

1 Geiger, Was hat Mohammed, p. 93, rapproche le texte du Pirké d'une sunnat 
qui dit : « Trois choses accompagnent le mort, mais deux reviennent : sa famille, ses 
biens, ses œuvres. Sa famille et ses biens le laissent, seules ses bonnes œuvres lui 
restent ». Que le P. ait copié la sunnat, ou inversement, ou que les deux versions se 
rattachent indépendamment Tune de l'autre au roman, cela n'infirme en rien notre 
conclusion. — Geiger a cru à l'origine juive de la parabole, parce qu'il ignorait la 
source première. 



ÉLÉMENTS CHRÉTIENS DANS LE PIRKÉ RABB1 ELIÉZER 87 

de concilier deux versets qui semblent se contredire. Dans tout le 
récit de la Genèse, ou même dans le psaume placé par les docteurs 
dans la bouche d'Adam (Ps. 92), ou dans les versets pris isolément 
où figure le nom d'Adam, y a-t-il le moindre prétexte à l'invention 
de ce bain et de ce jeûne prolongé? C'est ce que j'ai vainement 
tenté de découvrir. En revanche, il y a unanimité dans les autres 
midraschim pour affirmer qu'Adam refusa de se repentir. D'après 
certains aggadistes, Dieu, après le péché, dit à Adam qu'il pour- 
rait faire pénitence et redevenir immortel, mais Adam n'y voulut 
pas consentir et répondit résolument : non 1 . D'après le Tanhuma, 
Dieu l'invita à se repentir en lui promettant en retour la félicité 
qu'il venait de perdre 2 . Un autre texte fait rencontrer Caïn par 
son père, qui lui demande à quelle peine il a été condamné. Quand 
il apprend qu'il a été sauvé grâce à l'aveu de sa faute, il se re- 
proche de ne pas avoir lui-même confessé son péché 3 . Certains 
docteurs veulent même qu'il ait blasphémé Dieu, fait profession 
d'athéisme, d'impiété 4 . 

Les Midraschim ne sont pas tenus, il est vrai, de s'accorder, et 
très souvent ils sont en complète opposition ; mais lorsqu'ils se 
donnent le mot, il ne faut pas négliger cette rencontre instructive. 
D'autant qu'ici ils paraissent avoir obéi à une pensée très fine. Si 
Adam a été puni pour avoir failli, pourquoi Dieu ne lui aurait-il 
pas pardonné, puisque Dieu accueille toujours le repentir de ceux 
qui reviennent à lui? Il faut donc qu'Adam ait refusé cette ressource 
précieuse et se soit interdit à lui-même le moyen de rentrer en 
grâce auprès de Dieu. 

Le Pirké R. Eliézer n'a pas pensé à cette objection, il a été 
séduit par la beauté de cet enseignement, qui, dès lé premier jour, 
aurait appris aux hommes l'efficacité de la pénitence. 

I) est inutile d'ajouter que la Aggada ne parle jamais, ni pour 
Adam ni pour aucun de ses descendants, d'une pénitence aussi 
longue faite dans l'eau. Sans doute, le Judaïsme admettait la doc- 
trine du baptême, et ce sont des sectes juives qui l'ont mis en 
honneur. Mais il est arrivé pour cette pratique ce qui s'est produit 
pour certaines idées théologiques, la faveur qu'elle rencontra dans 
la religion naissante la rendit suspecte aux Juifs orthodoxes ou, 

i Bereschit Rabba, 21, et Bemidbar Rabba, 13, où le texte est plus correct. Inter- 
prétation des mots nP3H et "JD. 

* Voyez Tanhuma, éd. £uber, III, p. 39. Interprétation des mots -pVJJ l? : « tu 
mangeras ton pain à la sueur de ton front à moins que tu ne te convertisses ». 

3 Ber. R., 22; Pestkta de E. Kahna, p. \Wb ■ Tank. B., I, 19. Explication du 
verset 2 du Ps. xcn, dont Adam serait l'auteur, d'après la tradition. 

* Sanhédrin, 38 6; Tank. B., I, 18. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tout au moins, la fit mettre au second plan. Les docteurs ne purent 
y renoncer, parce que c'eût été trahir leur loi, mais les aggadistes, 
qui parlaient au peuple et avaient la charge des idées religieuses, 
se gardèrent bien de prêcher cette pratique ou d'en tirer des en- 
seignements moraux. Il faudrait donc que le récit de la pénitence 
d'Adam fût un vestige de la littérature antérieure au Christianisme 
et nous avons déjà dit ce que nous pensons de l'âge du Pirké de R. 
Eliézer. Admettrait-on cette sorte de miracle d'une tradition orale 
qui ne laisse pas trace de son existence pendant sept ou huit siècles, 
et qui après ce long laps de temps se réveille de nouveau, qu'il 
resterait encore à expliquer la durée singulière de ce bain, que 
rien ne justifie. 

Supposons maintenant que nous nous trouvions ici en présence 
d'une légende chrétienne, et tout s'explique du même coup. Adam 
peut faire pénitence sans que la justice de Dieu soit mise en ques- 
tion, car l'effet du pardon se réalisera à l'avènement du fils de 
Dieu ; il est la figure de Jésus, or comme Jésus doit se baigner 
dans le Jourdain, et jeûner quarante jours, il se plonge lui aussi 
dans un fleuve et jeûne plusieurs semaines. 

La conclusion serait plus convaincante encore si nous décou- 
vrions dans la littérature chrétienne la légende qui s'est glissée 
dans le Pirké de R. Eliézer. Cette contre-épreuve ne nous fera 
pas défaut, et justement nous la rencontrerons dans le milieu où 
a été écrit notre Midrasch et dans une des langues qu'a pu con- 
naître l'auteur du Pirké. 

J'ai déjà parlé dans cette Revue d'un apocryphe intitulé la Vie 
d'Adam. Il nous est parvenu sous quatre formes, en grec 1 , en 
latin 2 , en arabe et en éthiopien 3 . Les deux premiers de ces textes 
se complètent l'un l'autre et se rattachent à un type commun, les 
deux autres, dont Tune (l'éthiopienne) n'est que la traduction de 
l'autre, se rapprochent plutôt de la Vie latine. Tous les critiques 
qui ont étudié ce roman s'accordent à l'attribuer à un écrivain 
juif ; j'essaierai prochainement d'établir qu'il n'en est rien. Quoi 



1 Apocalyse de Moïse, dans Tischendorf, Apocalypses apocryphœ, 1866; Ceriaui, 
Monumenta sacra et profana, V, 1 . 

2 Vita Adae et Evae, édité et commenté par Wilhelm Meyer, dans Abhandl. d. 
1 Classe d. konigl. Akadem. d. Wissensch., XIV, 3 e partie, p. 187 et suiv.; Munich, 
1S7S. (Classe de philosophie et de philologie.) 

3 Le combat d'Adam, texte éthiopien, avec variantes de l'arabe, édité par Trumpp, 
dans le même recueil, XV, 1879; traduction anglaise par Malan, Book of Adam and 
Eve, also called the conflict of Adam and Eve wiih Satan, Londres, 188°. Une tra- 
duction allemande en avait été déjà donnée par Dillmann, dans Jahrhuch der bibl. 
Wissensch., d'Ewald, t. V, 18o3, p. 1-144. Cette version a été traduite à son tour en 
français par Brunet, Dictionnaire des Apocryphes. 



ELEMENTS CHRETIENS DANS LE PIRKE HABBI ELIEZER 89 

qu'il en soit, ceux qui tiennent pour cette opinion reconnaissent 
néanmoins comme des interpolations chrétiennes certains pas- 
sages, entre autres celui que je vais citer et qui ne laissera aucun 
doute sur la question qui nous occupe ici. 

Voici, en résumé, la version de la Vie latine et des textes arabe 
et éthiopien : Adam dit à Eve qu'il leur convient de faire une 
grande pénitence; lui jeûnera pendant quarante jours ; de son 
côté elle ira dans le Tigre, s'y plongera jusqu'au cou et y restera 
trente-cinq jours, ou, dans certains textes, trente-trois jours. Lui 
se baignera dans le Jourdain. Quand Eve sort de l'eau, sa peau est 
comme de l'herbe l . 

Si ce paragraphe est vraiment une interpolation, ce que je con^ 
teste, en tout cas, il a été ajouté de bonne heure à la Vie d'Adam, 
puisqu'il lui a fait donner le titre de Pénitence d'Adam sous le- 
quel elle est désignée par le pape Gélase (v e siècle) et dans la liste 
des écrits qu'au témoignage de Samuel d'Ani, les Nestoriens ap- 
portèrent en Arménie 2 . 

Ce qui peut induire en erreur sur la date de composition du 
Pirké R. Eliézer, c'est qu'il paraît avoir conservé des vestiges 
d'anciennes traditions qui ne se retrouvent plus que, d'une part, 
dans les apocryphes juifs perdus chez les Juifs, et, d'autre part, 
dans le Koran et les traditionnistes arabes. Mais quand on recon- 
naît l'époque tardive de ce Midrasch — qui va jusqu'à parler de 
la mosquée d'Omar, — quand on le voit, ainsi que nous avons 
essayé de le montrer, s'approprier des légendes ou des paraboles 
qui avaient cours chez les chrétiens ou les musulmans, tout s'ex- 
plique sans difficulté : c'est dans la littérature chrétienne et mu- 
sulmane qu'il a puisé ces données ; et si certaines idées anciennes 
des Juifs reparaissent chez lui, c'est parce qu'il les reprend aux 
sectes chrétiennes, qui les avaient reçues des Juifs. Je mets en fait 
que toutes les aggadot du Pirké R. Eliézer qui ne sont pas tirées 
des Talmud et des recueils qui lui sont antérieurs lui sont venues 
par l'intermédiaire des sectes chrétiennes et des musulmans. 

Israël Lévi. 

1 M. W. Meyer a déjà remarqué la ressemblance des deux passages et il reconnaît 
très bien que le Pirké dépend de la Vie d'Adam, mais, ne connaissant pas l'âge de 
l'ouvrage hébreu, qu'il paraît croire antérieur au Koran, il s'appuie sur cette circons- 
tance pour établir l'antiquité de son texte, en quoi il se trompe. M. Horowitz, qui 
en 1881, a publié dans le Bet-Talmud, I, Beilage, p. 1 et suiv. , une sorte d'esquisse 
d'un grand travail sur le Pirké, montre qu'il n'ignorait pas cet apocryphe, mais 
comme il veut à toute force que le Pirké soit composé d'éléments anciens, plus anciens 
même que le livre d'Enoch, il est clair qu'il attribue la priorité au Pirké, sans se 
préoccuper de l'invraisemblance de cette hypothèse. 

1 Voir Renan, Journal Asiatique, 1853, II, p. 427 et suiv. 



LE 

CALENDRIER DES GRECS DE BABYLONIE 

ET LES ORIGINES BU CALENDRIER JUIF 



La propagation du calendrier métonien, le plus parfait des 
calendriers luni-solaires, rencontra chez les Grecs anciens des 
obstacles du même genre que celle du calendrier grégorien chez 
les peuples modernes. Les savants lui opposèrent des systèmes 
rivaux, comme celui d'Eudoxe, les ignorants la force d'inertie de 
la routine, les dévots des préjugés superstitieux. Avec le temps, 
néanmoins, le calendrier de Méton finit par s'imposer aux états les 
plus civilisés du monde hellénique, mais les chronologistes ne sont 
pas d'accord sur l'étendue définitive de ses conquêtes. Les témoi- 
gnages des anciens eux-mêmes, à ce sujet, sont assez contra- 
dictoires. « La plupart des Grecs, écrit au i er siècle avant l'ère 
chrétienne Diodore de Sicile, se servent jusqu'à mon temps de Ven- 
néa-décaétéride (c'est-à-dire du cycle de Méton) et s'en trouvent 
fort bien * ». Deux cent cinquante ans plus tard, le chroniqueur 
chrétien Sextus Julius Africanus déclare avec la même assurance 
que « les grecs et les juifs ont l'habitude d'insérer trois mois in- 
tercalaires en huit ans 2 », en d'autres termes, qu'ils se servent de 
Yoctaêtêride. Tout ce qu'on peut conclure de ces deux assertions, 
c'est que le cycle de huit ans et le cycle de dix-neuf ans ont con- 
tinué, jusqu'à une époque très avancée, peut-être jusqu'à l'adop- 
tion générale du calendrier solaire, à se partager la faveur du 

1 Diodore de Sicile, xn, 36 : Aiô uixpi twv xaô ' y\\xS.ç xpovwv ol TzleXazoï 'EUyivwv 
ypu>u.evoi %y\ evveaxaioexaeTripiSi où ôta^euSovxai ty); à),Y]6siaç. 

8 Africanus chez Georges Syncelle, p. 611 : 8ià toOto xaî "EXXrjveç xaî 'louoatot 
xpetç p.fjvaç è|x6o).i{iouç "exeaiv ôxxà) 7cape{i.6(xX>.ov<nv. H est extraordinaire que ce texte 
n'ait pas été cité par les historiens du calendrier hébreu non plus que le ch. 74 
du Livre d'Enoch, qui atteste la connaissance ancienne, mais très vague, de l'octaé- 
téride par les Juifs. Ce dernier texte m'est signalé par M. Joseph Halévy. 



LE CALENDRIER DES GRECS DE BABYLONIK 91 

ffionde grétfo-orientâl. Mais dans quelles proportions s'est fait le 
partage? Quelle était la démarcation exacte des deux domaines? 
c'esl ce qu'il est impossible de déterminer à priori. Le problème 
doit être examiné pour chaque nation, pour chaque cité en parti- 
culier, et ici les hémérologes, les inscriptions, les médailles offrent 
plus de secours que les textes historiques ou littéraires. C'est par 
ces moyens qu'on a pu établir avec certitude qu'Athènes, à partir 
du milieu du iv e siècle avant J.-C, adopta la réforme métonienne, 
tandis que dans la plupart des villes de Syrie et de Palestine l'oc- 
taétéride se. maintint jusqu'à l'époque romaine, où elle céda la 
place au calendrier solaire *. 

Quel était, à cet égard, le système suivi dans la monarchie des 
Arsacides, ou plus précisément dans les colonies grecques de la 
Babylonie, dont les rois Parthes empruntèrent la langue et le 
calendrier sur leurs monnaies et dans leurs actes officiels? 

Pour résoudre ce petit problème, rappelons d'abord deux 
théorèmes, dont la démonstration est presque inutile, car ils ne 
font que traduire en langage mathématique les principes fonda- 
mentaux de tout calendrier luni-solaire tant soit peu scientifique. 

Théorème I. Dans tout calendrier luni-solaire, fondé sur 
Vemploi d'un cycle de N années, si Vannée E est embolimigue 2 , 
il en est de même de toute année dont le millésime diffère de 
celui de E d\m multiple exact de N, en plus ou en moins. 

Par exemple, dans un calendrier oclaétèriaue, si l'année 1870 
est embolimique, il en sera de même des années 1862, 1854... 
1878,1886, 1894... Dans le calendrier ennéa-déca-étérique, au 
contraire, les embolimiques porteraient les millésimes 1870, 1851, 
1832. . . 1889, 1908, etc. Ce théorème revient. à dire que les années 
embolimiques se reproduisent à des intervalles périodiques : la 
même règle, on le sait, sert à déterminer les années bissextiles 
dans le calendrier Julien. 

Théorème il Dans aucun calendrier luni-solaire il ne peut 
y avoir deux années embolimiques consécutives, ni plus de 
deux années commîmes consécutives. 

Ce théorème est formulé expressément par l'astronome Gémi- 
nus 3 et facile à vérifier sur tous les calendriers connus. Il signifie 



1 Sur ce point, voir Unger, Zeitrechnunçj der Griechen. dans Iwan Mùller, Hand- 
lurh der hlassischen Alterthums-Wissenschaft, I, G01. 

2 On appelle embolimique {vulgô embolismique) les années composées de treize mois 
lunaires, communes les années qui n'en ont que douze. 

3 Géminus, Introduction aux Phénomènes, ch. vi : ouxs yàp TTcpipiveiv otX é'wç ou 
fjwjviatov YÉVTjTat 7:apà).).aY[j.a 7ipo; xo çcttvopsvôv, oùxe n:po),afj.6àvsiv uapà xov jjXtaxàv 
Spogiov [lîjva 3Xov. 



92 UEVUE DES ETUDES JUIVES 

que l'insertion du mois intercalaire a uniquement pour but d'em- 
pêcher le jour de l'an lunaire (la nouvelle lune initiale) de retarder 
jamais d'une lunaison entière sur le point astronomique — 
équinoxe ou solstice — choisi pour origine solaire. L'année de 
12 mois lunaires (à 29 jours et demi en moyenne) est de 11 1/4 
jours plus courte que l'année solaire ; en admettant donc qu'à 
l'origine des cycles la nouvelle lune initiale tombe précisément 
au point astronomique, le retard sera de 22 1/2 jours au bout de 
2 ans, de 33 3/4 jours au bout de 3 ans, c'est-à-dire de plus d'une 
lunaison : il faut donc au moins une année intercalaire sur trois. 
Semblablement, la succession de deux années embolimiques serait 
non seulement inutile et asymétrique, mais encore elle amènerait 
presque toujours une avance du jour de l'an lunaire sur le jour de 
l'an solaire de plus d'une lunaison, ce qui serait tout aussi fâcheux 
qu'un retard de même longueur. A plus forte raison, la succession 
de trois années embolimiques est-elle absolument impossible. 

Ceci posé, arrivons à notre calendrier gréco-babylonien. Sur un 
grand nombre de tétradrachmes frappés par les rois Arsacides, on 
trouve non seulement l'année (comptée d'après l'ère des Séleu- 
cides, septembre 312 avant J.-C), mais encore le mois de l'émis- 
sion. A la différence des séries pontique et athénienne où le mois 
(ou la prytanie) est exprimé par une lettre numérale, les mois 
Arsacides sont indiqués par leurs premières lettres : les noms des 
mois sont ceux du calendrier macédonien, introduit à Babylone 
par Alexandre-le-Grand; le mois intercalaire s'appelle simplement 
EMB ou EM pour 'Ejxêo'^ijxoç, « l'intercalé ». Toute monnaie datée 
de ce mois nous révèle une année embolimique du calendrier 
gréco-babylonien, dont le millésime est fourni parla date séleucide 
correspondante. Jusqu'à présent, on n'a rencontré, à ma connais- 
sance, que trois pièces de ce genre. Ce sont : 

l°Un tétradrachme de l'an 287 Sél. (Musée Britannique); 

2° Un tétradrachme de l'an 317 Sél. (Cabinet de Berlin = 
Percy Gardner, Parthian Coinage, p. 46) ; 

3° Un tétradrachme de l'an 390 Sél. (Legoy, Revue numisma- 
tique, 1855 == Percy Gardner, op. cit., p. 62). 

On va voir que, grâce à nos deux théorèmes, ces trois pièces, 
quoique espacées sur plus d'un siècle, permettent de déterminer 
avec.certitude la nature du calendrier arsacide. 

Voyons d'abord si les indications de nos tétradrachmes sont 
compatibles avec l'hypothèse d'un calendrier octaétérique. 

L'an 287 étant embolimique, il en serait de même (en vertu du 
théorème I) de l'an 287 + 32 (multiple exact de 8), c'est-à-dire 
319. 



LE CALENDRIER DES GRECS DE BABYLONIE 03 

Semblablement, 390 étant embolimique, il en serait de même 
de 390 — 12 (multiple exact de 8), c'est-à-dire 318. 

D'autre part, le tétradrachme de Berlin nous apprend que 
l'année 317 était embolimique. On aurait donc, comme emboli- 
miques, les années 317, 318, 319, c'est-à-dire, non pas seulement 
deux, mais trois embolimiques de suite, ce qui est absolument 
impossible, en vertu du théorème IL 

On peut donc affirmer que le calendrier gréco-babylonien, à 
l'époque des Arsacides, n'était pas fondé sur l'octaétéride. 

Voyons maintenant si le système ennéa-déca-étérique peut 
s'appliquer à nos tétradrachmes. 

Dans ce système, si l'on ajoute à l'embolimique 287, 19 on 
trouve l'embolimique 306. 

De même, si l'on retranche, de l'embolimique 390, 76 
(= 19 x 4), on trouve l'embolimique 314. 

Ainsi dans la période de dix-neuf années commençant, par 
exemple, en 301 Sél., on a trois années embolimiques certaines 
306, 314, 317. Or, non seulement cette succession n'a rien d'ab- 
surde, mais encore elle coïncide exactement avec les résultats que 
donneraient soit le cycle pascal chrétien, soit le type du cycle 
métonien usité par les juifs. Dans ces deux calendriers, en effet, 
les sept années embolimiques de chaque cycle portent les numéros 
d'ordre 3, 6, 8, 11, 14, 17, 19 ». On voit que les années 6, 14, 17, 
correspondent précisément aux trois années embolimiques attes- 
tées par les tétradrachmes arsacides. 

Il n'est peut-être pas téméraire de tirer de ce raisonnement les 
conclusions suivantes : 

1° Le calendrier arsacide, ou, pour mieux dire, le calendrier des 
Grecs de Babylonie était fondé sur le cycle de Méton. 

2° En prenant pour origine (arbitraire) des cycles l'an 301 Sél., 
les années embolimiques occupaient très probablement dans 
chaque cycle les rangs 3, 6, 8, 11, 14, 17, 19. 

3° Lorsqu'au iv e siècle après J.-C, les juifs adoptèrent le ca- 
lendrier métonien, ils le réglèrent sur le modèle gréco-babylo- 
nien. Ce calendrier leur est donc venu, en toute probabilité, non de 
Palestine, où s'était maintenue l'octaétéride, mais de Babylonie : 



1 11 est facile de voir que cette répartition des embolimiques est la plus naturelle 
et la plus symétrique de toutes quand, à l'origine du cycle, les jours de Tan lunaire 
et solaire coïncident exactement ou à peu près. Dans le cycle pascal elle est la con- 
séquence nécessaire du principe de la célébration de la Pâque (le dimanche après la 
pleine lune qui suit immédiatement l'équinoxe du printemps) et de l'année choisie 
arbitrairement pour origine (285 après J.-C). 



SM REVUE DES ÉTUDES JU1VKS 

cette hypothèse est confirmée par le fait que les études astrono- 
miques, au témoignage du Talmud, étaient plus florissantes dans 
les écoles de Babylonie que dans celles de Tibériade. S'il fallait 
désigner le véritable inventeur du calendrier juif actuel, je 
choisirais le célèbre rabbin babylonien Samuel, connu par ses 
recherches astronomiques '. Le patriarche Hillel II, à qui la tra- 
dition attribue la confection du calendrier' 2 , ne fit sans doute que 
donner la consécration légale et la publicité à un travail privé, 
répandu depuis longtemps parmi les rabbins de Babylone, qui 
cherchaient à s'affranchir de la tutelle du patriarcat de Tibériade 
en ce qui concerne l'intercalation. 

Théodore Reinach. 



1 Talmud de Babylone, Bosch ha Schanah, 20 b ; Hulin, 95 à (d'après Graetz, 
Geschichte derJuden, IV, 289 et note 21). 

2 R. Haï Gaon, chez Abraham ben Hiyya, labour, p. 97. 



UN MILLIAIRE INÉDIT DE JUDÉE 



L'inscription qui fait l'objet de cette note a été trouvée, paraît- 
il, entre Ettanour et Beit-Natif, à une trentaine de kilomètres au 
sud-ouest de Jérusalem. Le voyageur qui l'a découverte en a 
fait une photographie que MM. Is. Loeb et S. Reinach ont bien 
voulu me communiquer en double exemplaire. Le texte est tracé 
en lettres assez grandes et assez profondes sur une borne de forme 
cylindrique. La partie droite de cette borne paraît usée comme par 
le frottement, la partie gauche a été fortement endommagée par 
suite du séjour de la pierre à l'air et à l'humidité; elle est intacte 
en haut, mais elle a été brisée au milieu à peu près de sa hauteur 
et le morceau inférieur a disparu. Il ne reste donc plus aujourd'hui 
qifune partie des lettres qui s'y lisaient autrefois. 

On peut déchiffrer, non sans difficulté, mais néanmoins d'une 
façon certaine, les caractères suivants : 

imP* CAESARU 

ANTONINVS 
TRIBPOTESTAT 

CAESARI.A 

TRIB POTE 

I N I F I L I D I 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il résulte de ces quelques lettres que le milliaire portait le nom 
de deux empereurs, le premier surnommé Antonin, fils tous deux 
d'un même empereur appelé probablement, lui aussi, Antonin, 
c'est-à-dire frères '. Nous n'avons pas le choix : il ne peut être 
question, sur ce monument, que de Marc-Aurèle et de Lucius 
Verus, auxquels seuls peuvent s'appliquer ces différentes particu- 
larités; on sait qu'ils régnèrent de l'année 161 à l'année 169, 
époque à laquelle mourut Lucius Verus. 

La date exacte du monument était indiquée par le chiffre des 
puissances tribunices qui figurait, pour Marc-Aurèle à la deuxième 
ligne, pour Lucius Verus à la cinquième. Nul n'ignore, en effet, 
que les empereurs prenaient les pouvoirs de tribun en arrivant à 
l'empire et se les faisaient renouveler tous les ans, si bien que le 
chiffre qui accompagne sur une inscription le titre de tribun 
décerné à un empereur marque en quelle année du principat de 
ce prince cette inscription a été gravée. Ici le chiffre est invisible, 
au moins sur les photographies que j'ai entre les mains, et aucune 
donnée dans le reste du texte ne permet de savoir quel il pouvait 
être. 

A la suite du nom de ces empereurs, on avait inscrit le nom de 
leurs ancêtres : celui d'Antonin-le-Pieux, leur père ; celui d'Ha- 
drien, leur grand-père; celui de Trajan, leur bisaïeul; celui de 
Nerva, leur trisaïeul, comme on le faisait toujours en pareil cas. 
A la fin du texte se lisait assurément l'indication de la distance, 
comptée à partir de Jérusalem. On ne peut pas arriver non plus 
à la restituer, par la raison que la borne n'est sans doute plus à 
sa place antique — les milliaires, par leur forme cylindrique, sont 
plus maniables que les autres pierres et se prêtent trop aisément 
au rôle de colonnes pour être respectés par les maçons. Si l'on 
était assuré du contraire, il suffirait de convertir en milles ro- 
mains la distance où la borne se trouve actuellement de Jéru- 
salem. Il est vrai qu'il faudrait, en outre, être plus exactement 
renseigné que nous le sommes sur l'endroit précis où ce monu- 
ment a été rencontré. 

li est donc impossible de restituer entièrement ce texte mutilé, 
mais nous pouvons arriver au résultat suivant : 



1 Je rappelle, pour la clarté de ce qui va suivre, que l'empereur Hadrien, en adop- 
tant Antonin le Pieux, lui avait posé comme condition qu'il devait, à son tour, adopter 
le jeune Marc Aurèle. A la mort de son père adoplif, celui-ci prit le surnom d An- 
toninus. Lucius Verus avait également été adopté postérieurement par Antonin le 
Pieux. Marc-Aurèle et Lucien Verus étaient donc frères, mais frères adoptii's. 



UN MILUAIRE INÉDIT DE JUDÉE 97 

IMP. CAESAR \\ aurelius 
ANTONINVS augustus 
TRIB POTESTATe.. cos.. 
et imp. CAESAR I, Aurelius 
verus aug TRIB^POTEstafe. . cos.. 
divi anton\m FILI YAvi hadriani 

nepotes divi trajàNi parthici pro 

nepotes divi nervae abnepotes 
restituerunt 



m. p, 



Imp'erator) Caesar M. [Aurelius] Antoninus [Augustus] irib{unicia) 
potestat[e. . . co{n)s{ul) . . . et Imp[eratorj\ Caesar L. A[urelius Verus 
Aug{ustus)] trib[unicia) pote[state. . . co[n)s(ul). . . Divi Anton]ini fili{i) 
Di[vi Hadriani nepotes , Divi Traja]n[i Parthici pronepotes, Divi Nervae 
abnepotes restituerunt. AI(ilia) p{assuum) ] 

Malgré toutes les lacunes que contient le texte, nous pouvons 
reconnaître que ce milliaire est un document d'une certaine 
importance. Il nous apprend que la route où il existait a été, 
sinon faite, au moins refaite par le gouvernement romain à 
l'époque de Marc-Aurèle et de Lucius Verus : cette route était 
donc une des grandes voies de communication de Palestine. Étant 
donné l'endroit où la pierre a été trouvée, ce ne pouvait guère être 
que la route qui, coupant la partie méridionale de la province, 
joignait Jérusalem à la mer par Ascalon, et la Palestine à l'Egypte 
par Gaza, Rhinocoloura et Péluse. On la trouve indiquée dans la 
Table de Peutinger 1 et dans l'Itinéraire d'Antonin 2 . Le segment 
de Jérusalem à Ascalon, sur lequel a été trouvé la borne de Beit- 
.Natif, est ainsi indiqué dans la Table de Peutinger. 

HERUSALEM 

XXIIII 

Ceperaria 

VIII 

Betogabri 

XVI 
ASCALONE 

Mais, pour se rendre un compte exact du véritable intérêt de ce 

'IFortia cTUrhan, Recueil des Itinéraires anciens, p. 282 et 283. 
* Ibid., p. 42. 

T.lXVIII, k° 35 7 



98 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

texte, il ne suffit pas de le considérer en lui-même ; il faut le rap- 
procher de deux autres milliaires, les deux seuls que la Palestine 
nous ait encore livrés. 

Le premier a jadis été découvert par M. Renan ; il figure au 
troisième volume du Corpus inscriptionum latinarwn (n° in) 
et a été tout récemment réédité par M. Glermont-Ganneau * . On 
y Ht : 

imp. caes. 
m . qure'lius antoninus 
aug. trib. pot. xni cos. iii et imp. 
caes. I. aureliVS VERVS 
TRIB POTEST II- COS II 
D IV I -ANTON IN I ♦ FI LI 
DIVI • HADRIAN ♦ NEPOTES 
DIVI-TRAIAN- PARTiC* PRONEP 
DIVI-NERVAE-ABNEPOTEs 
restitiierunt 
M P V 

[Imperator) Caes[ar) M. Aurelius Antoninus Aug^ustus) trib[unicia) 
potifistàte) XVI, co{n)${ul)IH,et Imp{erator) Caes(ar) L. Aurelï\us Verus 
trib[unicia) potest(ate) II, co(n)s(ul) II, Divi Antonini fili(i), Divi 
Eadrian(i) nepotes, Divi Trajan{ï) Parth{i)c(i) pro?iep(oies), Divi Nervae 
abnepote[s restituerunt], M0a) p{assuum) t V. . 

Ce texte offre, avec l'inscription de Beit -Natif, une ressemblance 
frappante qui n'échappera à personne. Il contient pourtant un 
renseignement de plus, le chiffre des puissances tribunices des 
deux empereurs, ce qui nous permet de lui assigner comme date 
l'année 162 : au 10 décembre 161, Marc-Aurèle avait renouvelé 
ses puissances tribunices pour la seizième fois et Lucius Verus 
pour la seconde. En cette année-là donc, la route où cette borne a 
été rencontrée, qui est celle de Jérusalem à Naplouse et ensuite à 
Kaisarié et à la côte, avait été restaurée par Marc-Aurèle et 
Lucius Verus. 

Le second milliaire déjà connu provient d'une route voisine de 
celle-là, la voie de Jérusalem à Damas ; on ne sait pas l'endroit 
précis où il existe, mais on croit qu'il vient d'Adjloûn ou des envi- 
rons. M. Clermont-Ganneau l'a publié dernièrement, d'après une 

« Recueil d'archéologie orientale, 4* fasc, p. 280. Cf. H. Gagnât, Année épigra- 
phique, 1888, n* 147. 



UN M1LL1AIRE INÉDIT DE JUDÉE 99 

copie très imparfaite qu'il en avait reçue 1 . Cette copie porte : 

SAR 
VS ANTONIN 
TRIB POT XVI 

III 
SARI AVRELII 
SAVITRIS POTI 
TONINIIIIII DIVI 
VINE POTES DIVI 

PARTHICI 
POTES DIVI NERV 
FES PET.E CER 
MVNIA LARCI 
R PR 
I 

Sous cette copie très corrompue, on reconnaît le texte véritable 
qui devait être ainsi conçu : 

[Imp. Cae]sar [31. Aurelï\us Antonin[us Aug{ustus)} \trib[unicia) pot{es- 
tate) XVI {co{n)s{ul)] 111 [et Imp(erator) Caes(ar) [L] Aureli[us Veru]s 
Au{g[mtus)] tri[b{unicia)] pot{estate) 1[I, Divi An]tonini [f]i[l]ii, Divi 
[ffadria]ni nepotes, Divi [Trajani] Parthici [prone)potes, Divi Nerv[ae 

ab,ie)potes [r]e[fe}cer[unt) ? [et] muni[v{eru?it)]? A. Larci[o leg[alo) 

Augjisti) p]r[o) pr(aetore) [M{ilia) p[assuum) ...] 

Cette inscription, qui a l'avantage de nous faire connaître le 
le^at de Syrie à cette époque, porte exactement la môme date que 
la précédente, puisque la seizième puissance tribunice de Marc- 
Aurèle y figure à la troisième ligne. Nous pouvons donc affirmer, 
grâce à ces deux derniers documents qui se confirment l'un l'autre, 
que les deux voies conduisant de Jérusalem en Syrie, Tune par la 
partie orientale du pays, l'autre par la partie occidentale, ont été 
rétablies en l'an 162, c'est-à-dire tout au début du règne simul- 
tané de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. 

La réparation des voies du sud que la borne milliaire de Beit- 
Natif nous fait connaître a-t-elle coïncidé avec celle des voies du 
Nord ? On serait tenté de le croire, mais je n'ose l'avouer ; je suis 
persuadé, d'ailleurs, que la réponse à cette question est encore 

1 Recueil d'archéologie orientale, 3« fasc, p. 207. Cf. R. Cagnat, Année épi gra- 
phique, 1S88, ii. 146. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

écrite sur la pierre et que, si l'on veut bien quelque jour nous en 
fournir un estampage, nous pourrons déchiffrer le numéro des 
puissances tribunices de l'un ou l'autre empereur; la photogra- 
phie, prise d'un seul côté, ne donne pas ce détail, mais on y voit 
qu'il figure sur l'original. De toute façon, il ne peut y avoir entre 
les dates indiquées sur ces trois milliaires qu'une différence insi- 
gnifiante, quelques années tout au plus. Il est donc assuré, dès 
maintenant, que Marc-Aurèle et Lucius Verus, au début de leur 
règne, entreprirent une réorganisation de la viabilité de la pro- 
vince. 11 faut voir dans ce fait la continuation de la politique 
d'apaisement inaugurée par Antonin-le-Pieux : ce prince avait 
voulu oublier et faire oublier aux Juifs les sanglants événements 
du règne d'Hadrien; il avait voulu rendre possible, sinon leur 
résurrection, au moins leur convalescence; et la révolte passagère 
de quelques endurcis ne l'avait point découragé *. Ses successeurs 
imitèrent son exemple. Remettre en état les grandes routes du 
pays, c'était favoriser les transactions, c'était travailler au bien- 
être matériel et moral de la Judée ; mais c'était aussi relier Jéru- 
salem aux postes militaires établis dans la province, aux ports 
de débarquement de la flotte, aux troupes de Syrie. En ce sens, 
Rome travaillait pour elle peut-être tout autant que pour la 
Palestine. 

R. Cagnat. 



1 Graetz, Geschichtc der Juden, IV, p. 183 et suiv. ; Lacour-Gayet, Antonin le 
Pieux, -p. 131 à 134. 



LES JUIFS D'ORIENT 

D'APRÈS LES GÉOGRAPHES ET LES VOYAGEURS 



Ce n'est pas la rareté des documents, mais leur dispersion, qui 
rend si longue et si difficile la tâche des historiens du judaïsme 
moderne. La force de travail d'un homme a ses limites ; l'éru- 
dition même d'un Graetz ne peut embrasser le nombre immense de 
publications où des témoignages concernant les Juifs sont dissé- 
minés. Il appartient à ceux qui travaillent dans d'autres domaines 
de recueillir et de signaler les textes intéressants qu'ils rencon- 
trent, facilitant ainsi la tâche des historiens futurs et se faisant, 
suivant la spirituelle expression de Scaliger, « les porte-faix des 
grands hommes. » Convaincu de cette nécessité, nous publions 
ici des extraits d'ouvrages dus aux voyageurs des derniers siècles, 
livres généralement peu lus, que nos études personnelles nous 
ont obligés à parcourir et où nous avons noté au passage les 
Judaïca qui nous ont paru mériter une exhumation. 

Nous n'avons transcrit, dans ce qui suit, que la partie utile des 
textes et nous avons cru superflu de leur conserver l'orthographe 
des éditions originales. 



Voyage du sieur Paul Lacas, fait par ordre du Roi, dans la 
Grèce, ï Asie-Mineure, la Macédoine et V Afrique. Tome I, 
contenant la description de la Natolie, de la Caramanie et de la 
Macédoine. A Paris, chez Nicolas Simart... 1712. In-12 
de 410 p. 

Lucas quitta Paris le 15 octobre 1704. On peut consulter, sur ce 
voyageur, l'article de la Biographie Michaud, qui est sérieu- 



lui REVUE DES ETUDES JUIVES 

sèment fait. Ajoutons que les explorations récentes ont confirmé, 
sur plusieurs points, la véracité de Lucas, que ses contemporains 
avaient mise en doute; Lucas manque de critique, mais il ne 
ment pas. 

Etant à Brousse, Lucas alla se promener à Bournous-Bachy 
(p. 98) ; il y rencontra quatre dervis, dont l'un, se disant du pays 
des Uisbecs, parlait quantité de langues, entre autres le français 
« comme un homme qui aurait été élevé à Paris » (p. 99) '. Il 
affirma cependant n'avoir jamais été en France. Ce dervis était 
aussi connaisseur de manuscrits et apprit à Lucas de « fort belles 
choses sur la médecine ». La conversation tomba sur la chimie, 
l'alchimie et la cabale, et le dervis soutint qu'un philosophe devait 
vivre mille ans grâce à la connaissance qu'il a de la vraie méde- 
cine ([). 105). — « Surpris de tout ce que j'entendais: Gomment, lui 
dis-je, vous voudriez assurer que tous ceux qui ont trouvé la pierre 
philosophale vivent mille ans ? Sans doute, répliqua t-il d'un ton 
plus sérieux.. . Enfin, je lui parlai de l'illustre Flamel, et je lui 
dis que, malgré la pierre philosophale, il était mort dans toutes 
les formes. A ce nom, il s'est mis à rire de ma simplicité. . . Il me 
demanda encore, sur le même ton, si j'étais assez bon pour croire 
que Flamel fût mort. « Non, non, me dit-il, vous vous trompez : 
Flamel est vivant : ni lui, ni sa femme ne savent encore ce que 
c'est que la mort. Il n'y a pas trois ans que je les ai laissés l'un et 
l'autre aux Indes, et c'est un de mes plus fidèles amis. » Il allait 
même me marquer le temps qu'ils avaient fait connaissance, mais 
il se retint et me dit qu'il voulait m'apprendre une histoire que, 
sans doute, on ne savait pas en mon pays (p. 107). » 

Je transcris ce qui suit, de la page 107 à la page 112 : 

« Nos sages, continua-t-il, quoique rares dans le monde, se ren- 
contrent également dans toutes les sectes, et elles ont en cela peu de 
supériorité l'une sur l'autre. Du temps de Flamel, il y en avait un de 
la religion juive. Pendant les premiers temps de sa vie, il s'était 
attaché à ne point perdre de vue les descendants de ses frères, et 
sachant que la plupart étaient allés habiter en France, le désir de 
les voir l'obligea à nous quitter pour en faire le voyage. Nous fîmes 
ce que nous pûmes pour l'en détourner, et plusieurs fois il changea 
de dessein par nos conseils. A la fin, son envie extrême* d'y aller le 
fit partir, avec promesse cependant de nous rejoindre le plus tôt qu'il 
lui serait possible. Il arriva à Paris, qui était dès lors, comme à 
présent, la capitale du royaume. Il trouva que les descendants de 

1 Galland écrit à Constantinople, le 1G décembre 1G72 : c Je parlai à un derviche 
qui savait le latin, lequel me parut être Polonais. » [Joumial, tome I, p. 244.) Le der- 
viche usbec de Lucas serait-il également un Polonais? 



LES JUIFS D'ORIENT D'APRES LES GEOGRAPHES 

son père y étaient chez les Juifs en grande estime ; il vit, enlreautres, 
un rabbin de sa race, qui paraissait vouloir devenir savant, c'est-à- 
dire qui cherchait la véritable philosophie et travaillait au grand 
œuvre. Notre ami ne dédaignant point de se faire connaître à ses 
petits-neveux, lia avec lui une amitié étroite et lui donna beaucoup 
d'éclaircissements. Mais comme la première matière est longue à 
faire, il se contenta de mettre par écrit toute la science de l'œuvre, 
et pour lui prouver qu'il ne lui avait point écrit des faussetés, il fit, 
en sa présence, une préparation de 30 ocques * de métal qu'il con- 
vertit en un or des plus purs. Le rabbin, plein d'admiration pour 
notre frère, fit tous ses efforts pour le retenir auprès de lui. Ce fut 
en vain, il ne voulut pas nous manquer de parole. Enfin le Juif, ne 
pouvant rien obtenir de lui, changea son amitié en une haine mor- 
telle, et l'avarice qui l'étouffait déjà lui fit prendre le noir dessein 
d'éteindre une des lumières de l'univers. Mais voulant dissimuler, 
il pria le sage de lui faire l'honneur de rester quelques jours chez lui, 
et pendant ce temps-là, par une trahison inouïe, il le tua et lui prit 
toute sa médecine. Des actions horribles ne sauraient demeurer 
longtemps impunies. Le Juif fut découvert, mis en prison, et, pour 
quelques autres crimes dont on le convainquit encore, il fut brûlé 
vif. La persécution des Juifs de Paris commença peu de temps après, 
et vous savez qu'ils en furent tous chassés. Fiamel, plus raisonnable 
que la plupart des* autres Parisiens, n'avait pas fait difficulté de se 
lier avec quelques Juifs; il passait même chez eux pour une per- 
sonne d'uue honnêteté et d'une probité reconnue. Cela fut cause 
qu'un marchand juif prit le dessein de lui confier ses registres et 
tous ses papiers, persuadé qu'il n'en userait point mal et qu'il vou- 
drait bien les sauver de l'incendie commun. 

Parmi les papiers se trouvaient ceux du rabbin qui avait été brûlé 
et les livres de notre sage. Le marchand, sans doute occupé de son 
commerce, n'y avait pas fait grande attention. Mais Fiamel, qui les 
examina de plus près, y remarquant des figures de fourneaux, d'alam- 
bics et d'autres vases semblables, et jugeant avec raison que ce pou- 
vait être le secret du grand œuvre, crut ne pas devoir s'en tenir là. 

Comme ces livres étaient hébreux, il s'en fit traduire le premier 
feuillet ; ce peu l'ayant confirmé dans sa pensée, pour user de pru- 
dence et n'être pas découvert , voici la manière dont ils'y prit. Il se 
rendit en Espagne, et comme il y avait des Juifs presque partout, dans 
chaque endroit il en priait quelqu'un de lui traduire une page de son 
livre. L'ayant traduit tout entier par ce moyen, il reprit le chemin de 
Paris. En revenant il se fit un ami fidèle qu'il menait avec lui pour 
travailler à l'œuvre, et à qui il avait dessein de découvrir son secret 
dans la suite, mais une maladie le lui enleva avant le temps. Ainsi 
Fiamel, de retour chez lui, résolut de travailler avec sa femme ; ils en 
vinrent à bout, et par là, s'étant acquis des richesses immenses, ils 

1 Une ocque pèfc 3 livres. [Note de Lucas.) 



10'i REVUE DES ETUDES JUIVES 

firent bâtir plusieurs grands édifices publics et enrichirent plusieurs 
personnes. La renommée est quelquefois une chose fort incommode, 
mais un sage sait, par la prudence, se tirer de tous les embarras. 
Flamel vit bien qu'on l'arrêterait s'il passait pour avoir la pierre phi- 
losophale, et il y avait peu d'apparence qu'on fût longtemps sans lui 
attribuer cette science après l'éclat qu'avaient fait ses largesses ! . 
Ainsi, en véritable philosophe, qui ne se soucie pas de vivre dans 
l'esprit du genrehumain, il trouva le moyen de fuir en faisant pu- 
blier sa mort et celle de sa femme. Par ses conseils, elle feignit une 
maladie qui eut son cours, et lorsqu'on la dit morte, elle était près 
de la Suisse où elle avait ordre de l'attendre. L'on enterra pour elle 
un morceau de bois et des habits, et pour ne point manquer au céré- 
monial, ce fut dans une des églises qu'elle avait fait bâtir. Ensuite il 
eut recours au même stratagème pour lui ; comme l'on fait tout pour 
de l'argent, il n'eut pas de peine à gagner les médecins et les gens 
d'église. Il laissa un testament dans les formes où il recommandait 
avec soin qu'on l'enterrât avec sa femme et qu'on élevât une pyra- 
mide sur leurs sépultures. Un second morceau de bois fut enterré à 
sa place, pendant que ce sage était en chemin pour rejoindre sa femme. 
Depuis ce temps-là, ils ont mené l'un et l'autre une vie philoso- 
phique, et ils sont tantôt dans un pays, tantôt dans un autre. Voilà 
la véritable histoire de Flamel et non pas ce que vous la croyez, ni 
ce que l'on en pense follement à Paris, où peu de gens ont connais- 
sance de la vraie sagesse. » 

Ce récit me parut et est en effet fort singulier; j'en fus d'autant 
plus surpris qu'il m'était fait par un Turc que je croyais n'avoir 
jamais mis le pied en France. Au reste, je ne le rapporte qu'en 
historien et je passe même sur plusieurs autres choses encore moins 
croyables, qu'il me raconta cependant d'un ton affirmatif. Je me 
contenterai de remarquer que l'on a ordinairement une idée trop 
basse de la sagesse des Turcs, et que celui dont je parle est un 
homme d'un génie supérieur. » 

Nicolas Flamel et sa femme Pernelle sont des personnages his- 
toriques sur le compte desquels on a débité mille légendes. Il est 
certain que Nicolas fut un des calligraphes estimés du règne de 
Charles V et qu'il s'enrichit soit par la calligraphie, soit par 
l'usure; mais son opulence et le nombre de ses fondations pieuses 
ont été fort exagérées. Tous les ouvrages d'alchimie qu'on lui 
attribue sont apocryphes. Les recherches des critiques modernes 
sur ce personnage sont énumérées dans le Répertoire de l'abbé 
U. Chevalier ; elles remontent toutes à l'ouvrage de l'abbé Vilain, 
Histoire critique de Flamel et de Pernelle, Paris, 1661. Le 
curieux passage de Lucas que nous venons de transcrire n'a pas 

1 Peut-êire faut-il lire : « qui ne se soucie que de vivre, etc. » 



LES JUIFS D'ORIENT D'APRES LES GEOGRAPHES 10S 

échappé aux biographes de Flamel, mais il ne semble pas que les 
historiens du judaïsme en aient tenu compte. 

Même volume, p. 277.» Lucas est à Larissa en Thessalie, qu'il 
appelle larse ; il dit que « les Juifs y sont au nombre de plus de 
deux cents familles, dont la plupart possèdent de graudes richesses 
et font la banque. » 

Même volume, p. 285-286. Description d'Athènes. « Son château 
est sur le rocher; il n'est habité que par des Turcs. Les Juifs n'y ont 
pas plus de quinze à vingt maisons. » On sait qu'il ne restait pas de 
Juifs à Athènes au commencement de ce siècle. 

Même volume, p. 313. Satalieh. « Les habitants ont une prophétie 
suivant laquelle les chrétiens doivent prendre leur ville un vendredi, 
entre midi et une heure. C'est pour le même sujet qu'ils n'y laissent 
entrer aucun corps mort des faubourgs, pas même ceux des Juifs. » 



II 



Journal d'Antoine Galland pendant son séjour à Constanli- 
nople (lôT^-lô^), publié et annoté par Charles Schefer. Paris, 
Leroux, 2 vol. gr. in-8°, 1881. 

Tome I er , p. 20 : ce On m'a donné le suivant écrit hébreu qu'on 
prétend avoir été révélé par Élie à un Juif en Hongrie, après lui 
avoir demandé s'il connaissait les lettres hébraïques et qu'il eut 
répondu qu'il les connaissait : il est fait au sujet de Sabathai Sévi : 

r;b irttTO nci rrma main nroî aman nœw *ni bsia ns pmn 
^m ifcmp ras (i) p^ix. mViJD brm n©* mo miasa m» nw b^ 

..(2) nbnn virra 

Noies de M. Schefer : 

(1) Galland écrit "px 

(2) « La vérité est venue, le Rédempteur, David, celui qui siège et 
inscrit les mérites et les démérites, le juste, dont l'intention est de 
délivrer les âmes de l'amertume de la mort; il a fait une révélation, 
opérant des œuvres de justice, Sebi, que l'on appelait d'abord Rabbi 
Sabbataï. » Dans le texte hébreu, les lettres initiales de chaque mot 
suivent l'ordre alphabétique, ce qui rend naturellement la phrase 
embrouillée et obscure. 

Tome I er , p. 88 : « Tchourlou (près de Sélymbrie) est grand, habité 
par des Turcs et des Grecs; il y a aussi quelques familles de Juifs. » 

Tome I er , p. 4 94 : « Le S r Roboly étant venu voir M r l'Ambassadeur 
avec le sieur Fontaine, il informa S. E. de l'arrivée de Sabbathaï Sévi 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou Azis Méhémet Effendi à Constantinople ; et qu'en arrivant il fit 
prier le Sorvagji du quartier où il s'était retiré, de leur envoyer deux 
janissaires pour empêcher que les Juifs ne les vinssent importuner 
par leurs visites, et qu'il le lui accorda ; qu'on l'avait vu marcher 
dans les rues au milieu d'une troupe de trente Turcs de ceux à qui il 
avait fait prendre le turban pour abandonner le judaïsme, dont la 
moitié marchait devant lui et l'autre derrière lui ; et, qu'en cet état, 
tous les Turcs qui se reucontraient devant lui, lui rendaient de 
grands honneurs; qu'il avait écrit à un chacun et aux synagogues de 
Galata, de Scudaret et de Balata de ne le point venir voir, ne voulant 
point êlre importuné de leurs visites. On ajouta qu'il faisait pre- 
mièrement ses prières en hébreu avec sa troupe et ensuite à la tur- 
que, et que, quoique les Turcs le sussent tort bien, ils ne se sou- 
ciaient pas de l'en empêcher. » 

Tome I er , p. 208 : « Sabathai Sévi, étant entré dans une synagogue 
des Juifs avec quelques Turcs de ses sectateurs, y fit sa prière 
comme les Juifs. Le janissaire aga en ayant été averti, le fit prendre, 
lier et conduire à Andrinople avec quelques Turcs qu'il avait fait 
faire Juifs, lesquels furent trouvés avec lui. » 

Tome I er , p. 219 : « On trouva dans la mer. . . vers le sérail des Mi- 
roirs [Aynaly Kavak) un petit enfant poignardé en quelques endroits. 
On accusait les Juifs de cette cruauté, à cause principalement qu'ils 
étaient dans les fêtes de leur commencement d'année. • 

Tome I er , p. 243 : « Je vis le sieur Mosé, Juif parlant français, que 
je n'avais vu depuis le dernier voyage d'Andrinople. J'ai appris de lui 
qu'on avait emmené depuis peu trois personnes liées et garrotées à 
Andrinople, lesquelles se portaient pour témoins à ce qu'on imputait 
à Sabbathai Sévi, au sujet de quoi il était encore pour lors arrêté pri- 
sonnier à Andrinople, pour être là confronté sur leur déposition. 
Il me dit que leur accusation était d'avoir trouvé Sabbathai Sévi 
avec des téphillines, avec le bonnet à la juive, avec des femmes et 
du vin cbez lui et plusieurs semblables chefs. Il me dit aussi que 
son frère avait présenté au Grand-Seigneur une requête pour la dé- 
livrance de Sabbathai, en vertu de laquelle l'ordre était venu de 
mener les témoins à Andrinople, et que Vani-Effendi ne contribuait 
pas peu à appuyer son affaire ; qu'au reste, Sabbathai, étant à Andri- 
nople, n'a pas voulu sortir de la prison que le gouvernement ne prit 
connaissance de son affaire, quoiqu'il fût en son pouvoir de le faire.» 

Tome I or , p. 245 : « J'appris de M. Roboly que c'était véritable- 
ment une fourbe que les Juifs avaient fait jouer à Sabbathai dans 
l'accusation dont ils le chargeaient; mais qu'y ayant grande appa- 
rence qu'elle ne réussirait pas, il fallait plutôt, au lieu de quatre 
mille piastres, en dépenser dix mille et le faire assassiner, que d'en- 
treprendre une chose si peu certaine. Le Caymacam ni le Stambol 
Efendi ne voulurent aucunement prendre connaissance de Cette 
affaire, et il n'y a que le Bostanzi Bachi qui s'en soit mêlé. » 



LES IUIFS D'ORIENT D'APRES LES GEOGRAPHES 107 

Tome II, p. i : « J'appris que les témoins de Sabbathai Sévi ayant 
été ouïs à Audrinople, et les Juifs de cette ville ayant fait une dé- 
pense de 4,000 piastres, il avait été mis dans la prison qu'on appelle 
Orta Gapi, où ceux qui sont renfermés sont presque tenus pour 
condamnés, et que son 'jugement avait été remis après le Ramazan, 
pendant lequel les Turcs observent de ne pas répandre de sang ; que, 
cependant, Sabbathai avait obtenu, dans cet état, d'aller au bain 
pour être net et pur selon la loi turquesque. » 

Tome II, p. 35 (10 février 1G73) : « Le Juif nommé Moyse me dit 
qu'il y avait près de trente jours que Sabbatbaï Sévi avait été exilé 
eu Morée, et que peu s'en était fallu que le vizir ne l'eût fait mourir, 
sans la forte brigue qu'il avait auprès du Grand-Seigneur qui fit 
modérer la sentence à un simple bannissement. » 

Tome II, p. 73 : a Un Turc et un Juif disputant un jour ensemble 
louchant leur religion, et le Juif affirmant qu'il n'y aurait que les 
Juifs qui seraient dans le paradis, le Turc lui demanda ce que les 
Turcs deviendraient, à quoi il fit réponse qu'ils resteraient dehors, 
dans des tentes, à garder leurs chevaux. Le Grand-Seigneur, en 
ayant été informé, dit fort galamment que, puisqu'il n'y avait d'ar- 
gent dans l'autre monde, il fallait qu'ils leur payassent par avance le 
prix des tentes, et ordonna, en même temps, une certaine somme 
qu'ils seraient obligés de payer tous les ans, qu'on appelle « càedir 
aJichesi », argent des tentes, et continuent de la payer jusques à 
présent avec les autres impôts dont ils sont chargés, lesquels sont fort 
considérables. » 

Tome II, p. 211. Galland, passant à Cos en 1673, signale « une 
inscription dans le château où il est parlé d'Hérode le Tétrarque ; 
elle est dans une muraille près de la porte de la prison. » Cette inscrip- 
tion est publiée dans le Corpus de Boeckh sous le n° 2502, d'après Spon, 
et dans le mémoire d'Olivier Rayet sur Cos {Archives des missions, 
1876, p. 82), mais ni Rayet ni d'autres voyageurs modernes n'ont 
revu l'original. Il n'est donc pas sans intérêt de connaître l'endroit où 
il se trouvait du temps de Galland, Spon n'ayant donné aucune indi- 
cation à cet égard. 

Tome II, p. 2 17: « Il y a à Smyrne un imprimeur juif qui y est passé 
de Ligourne depuis plusieurs années, lequel a imprimé beaucoup de 
livres nouveaux en langue hébraïque qui n'ont pas encore passé en 
Europe. On peut les avoir tous pour peu d'argent. » 

Quel est cet imprimeur? M. Schefer , dont l'érudition bibliogra- 
phique est immense, ne donne aucune note sur ce passage. 

Salomon Reinacii. 

{A' suivre.) 



LE MAQRÈ DARDEQÉ 



(suite et fin ! ) 



■n&WT7N1 radunarc ynp (= ragunarc] 

N£3"n&n radunanza *vpy 

■^TÉn radici 1I5L3D a?tt 

Np^*7N"i radica npb 

•n^N"i raderc nb^ 

NE fin rama tp>0 

n?3Nn ramo ^pia ^iN-d tpr 

^MOIttNI ramostello -|£3 EpD pT 

ÛlO (= ramucello) 
lENn rame bibî bbl nsn "n n?3N 

1D30 bs mo raaa ^ro t|Dr> Dnn 

ND3> 

"îb^ON^ rasolo ÏT173 [= rasoio) 

"mosn rasore "\yr\ (= radcre) 

TpON"i paschia cntB 

■^bipN"i raccoglie \nn n:n *un 

"ibï&Nn rasolo -,72 

"OTOfin razîonc LDD^ 

fcrp^ÊO rasechia JinSK 1= panoc- 

chia) 
NiiNVn riguapda nï3N 
N3"nn raduna ntt2 
Nnn roba lin *ptf 
i3in robe n^o y?3 
tan robe &aa 
i^nn roveto y* 3 



ÏWP1 posaio rtDp 

■WftbVrçTi puisselant nas (mot cop- 

rompu pris de Raschi ; lî = N ; le 

ms. B N a l'équivalent BSNlD'Wj 

Usant.) 
in^Ti"! pozzare n?ip [= arrozzare) 
n^nn rotto p^in 
^11 potti bntt Nbn b-in 
"HNp'nM'n retpocapc unp ï"D3> [= re- 

tpocedepe) 
wb"nn ribello yCD 
Ntt"n Roma rijD 
Ntt"H puma la (= rumina) 
"^"H rcmo rtûffl 
"lûW'Slia'H pompimenlo rtDI 
"POTaT! pompere Tis yiD 
■n > D?:*n pompepc yny ûbr» ans 
N^jin rogna ann ans 
iD5"n pompe ys3 pbïï 3>SF jh^ 
IBSWMVl rompimento tins 
l'VDi'n rompere nno 
on rosso tnn 
Na*n posa \w 
ia*n posso b^bnn 
N-JDin rusta bba (= rugiada) 
iDYi pupe nass TV "12^ 12*12 (— 

rompe) 
Npm rocca izn pft nsa d:»N 



nïïti roscia b.*? 



rotondo) 



1 Voir tome XVI, page 253 ; tome XVII, p. 111 et 285. 



LE MAQRÉ 

y&T\ rosso nrti: ans 

C^'wTl roses fc-|Y*n52 (cité à -nm 
(mot Irançais) 

i^:*i7ûP" , ^"i rattacamento rwn 

■n rc *p?: 

wi rco m« 

■wn rci nn: 

■nawn reame n3 *na ûtfb 

NBKba'n rivolata ma 

■HWlTn ridunare n37J (== riunire) 

"nsttTTH ridunare cm a:a Tin 

i^r?::i ta i" , n ridunamento y-\i ti [= 
riunione) 

KaûaYm ridunanza ai£ n?7J (= riu- 
nione) 

WtMYm ridunanza pïib 

+m ride np? 

N:r*P"i e)redita tt^ 

10ï3Tn e)redita ^rû (omission, au 
texte, de la voyelle initiale) 

IKûbYPI ribellato ï-tftt) 

ÏPblTn ribellio bnn 

Nlû*0"ôiTn rivolgiata oia 

■n»b"»Tn ribellare -ma 

ib^Tn ribello iw 

^b^rri ribelli ama ntt 

■»Utt30'«ïn revisito Tps (i final à pla- 
cer plus haut) 

■Haawn riversare tidn 

"•WaMiYn riversome *nta 

WDbYn rivolto ^dtî 

"nWTlB'n ritornare ïmï 

■>am rete ^pia t-rcn Tar *jaa tann 

OaiD 

■»5'T3 , n ritene aba 

BTTOtb Vû^i ritene la ira t)N 

"iiaawa'rça'n rilcnimento uns 

">E3Kp , nî3 , n retrocato ï-wn (= relro- 
grado) 

, mip , *Wl retrocare ma* (= retro- 
gradare) 

"ibva^n rosignuolo 1121 

Namp^n recourba y an (selon l'or- 
thographe de BN) 

"nND ,, 3 , n ricessare ans 

■V»b*n capriuolo na (première syllabe 
tombée) 



DAltnEQÉ 109 

•naitt'n rimanero dbttî 
Wl remo nn 
^nWl romore nvû fwa hfetiS 
^^-1^311*721-! rimanenza no 
BF"I rena bin 
in regno ^«b 
i«ataia , n rinunzio "jwa 
lûaa ,, ?3fcOÏ33 , H rintegiamento STB 
•naoaa'n rintegiare ï-JT 
K'ntta'n rintegia ïtT3 
Wiom rintegio pnT 

tan^a^n ajrnione iba nna 

■nM'HBO'H restnngerc ybtf 

MW ricino ca^T 1 

WHy*l risegno yiïï (3 tombé ou 

clidé) 
N^bwo-n rissomiglia ïi^l 
IWO'n risegno nD73 ^373 1*72 
■HfiCO'H risegnare -iao 
l&WD'n risegno 133 
'IBÉW&'n risegnato fna 
fcpibnsO'n rispoglia np" 1 
"H'WBOi'l risponere H32 (= rispon- 

dere) 
fcnbtfpan riscalare ma (— riscaldare) 
^-ïNbpo^n riscalare o?3n 
">î3lpD T-iNS'n riparo scute *J3^ 
■K3W1 rifuto rtbN 
■^aia^n ripone Nn 
ioid^-i riposo ïrna 

laDID'n riposto *p?33 
"noiD"n riposare îibtt) 
LTD-n repetio ^ido 
-i-ji S i-i repetio ï"id*t 113 îiftlj "»?1 
Tp«nm raffinato ppT 
■WiOW 1 '! ripenterto Bn3 
"îNO'^D'n riposo 3313 
"lÛNara^l rappezzato Nbû3 
narn rezzo isttî p5N 
■^«Barn recitare -idd "jna 
■ma^aWl ricevitore -QU 
T'a^acn riceverc bnp 
ltaaipYTaiaTH riceverc conlo NU)3 
"HNEa^am recitare nw 
"ncaam recitare nnia rwa 
l'Wafc'n recipere 27313 
Np^n ricca n^^ 



110 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



p-n ncco nn 

WDTOpfn rcquicto *ptt5 

?WWp'*l requic Û31S ttD3 

"n&np^l rcquiarc ma 

ïl&mp"!-) rcquia (OQ 

'"bnp'n ricoglie *dx apb •ta*' 

n^bip-«-i ricogliere spû p:n *W9 

IKimp'n ricordo 1DT 

■map^n ricamarc ûpn (a pour 7:) 

"H^Tp'H ricliiedcre ©TJ 

ib^n [W^a =) balascio ttan 

fifc^ai*! rentia r 

BObwi rimaniglia Til (le premier 3 
pour 73) 

•^3j1 rampini U5p"> 

WlHNEPDI repetatrice H3p (= pian- 
gitatrice) 

la^Dn repetio )p 

■naî^DI ripentir Ï3H3 

•»"1N^D") refiziarc 3>pn 

'laS'WBi stromento 3tt3> (les pre- 
mières lettres ont été eorrompues : 
'riDi — "Wao 

Npn^l ricerca «bs 

lsibiaMlpl riconsolo bra 

"HiTp'H richiedere nriD 

"ncop" 1 ") requiare apÏÏS 

^isb^aoïai ramosellare JHS3 

"ib^aD"i73"i ramuscello n72T (a superflu) 

i7j" n bip-| raccogliamo bàS 

"ibtbnpn raccoglie ma tpa 

"las^asipl raccontamento )$Q 

"îsp^api rachilico nyr\ 

■»ai©"l ragionc "jti 

■rçTafnbHto salvatione p-)D 

■rçaibîttB salutc nnr 

lû^aitD subito nns 

nbNTlUD cheval lo 010 (= cavallo) 

Na^*nï5 eivetta gp3 

•Mafcbia'llD sastollo Ncp [= sosto) 

iibiia scioglie nn73 

N^brc scioglie puj* 

ia373^bnïï scioglimento Uns 

■n^bita sciogiiere ins ïttb 



■nbltD solerc "jEn 

ia3tt")D31ia sono fermati ftîp (le 2 e 3 
pour n) 

Nbbûlttî soffla rr>D (= soffia ou souffle, 
fiançais) 

v Jllïï sorte Tïa^ttî 

rtK"!S£3NaU5lïï3 sostanzia D£2 

*TIKWNB suscitare n^p 

tpM«3«J stanco t\*9 

■"TsVtoïïib sorte malic DDp (lettres 
interverties) 

NS^ata sctlimana naiD 

vjasiaiB stentini rt^73 (— intestini) 

n^30"»L3ia stismo hy 

N^aiZJ stezza }DD (= altezza) 

•nfiNBlJCfinûtt strangosciare t|bj? 

N^"»3nai25 slranezza *i£3> 

^ si ib 

"nabiv^ vacillare ^73 (les trois pre- 
mières lettres interverties) 

■"E sii rnïi 

Npii^J secco rt"H£ ftn$ 
"•aiNsn""© serpente 2r»s 
Nb">ia ci^lic nnwN 
IDittî ceppi ^io 
Np"n"P'»a cervice tp? 
ÈTOBiB spada nns 
ia3W73KBŒ spendimento £ns 
anvitfpNBttJ spaccadura Fma ( = 

spaccatura) 
îai'VBtfpNBïB spaccamonle !"EB3 
■ni'nNBlD spargere îrïïJB 
K'£KB'£ spazia îniDB 
"HôUTBia spedicare C|3D 
ftbeia spalla rï3p 
ïia^lDÏÏ sfretta Tp (= spezza) 
Mb^lipiD scodella n^p 
a^DIpïî scopeto ri33>D (= scoperto) 
^IN'lllpBï scordare blttî 
ai&OB "mplO scoria fumata mp 
^aj73Dp^ scapamente abp 
"nanfcpD'npiD scorpioni mp? 
SO^-no cerchio b:? 



■•bnaNn ta voie "jno 



LE MAOHI-: DARDEQE 111 

A ce vocabulaire on peut joindre comme similiaire celui qui est 
intitulé : iiûoib, -na, anonyme de 8 ff. (titre compris) appelé, se- 
lon le terme initial : or, lustro... [guide pour enseigner aux 
enfants la langue vulgaire (l'italien). Venise, (5)556 (— 1796), in- 
24], vocabulaire des mots usuels rangés par matière. M. Isid. 
Loeb a bien voulu nous en montrer un exemplaire. Il contient un 
peu plus de 460 mots, sans ordre alphabétique (ou 26 col. à 17 
mots et une demi-page). Tous les mots italiens sont heureusement 
vocalises et n'offrent guère de difficulté de lecture. 

Voici, à titre d'appendice, les mots que n'a pas le Maqré dar- 
deqé : 



S* 



■toN aguo urra 

r;pa ïiik uva sicca d^piïïi: 

Ipibnttta ombelico TOû 

ÏTpiN occa ma 

■ô^piN occhiali d^2 ">na 

• t' : 

■»2ppniB orcfice Ep"i£ 

VPT^ orecchini ïD^^aTD 

ana'irN endivia ^•obi» 

"■EpaT»** erbettc *pTin 

ÏTIÇO-IMM ingristera mmbs [■= in 

crislala) 
Isa^N aneto nato 
^EÏÏTailiaOH istromente d^tt 
TOTIpM accusator iJPOp 
bian.N arbole nanr (= arbore, albero) 
1ÛÏWK armcnto rijptt 
ÏTHN aria ni» 



1b«a baiio birra 
T!^p3Éfâ bancbiere iDnbï 
istianfita barbozzo niûSO 
rtO"n»a baretta 3?aiD 
■ici z bosso jyidwk 
1b«^ia boccale piapa 
ipn^ buco mn 
Ipbis^a bifolca nsN 



"hNp"\a beccaro na^ (= bcccaio) 
îraaoa bragia nbm 
ibinNpna barcarolo "jdo 

iÇÛKia guanti d^T *fù 
■wona gomm mana 
ÎWbj galca Rijnl 
nbipi-jN^ gralicola iiba^N 
ÏTKn-ft grua ^bttî 
^iD^a grifone !"pav 
■TiiEtt'W di pintore "î^at 

Pas de rr 

ïrbi&rn viola bas 
w vene d^m 
i^binn^i vermoglio y^ 
ipNT zacco pv^e 
i"P£PT zcnzero b^aàST 

Pas de n 
rransffl tarma ■ay 

t : - 

îirfttfn tamiso fis: (dial. Vénitien) 

T 

"■bDESnêta tarantupolc niTûS (usuel) 



112 

■"bia tavolc û^D3 
■"bçnia toriciia bia* 
ionia topcia rtp-iaN 
Fpbwsa tenaglia na£ 
"Hbpça tintoro yn± 
■^tj troni tPEsn 



ib&r« giello pw 

ir^rnN^ giardino otïû 
■rçifcO-D corbaione BpiBS^ [= corbac- 
chione] 



iN"H ^BNniab laudate Dio mbbn 
irisb lavczo TnD (= laveggio) 
ïlptottb lattuga n-iTH 
S^ib loggia rmo^N 

t : 

«pKHlb lumaca îûttin 
■^aib lupini onttTin 
ia&taib lcvato niMB 
ïi3Tb lésina 3>£-itt 

T • " 

"■lîO-nss» mandria w 

t • : : — 

■rç.'rçwa manine û^rtti: 
"iiTafifla mandole û^pttî 
inÊtt'ntftt marinaro nbtt 
■\3â?lNM marangone ^3 
^tpNM mascelle m?bn;a 
î"ip T £i7a mosca ai aï 
■ni^ mure mn 
nirb-^ milza bina 

t : 

^EMKfc'Tîa mcrcantc "ton 
ÏTW*bï3 milliaro an m 



1TN3 naso d^in 
ilN^ia notaro naa 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



■pa^p nibbio ?T»K 
"^biaap nespole nW-lon 
"^i: narine D-'nTîi [= naricc) 



ipi'ONO sabbionc bitt 

■nitanKD sarlore a^ri 

tlb&WO segale 'pa^ia 

i-ittbio solare J-pba» 

WÎD sorbe "pTTn? 

inia sorcio -iaay 

I^EMrço stagno b^a 

îTi^ao stadiera aba (= sladera) 

inteiBO sluero *jba 

irarja stoppino nb\-ia 

ib^rnoo stornello 072nn 

Ï1T0 soda ^tÛ73 (= seta) 

STJ32TÛ sementa 3HT 

i^D secchio "^ 

Kpb'nMÛ sanguisuga ïtplb^ . 

ttsMwao spongia maa 

wappo specie '{"-ban 

!-|3pa schenna !rntZ5 

t '•• : 

^anpa scarpc a^b^tt 
Pas de v 



ina^a fabro naa 

ÏTiNS fava b^D 

iblODtfa pannicello "ma 

fflBKjra fogaccia nm* 

"•Sfabs polmone nia 

iiba polso pa^i 

■tt?is funghi "pïTos 

ibi-pJûlB punghirolo lubtt (=» pun- 

giglione) 
iaib poppe û'n'û 
ir^bb palacino niBN 

T 

ib'Pia paggiuolo naan?2 
i'wtfTlb formaggio ïmaa 



LE MAQRÉ DABDEQÉ 



113 



i"l»3-i*ID fornaro ûinna 
lama forno -n:n 
ttb^attma foniacclla û^TO 
"OTia force tmaoîa 
ijpo *X*p figui sicchi îiba"J 
\bi">a fagiuoli "jabn bna 
iû'nt'B florelta nbio 
nbia^B pinola nBT 
ib^b popo baba 

■n^B porc û^oa» 

... .. 
"•b'VB perle rnban» 
^bàbaa pantufolc ST^aD 
ibanaças finastrelli mabib 
iams pruno n:o 
ïrns feria *|bm 
nbnpip procurator L^bpns 
"■JWlB pcrsiche ■pp^o^BN 
mi ci a ferzora marrie 



"•batlNÇ cavczzuolle trblOTp 
1afcï*âRTg catcnaccio bia*a?a 
mjrrbtfp caldcra ïttt 
ttb'naKja candela na 
ïlTONp eamieia pibn 
ifûÈTSiNp cacciatore T^as 
iblfiTHap cavriola b^N 
ipiswp cuoco ttaiN 
^ailip codogne D^iî-na 
miiabip colatura mTaOT 

T T ' 

roa^p coniglio 'JBUÎ 
ipnp ciicu na^an (= cuculo) 
fTWjftp cucchiara Tnnn 
*bfernp coraiio a^abN 

11V*P Clliudo -17Û07D 
ÏTVWKbp calandra naaN 

T t : T '— 

1-lNbiatbp calzolaro "j^atl 
*>biai"ip carubole 'ann 



Ï1BK32 zappa NiTa 
ijnaE zucche trahlDp 
STON'yat celata s>aip 

T T " ' 

ibap^aj cimbalo tpn 
■ivaç cigno riTattsan 
*SPK zezzi D^aiBN 
ïtts cera ïtwid 



a 

ibiiNp cavallo ai-o 



iaNi&n ravano "pait 

T T ' 

"n&n rave nab 

T 

■"lilTCCi rasador na>n 
vafcn ragno ti^aaa* 
ïia^ai"i rondina maïao 

t • : 

irn riso ma 

itt"n remo saiTO 
"niïaawpn ricamatore Dp"i~i 

Pas de •Q ni n 



Ajoutons les 7 mots suivants, non encore cités ici, pris dans une 
Relation du xvi e siècle d'un voyage de Venise en Palestine (f. 58 a 
d'un recueil de lettres mss., décrit dans la Revue, t. XVI, p. 39, 
par M. Isid. Loeb). 



(bouilloire) bogliachcro Tip&Fba 
(fond de cale) il vivo irwmb 
moduli (moules) con zucchero ibmtt 

T. XVIII, n° 35. 



(poignée) pugnuolo ^b-p^B 
(= prora) prua nttpb 

cascione "«aittiNp 
sardelle •nb^-iiD 



8 



114 * REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le vocabulaire qui précède (avec son Appendice moderne) peut 
servir de modèle pour lire tous les mots italiens écrits en carac- 
tères hébreux. Nous n'avons pas la prétention d'établir des règles 
à cet égard, d'autant moins que l'auteur du Maqré n'a pas suivi 
non plus de méthode déterminée dans sa transcription. Au hasard 
de l'intonation, il note, pour ses élèves, le sens vulgaire (italien) 
des mots hébreux, tels qu'ils se trouvent dans les versets bi- 
bliques, cités selon l'ordre des racines hébraïques. En d'autres 
termes, les versions romanes de ces racines les traduisent, « non 
plus sous la forme abstraite et nue de noms ou d'adjectifs au sin- 
gulier, des verbes à l'infinitif, mais avec les formes grammati- 
cales propres qu'ils ont dans la phrase citée », selon le procédé 
usité au ms. de Turin analysé par M. Arsène Darmesteter dans 
les Archives des missions scientifiques et littéraires l . 

De môme, nulle orthographe rigoureuse n'a été adoptée, et le 
même mot vulgaire est transcrit bien souvent de deux façons 
différentes, selon qu'on le trouve sous divers radicaux hébreux. 
Le mot agno, par exemple, est écrit : ira» ;W88 ,"13^ ,ir». 

Voici, en résumé, un répertoire alphabétique selon l'ordre des 
lettres italiennes, qui peut aider à retrouver l'orthographe des 
mots italiens : 

A = n, en général. « Suivant une règle constante de l'écriture 
hébraïque, dit M. Isid. Loeb [Revue, t. IX, p. 196), on peut, le plus 
souvent, se dispenser d'exprimer Va ; partout où il est possible de 
placer une voyelle, on peut supposer qu'il y a un a non indiqué 
par l'écriture. L'a peut même être sous entendu ». Mais lorsque 
la voyelle a est une simple désinence finale, elle est parfois 
exprimée par !-; (p. ex. ttbpç, spalla), et il peut arriver qu'étant 
très brève, elle ne soit pas exprimée du tout; p. ex. tw, aère. 
La diphtongue ao est reproduite lettre pour lettre : in (p. ex. 
paon = "piss), et de même la double voyelle au, également in 
(p. ex. laude "HiNb). Pour Va prosthétique, les exemples sont 
très nombreux. 

B = a; p. ex. sa^a, bava. Dans ce mot, on voit par un exem- 
ple topique que le a est aussi parfois un v. Le b adouci, à l'instar 
du v, est rendu par i ; p. ex. rj^Tn, débite-, ou •pbaun'n, bersaglio. 
Les deux bb mouillés == v sont rendus par inn; p. ex. "niNfiô, 
labbro. 

C— p s'il est dur (devant a, o, u), p. ex. Npia, bocca, et s'il 
est doux (devant e, i) = o, parfois =©, ex. isuî, ceppo, Nl^-mj, 



1 Tirage à part sous le titre de Olosses et glossateurshcbreux-français, 1878, p. 36. 
Cf. ibid. f 1872, p. 72. Voir Ad. Neubauer, dans Romanische Studien, 1. p. 163-196. 



LE MAQRÉ DARDEQË 118 

civetta ; et môme par un p, ex. Kpi.yrno, ccrvice (où la même 
lettre c est exprimée deux fois diversement) ; enfin, une fois le 
c = t (z), ex. tainb, lucerna, et une autre fois le double ce = i, 
p. ex. lîfcana, braccio, ou = o, p. ex. NVnB}, baccello ; enfin 
ch — p. p. ex. N:rpwN3, bacchelta. 

D = i, p. ex. ïd^-ïk, ad esso. 

E = \s% ex. tpnn aère; parfois = a. ex. tintid, fodero ; une 
fois = rw«; ex. riN^^^mp comice. C'est ainsi que ce dernier 
groupe de lettres représente Vé ou ée dans le mot chevauchée 1 . 

F = s, ex. ^ns facie (faccia). 

G = a, lorsqu'il est dur (devant <2, o, i$), ex. N^i3, #o£/&, et 
aussi =p; ex. "nKipibyT, deliguare ; s'il est doux (devant £, z), 
= \\, p. ex. fcwwtf, agina, ou = ^ ; ex. Hrwyia, gorgia ; une fois 
=ï * ; ex. vma, orio (= orzo) ; et même une fois == t ; ex. 7T.pb, 
leggere. Ce qui prouve qu'il faut bien parfois prononcer aussi le 
T comme g doux, sans supposer, p. ex., que le t de ce mot soit une 
faute typographique pour 3, c'est que dans un passage d'un com- 
mentaire talmudique 2 un terme chaldéen est expliqué par l'italien 
ïb^ara = gemelli, comme de nos jours on rend encore la lettre 
russe et française j par t ; ex. Jitomir = TîpKpijr. Le g initial 
avant une voyelle n'est pas rendu; p. ex. i&rTP, guideo, ou = 11 ; 
p. ex. ib 1 ", gielo. Le double gg mouillé, qui disparaît dans la 
prononciation, n'est pas figuré; p. ex. "nr», maggiore 3 . De 
même, le signe similaire gl =■". Enfin, g, soit devant n, soit 
après (= iï), est exprimé par ■»$, p. ex. v^,pugno, ou = in, p. ex. 
latrcn, risegna. 

I = n, s'il est bref et au commencement d'un mot ; p. ex. KFp3B f 
împenna ; = ^N s'il est long, p. ex. ip.NBTM'W, invitato, et même 
= ■«, p. ex. ama^-n, dirittura ; enfin le == > ; p/ex. ^ranNa, &ar- 
frtere; ou=">v p. ex. vy*, 2'eri. 

L = b ; cette lettre, qui selon la phonétique italienne de nos 
jours, est le plus souvent remplacée par la lettre ?', se fait encore 
entendre à l'époque de la rédaction des mots de notre texte, selon 
leur origine latine; p. ex. ^oibp, close (= chiuse); wnbpo, scia- 
vina (= schiavina). Elle est encore intacte devant n; p. ex. 
Ûrèbfipa, gualnio (.— guarnio). 

M = 12, reste intact, même devant une autre consonne. 

N= 3, et reste tel devant b, sans se changer en 72, m; p. ex. 

1 Voir les deux livres de commerce au commencement du xiv e siècle par Isid. 
Loeb, §§ xi et xm (Revue, tome IX, p. 194 et 196, n° 2). 

* Le y}orbaa "eda sur J., tr. Bababathra, IV, 5 (traduction, t. X, p. 186, note 2), 
3 Ce n'est pas l'espagnol May or, comme l'avait supposé à tort ua "avant biblio- 
graphe. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

inNiMp, canbiare (= cambiare). Il tombe parfois (comme dans 
Deux livres de commerce, etc., ibid., § xm). 

O = i et in, selon que la voyelle est brève, ou longue, ou ini- 
tiale, p. ex. itd, bove, et laina, odeo; très bref, il disparaît; 
p. ex. on, rosso; ou il est même rendu par n, ex. annN, giro. 
Tantôt o = i«n, p. ex. îîttpbiBO, spoglio. 

P — û ; s'adoucit parfois en n, b ; p. ex. fcwna, biuvia [=piu- 
vià), et peut même être l'équivalent de b ; p. ex. ans^rt:, tenebra. 

Q (suivi de u) = p ou ip ; ex. : nanbnp, quagliare. 

R = n. Ne permute pas encore avec i ; p. ex. «nswtt, manaia. 
Même observation que pour la lettre m. On trouve aussi r pour l 
par euphonie ; p. ex. ibiai, dattole = dattero. 

S=o, assez souvent ©, par ex. liiaiDiiptû, scorpione, parfois 
= st, p. ex. Hubi^T^m, riversoglia. La lettre redoublée 55 = D, 
p. ex. iwna, grasse, ou = ©., p. ex. kidéo = frassa. On rencontre 
aussi Ys prosthétique, p. ex. attanao, strama = trama. Parfois, 
elle est ajoutée au mot, parfois elle en est tombée. La chuintante 
italienne se = nj, comme le prouve l'exemple de la lettre suivante. 

T = u en général, très rarement =n, p. ex. imiBiip, cresciulo, 
et une seule fois comme n initial, dans ibiaNn, tavole. 

U = i, p. ex. iKia, bue, ou = in, p. ex. itvqis, amide. — uo = 
aussi in, ex. i7aiN, wowo. Une fois tt = n dans ien:u, guazza = 
gozzo. 

V= soit a, p. ex. i-p3K, avère, soit i, p. ex. ntni, tndo, ou 
n (le même mot diversement), sn\sn, vido. Il arrive même que le 
v est peu sensible et s'omet, p. ex. fcTDiNN, invia. V = aussi o, 
ex. davanii = usndt. 

Z — t, p. ex. dans mTR, azurro, ou = at, comme dans irs, zio, 
parfois aussi =ia, p. ex. tf^Nsu;, spazia, semblable au 'ta avec 
£ifote des Livres de commerce de Dijon {Revue, t. IX, p. 202). 

Comme pendant aux nombreux cas où la voyelle n est pros- 
thétique, il arrive qu'une voyelle brève n'est pas exprimée; 
p. ex. abJûia, ungola. Parfois les voyelles sont omises, comme 
dans un, diece. — Parfois une lettre redoublée équivaut à une 
simple, p. ex. inabbp, colare; mais l'inverse est plus fréquent, 
p. ex. N113N, abbaia. — Un même mot italien, p. ex. caccia, se 
trouve transcrit a^p et fcO">pNp, et, par contre, deux mots italiens, 
p. ex. facie et pace, seront transcrits par la même forme hé- 
braïque, ijtaw, comme noce et nozze font isia. 

Tantôt les contractions de lettres semblables ont déjà lieu, 
comme dans lanaoso, spasatedio (= spasadacciata) ; tantôt, et 
c'est le plus souvent, elles n'ont pas encore lieu ; p. ex. ifiOTD, 
sereo = saro ; i-nabii, vulture (= voltoio) ; wbfc, maglio = ma- 



LE MAQRÉ DARDEQÉ 117 

go ; ■nènpT, dicvare = dichiare, ■niBKnKb, lavatore = lavato- 
rio ; ^bp^orb, lenticole = lenticchia. Il y a élision du fr, ex. 
■»û"»>3Tna, Iromette = tromhctta ; du c, ex. isara, &iawo = Inanco ; 
du d, ex. r5«th, meriana = meridiana\ de ri, ex. srapd, sc/ja- 
trîna =zschiai*ina ; de l'm, ex. ned^b, tepcsta = tempesta ; de 
l'n, ex. lûttlN^p^, dichiarameto — dichiaramento', de IV, ex. 
■ip^n», mosecchia ■= morsecchia \ du £, ex. nbiatan», moncello = 
monticello. Deux mots distincts sont réunis en un ; p. ex. io^n, 
arf tfsso ; rûstik, tfd onta, io^tn, « diritto ou a dretto = dte- 
tfro; wnaRbK, a#a banda. La préposition di ou d' est jointe au 
mot suivant : ex. TPFaOT, d'avvenire. 

Souvent les lettres sont interverties, non par faute de typogra- 
phe, mais par erreur de prononciation. Aussi, les assemblages 
phonétiques sont rudimentaires ; p. ex. îisrnaN, aggrezza = ar- 
riccia ; ■mo'no, iresoro = tesoro, m\ giovo = giogo. Mais déjà 
bien des mots sont incomplets : Mlûia, tenza = tenzione ; nut\ 
giotta = goccia ; pN5N?3, manac = monaccia\ tttaïao, sgotta = sgoc- 
ciolo. Certaines formes sont bizarres : "pwbN, aloè (le \ final pro- 
vient de l'accent nasal qui accompagne la prononciation de ce 
mot *) p^N, amoc, du latin icinus, d'où l'italien ancino = hame- 
çon; ■WÉnarna, orazione ; wst'ma»*, aborrescio, déformés du 
latin, ce dernier vient tfabhorresco = aborreo. D'autres mots 
sont purement latins 2 , tels que, ■nwt'iBpi'ii dispersare ; ■»#*, eo 
(de ire), -n^bitt, muliere = moglie. 

Tout ceci est également applicable aux mots français dissé- 
minés dans le Dictionnaire qui précède, au nombre d'une cin- 
quantaine 3 ; ils offrent la particularité d'être corroborés et sou- 
vent corrigés par les textes mss.; pour certains d'entre eux, la 
lecture n'est pas douteuse, grâce au ms. de Turin précité, où 
chaque mot français est vocalisé 4 . 

Finalement, une observation typographique sur l'imposition de 
l'œuvre imprimée du Maqrê : après le radical hébreu bnp, vient 
par erreur le mot y-p, au lieu du mot nïip, que l'on retrouve au 
recto du second feuillet qui suit. 

Moïse Schwab. 



1 C'est aussi l'orthographe adoptée par Raschi, Guittin, f. 69 a. 

1 11 faut remarquer que l'hébreu, ï^b, « langue étrangère », est traduit : l^îûb 
latino. 

3 Ils intéressent l'histoire de la langue française et sa prononciation. Voir notre 
note lue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 21 juillet dernier. 

* Ne pas toujours se fiera sa vocalisation; ex. l2j3K, avant. Le kameç = à, 
comme : ©1î|î3KÏ"T, « hAvtcurs ». 



NOTES ET MÉLANGES 



LE PLURIEL VOCALISÉ EN HÉBREU 



La grammaire arabe, que l'on a» déjà tant utilisée pour expli- 
quer les formes hébraïques, n'a pas encore donné tout ce qu'on 
peut en tirer. Bien des comparaisons restent à faire, qui explique- 
raient maintes singularités de l'hébreu. Un des points obscurs de 
la grammaire hébraïque, c'est la formation du pluriel des ségolés 
par un qemâs sous la seconde radicale. Dans des mots tels que 
trabft (radical malh) on" a pu penser à une transposition de la 
voyelle radicale ; mais comment expliquer le qemâs dans ù"np3 
(de i/ja, radical baqr) et û^dd (radical sifr) ? D'où vient ce plu- 
riel uniforme pour tous les ségolés ? La réponse nous est fournie 
par la grammaire arabe. 

On appelle en arabe pluriel vocalisé [muharrak) le pluriel qui 
se forme dans les noms féminins qui ont au singulier un sitkûn 
(scheva) à la seconde radicale, en ajoutant une voyelle à la se- 
conde radicale. Cette voyelle peut être la même que celle de la 
première radicale, mais elle peut être aussi la voyelle a, quelle 
que soit la voyelle radicale. Ainsi ftflatun, fvflatun peuvent avoir 
le pluriel fîHlâiim fu'ulâtun mais aussi fî'alâlun, fiCalâtun ou 
encore fValun, fiCalun. 

Il est clair que dans les noms féminins correspondants en hé- 
breu c'est le même phénomène qui se produit, car î-insuj fait 
au pluriel ninsp, et ïiS'nn, nin-ifi. Le qemâs de la seconde radi- 
cale est ajouté, et la voyelle brève du radical tombe, parce qu'elle 
se trouve alors dans une syllabe ouverte ; elle reste sous forme 
de hatâf dans les mots commençant par une gutturale. 

En hébreu, ce phénomène n'est pas restreint au féminin pluriel ; 



NOTES ET MÉLANGES 119 

il existe également dans les pluriels masculins des ségolés. Dans 
D^bn, rrnpn et d"HBO, le qemâs est ajouté, et la voyelle radicale 
disparait parce qu'elle se trouverait dans une syllabe ouverte, et 
qu'elle ne peut devenir longue, le mot s'allongeant déjà par la 
terminaison du pluriel. 

Quant à la cause de ce phénomène grammatical, il semble que 
ce soit l'accentuation forte de la syllabe finale qui force à mettre 
une voyelle sous la consonne précédente et transforme la syllabe 
fermée qui commence le mot en deux brèves d'abord, puis en une 
seule longue et ouverte, tandis qu'à l'état construit et devant les 
suffixes lourds, la voyelle radicale reparaît, parce que l'accent 
est affaibli ou reculé. 

Remarquons encore que, de même qu'en arabe on peut donner 
à la seconde radicale la voyelle de la première, on trouve en 
hébreu des pluriels de ségolés qui ont la voyelle radicale au lieu 
du qemâs ; ainsi bos, ann font au pluriel d^bos, m; et n^b et 
ïpï ont un pluriel tmjj et tPJJJT. 

Mayer Lambert. 



UNE NOUVELLE INTERPRÉTATION 

DE LA DÉNOMINATION SCHEM HAMMEPHORASCH 



Si, comme le veut M. Sidon, toutes les solutions données avant 
lui à cette énigme sont controuvées, nous voilà réduits à une 
ignorance absolue, car l'explication nouvelle est encore plus con- 
testable que ses devancières. M. Sidon remarque que dans Sifra, 
sur Lévit, xxiv, 11, il est dit que le fils de l'Egyptien prononça 
le Schem hammephorasch, qu'il avait entendu au Sinaï. M. Sidon 
traduit : le Schem hammephorasch entendu au Sinaï, et en con- 
clut que l'incise « entendu au Sinaï » a pour but de révéler le sens 
véritable du mot précédent. 

Il serait d'abord étrange que le souvenir de l'origine de ce mot 
ne se fût conservé que dans ce passage, car ce serait le seul ves- 
tige qui en resterait. Le Targoum jerusalmi dit bien la même 
chose, mais parce qu'il se borne à reproduire textuellement le 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sifra, comme il le fait bien d'autres fois encore. Deux témoi- 
gnages, dont l'un n'est que l'écho du premier, ne constituent pas 
deux témoignages, ils ne font qu'un. 

En outre, M. Sidon fait violence au texte, qui ne dit pas : le 
Schem hammephorasch entendu, mais : qu'il avait entendu, lui le 
fils de l'Egyptien. Or, cette faute corrigée, il ne reste plus qu'un 
passage aggadique, qui, suivant un des procédés les plus com- 
muns du Midrasch, veut justifier la punition du coupable en- ren- 
chérissant sur sa faute. Cet homme est condamné, parce qu'il a 
prononcé le nom de Dieu, lui qui l'avait entendu prononcer par 
Dieu lui-même sur le Sinaï. 

Il n'y a donc à tirer aucun renseignement de ce passage, et ad- 
huc sub judice lis est. 

Israël Lévi. 



DEUX PASSAGES TALMUDIQUES 

NÉGLIGÉS OU MÉCONNUS PAR LES EXÉGÈTES JUIFS 



Quand le Talmud donne une explication midraschique d'un 
verset, et le détourne de son sens littéral pour y trouver un appui 
à une tradition ou à une décision nouvelle, il n'est pas étonnant 
que nos exégètes ne tiennent pas compte de l'interprétation tal- 
mudique. Il est plus surprenant qu'ils la négligent, quand elle 
s'applique au peschat. C'est pourtant ce que nous constatons à 
propos de deux versets des Prophètes que le Talmud explique 
simplement, et que les exégètes juifs interprètent tout autrement, 
et d'une manière très forcée. Quant aux modernes, ils ne font que 
reprendre, à leur insu, dans ces deux passages, les explications 
talmudiques. 

Le mot np (Ezéch., xvn, 5) a été pris par les exégètes juifs (aux- 
quels il faut joindre les traductions grecque et latine J ) pour le 
parfait du verbe npb. On sait que dans les Pioutim la suppres- 
sion du lamed est constante, car les païtanim transforment tous 

1 Le Targum traduit ÎT^3it3 « il l'a planté •, et non fTOD3, qui traduirait inpb; 
il est donc difficile de savoir comment il a compris np. 



NOTES ET MELANGES 121 

les verbes faibles en i"y "»na, on comprend donc que nos exégètes 
n'aient pas été choqués de cette aphérèse. L'interprétation de np 
par le verbe npb n'en est pas moins défectueuse ; car, outre que 
le lamed n'est supprimé nulle part dans la Bible au parfait de 
npb, le mot np n'aurait pas de complément direct. M. Cornill l 
tranche' la difficulté, comme Alexandre le nœud gordien, en sup- 
primant le mot np, qui serait dû à une erreur du scribe. Celui-ci 
aurait répété par mégarde le mot np*n qui commence le verset, 
il se serait aperçu de la faute, aurait effacé "n et aurait oublié 
de raturer np. Ce copiste était vraiment bien étourdi. Ewald, dans 
son commentaire, et Smend ■ nous semblent avoir trouvé plus 
juste, en considérant np comme un synonyme de md£d£, et en le 
comparant à l'araméen **mp. Or, cette explication se trouve déjà 
dans le Talmud, Sahha, 34 l) : 

tMnn T3 nSv^ïi iiDSBEb uns bnan b* mb^îi bna «an* n"n 

Nfcb*^ ^3N b"N ii2U ttsssss irm D^ by np riwsnp ■»»» ntt i"x 
nttffl \xtt p &a î-îD^ci: wa ^arai ù^nn û^ b? np ^ns?: Np to™ 
D^ b? npD ■rçsb ban^ itmo vn»» ^aa i-n"pr? *na« t-dn 'n n^N 

. ta-nmia srrDatfiafâ iess* mauî ym trn-i 

« Nos docteurs enseignent : Il est dit (Lévit., xxm, 40) : saules 
du fleuve, il s'agit donc (pour la cérémonie du Lulab) de saules 
qui croissent au bord du fleuve; ce qui exclut le safsafa, qui 
croît entre les montagnes. R. Zêrâ demande : Quel est le texte qui 
indique (l'infériorité du safsafa)*! Réponse : Il est dit : C'était un 
qaii sur le bord des grandes eaux, il en a fait un safsafa (donc 
le safsafa est une espèce inférieure de saule). Abayê objecte : Mais 
peut-être (le second membre de la phrase) vient-il expliquer (le 
premier] : C'était un qah sur les grandes eaux, et qu'est-ce que 
(le qah) : c'est le safsafa ? Réponse : Que signifierait alors sâmô 
(il en a fait un safsafa) ? R. Abahu explique : Dieu a dit : J'avais 
voulu qu'Israël fût devant moi comme un qah, et il s'est réduit 
lui-même à n'être qu'un safsafa. » 

On voit donc que pour les Talmudistes qah est une espèce de 
saule. Rachi ne paraît pas avoir compris l'interprétation du Tal- 
mud. Il commente ainsi le mot np : tran trtt hy rn&n uiniuatt wïk. 
« Cette (plante) qui était enracinée et prise (c'est-à-dire fixée) 
auprès des grandes eaux. » np serait donc pour rnpb. 

Qamhi, dans son commentaire sur Ezéchiel, donne bien le sens 
du passage talmudique, mais il ne paraît pas avoir compris d'a- 

1 Das Buch des Pvophcten, Ezéchiel, ad loc. 
* Exegetisches Handbuch ad loc. 



122 HKVUE DES ETUDES JUIVES 

vantage le rôle du mot np. Voici ce qu'il dit : « np est un parfait, 
pour npb ; il porte un qemâs comme nattî (Amos, ni, 8) et d'autres 
parfaits ; ou bien (le qemâs) vient distinguer ce parfait de np_ 
(Nomb., ni, 45), qui est un impératif. . . ï-îd^s^ a été expliqué par 
nos docteurs comme une espèce inférieure de saule. Le sens du 
verset serait : J'en avais fait un saule qui croît auprès des grandes 
eaux, et eux se sont transformés en safsafa, qui croît entre les 
montagnes. » 

Quant à Ibn Djanah (Ous., s. v. npb), il dit seulement : « On a 
dit an parfait np avec la suppression du lamed de npb, comme on 
a dit *n (Juges, xix, 11) avec suppression du yod, seulement on 
a renforcé le qofavec un qemâs ». 

Le second exemple, qui a déjà été signalé par M. J. Deren- 
bourg 1 , n'est pas moins remarquable. Le mot ibt nnn *d (1s., m, 
24) a donné lieu à des interprétations bien différentes chez nos 
exégètes. Saadia traduit : )nb bttJa bnaba "ja : « Certes, la substi- 
tution est très belle pour elle. » C'est-à-dire : En raison des mal- 
heurs qui vont frapper les filles de Juda, il est préférable que tous 
les changements énumérés dans le verset 24 aient lieu. Ben Bilam 
donne le commentaire suivant : « Les mots ibt nnn -o se ratta- 
chent au commencement du verset suivant ; c'est-à-dire : Au lieu 
que vous vous orniez et vous embellissiez en l'honneur des 
hommes, eux tomberont par le glaive, et ce qui vous ornait périra 
misérablement. » 

Raschi explique à son tour : « Car (les changements énoncés) 
leur conviennent au lieu de la beauté dont elles s'enorgueillis- 
saient ». 

Ibn Ezra connaît déjà l'explication de ^ par « brûlure », mais il 
la rejette en disant que le vav n'aurait pas disparu. Il explique à 
peu près comme Raschi. 

Qamchi, le premier, cite le passage talmudique (Sabbat, 62 b) 
où isni nnn ^ est comparé par Râba au proverbe populaire : 
îWDfinpiiB ^sibfi 2 . « Au lieu de la beauté, la brûlure », mais il 
paraît préférer l'explication donnée par Raschi, car il la donne 
en premier. 

Notons que Raschi, dans la Gemara, n'a pas compris que i-rjrû 
(dans son texte ao.^) était la traduction de 15. Il voit dans la 
citation de Rabâ plutôt une comparaison d'idées, qu'un rappro- 
chement de mots. Nous sommes donc obligé de constater que nos 



1 Cf. Revue des Études juives, tome XVII, p. 194. 

2 La leçon de Qamchi est la bonne, nos textes portent NIT^. Le Diqduqé Soferim 
donnent aussi N"i"lN"d. 



NOTES ET MELANGES 123 

exégètes commettent parfois de véritables contresens dans l'ex- 
plication du Talmud et qu'ils ont tort de prendre pour du derûsch 
certaines interprétations du Talmud tout à fait littérales, aux- 
quelles, sans le savoir, les modernes rendent mieux justice. 

Mayer Lambert. 



QUELQUES REMARQUES SUR LES VOYELLES HÉBRAÏQUES 

CHEZ LES GRAMMAIRIENS JUIFS AVANT QAMCHI 



Saadia l est le premier auteur chez qui nous trouvions les sept 
noms des voyelles 2 . Ces noms sont tous chaldéens, comme la 
plupart des termes grammaticaux anciens. Il ne faut pas oublier, 
en effet, qu'à l'époque de Saadia, le chaldéen était encore très 
répandu chez les Juifs. Lui-même, à propos du dagesch dans 
les riD^a 3 , raconte qu'une femme avait dit à un maître d'é- 
cole : Yê sâferâ afnê bheri (0 maître ! laisse partir mon fils). Il 
faut remarquer, d'autre part, que des noms de voyelles analogues 
se retrouvent dans la grammaire syriaque, dont l'étude a pré- 
cédé celle de la grammaire hébraïque, et a dû exercer sur elle 
quelque influence. Le nom de Va petâh, est identique dans l'une 
et Tautre grammaire. S'il en est ainsi, nous pouvons légitimement 
supposer que les noms des voyelles hébraïques ont dû avoir la 
même vocalisation que les noms syriaques. Il faudrait donc pro- 
noncer ùbn, pntà, "nx, Ypnti, VW, tins, comme aiia ; et, de fait, dans 

t-:'t: t s ' t.— s I t'i t:' t : ' ' 

les textes de Hayyudj et d'Ibn Djanah, publiés d'après les manus- 
crits, aucun de ces noms n'a de mater lectionis 4 . Le segôl fait 
exception, mais il se distingue encore par d'autres côtés des 

1 Commentaire sur le Séfer Tesira, ch. u, 1. Nous espérons pouvoir bientôt publier 
cet ouvrage, qui n'existe en manuscrit qu'à Oxford. 

2 On trouve aussi les noms des voyelles dans le Diqduqé Hateamim d'Abron ben 
Ascber (publié par MM. Baer et Strack, 1879), p. 12; mais ils paraissent avoir été 
ajoutés au texte. 

3 Ibid. 

4 Dans le commentaire sur le Séfcr Yesira, on trouve une première fois p'VUÏ 
"H"^, p"pn, à côté de ùbn ; ces f'jrmes sont dues évidemment à une faute du co- 
piste, à lépoque duquel (1204) la prononciation des noms des voyelles pouvait déjà 
être corrompue. Partout ailleurs dans le livre ces noms n'ont pas de mater lectionis. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autres voyelles. En effet, dans la ponctuation babylonienne, il 
n'existe pas comme voyelle distincte, et est remplacé, suivant les 
cas, par le petâh, le harâq ou le serây, ce qui prouverait qu'il 
est d'invention plus moderne que les autres voyelles. De plus, et 
c'est ce qui explique pourquoi il n'est pas vocalisé comme les 
autres noms des voyelles, lui seul tire son nom de sa forme v, 
les trois points forment une sorte de grappe, or segôl à ce sens 
en chaldéen. Les autres voyelles tirent leur nom, comme on sait, 
de la façon dont on les prononce. Nous croyons donc que l'on 
ferait bien de renoncer à la prononciation barbare patah, qomos, 
sêrê, hireq, etc. 

Les sept noms des voyelles que donne Saadia ne reparaissent 
que chez Hayyudj. Avant lui, Menahem, Dunasch et leurs élèves 1 
ne se servent, comme les Massorètes, que de deux noms de 
voyelles : le petâh et le qemâs. Le petâh et le qemâs se divisent 
en gâdôl et qâtôn. Le petâh gâdôl est notre petâh ; le petâh 
qâtôn, c'est le segôl, le qemâs gadôl est notre qemâs ; le qemâs 
qâtôn, c'est le serây. Cette distinction est fondée évidemment sur 
la différence entre le son large de a et de o, et le son grêle de è 
et de é. Les autres voyelles n'ont pas de nom particulier ; on se 
sert, pour les désigner, des lettres vav et yod. Le qemâs gâdôl 
s'oppose aussi au qemâs hâtef (ou hatâfl) -, qui répond à la fois 
à Vo bref des modernes et au sevâ qemâs. En effet, dans les 
anciens manuscrits on trouve des mots tels que vmn écrits avec 
un seva et un qemâs, aussi bien que d'rçnn. Par contre, devant un 
qemâs hâtêf, le qemâs (bref) était écrit sans sevâ, par exemple 
TiNn. C'est ce qui explique la confusion qu'ont faite Hayyudj 3 et 
Ibn Djanah 4 , qui ont pris un tel qemâs pour un qemâs gâdôl. En 
Orient on prononce encore aujourd'hui taorô. Hayyudj, qui donne, 
dans le traité des quiescentes, tous les noms des sept voyelles, se 
sert généralement des anciennes dénominations. Ibn Djanah, au 
contraire, se sert presque toujours des noms donnés par Saadia ; 
et peut-être faut-il attribuer ce fait à l'influence même des ou- 
vrages de Saadia. En effet, Ibn Djanah cite le commentaire sur 
le Sefer Yesira s et regrette de n'avoir pu lire son ouvrage gram- 
matical sur les gutturales. Après eux Ibn Ezra emploie assez 
souvent les termes de petâh qâtôn et de qemâs qâtôn, de même 

1 Voyez Mahbfret, éd. Filipowski, p. 4 ; Teschubot Dunasch, p. 2 ; Liber Res- 
ponsionum, p. 7, p. 25 et passim ; cf. Diqduqé Hateamim, p. 11. 

* Voyez, par exemple, Liber Resp., p. 47. 

* Nuit, p. 126. 

4 Luma, p. 176. 

5 Luma, p. 29, 170. 



NOTES ET MELANGES 125 

qu'il emploie *Dtt pour pnn. David Qamhi au contraire s'en sert 
très rarement. 

Comme on le voit, les premiers grammairiens n'ont pas le 
moins du monde l'idée d'une division des voyelles en longues et 
brèves. Cependant il semble qu'ils considéraient dans certains cas 
les voyelles comme plus longues que dans d'autres. Tout d'abord 
Saadia, dans le Se fer Yesira (ch. iv, 3), emploie quelquefois, pour 
désigner la syllabe ouverte, le mot tvim, ce qui parait indiquer 
qu'il considérait une voyelle dans une syllabe ouverte comme plus 
longue que la même voyelle dans une syllabe fermée. Ibn Djanali 
emploie ce même mot *ra et le synonyme uo:: à propos du liâ- 
lam, opposé au qemas (Ousoul, c. 200, 1. 23 et 27). Mais c'est 
surtout Hayyudj, avec sa théorie des lettres quiescentes, qui pa- 
rait avoir tenu compte de la quantité des voyelles. Pour Hayyudj 
(Nutt, p. 6-7), toute syllabe doit se terminer par une lettre quies- 
cente, soit sensible, soit insensible [layyin, doux). Cette quiescente 
insensible peut être visible ou invisible. Il peut y avoir à la fois 
une quiescente invisible et une quiescente sensible, comme dans 
Dp, qui est pour ûap. Dans quels cas faut-il admettre une quies- 
cente invisible ? C'est d'abord quand une lettre de la racine est 
absente. Ensuite, après tout qemâs et tout serây (ibid., p. i). 
Les autres voyelles peuvent aussi être suivies d'une quiescente 
invisible, par exemple le hatâm dans \m (ib., p. 12), même le 
segôl et le petâh, et cela quand ils se trouvent dans une syllabe 
ouverte avec le ton, comme dans yn&j, n^p (ib. t p. v). Il est à 
supposer que si Hayyudj trouve des quiescentes douces dans ces 
mots, c'est que les premières syllabes devaient être prononcées 
longues, tandis que les mêmes voyelles dans les secondes syllabes 
devaient paraître brèves. 

Ibn Djanali {Lama, p. 331) insiste sur ce point qu'il peut y 
avoir des quiescentes douces après le petâh et le segôl. Des lec- 
teurs superficiels, dit-il, l'ont négligé, et c'est à cette négligence 
qu'il attribue l'idée qu'auraient eue certaines gens qu'il fallait un 
qemâs au passé des verbes à deuxième radicale vav, quand la 
syllabe radicale est accentuée. Nous savons, en effet, que plu- 
sieurs grammairiens admettent ce qemâs ', tandis que tous nos 
textes portent un petâh. Luzzatto, dans une lettre à Goldberg 
insérée dans le Riqma, p. 204-205, a expliqué exactement l'opi- 
nion d'ibn Djanali à ce sujet ; nous croyons néanmoins utile d'y 
revenir, Luzzatto ayant traité la question d'une façon un peu 

1 V. les articles de M. J. Dereubourg (Orientalia, II, p. 105, 199) et de Geiger, 
{Zeitschrift, V, 409). 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sommaire. D'après Ibn Djanah, l'erreur de ceux qui veulent un 
qemâs provient de ce qu'ils ont mal interprété un passage de 
Hayyudj. Celui-ci avait dit (Nutt, p. 33) que la lettre quiescente 
disparaît à la fois de la prononciation et de la parole, comme 
dans les mots dnttp, vuapi. On en concluait, avec raison, que dans 
les formes telles que n»p, viap, qui ont la première syllabe accen- 
tuée, il devait y avoir, dans la prononciation, une quiescente 
douce, mais on s'imaginait, à tort selon Ibn Djanah, que cette 
quiescente ne pouvait s'appliquer qu'à un qemâs, non à un pelâh, 
et que, par conséquent, Hayyudj disait n n72p T , nm^. Hayyudj avait 
voulu seulement dire que dans ùn^p, "in?ap"i, la quiescente dispa- 
raissait de la prononciation (en ce sens que la syllabe était tout à 
fait brève), tandis qu'elle se faisait sentir dans ">n52p ? nttp par la 
longueur de la syllabe accentuée. 

Cette explication d'Ibn Djanah est ingénieuse, elle se heurte 
cependant à une forte objection. Si telle a été la pensée d'Hayyudj, 
on ne voit pas pourquoi il ferait une différence entre la première 
syllabe de Ti?3p et la seconde syllabe de "paia, qui est aussi ac- 
centuée. Or là Hayyudj dit nettement qu'il n'y a pas de quiescente 
(Nutt, p. m) invisible, et que, si l'on croit qu'il y en a une, c'est 
simplement à cause de l'allongement produit par l'accent. Il sem- 
blerait donc que Hayyudj n'ait admis de quiescente douce après le 
peiâh et le segôl que dans les syllabes ouvertes. Quoi qu'il en soit, 
on voit que la question du petâh'ou du qemâs dans le passé des 
verbes à deuxième radicale vav a été discutée par les grammai- 
riens de l'école espagnole ; et de plus que le qemâs et le serây 
paraissaient par eux-mêmes plus longs que le petâh et le segôl. 
On sait comment cette distinction a été ensuite élargie et fixée 
d'une manière assez arbitraire par Qamhi. 

Mayer Lambert. 



LE NOM DE JÉSUS DANS LE KORAN 



L'idée de Dieu s'était déjà purifiée en Arabie avant la venue de 
Mohammed. Le contact avec les Juifs, si nombreux dans la pé- 
ninsule, y avait puissamment contribué. Dans le Midi, les idoles 



NCfTES ET MÉLANGES 127 

disparaissaient devant le nom de Rahmân « le Miséricordieux » ' 
(jonm V-""" tN»m »?) ; au nord avait prévalu le nom cV Allah 
(w\nbwN - mb« -Vra). Deux sourates du Koran montrent le Pro- 
phète hésitant entre ces deux noms, et se décidant à les mettre 
ensemble en tête de ses allocutions 2 . L'éclectisme de Mohammed 
ne se bornait pas là ; beaucoup d'Arabes s'étaient convertis au 
christianisme, et il devait être d'autant plus facile de les entraîner 
vers la nouvelle religion que la théologie simple de l'Islam conve- 
nait bien mieux à ces natures primitives que les dogmes, fort 
étudiés, arrêtés au concile de Nicée. Jésus de Nazareth devait 
donc prendre sa place dans le Koran. 

La transformation que subissent les noms bibliques de l'Ancien 
Testament provient sans doute de la manière dont ces noms 
étaient prononcés par les Juifs et étaient ensuite transcrits en 
caractères arabes. Si le yod pourvu d'un hireq en tète d'un mot 
n'avait pas eu le son de i % prnr ne serait pas devenu pnoa 
Ishaq ; si la vocalisation arabe distinguait à de ou, n'py^ ne serait 
pas devenu aipan lakoub. Pour que ùrma ait pu être changé 
en d'WaN Ibrahim, il faut supposer que le â suivant un autre â 
était prononcé avec l'inclinaison (imâleh), c'est-à-dire comme ê, 
ce que les Arabes ne pouvaient indiquer qu'en introduisant un jâ 
dans la dernière syllabe. Le même procédé a été suivi pour toïï, 
en arabe ^ztû (Mousâ), où, en dehors du remplacement ordi- 
naire de la consonne schin par sin ou samach, la première syl- 
labe 3lou = ô (comme dans lakoub), et la seconde doit être pronon- 
cée avec <?, ce qui donne Mousê, et non pas Mousâ 4 . 

La façon dont on a rendu en arabe le nom de Jésus présente 
quelques difficultés. D'où vient la forme ">ov? M. le professeur 
Nôldeke s incline à adopter l'opinion de M. Landauer, que ce serait 
l'équivalent de ws, et « que les Juifs, par une amère déri- 
sion, auraient ainsi appelé le Christ»; il compare l'application du 
même nom et de Edôm à Rome. Mais, sans parler de la transcrip- 
tion constante du nom d'Esaù en arabe par y^-j ou "tipy, aucun 
des noms cités n'est jamais employé pour désigner un individu, 
mais une nation, de même que, dans toute la liturgie, Ismaël ne 
désigne jamais Mohammed, mais les Musulmans en général. C'est 

1 Voyez Corpus Inscriptiomtm Semiticarum, Pars quarta, p. 17-18. 

* Ce sont les sourates, xvn, 110; xxv, 61. 

a Comme cela a lieu en syriaque. Prononcer i comme yi et, malgré cela, lire ou 
1 au commencement des mots, et non pas vou est une inconséquence, que, d'après un 
grammairien, les Babyloniens évitaient en prononçant ÏTCJfal voumôscheh. 

4 De là, en arabe, l'orthographe 1*73 pour JS^ID ; nous nous rappelons avoir vu 
dans des manuscrits judéo-arabes un tsêré sous la seconde lettre de ce mot. 

5 Z. D. M. G., vol. XLI, p. 72U, note 2. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tellement vrai que toutes les fois qu'Ésaù signifie Rome, l'ad- 
jectif rwiûnïi, « la méchante », est au féminin, parce que le mot 
nibbtt, « le royaume », est sous entendu ; il en est de même pour 
"p\ » la Grèce », qui est qualifié également de nr^nin. Du reste, 
Wiener cite déjà cette opinion et la déclare inadmissible 1 . On 
croirait aussi difficilement que les Juifs eussent parlé de Jésus au 
Prophète. 

Bien qu'on ne voie pas comment yp, avec ê sous la première 
syllabe, a été contracté de yraim, l'identité des deux noms paraît 
certaine. En Galilée, où les lettres gutturales se confondaient et 
étaient 'négligées, jno devenait facilement r::\ et c'est la forme 
la plus ancienne qui se trouve dans les écrits rabbiniques. C'est 
d'elle qu'est venu 'i^couç, ace. 'it^ojv. 

Les Arabes aiment peu terminer les mots par un waw quiescent 
et remplacent cette lettre volontiers par yod; si l'on suppose 
qu'ils aient fait ce changement, qu'en outre, ils appuyaient le yod 
en tête du mot par un élif, on obtient ^d\s, et ensuite ic*, par 
la facilité avec laquelle un tel élif permutait avec ayin. Des 
exemples d'un changement pareil abondent en araméen 2 , et c'est 
de ce côté-là que la légende chrétienne est venue à Mohammed. 

S'il nous était permis de risquer une conjecture, peut-être trop 
hardie, nous rappellerions la manière dont le tétragramme mm 
est devenu en caractère grec, mm 3 , qui provient de ce que le n 
rappelait par sa forme le n, que le ^ et le i ne se distinguaient 
guère et qu'au lieu de lire le mot de droite à gauche, on l'a lu de 
gauche à droite. Eh bien, peut-être 3no"% lu à la manière occi- 
dentale, a-t-il produit ^o^. 

J. Derenbourg. 



LES VERS ACCUSATEURS 

Le Deutéronome, xxi, 1-9, porte que, lorsque le corps d'un homme 
tué sera trouvé dans les champs, sans qu'on connaisse l'assassin, 
les anciens de la ville la plus rapprochée de la scène du meurtre 
briseront la nuque d'une génisse et diront : « Nous sommes inno- 
cents de ce crime, pardonne à ton peuple. . . » 

1 Bill. Reahoarterbuch, I, p. 556. 

1 Cf. Ob^p? et ÛlbpSIN ; ?TDV et ftp-ifl. 

3 St. Jérôme, 136° Epitre, ad Marcellum. 



NOTES ET MELANGES 129 

Le Targoum hiérosolomytain (verset 8) ajoute à cette prière ces 
mots : « Dévoile l'assassin » ; puis il continue en ces termes : 
« Aussitôt sortait des entrailles de la génisse un essaim de vers, 
qui se rendaient jusqu'à l'endroit du meurtrier et montaient sur 
celui-ci. Alors le tribunal s'emparait de lui et le jugeait. » 

Cette donnée ne ligure pas dans le Talmud, ni dans les Midras- 
chim, à ce que je sache. L'auteur du Targoum ne l'a donc pas 
empruntée à un document littéraire. D'où la tenait-il? Vraisem- 
blablement de la croyance populaire. En effet, dans ce mons- 
trueux arsenal d'ordalies, de jugements de Dieu, qui pendant tant 
d'années a été la seule législation des peuples, on rencontre aussi 
ce procédé magique. Dans une étude, bourrée de faits, qu'il pour- 
suit sur la Fascination (Mélusine, IV, col. 295), M. J. Tuchmann 
cite les pratiques employées par certaines tribus d'Australie pour 
découvrir le sorcier qui est censé devoir être l'auteur de la mort 
qui inspire des soupçons. « La tribu de Western-Post, province de 
Victoria, et celles qui résident aux environs de Perth, Australie 
occidentale, surveillent les mouvements d'un insecte vivant qu'ils 
auront accidentellement retourné en creusant la tombe ; la tribu 
de Melbourne gratte le sol autour du corps afin d'y trouver la 
trace d'un ver ou d'un insecte ; celle d'Yarra guette un lézard ; 
dans une partie du Murray, on attend la dessiccation de la terre 
humide qui recouvre la tombe. La direction que prennent tes 
animaux et celle de la principale crevasse de la terre dessé- 
chée indiquent le point vers lequel se trouvent les sorciers au- 
teurs du décès. Un ancien gouverneur de l'Australie, Georges 
Grey, fut même témoin d'une expérience de ce genre. » 

Le Targoum nous a donc conservé le souvenir d'une ordalie de 
ce genre, qui était peut-être encore en usage de son temps en Pa- 
lestine. S'il a cru bon de commenter ainsi le texte de la Bible, il 
n'en faut pas conclure que ses contemporains juifs aient pratiqué 
ce mode de jugement de Dieu : toutes les prescriptions de ce cha- 
pitre du Deutéronome avaient été abolies de bonne heure (voir 
Sifrè, sur Deut., xxi, 1) ; il n'a donc pu vouloir qu'interpréter 
une loi théorique à la lumière d'une connaissance du droit popu- 
laire. C'est l'honneur du Judaïsme de n'avoir jamais donné accès 
dans sa législation à ces pratiques superstitieuses, nées d'une folle 
croyance au merveilleux, et que l'Eglise a acceptées trop docile- 
ment du paganisme primitif. • 

Israël Lévi. 



T. XVIII. n° 35. 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 



UNE ANECDOTE SUR PHARAON 



Le texte de Joseph Kimhi, édité par MM. Berliner et Neu- 
bauer, et que M. Kaufmann a comparé ici 1 avec un passage de 
Birouni, se retrouve presque littéralement dans le Se fer Hayas- 
char. Il est inutile de reproduire ici les deux textes : il suffit de 
les confronter pour y reconnaître, sans difficulté, les mêmes tours 
de phrase, les mêmes centons bibliques et les mêmes particula- 
rités d'expression. Le Se fer Hayaschar, il est vrai, n'est pas 
aussi complet que Joseph Kimhi, mais c'est de peu d'importance : 
quelques phrases auront pu tomber dans un manuscrit, ou le 
Séfer Hayaschar aura simplement abrégé le passage qu'il uti- 
lisait. 

Le préambule de Kimhi, où il nous apprend que l'histoire lui a 
été contée par un Musulman, ne laisse aucun doute sur l'antério- 
rité de son texte sur celui du Séfer Hayaschar, et ici encore il 
faut admirer l'exactitude proverbiale de Zunz. Celui-ci, sans 
nous mettre dans la confidence des preuves sur lesquelles il s'ap- 
puie, fixe la date de composition de cet ouvrage au xn e siècle. 
Cette date lui a été probablement fournie par la plus ancienne 
citation qui en est faite dans les auteurs. On voit qu'elle s'ac- 
corde entièrement avec la conclusion qu'on peut tirer de la com- 
paraison des deux textes. Joseph ayant écrit surtout vers le troi- 
sième quart du xn e siècle, le Séfer Hayaschar n'a donc pu être 
composé avant la fin de ce siècle. 

Cette note devrait s'arrêter ici, mais je crois bon de prévenir 
les objections qu'on courrait soulever contre cette conclusion, et 
qui un moment m'avaient arrêté moi-même. 

On a vu que, d'après Birouni, le roi d'Egypte s'appelle Assué- 
rus. Or, justement le Séfer Hayaschar lui donne ce nom : As- 
suérus, fils d'Anam. On pourrait donc supposer, au premier 
abord, que le S. Hayaschar se rattache à la tradition arabe suivie 
parallèlement par Birouni et Joseph Kimhi. Que, dans les écrits 
arabes, Assuérus soit devenu roi d'Egypte, on se l'explique sans 
peine, puisque, dans les mêmes sources, Aman est le vizir de 
Pharaon. Aman ayant été ministre d'Assuérus, l'équation s'im- 
posait : Pharaon était Assuérus. Mais ce sont là purs jeux d'es- 
prit : la conformité de langage que nous avons relevée plus haut 

1 lievue, t. XVI, p. 144. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

entre les deux textes en question est trop manifeste, pour qu'on 
tienne compte de ces minuties. Assuérus est ici an nom forgé 
par l'auteur; je dis forgé, parce qu'il n'a pas la forme biblique 
AhasGhvérosch, mais la latine, Assuérus, qui peut n'être simple- 
ment, comme dans le Talmud, que le nom de Severus. En outre, 
cet Assuérus est fils d'Anam, or ce mot est, lui aussi, de l'in- 
vention de l'auteur. Dans la généalogie de Misraïm (l'Egypte), le 
S. Jlayaschar substitue Anam au terme ethnique Anamim (Gen., 
x, 13), pour en faire une personne. Le nom que porte l'aventurier 
Ricayon n'a-t-il aussi la même origine? Béer, Leben Abraham' s, 
note 223, y découvre celui de Nechao, qui est orthographié Nara- 
cho par Jean Malala. C'est tout bonnement un mot formé de pn : 
« un homme de rien ». 

Peu à peu on reconstitue ainsi les documents dont s'est servi 
cet auteur pour la composition de sa curieuse chronique. La plu- 
part de ces textes sont certainement musulmans, mais ce qu'il est 
difficile de déterminer, c'est l'ouvrage ou la branche d'ouvrages 
qu'il avait devant lui. Ainsi, dans un remarquable travail, M. J. 
Darmesteter a montré dernièrement que l'histoire d'Enoch telle 
que la raconte notre auteur provient d'une légende persane 1 . 
Mais ne s'y rattache-t-elle pas par un intermédiaire arabe, et cet 
intermédiaire existe-t-il encore ? Voilà ce qu'on ignore. Souhai- 
tons au futur éditeur du Se fer Hayaschar d'avoir, pour établir 
l'origine des légendes musulmanes dont cet ouvrage est rempli, 
la bonne fortune de mettre la main sur des textes aussi caracté- 
ristiques que cet extrait du commentaire de Joseph Kimhi, qui ne 
nous est parvenu que grâce à un caprice des copistes. 

Israël Lévi. 



LES JUIFS ET LA BIBLE DE L'ABBÉ ETIENNE DE CITEAUX 

C'est un fait qui est bien intéressant, et à plusieurs points de 
vue, qu'au commencement du xn° siècle, en France, un abbé qui 
cherchait à constituer un texte correct de la Vulgate ait consulté 

1 J. Darmesteter, Points de contact entre le Mahahharala et le Shah-Namah, Jour- 
nal asiatique, 8° série, t. X>, p. 38 et suiv. M. Jellinek, Bet-Ha-Midrasch, IV, 
p. xi, a donc tort de s'appuyer sur ce morceau du Se'/'er Hayaschar pour supposer 
l'existence, chez les Juifs, de récits de la vie d'Enoch dont il ne nous serait parvenu 
que des fragments. 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des Juifs, pour leur connaissance de l'hébreu et du chaldéen. Les 
relations entre le clergé et les Juifs, dont l'existence dans la se- 
conde moitié du XII e siècle a été démontrée par moi par des 
preuves sans réplique ', avaient donc existé déjà antérieurement 
et elles confirment ce que M. Isidore Loeb a dit, avec raison, du 
peu de connaissances qu'avaient en hébreu même les hauts digni- 
taires de l'Église 2 . Mabillon a déjà prouvé l'existence de ces re- 
lations scientifiques entre Juifs et chrétiens, mais l'infatigable 
P. Denifle vient de donner une reproduction fidèle de l'intéressant 
document historique qui se rapporte à la Vulgate. 

Lorsque, en 1109, l'abbé Etienne de Citeaux fit faire une copie 
de la Vulgate, il avait choisi pour modèle, parmi plusieurs ma- 
nuscrits, un exemplaire qui se distinguait de tous les autres, prin- 
cipalement par des additions. Ces variantes clans un texte qui, 
d'après son opinion, venait de saint Jérôme et devait, par consé- 
quent, être partout conforme à lui-même, jetèrent l'abbé dans un 
tel étonnement, quand il eut sa copie, qu'il pria des Juifs instruits 
de comparer les additions et changements avec le texte hébreu et 
la traduction chaldéenne, et pour les additions et changements qui 
ne se trouvèrent pas dans l'hébreu ou le chaldéen, il les fit sim- 
plement gratter dans son exemplaire nouveau. Cet exemplaire se 
trouve à la bibliothèque de Dijon et on y voit toutes ces ratures, 
faites principalement dans le livre des Rois. A la fin du second 
volume (l'exemplaire a quatre volumes in-folio), se trouve le 
passage additionnel où il est parlé du concours de ces Juifs : 

Unde nos multum de discordia nostrorum librorum quos ab uno 
interprète suscepimus ammirantes* iudeos quosdam in sua scrip- 
tura peritos adivimus- ac diligentissime lingua romaua ab eis inqui- 
sivimus de illis omnibus scripturarum locis. in quibus illa3 partes et 
versus habebantur quos in nostro predicto exemplari inveniebamus* 
et iam in hoc nostro opère inserebamus : quosque in aliis multis 
historiis latinis non inveniebamus. Qui suos libros plures coram 
nobis revolveutes et in locis illis ubi eos rogabamus, hebraicam sive 
chaldaicam scripturam romanis verbis nobis exponentes* parte vel 
versus pro quibus turbabamur minime repererunt : Quapropter 
hebraicœ atque chaldaica) veritati et multis libris latinis qui illa non 
habebant- sed per omnia duabus illis linguis concordabant cre- 
dentes. omnia illa superflua prorsus abrasimus- veluti in multis 
huius libri locis apparet* et praecipue in libris regum ubi maior pars 
erroris inveniebatur. 

1 Jubelschrift de Zunz, p. 147. 

% La controverse religieuse entre les chrétiens et les juifs au moyen âge en France et 
en Espagne, p. 20. 



NOTES ET MÉLANGES 133 

On voit que l'abbé de Citeaux parle français avec les Juifs qui 
le secondent, mais ils ne comprenaient pas le latin, qu'il fut obligé 
de leur traduire. Mais on voit aussi, d'un autre côté, parce pas- 
sage, que l'abbé, à son tour, ne comprenait pas l'hébreu, ni le 
chaldéen et que les Juifs furent obligés de les lui traduire en 
français. La note a aussi, de l'intérêt pour l'histoire du texte du 
Targum des Prophètes. 

David Kaufmann. 



UNE LETTRE DE JOSEF CARO 

ADRESSÉE AUX JUIFS DE CARPENTRAS 



Je possède un épistolaire manuscrit, rédigé, probablement à 
Carpentras, en 1699, par Salomon b. Moïse de Milhaud (r^bw), 
dans lequel se trouve une lettre adressée par Garo à l'administra- 
tion de la communauté israélite de Carpentras et qui a un assez 
grand intérêt historique. 

La pauvre communauté israélite de Carpentras était encore 
une fois menacée d'expulsion, une grande partie des israélites 
avaient émigré après avoir, conformément aux statuts, payé 
consciencieusement jusqu'au dernier sou leur part des impôts et 
des dettes de la communauté. Ceux qui étaient restés dans la ville, 
ou s'étaient réfugiés dans le voisinage, avaient tout mis en œuvre 
pour faire révoquer l'édit d'expulsion ; à force de démarches et de 
sacrifices pécuniaires, la communauté fut rétablie. Les Juifs de 
Carpentras qui avaient émigré n'avaient aucune envie de revenir 
dans un pays où leur existence était si mal assurée, ils s'étaient 
bornés à confier à des chargés de pouvoir le soin de réaliser les 
biens et créances qu'ils y avaient laissés. Néanmoins, l'adminis- 
tration de la communauté voulut les contraindre à contribuer au 
payement des frais qu'on avait faits pour obtenir de nouveau le 
droit de séjour, et comme il était d'usage, à Carpentras, de ré- 
partir les impôts des Juifs suivant la fortune reconnue des contri- 
buables, on voulut imposer aux émigrés une taxe proportionnelle 
à la fortune pour laquelle ils avaient été inscrits durant leur 
séjour à Carpentras, et, pour se payer de cette taxe, la commu- 



13'» REVUE DES ETUDES JUIVES 

nauté fit opposition sur les sommes encaissées pour les émigrés 
par leurs chargés de pouvoir. Les émigrés s'adressèrent à Garo, 
et le prièrent de faire à l'administration des remontrances avec 
menaces d'excommunication. 

Caro écrivit à l'administration. Il ne peut pas croire, dit-il, 
que l'administration ait pris une mesure pareille ; les émigrés, en 
réalité, n'auraient absolument pas à contribuer aux dépenses 
faites pour obtenir le retour des Juifs à Carpentras, puisqu'ils ne 
profitaient en rien de cette permission. Tout au plus peut-on dire 
que ce retour a donné une valeur nouvelle aux biens laissés par 
les Juifs émigrés et qui, sans cela, auraient peut-être été entière- 
ment perdus pour leurs propriétaires. On pourrait donc, à la ri- 
gueur, taxer les émigrés en proportion de ces biens, mais non en 
proportion de leur fortune inscrite. 

Si nous examinons la lettre dans le détail, il semble en résul- 
ter qu'une partie des Juifs expulsés de Carpentras allèrent s'éta- 
blir dans les pays transmarins, probablement en Turquie et en 
Palestine, sans esprit de retour (ce sont nos émigrés), tandis que 
les autres se réfugièrent en Provence, où ils durent payer le droit 
de séjourner temporairement ou pour toujours. En attendant, 
leurs biens et leurs créances étaient en souffrance à Carpentras, 
ils firent de nouveaux sacrifices pour rentrer dans la ville. Une 
fois de retour à Carpentras, il fallut lever une taille (bbs) pour 
payer ces dépenses, et les bailons émirent la prétention de faire 
contribuer à tous ces frais les émigrants transmarins. Caro 
semble dire que dans aucun cas ces émigrés ne peuvent être 
obligés de contribuer aux .dépenses faites par les familles reve- 
nues à Carpentras pour leur séjour temporaire en Provence, il 
est évident que cela ne regarde pas du tout ces émigrés, mais 
ceux-ci peuvent, jusqu'à un certain point, être obligés de contri- 
buer, dans une certaine mesure et pour les raisons indiquées 
plus haut, aux dépenses spéciales faites pour obtenir le droit de 
rentrer à Carpentras, à condition qu'on leur tienne compte, 
d'autre côté, de la part qu'ils ont aux créances non rentrées de la 
communauté. 

L'expulsion dont il est question ici est-elle celle de 1550 1 ou de 
1576 2 ? Le Caro qui écrit la lettre est-il Josef Caro ou un de ses 
fils établis en Turquie 3 ? Ce sont des questions que nous ne nous 
chargeons pas de résoudre. La lettre de l'année 1550 adressée par 

1 Isidore Loeb, dans Revue, XV, 276. 
- IHd., XII, 150. 

3 David Cassel, Sechster Bericht liber die Lchranstalt fur die Wissenschaft des 
Judenthums in Berlin, p. 6. 



NOTES ET MELANGES ]'X\ 

les Juifs de Salonique à ceux de Provence ', prouve bien qu'en 

cas de persécution, les Juifs de Provence émigraient en Turquie. 

Nous commençons par donner le texte de la lettre de Caro : 

nna pfcnarDnKp na V'-i3 "hap ddn:-; tibiara inn^N obiù 

rmn to* p"p ■npî-rtîai "W» ^at-ifts ?£a who t-ima -ton 

r^aa T*b rw? aa^-ibra 'fraratrn 
i:b nxMn tasbttp "^aa &an web iaa ^\n "pab ■ntrb ^m 
br cnbcaittM rrpnnfin b^dan bdtt tzpbn vie brisa baroa ana^a 
topa 173 tsriNS tem is iffla^tB tayrvnflnbrti &tTmHfirtfn niaatrt 
-ri -«didi "HsttKan ûrfurTrrrt ^sd ïronna ï-ruma qno ^v dmsnn 
. , . 4 mi-p wn ûra fcp isnsn bw& pn&o dïrmaaorï ^ûsawri 
to'n'iTBn ynsb tairoas nrOT S-naab nna b:^ dma-nn Tnpaw 

bbd [bKWb* nattïn nbsnn 5 ana "pa tes a*^^ nwwi 'wwb^tuci 
rmMiH (i. ïTinl brsri 13b T»"*dïn 6 'raba ûdTaE? fnsb t^bx ww 
en 11 ^ad ■wrisHia ta* aa^tti moa tosiaa *jm taîr^nittia isa 
iBpa-i dïin d^Ena mid'wstd "to^ar? ap:;aa aina eœisïi bïrrneriiab 
mtaa n"a mb*pb ainabi M-n&aw M;i7:tt Tnrsb •pin ïhn -mik 
naa ms i^no iflwann bew tss^oa "tim i^'nid vnm pb 'w'n'a 
b^ianba bipb ^smo sb ^a d^ ïibi* -najn Mb rrnwbi banœ^ ^"bjsb 
J-i:ida^ a-narrc Mb isa^bm ï-iwbi taan i-niD «m© taana ta^io 
ï-trdD tarrbN inaT Mb ^a p S-nÉb»b Sa^n MjId pab "pam 
baia ïrb©n ^aba c^^-i"»rr m.vaa Mir; ibian Mata in d'Wiaïi 
M^n Mb pab nnat^b ï-tdtj ïwn ms pbi naa::? sais a-np dix 



1 ifriwe, XV, 276. 

2 Venisse, ancienne forme pour Venaissin. 

3 Ce sont les déclarations de fortune faites par les membres de la communauté et 
qui s'appelaient manifestes (voir Annuaire de la Société des Etudes juives, I, 180). 

4 II y a là probablement une lacune que nous complétons comme suite. Les émi- 
grés avaient, conformément aux statuts, payé leur part de toutes les dettes de la 
communauté, sans cela on ne les aurait pas laissés partir. Au contraire, les Juifs qui 
s'étaient réfugiés dans le voisinage n'avaient pas payé leur part, attendu que l'ex- 
tinction des dettes se faisait successivement et dans des délais plus ou moins longs. 
Les émigrés veulent probablement dire que si les Juifs restés dans le pays avaient 
versé, comme eux, leur part des dettes, on aurait tout l'argent qu'il faut pour payer 
les dépenses qu'on venait de faire récemment, et qu'il fallait, sans doute, rembourser 
immédiatement. On s'arrangerait ensuite pour le payement des anciennes dettes, qui 
étaient probablement à longue échéance. (Isidore Loeb.) 

5 Ne faut-il pas lire Ûî^tb ? 

6 Ici encore il y a probablement une lacune, dénoncée, du reste, par le *jïi qui 
précède et auquel il manque le pendant nécessaire. Le texte veut probablement dire : 
Vous levez une taille pour payer les dépenses, tant ("jfî) celles qui ont été faites 
pour séjourner temporairement en Provence, [que celles qui ont été faites pour ob- 
tenir de nouveau le droit de demeurer à Carpentras]. Toute la partie que nous avons 
mise entre crochets paraît manquer. (Is. Loeb.) 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"ian bNT^tti d^ïib&tta d^pa drv^ïn dd^ fnrintt tnNîii S-ïbtt5dfcïi 
i^a d^safi d*mTBfn fc-nManïiïiîa bbd nandou) l^iîn l'a "ia\No dbb 
mbyn drrôN ^pi^a* e^bia D^aa» "iKiDa t**bi r^nawn'nBai Ttïwn 

nNom , r-irra "pN ï" 172 " 1 ^b nn?» nias D"nai3>fi ^ib^ nwiî» nn^ 
nb*nn nn ^d dr nbvindd nrraa mia^n dvpb iu>*5iD r-nNïnwi 
tûdn î-ïï ba> nbdNn p*iKn ^vji 12: ^n ï-ntt^b pTstenn ddaa>)ab 
TidN iTb ïKiay* Di-pdda "nTrc diab !-raa»n ibangio pibnb 'pi b^aib 
nan !tpk lanDTO ^"i^n n^nm dijan diwi cs^bn s^nu Nm l Y'n 
ûmoda , n^o d^bn:>£> *-n&n:ab -^d maa mrm d'mïsn rtb&ra isanE 
f-iTOTtt y^Ett dpbn dnb ndan datam î-iaitoanavi baipb dî-pbanz) 
n'ind t»««waan tom&ncab "p "'Dd taana idin ftJ(ïi)Mn r<bi • bbidïi 
ï-Tïua>a nnd drt?a? wattîi nid^ aiwrn E|ddn ^d fcaaa^nwiïi dpasn 
2 imdss manb dip^n tzpnam "pi tDd^ba *p N>1 D7;3 bdft tiùdi towi 
OTDb drpma:rj T-nd -itîio d"WVd!i amb» nnd^r ntfJN narcan d&n 
dttir tai-pb* ïKPttin r<<bD t^n^n "nw dnn mnwa isrisN bnns 
itt)N "pin ta a ^d win ion i« izanwirï nia^ fcpbaattîa dTai 
to^rr ïnaibn bdm tadp^aa ^n ^sd nia-pn ï-iaittan dd^ba îaaro 
ïrv î-int npy i-T-rn tdd'nna towiEn tpa-i nr-tî ^batt taa^bj'Ta 
^i da:ap>a • dab-nab d^aa naoi • d^aam ^a^b »5amb Dana ban 
ddttibia iani û^aiwN ^5aïbid ttdaai ddujsaa ana ûann aaoa ,db"Ha 

. d"Wi bd ûnaim 

David Kaufmann. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 

Nous donnons ici quelques extraits des travaux publiés par le 
R. P. Fidel Fita dans le Boletin de la Real Academia de la His- 
toria de Madrid. 

1. Dans une série de documents sur La Guardia (voir Revue, 
XV, 203). Acte du 10 juillet 1238, par lequel don Rodrigue, arche- 
vêque de Tolède, consacre à l'œuvre des chapelles de la cathé- 
drale de Tolède, entre autres revenus, l'impôt des Juifs de Ma- 
queda, qui est de 30 deniers par an et par personne [Boletin, 1887, 
p. 410). Voir, sur cet impôt de 30 deniers, Revue, XIV, 163-167. 

1 Ceci paraît indiquer que les d^ddï laissés à Carpentras par les émigrés consis- 
taient surtout en créances sur des chrétiens; si leurs biens avaient consisté en 
immeubles, ils n'auraient pas été à ce point exposés à se perdre, quand même les 
Juifs ne seraient pas revenus dans le Comtat ou à Carpentras. (Is. Loeb.) 

2 Hutlin, 18 a. 



NOTES ET MÉLANGES 137 

2. Nouvelle pièce faisant partie du procès du Saint- Enfant 
de La Guardia (Boletin 1887, p. 417 ; Revue, XV, 203). 

3. Après l'exécution faite à Avila, le 16 novembre 1491, des 
accuses impliqués dans l'affaire du Saint-Enfant de La Guardia, 
la population chrétienne d'Avila se trouve très excitée contre les 
Juifs, elle les maltraite dans leurs personnes, dans leurs enfants et 
leurs biens. Les Juifs d'Avila demandent protection aux Rois 
catholiques (Ferdinand et Isabelle) ; cette protection leur est 
accordée par acte daté de Gordoue 16 déc. 1491 (Boletin, 1887, 
p. 20). M. F. Fita pense que cette affaire de La Guardia n'a pas 
été sans influence sur la résolution prise par les Rois catholiques, 
le 31 mars 1492, d'expulser les Juifs d'Espagne. 

4. Après la publication de l'édit du 31 mars, qui ordonnait aux 
Juifs de quitter l'Espagne à la fin du mois de juillet 1492, les 
chrétiens se croyaient tout permis envers les Juifs : ils les frap- 
paient, les tuaient, prenaient leurs biens ; les Rois catholiques, 
par acte daté de Santa-Fé, 14 mai 1492, ordonnent de protéger 
les Juifs et de ne leur faire aucune violence, jusqu'à leur départ 
{Bolet., 1887, p. 425). 

5. Les Rois catholiques, par acte daté de Médina del Gampo, 
23 mars 1494, font donation de l'ancien cimetière juif d'Avila au 
monastère de Saint-Thomas d'Aquin, de l'ordre des Frères Prédi- 
cateurs, à Avila (Bolet., 1887, p. 427). 

6. Bref du pape Alexandre VI, daté de Rome, 12 nov. 1496, 
autorisant Torquemada à ne pas admettre, dans ledit monastère 
d'Avila, des religieux d'origine juive (Bolet., 1887, p. 429) 

7. Rôle de Y impôt de lasdoblas à payer en 1388 par les Juifs 
de Valdeolivas, cercle de Priego, province de Guenca, rôle dressé 
par les estimateurs et rédacteurs de rôle don Çulema Pardo et 
don Simuel Peralta, Juifs d'Avila, et approuvé le 22 mars 1388. 
Ce rôle énonce la fortune des Juifs imposés ; l'impôt est naturelle- 
ment proportionnel à la fortune. Voici la liste nominative des 
Juifs désignés dans le document, avec le chiffre de leur fortune 
exprimé en maravédis (nous mettons ce chiffre entre parenthèses, 
à la suite du nom). 

1. Don Çulema Pardo, de Priego (1.650). 

2. Don Salamon de Mostoles, cordonnier (1.4 10). 

3. Don Simuel, charpentier (n'a rienj. 

4. Don Mosé Ysdrael, tailleur (180). 

5. Don Simuel Maliger, a mestral de cosas çapatos » (ne possède 
rien*). 

6. Don Jacob Gastan, tisserand (1.160). 

7. Don Salamon Peralta, tailleur (1.160). 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

8. Mosé Pardo, fils de clou (Julema, cordonnier (1.140). 

9. Ccag de Molina, tailleur (n'a rien). 

10. Yuda Amanguan, tailleur (n'a rien). 

11. Mayn Lumbroso, cordonnier (180). 

12. Abraen Peralta (130). 

13. Suanto Tanquo, cordonnier (180). 

14. Aduenna, femme de Suanto Peralla (1.G0O). 

15. Don Simuel Pardo (5.300). 

16. Levi, fils de don Çulema, « menestral de ronda » (I .CiO). 

17. Donna Luna (n'a rien). 

18. Don Simuel cl Levi (2.250). 

19. Don Simuel Peralta, cordonnier (800). 

20. Rabbi (julema Guriel, tailleur (100). 

Dans le document original, les chiffres de nos parenthèses sont 
précédés des mots « vale lo suyo ». Nous avons traduit le mot 
çapatero par cordonnier, le mot alfayate par tailleur. Le n° 5 est 
un savetier; le n° 16 serait-il un musicien? M. Fidel Fita fait 
remarquer que les Juifs d'Avila n'étaient pas riches et qu'ils exer- 
çaient des métiers [Boletin, 1888, p. 6-9). 

8. Pièces concernant les Juifs de Jerez de la Frontera, publiées 
par M. Fidel Fita {Bolet., 1888, p. 65 et suivantes). — 1°. Vidimus 
du 30 décembre 1332, par lequel le roi Alfonse XI authentique et 
.confirme un privilège antérieur accordé aux Juifs de Jerez de ne 
point payer de péage (protazga) en aucun lieu du royaume. Le 
même privilège avait été accordé en 1286 aux habitants chrétiens 
deSéville. — 2° Séville, 27 nov. 1355. Pièce concernant une ré- 
quisition de blé faite antérieurement par le conseil de Jerez à don 
Yuçaff al Levi, almoxarife de Séville et neveu de don Samuel al 
Levi, trésorier mayor du roi. — 3° Jerez, 2 juillet 1459. Le conseil 
de Jerez cède à un habitant chrétien un morceau du cimetière juif. 
— 4°. Jerez, 4 juillet 1459. Protestation contre cet acte présentée au 
conseil, au nom des Juifs, par Yucef de Parecles et Symuel Gorcos, 
Juifs. Us représentent que le cimetière appartient aux Juifs depuis 
les temps anciens, et ils présentent au Conseil un acte du roi 
Henri IV, fait pendant les Cortés de Cordoue, le 28 mai 1455, 
accordé aux Juifs du royaume sur la demande de leur procureur 
Santo Alpullate d'Alcala, renouvelé au même Santo, par le roi, à 
Avila, le 12 décembre 1455, et par lequel le roi, ayant appris que, 
dans plusieurs localités du royaume, les prélats, hommes puis- 
sants, personnes religieuses, conseils et communautés enlèvent 
aux Juifs leurs synagogues et leurs cimetières, ordonne de res- 
pecter ces propriétés des Juifs et annonce qu'il punira les délin- 
quants. Le 6 juillet 1459, le conseil de Jerez annule sa donation 



NOTES BT MELANGES 139 

du 2 juillet. — 5°. Mais le 26 mars 14G0, il en fait une autre, 
accordant à un chrétien un terrain pris sur le cimetière des Juifs, 
pour y construire va\q maison, et le lendemain, les Juifs Yuçaf de 
Paredes, Santo Corcos et Jaco Francés, au nom des Juifs, con- 
sentent à cette donation, en exprimant l'espoir que ce sera la 
dernière. Cependant, le 2 mai 1400, le conseil fait une nouvelle 
donation de ce genre; protestation des Juifs. La suite manque. 

9, llolclin, 1888, p. 348. Propriété {(laça) vendue en 1447, à 
Pontevedra, par les Frères de Saint-Dominique à « mestre Jaco é 
Gabrasan judeus moradores en Pontevedra ». — Annulation parle 
chapitre de la cathédale de Lugo, en 14G2, de la vente d'une mai- 
son située à Monforte et relevant du chapitre, vente faite sans le con- 
sentement du chapitre à Ysaque Chamiço, de Monforte. L'annula- 
tion est fondée sur ce que l'acquéreur est « d'une foi différente de 
la nôtre ». — Rappel (par M. Fidel Fita) des épitaphes hébraïques 
de i?m*e, VI, p. 118 et 116. Dans la dernière inscription de la p. 119, 
le nom de femme que nous n'avions pas pu lire autrefois, est cer- 
tainement ^ttû, Seti, comme le propose maintenant M. Fidel Fita; 
M. Fita pense que la localité mentionnée sur cette inscription est 
Garril, un des nombreux Garril de la prov. de Coruna. 

Isidore Loeb. 



LES JUIFS A PAMIERS EN 1256 



On connaît la situation particulière que les Juifs s'étaient créée 
dans le midi de la France au moyen âge. 

Pamiers était un centre très en faveur parmi les Juifs, à cause 
des concessions dont ils y jouissaient. 

Cette ville, bâtie vers 1104, près du village de Fredelatum, par 
Roger II, comte de Foix, fut nommée Apamia, en souvenir de la 
ville de Syrie, visitée pendant la première croisade *. 

Le plus ancien document qui mentionne des Juifs à Pamiers 
paraît être celui de 1279. C'est un règlement contre le luxe, inter- 
disant, entre autres choses, d'inviter aux fêtes de famille plus de 
douze personnes, de ne pas donner, pour les étrennes, plus de 

1 L. Lalanne, Dict. Hist.,- Girault de Saint-Fargeau, Dict . des Communes, etc. — 
Le nom Appamyers se trouve encore dans Olhagaray, Hist. des Comtes de Foix, Bearn 
et Navarre, 1609, j>. 556,560, etc. 



ViO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

douze deniers par chaque enfant. Défense était faite de prendre 
part aux jeux de dés ou d'échecs. Les frais communs de procès 
et autres dépenses collectives devaient être payés avec le produit 
de certaines taxes *. 

L'abbé de Saint-Antonin, tout-puissant à Pamiers, et qui avait 
les Juifs sous sa juridiction spéciale, approuva ces statuts. Par 
bienveillance, il permit même à ses protégés de remplacer la large 
roue d'étoffe que tout Juif devait porter, par une roue étroite bro- 
dée en fil sur le vêtement. Par lettres de 1280, le roi autorisa le 
port de cette marque 2 . 

Le document qui suit, et que nous croyons inédit, est antérieur 
de vingt-trois ans à ces faits. 

M. abbé de Saint-Antonin de Pamiers accorde sa protection à 
Bonio, Juif, fils de Beslinenga, moyennant une rente annuelle d'un 
marabotin d'or : 

Notum sit cunctis quod Ego M. abbas ecclesie Sancti Antonini Ap- 
pamensis nomine meo et conventus recipio te Bonio judeum filium 
quondam Beslinenga et totam familiam tuam et omnes tuas res mo- 
biles et immobiles présentes ac futuras sub mea speciali manutenen- 
cia 3 . defensione, amparantia 4 et ducatu 5 . Ita quod ab hoc presenti 
die in antea 6 manuteneam ac defendam te predictum Bonio judeum 
et totam tuam familiam et omnes tuas res quœcumque sint et ubi- 
cumque et antea persecutari nec molestari permitam bona fide et sis 
salvus et securus quamdiu in dicta manutenencia steteris infra villam 
Appamensem extra villam ineundo et redeundo et permanendo et 
aliis aliquibus locis ubicumque potestatem habeo et habere potero 
aliquomodo ad omnem tuam voluntatem. Idcirco ego Bonio judeus 
dabo vobis domino M. abbati Appamensi et vestris singulis annis in 
festo natalis domini unum Marbotinum aureum quamdiu in vestra 
manutenencia permanebo promitens vobis in mea lege quod vobis et 
domino Appamie sim bonus et fidelis. Ut hœc presens pagina robur 
obtineat firmitalis sigillo proprio feci munimine roborari. Datum 
Appamia... nonas 7 ocfobris régnante ludovico rege francorum anno 
domini M .CC°.L .VI° 8 . 

L'abbé dont il est ici question est Maurin II 9 . Quant aux noms 

1 G. Saige, Les Juifs dans le Languedoc au moyen âge, 1881, p. 40. 

2 Voir dans la Revue des Études Juives, 1887, t. XV, p. 114, un article de M. Ger- 
son, Deux miniatures avec la roue des Juifs, 

3 Auxilium, praesidium (Ducange). 

* Tuitio seu praestatio pro tutela et protectione (Duc). 

3 Def'ensioin vita per alicujus territorium, Gall. saul'-conduit, sauvegarde (Duc.). 

l! Antea = deinceps, in posterum; in antea =± prœterea, ulterius. 

7 Date comprise entre le premier et le sept. 

s Archives des Basses-Pyrénées, E. 478. 

9 Gallia Christiana, XIII, col. 155. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

juifs, nous laissons à des personnes plus compétentes le soin de les 
étudier. 

On voit que la protection accordée par l'abbé Maurin n'est pas 
entièrement désintéressée. 

Cette redevance annuelle d'un marabotin est assez fréquente. 
Une charte de Jacques, roi d'Aragon, datée de 1231, stipule, pour 
une concession d'étangs, qu'il sera payé « annuatim in festo nata- 
» lis domini unum Morabotinurn censualem » *. 

Le nom de la monnaie en question est assez particulier pour 
qu'il soit permis de faire, à son sujet, une courte digression. 

Vers 1100 de notre ère, la monnaie d'or des Almoravides, 
meilleure que celle de leurs prédécesseurs, répandue dans toute 
l'Espagne, passa dans le midi de la France sous le nom de mara- 
hotins -. 

Une monnaie si estimée ne pouvait manquer d'imitations. Al- 
phonse VIII frappa ses grands dinars arabes, qui reçurent le nom 
de marabotins alfonsins ; et il est fait mention, dans plusieurs 
titres des rois d'Aragon du xnr 3 siècle, de « marabotini boni Al- 
» foncini auri fini et ponderis recti 3 ». 

Une des plus curieuses imitations est la monnaie d'or du comte 
de Barcelone, Bérenger-Raimond (1017-1035), dans laquelle M. de 
Longpérier reconnut une copie du dinar du prince Hammoudite, 
Yahia, roi de Malaga 4 . 

Cette pièce porte des légendes arabes et les mots RAIMVNDVS 
COMES, écrits d'une façon rétrograde. 

On a pensé longtemps que les évêques de Maguelonne avaient 
frappé des marabotins ; on sait maintenant que la monnaie mil 
lares était une pièce d'argent imitée du dirhem 5 . 

Quant à la valeur du marabotin, elle a dû varier selon les 
époques. Sous Philippe-Auguste, en 1213, le marabotin pesait 
76 grains, qui, d'après l'estimation d'Abot de Bazinghen G , valaient 
13 livres 6 sols. 

C'est probablement à cause de la faveur dont jouissait la mon- 
naie d'or musulmane que saint Louis fit frapper les premières 
pièces d'or de la troisième race. 

J. -Adrien Blanciiet. 

' Ducange. — On trouve : Marabotinus, Maurabotintis, Marmotinus, Marbotinus. 

2 A. de Longpérier, Revue numismatique^ 1856, p. G6 ; cf. R. Num., 1844, p. 278. 

3 Leblanc, Traité des monnoyes de France, 16yf), p. 179-181. 

4 Rev. Num., 1856, p. 64; cf. H. Lavoix, Moniteur universel, 5 avril 1856. — 
Poey d'Avant, Monnaies féodales, n° 3536. 

5 Cartier, Rev. num., 1855, p. 199. 
,; Traité des monnaies, 1764. 



CORRESPONDANCE 



1. Déclaration de M. Jules Oppert. 

M. Joseph Halévy s'est occupé, dans le n Q 33 de cette Revue, 
d'une notice de moi insérée dans le Compte-rendu de V Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres. Je me bornerai à répondre à 
son article par quelques remarques courtes, mais suffisantes pour 
éclairer les lecteurs de ce recueil. 

Depuis quinze ans, M. Halévy soutient contre tous les assy- 
riologues une thèse inadmissible et qui n'obtiendra pas l'assenti- 
ment du monde savant. Malgré les preuves les plus irrécusables, 
M. Halévy ne veut pas admettre que d'autres que des Sémites aient 
inventé les écritures cunéiformes et que les anciens habitants delà 
Mésopotamie se soient servis d'une langue étrangère à la souche de 
Sem. Il y a plus : des inscriptions écrites dans deux langues diffé- 
rentes avec le même système d'écriture sont regardées par lui 
comme deux manières d'écrire la même langue. La première dissi- 
mulerait la prononciation par des rébus, elle serait une crypto- 
graphie ou allographie exprimant « une langue des dieux et des 
esprits. » La seconde, mise en regard de la première, donnerait la 
prononciation véritable de la langue assyrienne. Mais pourquoi 
aurait-on écrit le même texte une fois pour en dissimuler la pro- 
nonciation et une autre fois pour la donner ? Voilà quinze ans que 
cette question a été posée à M. Halévy, et quinze ans qu'il s'obstine 
à ne pas y répondre. Si nous prenions la Phèdre de Racine et la 
traduction allemande qu'en a faite Schiller, nous pourrions, avec 
les procédés de M. Halévy, raisonner ainsi : Il existe une tragédie, 
Phèdre, écrite une fois en cryptographie par Racine et une autre 
fois en phanérographie par Schiller. On avait cru jusqu'ici que la 
transcription de Racine était un original écrit en français et ensuite 
traduit par Schiller en allemand : c'est une erreur. La prétendue 
tragédie française n'a jamais existé, ce n'est qu'un rébus qui 



CORRESPONDANCE l ,:; 

traduit à sa manière le texte de Schiller, et Phèdre n'est pas 
autre chose qu'une pièce allemande. Si l'assyriologie était une 
science moins nouvelle et moins discutée, cette théorie n'aurait 
probablement pas eu une longue existence, mais ce qui est impos- 
sible ailleurs peut arriver en assyriologie, à cause de la nou- 
veauté de cette science et de l'incrédulité avec laquelle le public 
l'a d'abord accueillie. Mais MM. Sayce, Lenormant, Schrader et 
moi-même avons démontré dans des écrits, volumineux l'exac- 
titude de la thèse que nous soutenons sur les origines non sémi- 
tiques de l'écriture cunéiforme et sur la langue non-sémitique 
que représentent divers textes cunéiformes, et nous avons pu 
éclairer sur ce sujet tous les savants compétents. Sans parler de 
Hincks, Rawlinson, Norris, Birch, Cox, Talbot et de Sayce, Le- 
normant et Schrader, nous citerons George' Smith, Coxe, Vaux, 
Layard, Rassam, Haughton, Pinches, Budge, Boll, le P. Strass- 
maier, le savant éditeur de tant de textes, Evetts, Lyon, et d'autres 
en Angleterre, Haupt, Hommel, Jenson, Lehmann, Bezold et toute 
l'école allemande; Menant, Amiaud, Heuzey, Ledrain, Quentin, 
Révillout, Babelon, Grébaut, Maspéro, en France, Oberzinner, 
Krall et d'autres en Autriche ; Finzi en Italie, et d'autres savants 
enfin, de Russie, d'Espagne et d'Amérique ; l'universalité des 
érudits du métier refusent de s'associer aux idées de M. Halévy. 
Sur le sujet spécial qui a été traité par M. Halévy dans le nu- 
méro cité de la Revue, c'est-à-dire l'identité soutenue par M. Ha- 
lévy d'Hamurabi et d'Amraphel, qui ont certainement vécu à plu- 
sieurs siècles de distance l'un de l'autre, je renvoie le lecteur à ma 
démonstration contenue dans le Compte rendu de V Académie des 
Inscriptions et Belles- Lettres. Je n'ai pas à traiter ici de la ques- 
tion en général, je ne relève que les erreurs qui me regardent 
personnellement. Je n'ai jamais dit qu'Arioch de la Bible était fils 
de Kedorlaomer, ce dernier ne paraît pas dans les textes cunéi- 
formes ; M. Halévy croit à tort que Kedorlaomer est identique 
à un nommé Kudurmabug qui figure dans les textes comme 
père d'un Arioch plus moderne. Acceptant cette hypothèse 
comme démontrée, il part de là pour faire à mes dépens des 
raisonnements dont il est permis de contester la force con- 
clusive. Je ne crois pas à la valeur des preuves tirées contre moi 
de la langue élamite ou cissienne, dont on ne saurait rien sans 
mes découvertes. 

En résumé, M. Halévy n'a jamais répondu aux arguments 
par lesquels on combattait sa thèse. Elle est radicalement fausse, 
et comme, dans une science si nouvelle et qui inspire encore 
des défiances, le public peut être facilement égaré, je crois de mon 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devoir de contribuer à l'éclairer. C'est la seule excuse que je fais 
valoir pour n'avoir pas gardé le silence. 

Jules Oppert. 



2. Réponse de M. Ilalêvy. 

M. Oppert est un des savants qui ont créé la théorie du sumé- 
rien, il est parfaitement légitime qu'il croie à l'existence de la 
langue sumérienne et à l'origine non sémitique de l'écriture 
cunéiforme; mais je demande le droit et la liberté de maintenir 
sur ces questions une opinion opposée, que j'ai soutenue scientifi- 
quement. Je suis prêt à me rendre quand on m'aura convaincu 
d'erreur, mais on ne m'a opposé aucun argument scientifique. 
Je ne peux m'incliner devant des affirmations autoritaires ou 
des listes qui prouveraient que l'ancienne théorie a un grand 
nombre de partisans. Mon savant contradicteur n'est pas assez 
désintéressé dans la question qui nous sépare pour qu'on puisse ac- 
cepter ici son autorité, et la multitude des partisans de sa théo- 
rie me paraît se réduire à peu de chose. Parmi les trente-huit 
érudits qu'il cite nominativement à titre de juges qui condam- 
neraient ma théorie, quatre sont morts avant que mon opposition 
ait vu le jour; ce sont Hincks, Norris, Layard (?) et Finzi; sept 
autres : Birch, Cox, Vaux, Heuzey, Babelon, Grébaut, Maspéro, 
sont des spécialistes en archéologie ou en égyptologie, mais ne 
se sont jamais occupés de linguistique sumérienne. La même 
chose peut se dire au sujet de MM. Rassam, Haughton, Oberzinner 
et Krall, dont les travaux sur cette matière me sont inconnus. 
Reste le cercle assez étroit des assyriologues proprement dits, 
mais de ceux-là, auxquels je suis depuis longtemps attaché par des 
liens d'une sincère amitié, malgré nos divergences d'opinion, les 
trois quarts n'ont jamais publié de travaux spéciaux pour com- 
battre l'antisumérisme; les seuls qui aient fait quelques tentatives 
dans cette direction sont MM. Schrader, Sayce, Haupt et surtout 
le regretté Lenormant. M. Oppert lui-même n'a consacré à cette 
question qu'une petite notice, il y a plus de dix ans. En face de 
ces cinq suméristes, l'antisumérisme dispose de trois défenseurs 
actifs : le regretté Stanislas Guyard, M. le professeur Friedrich 
Delitzsch et mon humble personne. Qu'est donc devenue cette 
« universalité d'érudits du métier » qui condamnent ma théorie? 
Evidemment l'expression est un peu hyperbolique. 

Si je soutiens que les cunéiformes babyloniens sont sémitiques, 



CORRESPONDANCE 145 

ce n'est point par des raisons tirées des considérations de race, 
mais uniquement parce que ces cunéiformes révèlent la phonétique 
des langues de Sem. Je ne me suis jamais occupé des aptitudes 
primitives des races. Je n'ai jamais affirmé que les autres peuples 
n'auraient pas eu la capacité nécessaire pour une telle invention. 

Je n'ai pas dit non plus que le système que j'appelle hiératique 
serait une cryptographie qui dissimulerait la prononciation par 
des rébus. J'ai protesté plusieurs fois contre cette allégation 
inexacte. Au lieu de dissimuler, le rébus rappelle et indique le 
mot qu'il exprime, quoique parfois d'une façon imparfaite. 
L'alphabet même est une composition d'idéogrammes et de phono- 
grammes; ainsi le mot Nia « créer » se compose des signes ~bèU 
rêsh-aleph, et ce rébus, signifiant « maison-tête-bœuf », produit 
les phonogrammes ba-ra-\ Dans l'écriture syllabique des cunéi- 
formes c'est le même procédé qui est mis en pratique, avec cette 
différence que, par suite du grand nombre des signes, l'emploi du 
rébus varie presque à l'infini et se complique par des conventions 
plus ou moins savantes ou subtiles, mais le but du système est 
toujours ^expression du mot et non sa dissimulation. 

L'emploi simultané des deux systèmes hiératique et phonétique, 
chez les Babyloniens, a son parallèle dans l'emploi de nos chiffres 
romains ou arabes à côté des nombres exprimés en toutes lettres ; 
seulement ce dualisme scripturaire est chez eux plus étendu que 
chez nous. Comparer les antisuméristes à ceux qui voudraient 
considérer la Phèdre de Racine comme une forme cryptogra- 
phique de la Phèdre de Schiller est une manière de polémiser 
par trop facile. Rien ne me serait plus aisé que de m'égayer, de 
la même façon, aux dépens de mes contradicteurs. Ils ont inventé 
un peuple sumérien qui n'a jamais existé et ils lui attribuent une 
langue qui n'a jamais été parlée. On voit les plaisanteries que je 
pourrais faire sur ce sujet. 

Je n'ai jamais dit que, suivant M. Oppert, l'Arioch de la Genèse 
serait le fils d'Amraphel, et je ne sais où M. Oppert a pris que je 
lui aie attribué cette opinion. Quant à la date d'Hammurabi, qui 
serait de deux siècles antérieure à celle d'Abraham, je le croirai 
très volontiers quand on l'aura prouvé; mais jusqu'à présent, 
on n'en a donné aucune preuve. 

Si la lecture d'ouvrages scientifiques donne le droit de se dire 
élève de leurs auteurs, alors je me déclare volontiers élève 
de tous les assyriologues, même de ceux qui sont venus après 
moi, dans les ouvrages desquels j'ai appris bien des choses que je 
ne savais pas auparavant. Je suis du reste prêt à répondre 
dans les publications consacrées à ces matières, sur tous les 

T. XVIII, n° 35. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

arguments qu'on voudra bien m'opposer et sur les questions 
spéciales où j'ai été, dans cette Revue, en désaccord avec 
M. Oppert. A des raisons, on répond par des raisons, et non par 
des déclarations. 

J. Kalévy. 



III. Réplique de M. Oppert. 

Les arguments de M. Halévy me dispensent de toute réponse. 
La Phèdre de Racine, selon M. Halévy, ne « dissimule » pas la 
Phèdre allemande, elle la « rappelle » et Y « indique » sous forme 
de « rébus », elle est composée d' « idéogrammes et de phono- 
grammes ». Je n'ai pas fait choix de cet exemple pour plaisan- 
ter, mais parce qu'il traduit exactement la théorie de M. Halévy. 
Prenons maintenant l'exemple d'un roi qui dépense son argent 
pour faire graver sur une pierre dure, une longue inscription, 
en deux colonnes parallèles, qui débute ainsi : 



4 re COLONNE 

Hammurabi 

lugal aga 

ursak. 



2 e COLONNE 

Hammurabi 

sarruv dannuv 

garraduv. 



Ces deux textes sont, le premier sumérien, le second, assyrien, 
ils disent exactement la même chose, chacun dans sa langue; 
nous en donnons la traduction française dans une troisième 
colonne : 

3° COLONNE 

Hammurabi, 

le roi puissant, 

le héros. 

Quant au nom propre, on s'étonnera qu'il ne soit ni « rappelé », 
ni « indiqué », par un « rébus », un « idéogramme » ou un 
« phonogramme ». 

Qui m'empêchera maintenant de prétendre, en appliquant la 
théorie de M. Halévy, que la première et la deuxième colonne des 
textes sont une cryptographie, et doivent se prononcer exactement 
comme notre colonne 3? L'un et l'autre ne seraient que du fran- 



CORRESPONDANCE 147 

çais déguisé. Je l'ai déjà dit, depuis quinze ans, M. Ilalévy soutient 
sa thèse sans avoir fait des adeptes sérieux. Il me reproche que 
quelques-uns des savants que j'ai cités comme partisans de mes 
opinions sont morts avant d'avoir connu ses écrits, mais les morts 
ont vécu avant de mourir, et pendant qu'ils ont vécu, ils ont cru, 
avec moi, à l'existence du sumérisme. C'est Hincks qui a inventé 
le mot accadien, pour désigner la langue dont M. Halévy nie l'exis- 
tence, Norris s'est servi souvent de ce mot, comme Finzi ; Layard 
vit encore, les savants éminents que M. Halévy voudrait écarter 
ont une compétence égale à la sienne et condamnent unanime- 
ment son opinion. Je ne crains pas leurs réclamations à ce sujet. 

Tous les arguments de M. Halévy tombent aussi facilement que 
ceux auxquels je viens de répondre. Je ne suis pas « l'un des 
inventeurs,» mais «l'inventeur» du sumérien. Beaucoup de 
jeunes savants s'occupent de la grammaire de cette langue, mais 
sans s'occuper le moins du monde du « dualisme scripturaire » 
de notre contradicteur. 

Je n'ai jamais vu une table de logarithmes écrite en double, une 
fois en chiffres romains, et l'autre en chiffres arabes. 

L'âge de Hammurabi est chronologiquement prouvé. Je regrette 
de ne pouvoir fournir à M. Halévy qu'une démonstration mathé- 
matique; mais il m'est impossible d'aller au-delà. 

Les preuves scientifiques opposées à M. Halévy ne le satisfaisant 
pas, il lui faut rappeler que personne dans aucune question n'a 
le dernier mot. Nous ne pouvons pas empêcher qu'après nous 
viennent d'autres hommes. Ils jugeront. 

Jules Oppert. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre 
mais de l'auteur de la recension, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



hébreux. 

"03N t]!T"DN '0 Homélies et novelles sur la Bible, par Abraham Palaggi. 
Smyrne, impr. Hayyim Abraham 1"i2H (de Segora), 5G49 (1888) ; in-f° de 
227 + 99 + 89 ff. 

"litINÏl Dictionnaire de l'hébreu et de la langue de la mischna, par Samuel 
Josef Finn. Varsovie, impr. Alex. Gnica ; 1 er vol., allant jusqu'à la fin 
de la lettre zain. Varsovie, 1884-1887 ; in-8° de 584 p. 

n*HDDÏ1 'HinN Magazin fur hebr. Literatur u. Wissenschaft, Poésie u. Bel- 
letristik, edirt von Eisig Graber ; II. Jahrgang. Jaroslau (impr. Jos. 
Fischer, à Cracovie), s. d. (1888) ; in-8° de 204 -f 38 + 90 -f 470 -f 
54 p. Le chapitre historique est intéressant (Kaufmann, documents de la 
communauté juive d'Eisenstadt et divers; Gurland, contribution à l'his- 
toire des persécutions en Russie et en Galicie ; etc.); dans le chapitre 
consacré à la littérature, Commentaires de Lévi b. Gersou sur Ezra, 
Néhémie et les Chroniques, édité par Mortara. Dans le reste, beaucoup 
de fatras. 

Û^-pûN t^N 'D Homélies par Jacob Saùl Eljaschar. Jérusalem, impr. 
S. L. Zuckermann, 5648 (1888); in-f° de 146 ff. 

0"lbp3"IN "mfcW Biure Onkelos, Scholien zum Targum Onkelos von Simon 
Baruch Schefftel, nach dem Tode des Verfassers herausgg. von J. Perles. 
Munich, libr. Theod. Ackermann, 1888; in-8° de 288 p. 

ÏTVTDn ri^3 Auswahl hebr. Classiker, sammstliche Gedichte Abu'l Hassan 
Jehuda Ha-Lewi, Divan's R. Jeschua b. Eliah Halevy, und R. Chija 
Almagrevi, Glossen von Prof. S. D. Luzzatto, nebst Einleitung, Biogra- 
phie u. Textvariationen versehen von Samuel Philipp. Erster Theil. Lem- 
berg, libr. M. Wolf, 1888; in-8° de 96 p. 



BlBLIOGBAPHItt 149 

\D*ÏT0Ï1 rP3 Eludes talmudiques et rabbiniques, par divers, recueilli par 
Mikha Josef Berditscbowski et édité par Eisig Gri'iber, 1 er fascicule. 
Cracovie, impr. Jos. Fischer, 5G48 (1888) ; iu-8° de 112 p. 

TttN HM '0 Ginatb Egos, Homilet- und exegetisebe Abbandlungeu sowie 
versebiedene Erklàrungen scbwieriger Texte aus der Bibel, der talmud. 
und midraseb. Literatur, uebst einem Anbauge « Pircbe Hagan » enthal- 
tend mebrere balacbisebe Artikel zur Erorterung scbwieriger Fragen, von 
E. d. Grajewski. Berlin, libr. Itzkowski, 1887, in-4° de 70 p. 

bN^lID"' ■<» b^b btm&] W ^ai '0 Volksthumliçhe Gescbicbte der Juden 
von D 1 * II. Graetz, in's bebr. ùbertragen von P. Rabinowicz. 1. Band, 
1. Lieferung. Varsovie, impr. Tsr. Alapin, 1888; in- 8°. 

Û^ntt ÏWHI '0 Homélies sur des sujets divers, par Nissim Hayyim 
Moïse Modaï. Smyrne, impr. Hayyim Abrabam di Segora, (1888 ?) ; in-f° 
de219ff. 

ttTlTrïTl nln '0 Religion and Law, sbowing tbat religion is not Faitb but 
pure Knowledge ; par S. J. Silberstein. 1 er fascicule, New-York, impr. 
Brody et Cbelimer, 1887, in-8° de 168 p. L'ouvrage doit avoir cinq fas- 
cicules. 

ÏTC5E *p""ÛT 'D Commentaire sur les dix-buit bénédictions et sur divers 
chapitres du Pentateuque, plus homélies et oraisons funèbres, par Sa- 
lomon Goldschmidt. Berlin, impr. Itzkowski, 5648 (1888) ; in-8° de 106 p. 

Û^rtta DIT* m^n Compte-rendu de la Société de bienfaisance Ezrat Nid- 
dahim, de Jérusalem; 5 e année, 5648 (1888); 1 er fascicule. Jérusalem, 
s. a., in-8° de 44 p. ; 2 e fascicule, in-8° de 48 p. 

ïlbapfi riE^n TlOI d"l53>ï-r "nnott mO" 1 Heidenthum und Kabbala auf 
gemeinschaftliche Principien Zurùckgefùhrt, von S. Rubin. Wien, impr. 
Ad. Fanto, 1888; in-8° de 182 p. 

\rùT Û1JHn d3> !T3>12^ Targum on Isaiab I-V, wilb Commentary; par 
Harri S. Lewis. Londres, libr. Trùbner, 1889 ; in-8° de iv-52 ff. Le com- 
mentaire sur le Targum est en hébreu. 

ÏIDin YiaD Sammlung zebn kleiner nach Zahlen geordneten Midraschim 
. . . Autographische Ausgabe; par Chaïm M. Horowitz. Francfort-sur- 
Mein, chez Chaïm M. Horowitz, 1888 ; in-8° de 56 p. 

ÛWÏ1 "mn '0 , Û^mrO Liber Chronicorum, Textum masoreticum accu- 
ratissime expressit. . . S. Baer ; cum prœfatione Francisci Delitzsch 
atque commentatione Friderici Delitzsch De nomine Tiglatb Philesaris. 
Leipzig, impr. H. Tauchnitz, 1888; in-8°. 

NE"">73 ab '0 Novelles talmudiques et homélies par Rafaël Méir Panizel. 
Jérusalem, impr. S. L. Zuckermaun, 5647 (1887) ; in-f° de 127 f. 

ïinama* ^\>n "•np^ m» û^iid^i enr^a pa^ iwn ripntt )k Des Sama- 

ritaners Marquah an die 22 Buchstaben den Grundstock der hebr. Spra- 
cbe anknùpfende Abbandlung, nach einer Berliner Hdschr. berausggb., 
ûbersetzt und mit Noten u. Anmerkungen versehen ; par Hermann Baneth. 
1 er fascicule ; Berlin, libr. Mayer et Millier, 1888 ; in-8° de 57 p. 

1D23 "172-N53 Consultation sur la ÏTV*re, par Elie Plessner, Berlin, impr. 
Driesner, 5649 (1889) ; in-8° de 48 p. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•p'" , 'Nb b^MTa '0 Poésies hébraïques, par Abraham b. Josef Danon. An- 
drinople, ir>pr. impériale, 5648 (1888) ; in-8° de 103 p. 

[T"3>]. Aboda Zara, der Mischnatraklal « Gotzcndienst » herausgegeb. und 
crkliirt von Ilerm. L. Strack. Berlin, libr. II. Reulher, 1888 ; in 8° de 3G p. 
N l> 5 des Schriflen des Institutum Judaïcum (des missions) in Berlin. 

db^ïl *]ir\y '0 Aruch Complelum. . . auctore Nathanc filio Jechielis... 
edidit Alexander Kohut. Tome V. Wien, libr. A. Fanlo, 1889; in-4° de 
400 p. Lettres ?» 12 et 3. Que devient la fin de la lettre kaph, qui manque 
ici et à la fin du IV e vol. ? Aucun renseignement n'est donné à ce sujet 
à l'acheteur. 

I"ï3123fi tt&n nlDD73 hy d"3^!l ttWB Commentaire de Maïmonide sur le 
traité talmudique Rosch-Haschana, édité pour la deuxième fois avec 
additions et commentaire, par David Baer Rubin. Jérusalem, impr. 
S. L. Zuckermann, 5647 (1887) ; in-4° de 18 ff. 

'5 V 3 ^ bw^pTn^ n&rnsb nn^3 l$p p^n Ezechiel, Capitel zwanzig, er- 
làutert von M. Friedmann. Wien, impr. M. Knopfelmacher, 1888, in-8° 
de 16 p. et 7 ff. 

nw bip Homélie prononcée le jour anniversaire de la mort de Jacob 
Nehama par son fils Juda Nehama. Salonique, impr. Eç Hayyim, 5648 
(1888) ; in-8° de 47 p. 

D^DINS!! miTwîn mb^lï 'O Quatre cents consultations rabbiniques, nou- 
velles et anciennes, imprimé d'abord à Constantinople en 5335, puis à 
Prague vers 5350, ensuite à Mantoue en 5357 ; augmenté, avec notes et 
index, par Mardochée Elie Rabbinowicz. Vilna, impr. Katzenellenbogen, 
5644 (1884), in-4° de 88 p. 

ID'wb ftfTOttJ 'O Consullations rabbiniques, par Jacob Saùl Eljaschar. Jéru- 
salem, impr. S. L. Zuckermann, 5648 (1888) ; in-f° de 124 ff. 

ÏVSÊE ÏTTin Novelles talmudiques, avec supplément )V£ naïlN, par di- 
vers ; publié par Samuel Lévi Zuckermann ; 2° année, fascicule 1. Jéru- 
salem, 5648 (1888) ; in-8° de 30 -f 10 ff. 

rrûtt nSDtt *bM Tîftjbll Babylonischer Talmud ; Tractât Makkoth, kri- 
tische Edition von M. Friedmann. Wien, libr. Alfred Hôlder, 1888 ; 
in-8° de iv-68 p. Bon travail, comme tout ce que fait M. Friedmann. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Aronius (Julius). Regesten zur Geschichte der Juden im frankischen und 
deutschen Reiche bis zum Jahre 1273 ; 2 e livr. Berlin, lib. L. Simion, 
1888 ; in-4°, p. 65 à 128. 

Ba.ethgen (Friederich). Beilrage zur semitischen Religionsgeschichte. Der 
Gott Israels und die Gôtter der Heiden. Berlin, lib. H. Reuther, 1888 ; 
in-8° de 316 p. 

[Beni-Israel.] A Sketch of the history of Beni-Israel and an appeal for 
their éducation. Bombay, s. d. (1888), in- 8° de 38 p. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

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cueillies, traduites, commentées et accompagnées de notices biographiques. 
Paris, lih. A. Durlacher, 1888; in-8° de m-142 p. Très intéressant, rem- 
pli de faits et de noms. 

BlumbnthÂl (Adolf). Rabbi Meïr, Leben und Wirkep eines jùdiscben 
Weisen aus dem zweitén nachehristlichen Jabrbundert, nacb den Quellen 
bearbeitel. Francfort s/M., libr. J. Kantrinann, 1888; in-8° de viii-142 p. 

Cassel (Paulus\ Miscble Sindbad, Secundus-Syntipas, edirt, emendirt und 
erklart. Berlin, lib. R. Schœrïer, 1888; in-8° de vi-424 p. Le texte hébreu 
dos T^-i:D ^'C'2 a 13 ff. chiffrés à part, formant en réalité les p. 182 à 213. 
Étude sérieuse. 

Cazès (D.). Essai sur l'histoire des Israélites de Tunisie depuis les temps 
les plus reculés jusqu'à l'établissement du protectorat de la France en 
Tunisie. Paris, libr. A. Dnrlacher, 1888; in-12 de 211 p. Intéressant 
travail. 

Cohen (Hermann\ Die Nàchstenliebe im Talmud, ein Gutachten dem kônigl. 
Landgerichte zu Marburg erstaltet. Marburg, libr. R.-G. Elwcrt, 1888 ; 
in-8° de 35 p. 

Corpus inscriptionem semiticarum ab Academia inscriptionum et litter. 
humaniorum conditum... Pars prima, tome I, fasc. 4. Paris, impr. 
nat., 1887. 

Dalman (G. -H.). Der leidende und der sterbende Messias der Synagoge im 
ersten nachehristlichen Jahrtausend. Berlin, 1888, in-8° de 100 p. N° 4 
des Schriften des Instit. Jud. in Berlin. 

Davis (D.). Hebrew Deeds of English Jews before 1290. tondres, 1888. 

Nous avons déjà parlé de cet ouvrage, Revue, xvi, 297 ; nous y reve- 
nons pour ajouter quelques notes et rectifier quelques hypothèses, prin- 
cipalement à l'aide des observations que nous a faites M. Davis et pour 
lesquelles nous lui exprimons tous nos remercîments. Nous avons fait 
remarquer que les scribes anglais ne savaient plus, très exactement, 
représenter Ye muet français, qu'ils le mettent ou l'omettent au hasard. 
Nous ajoutons que ces incorrections d'écriture sont probablement dues 
à des altérations de la prononciation française. Lorsque l'Anglais faisait 
sonner fortement une consonne à la fin d'un mot, le scribe hébreu était 
tenté de mettre un N (pour e muet) à la fin du mot. C'est ainsi qu'on a, 
outre Jacope, Paule, que nous avons cités, Blanke pour Blank (n° 11, 
p. 25 ; corriger notre observation, ce n'est pas un nom de femme), Garlande 
pour Garland (n° 49, p. 124). Sir n'est pas pour sire, ni saint pour 
sainte (corriger nos observations, Revue, ibid., p. 297, 1. 39 et 40), ce sont 
des formes anglaises correctes. De même Fluria (n° 3), Le jouvene (n° 33), 
Almonda = Allemande (n° 53), Felia (n° 121), Molkin (n°17o), sont des 
formes garanties par le texte latin, et qui auraient été acceptées sans diffi- 
culté, si le lecteur avait été averti qu'elles se trouvent dans la partie latine 
des pièces. Le mot EJ333B*i£| (n° 53) est bon, c'est l'anglais feeffment. 
Iuetta, luette (n° 98) se trouve également dans les textes latins, il est inu- 
t tile de lire Ioette. Le mot *"p"^N73 (n° 62) se trouve sous la forme mainer 

dans les textes latins, et de même ^72^*1 (n° 195) est Reymes des textes 
latins. Le mot Vn (n° 154) est une faute d'impression des Deeds, il faut 
lire 'pNDD'p Iocepin. Le mot douteux du n° 184, que nous avons voulu lire 
Lachainette, est, à ce qu'il parait, Lecunte. EnGn le mot tfj^lp (n° 187) 
désignant, d'après M. Davis, un kitchen, est quelque chose comme le 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

français cuisine. Suivant une loi que nous avons souvent fait remarquer 
dans la Revue, le d et le i [s doux comme dan9 maison, raison) se confon- 
daient très souvent dans la prononciation populaire du moyen âge, chez 
les chrétiens aussi hien que chez les Juifs. Nous n'avons donc pas besoin 
[Revue, ibid, p. 298, en bas) de corriger Nj^bTN72 en ÊW 1 5*7873 , ce sont 
deux formes différentes du même nom, Madeleine. M. Davis croit (et il 
peut avoir raison) que nous avons eu tort d'identifier Amiot avec Moss 
(n° 133), Amiot serait un autre fds de David Lombard, et le nom serait 
une forme du Bon-ami qui est fréquent au moyen âge. Sur l'identification 
de Deulecress avec Josef, Jos/f, Jehosifia, que nous avons proposée 
(Revue, ibid., p. 299), M. Davis fait une objection importante; il croit que 
Deulecress est le nom donné aux Salomon. Nos Deeds ont, en effet, au 
n° 50, Abraham b. Salomon dit Deulecress ; au n° 68, Eliézer b. Salomon, 
dit Diai b. Deulecress ; au n° 67, notre José b. Salomon dit Deulecress. Il 
semble donc bien que le nom de Deulecress soit en relation avec celui de 
Salomon (cf. aussi, p. 364, Deulecress b. José, ce qui serait José b. José, 
si notre identification était exacte). Cependant, on ne saurait méconnaître 
que Deulecress est une excellente traduction pour Josef, tandis qu'on ne 
voit pas quel rapport il peut avoir avec Salomon. Pour nous, la question 
est donc loin d'être décidée. C'est, du reste, à tort, à ce qu'il semble, que 
nous avons (n° 64) identifié Isaac b. Samuel et. Isaac fils Deulecress (cf. 
Deeds, p. 171, où les deux personnages figurent l'un à côté de l'autre). Nous 
ajoutons encore deux observations: 1° N^'lp (p. 325 des Deeds) paraît 
être l'équivalent de l'hébreu Iomtob ; faut-il néanmoins lire Cress ? Et 
qu'est-ce que le 8"I*J7£^ qui suit, pour Isaac ? — 2° Le nom de Diai (Dieu- 
aie), que nous avons identifié avec Eléazar, paraît exister aussi chez les 
Juifs de langue allemande; on connaît chez eux, des Diyé (accent tonique 
sur la pénultième). 

Donadiu (Dalfin) y Puigxan. A Santo Tomas de Aquino ; Dans Solemne 
sesion publica celebrada por la Academia Barcelonesa... de Santo Tomas 
de Aquino. . . él dia 18 de marzo de 1888, p. 41. Barcelone, impr. Subi- 
rano, 1888. 

Dumax (l'abbé V.). Révision et reconstitution de la chronologie biblique et 
profane des premiers âges du monde, d'après les découvertes de la science 
moderne et le savant ouvrage de M. Chevalier. Paris, libr. René Haton, 
5 vol. in-8°. Étude préliminaire, 1886 ; époque antédiluvienne, 1886 ; 
époque post-diluvienne, 1886 ; époque abrakamique, 1887 ; époque du 
désert, de la Terre-Promise et des Juges, 1887. 

Eigken (Heinrich von). Geschichte und System der mittelalterlichen Welt- 
anschauungen. Stuttgart, libr. J.-G. Cotta, 1887 ; in-8°. Cet ouvrage très 
remarquable contient, p. 64 à 97, un chapitre (cliap. ni) sur le Judaïsme 
considéré comme source du christianisme. 

Epstein (A.). Bereschit Rabbati (Handschrift der Prager jûd. Gemeinde), 
dessen Verhàltniss zu Rabba-Rabbati, Moses ha-Darschan und Pugio 
Fidei. Berlin, libr. Julius Benzian, 1888: in-8° de 35 p. Tirage à part du 
Magazin de Berlin ; très intéressant. 

Felsenthal (B). Rabbi Patrick, dans Menorah, de New-York, 1889, n° 1 ; 
tirage à part, in-8° de 11 p. » 

Fluegel (M.). Gedanken ùber religiose Bràucke und Anscbaunngen. Der 
Parsismus und die biblischen Religionen. Cincinnati, libr. Bloch, 1888 ; 
in-8° de ni-96 p. 

Flavii Iosephi opéra edidit et apparalu critico instruxit Benedictus 



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F887, in- 8° de lxxxiv-362 p.; vol. IL Antiquil. Iud. libri vi-x ; Berlin, 
libr. Weidmanii, 1888/in-8° de vm-892 p. 

Frank (Louis). La bienfaisance israélite à Bruxelles; 1 er fascicule. Extrait 
de la Revue de Belgique. Bruxelles, librairie européenne G. Muquardt, 
1888; in-8° de 28 p. 

Franz (A.). Das Buch der Religionen, nach christl. und jùd. Quellen bear- 
beitet. Stuttgart, libr. A. Psautsch, 1889; in-8° de 136 p. Exposition 
populaire de la religion juive, faite dans un esprit d'impartialité, mais non 
sans petites erreurs. 

Frikdljsnder (M.). Spinoza, his Life and Philosophy. Londres, bureau du 
Jewish Chronicle, 1888; in-8° de 32 p. Lecture faite au Jew's Collège. 

Gruenwald (M.). Die Gastfreundschaft nach biblischer Anschauung, zu 
gleich eine Ergànzung und Berichtigung zu Prof. R. v. Jbering's « Gast- 
freundscbaft im Alterthum » (voir Deutsche Rundschau, de J.Rodenberg, 
XIII, 9° fasc, juin 1887, p. 257-397). Extrait d'un journal, p. 98 à 104. 

Gruenwald (M.). Jungbunzlauer Rabbiner; Separat-Abdruck aus dem Jùd. 
Centralblatt. Prague, imp. Schmelkes (1888) ; in-8° de 27 p. 

Hœnigre (Robert). Das Judenschreinbuch der Laurenzpfarre zu Kôln, mit 
einer Tafel in Lichtdruck, herausgg. unter Mitwirkung von Moritz Stern. 
Berlin, libr. Leonhard Simion, 1888; in-8° de viii-261 p. Publié parla 
Histor. Commission f. Gesch. der Juden in Deutschland. Documents de 
grand intérêt. Sur la valeur de l'édition, il y a des remarques à faire. 

Hoffmann (D.). Zur Einleitung in die halachischen Midraschim. Beilage 
zum Jahresbericht des Rabbiner-Seminars zu Berlin, 5647 (1886-87). Ber- 
lin, impr. Driesener, s. d. (1888) ; in-8° de 92 p. 

Jacobs (Joseph). 1. Jewish diffusion of Folk-Taies. Londres, bureau du 
Jewish Chronicle, 1888 ; in-8° de 15 p. Lecture faite au Jew's Collège. 
— 2. Was sir Léon ever in London ; ib., extrait du Jewish Chron., 
n° du 25 janvier 1889 ; in-8° de 7 p. — 3. Notes on Jews from the Pipe 
Rolls of the twelft Century, dans The Archseological Review, Londres, 
n° de fév. 1889, p. 306 et suiv. Matériaux du plus haut intérêt. — Junior 
Right in Genesis, dans Archasological Review, n° de juillet 1888, p. 331. 

Jahn (Ulrich). Ueber den Zauber mit Menschenblut und anderen Theilen 
des menschlichen Kôrpers. Dans Ztschr. fur Ethnologie, Organ der Ber- 
liner Gesellsch. f. Anthropol. (Berlin, A. Asher; 30 e année, 1888, fasc. 2. 
p. 130 der Besprechungen). Etude très instructive aussi au sujet des folles 
accusations dont les Juifs ont été si souvent l'objet. Cependant, des 
. réserves à faire quand l'auteur abandonne les études ethnographiques, où 
il est si exercé, pour entrer dans les considérations historiques. 

Jastrow(M.). A Dictionary of the Targumim, the Talmud Babli and Yeru- 
salmi and the Midrashic Literature; 2 e fasc, 5*31BON à "nu. New- York, 
libr. Putnam ; Londres, libr. Trùbner, 1887; in-4°, p. 97 à 192. 

Jahrbùcher fur jùdische Geschichte und Literatur, herausgg. von N. Brùll ; 
IX. Jahrgang. Francforts/M., libr. Reitz et Kohler, 1889; in-8° de 176 p. 
Contient principalement: 1. Beitrage zur jùd. Sagen- und Spruchkunde 



154 - REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

im.Mittelallcr ; 2. Miscellen, par M. Stcinschneider (Die Frau und der 
Narr; Isak LaLbif ; zur Familie Jachja ; Josef Caspi ; Josefb. Israël ; Meir 
Daspira ; No'man oder Nu'mann ; Rakutbi; Spinoza ; Todros aus Cavaillon ; 
Teutsch benschen). 

Theologischer Jabrcsbericbt. . . von R.-A. Lipsius; 7. Band, entbaltend die 
Literatur des Jabres 1887; Leipzig, 1888 ; in-8°. Le chapitre 10, p. G7-77, 
est consacré au Judaïsme (Talmud, aggada, midrascb, littérature post- 
talmudique, histoire juive, actualités et polémique). 

Kahn (Léon). Les Juifs à Paris depuis le vi e siècle, avec gravures et pré- 
cédé d'une préface de M. Zadoc-Kahn. Paris, libr. A. Durlacber, 1889 ; 
in-18 de viii-244 p. Matériaux intéressants à partir de l'histoire des Juifs 
aux xvm e et xix e s., p. 51 et suiv. Fallait pas prendre au sérieux l'his- 
toire des mazarinades où sont mêlés des Juifs, nous avons la preuve que 
dans cette histoire d'un enfant tué à Paris en 1652 (p. 42), aucun Juif ne 
figure, il n'y avait pas de Juifs à Paris à cette époque ; on a appelé Juifs 
les auteurs du méfait uniquement parce qu'ils étaient fripiers. 

Kahn (Zadoc). Die Sclaverei nacb Bibel und Talmud,. . . aus dem franzôs. 
ùbersetzt von J. Singer. Prag, libr. J.-B. Brandeis, 1888; in-8° de 133 p. 

Kaufmann (David) t Zur Gescbichte jùdischer Familien. — I. Samson 
Wertheimer, der Oberboffactor und Landesrabbiner (1658-1724) und seine 
Kinder. Wien, libr. Friedrich Beck, 1888 ; in-8° de ix-113 p. Excellente 
étude historique. C'est la première fois que l'histoire d'une famille juive 
est étudiée avec un tel soin et une si vaste érudition. L'ouvrage peut 
servir de modèle pour ce genre d'e'tudes et il montre quel intérêt elles 
offrent. 

Kautzsgh (E.) und Socin (A.). Die Genesis mit ausserer Unterscheidung 
der Quellschriften ùbersetzt. Fribourg en Brisgau, libr. J.-C.-B. Mobr, 

1888 ; in-8° de vii-120 p. 

Kayserling (M.). Jùdische Gescbichte von der Zerstôrung Jerusalems bis 
zur Gegenwart. Dans Jahresbericbt der Geschichlswissenschaft, 1885,1; 
p. i-32 et suiv. 

Klein (le D r ). De la circoncision, étude critique du procédé traditionnel 
israélite et Manuel opératoire. Paris, libr. Durlacber, 1888 ; in-8° de 16 p. 

Kolb (Franz). Die Offenbarung betrachtet vom Standpunkte der Weltan- 
schauung und des Gottesbegriffs der Kabbala. Leipzig, libr. Gustave Fock, 

1889 ; in-8" de xin-445 p. 

Table de9 matières : 1. Ajin ou le néant; 2. Ensoph, l'éternel infini; 
3. Les 10 sephiroth ; 4. Kéther, la couronne; 5. Chochma, la Sagesse; 
6. Bina, l'intelligence; 7. Aziluth, l'univers intelligible; 8. Malchuth, la 
reine, littéralement, la royauté; 9. Les six sephiroth de la construction ou 
la sagesse créée; 10. Les 4 Cherubim ; 11. Le 5 e Cherub; 12. Le 6 e Che- 
rub ; 13. Le 7° Cherub; 14. Le récit de la création; 15. Adàrn ; 16. Les 
patriarches ; 17. Le déluge. — L'auteur prend la Bible pour un ouvrage 
cabalistique où est contenue l'histoire de l'humanité. 

Landau (E.). Die dem Raume entnommenen Synonyma fur Gott in der neu- 
hebr. Litteratur. Zurich, libr. Cœsar Schmidt, 1888 ; in-8° de 66 p. 

Lazard (Lucien). Essai sur la condition des Juifs dans le domaine royal au 
xm e siècle. Sommaire de cette étude dans Position des thèses soutenues 



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verbeâserte Ansgabe. Nuremberg, libr. Fr. Korn, 1889; in-8° de vn-295p. 

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moyen Age en France et en Espagne. Extrait de la Revue de l'Histoire 
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part des Proceedings of the soc. of Biblical Archœology. 

Lœwy (D.). Tausend Jabre aus dem Leben des jùdischen Volkes im Zeit- 
alter des Talmuds. geschichtlich dargestellt. Wien, impr. J. Scblossberg, 
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Lowey (H.). Die mystischen Bezeicbjiungen Jesu Christi als Siloë, Schilob 
und Piscis, insbesondere die Bezeicbnung der christi. Opferfeier als Missa. 
Paderborn, impr. et libr. Ferdin. Schôning, 1888; in-8° de iv-134 p. 

Lurie (Joseph). Mathematitscheska Teorie ebreïskago Kalendar. Mohilew, 
impr. N. Podzem, 1887 ; in-8° de vi-152 p., plus 9 tableaux (en russe). 

Marcus (Ahron). Hartmann's inductive Philosophie im Chassidismus. Wien, 
libr. Mor. Waizner, 1888; in-8° de 128 p. 

"nsifa b^N El mundo, istoria hcrmosa y muy sabrosa, mostra los grandes 
periculos de la mancebes y cuanto diferentes son en veces las caras de los 
corazones. Jérusalem impr. Moïse Lilienthal et Elhanan Tennenbaum, 
5648 (1888) ; in-4° de 73 p. Roman arrangé probablement d'après un ou- 
vrage occidental ; le titre espagnol ci-dessus est imprimé, sur le livre, en 
caractères hébreux. 

Neubauer (Ad.). Jewish Controversy and the Pugio Fidei. Dans The Expo- 
sitor, édité à Londres, libr. Hodder et Stoughton, n 0s de février et mars 
1888, p. 81 et p. 179. 

Ohle (R.). Beitrâge zur Kircbengeschichte. — I. Die pseudophilonischen 
Essâer und die Therapeuten. Berlin, libr. Mayer et Mûller, 1888 ; in-8° 
de 78 p. 

Perdicidks (K.). Sur l'exégèse des mots sosanim, sosanim edut et susan edut, 
servant d'épigraphe à quatre psaumes du Livre de David. Article qui doit 
paraître en 1889 dans une publication collective du Sylloge grec de Cons- 
tantinople, p. 130 à 151. En grec ; le titre ci-'dessus est traduit par nous 
du titre grec. 

Raab (Leopold). Universal-Kalender fur die julianische, gregorianische und 
jùdische, jùdisch-julianische und jùdisch-gregorianische Zeitrechnung. 
Budapest, impr. Sam. Markus, 1887; in-8° devin-648 p. 

L'ouvrage est consacré à l'identification des dates juives depuis l'ère 
chrét. jusqu'à l'année chrét. 2240. Cet ouvrage a un avantage, il donne les 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dates de tous les jours des mois juifs, tandis que les Tables que nous avons 
publiées ne donnent que la date du l 01 ' du mois et il y faut chercher les 
dates mensuelles des autres jours par un petit calcul, d'ailleurs facile. Mais 
d'autre part, le groupement, la disposition et le volume du présent calen- 
drier y rendent les recherches assez longues, et le nombre des lectures 
qu'on est obligé d'y faire pour l'identification d'une date juive n'est pas 
moindre que celui de nos Tables. Pour les dates hebdomadaires (jours de 
la semaine), l'auteur a dû faire 29 tableaux, taudis que six petits tableaux 
nous ont suffi. Une excellente idée de l'auteur, a été de grouper toutes les 
années juives dont le 1 er lisri coïncide avec la même date mensuelle du 
calendrier chrétien, ce sont des indications qui peuvent être souvent très 
utiles. L'ouvrage de M. Raab, en général, est fait suivant de bons prin- 
cipes et des dispositions ingénieuses. 

Renan (E.). Histoire du peuple d'Israël, tome II. Paris, libr. Calmann- 
Lévy, 1889, in-8° de iv-545 p. Inutile de dire quel est l'intérêt de cet 
ouvrage. Ce second volume a été généralement trouvé supérieur encore 
au premier volume. 

[Samama.] Il est intéressant de noter ici une série de publications relatives 
au procès de la succession du Caïd Semama, de Tunis. — 1. Memoria 
per la signora Aziza Samama et per il sig. cav. Nissim Samama contro i 
signori Abramo Bellais, cav. Giuseppe Samama, cav. Natan Samama ed 
altri. Livourne, impr. Zecchini, 1877, in-4° de 168 -4- 40 -4- 21 p. — 
2. Brevi appunti délia discussione fatta per la signora Aziza Samama e 
per il sign. cav. Nissim Samama sulla validité del testamento ologrofo 
del conto générale caid Nissim Samama. Liv., impr. Zecch., 1877, in-8° 
de 127 p. — 3. Sentenza in favore dei signori Aziza Samama e cav. Nissim 
Samama contro i signori cav. Giuseppe Samama, cav. Nathan Samama, 
générale Heussein N. N., Leone Elmelik N. N., Abramo Bellais N. N., 
caid Momo Samama, Ester Bellais, Scialom Giurno N. N. ed altri. Liv., 
impr. Zecch., 1878, in-4° de 133 p. — 4. Memoria in favore délia signora 
Aziza Samama e del sign. cav. Nissim Samama contro gli eredi legittimi 
del fu conte gêner, caid Nissim Samama ed il governo di Tunis ed altri. 
Liv., impr. Gius. Meucci, 1879, in-4° de 168 p. — 5. Seconda Memoria in 
favore délia sign. Aziza Samama etc. (comme ci-dessus). Replicha alla 
Memoria avversaria in relazione al diritto talmudico. Potestà di disporre 
a causa di morte, validità di testamento. Liv., impr. Zecchini, 1879, 
in-4° de 168 p. — 6. Causa Samama governo di Tunisi e Samama. 
Sentenza dell' 8 maggio 1880 pubblicata 1' 8 giugno successive Liv., 
impr. Zecch., 1880, in-4° de 90 p. — 7. Difesa del testamento Samama 
colle regole del diritto talmudico. Liv., impr. Franc. Vigo, 1883, in-8° de 
252 p. — 8. Riassunto délie questioni di diritto civile, internazionale e 
talmudico, per la validità del testamento del fu conte caid Nissim Semama 
già svolte nel interesse nel signori Aziza e cav. Nissim Samama. Liv., 
impr. Vigo, 1882, in-8° de 78 p. — 9. Délie fonti del diritto ebraico e del 
testamento del fu conte caid Nissim Sem. considerato rispetto a ciascuna 
di esse, parère di Elia Benamozegh. Liv., impr. Zecch., 1882, in-8° de 
251 -4- 93 p. — 10. Nullita secondo la legge ebr. del testamento del fu 
caid Niss. Sam., replica di David Castelli consultafo dal cav. Guiseppe 
Samama. Florence, impr. Luigi Niccolaï, 1882, in-8° de 257 p. — 
11. Coutroreplica del Prof. Elia Benamozegh alla replica del prof. David 
Castelli sul testam. del fu conte Niss. Sam. Liv., impr. Vigo, 1883, in-8° 
de 442 p. — 12. Sentenza délia R. Corte d'app'ello di Firenze in causa 



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eredi Samama e Giuseppc Samama e LL. CC, proferita a relazione dell' 
ûgregio sig. cav. consigl. Calcedonio Iughilleri e pubblicata il 31 luglio 
1883. Florence, impr. Niccolaï, 1883, in-4° de 91 p. — Les n os 1, 2, 3, 
ont pour titre : Tribunale civile di Livorno ; les n 0s 4 et 5 sont destinés à 
la Cour d'appel de Lucca, le n° 7 en provient; le n° 8 est adressé à la 
Cour d'appel de Florence, le n° 12 en provient. A ces publications se 
rattache, sans aucun doute, le II diritto di testare nella legislazione 
ebraica, de David Castelli. Florence, impr. Le Monnier, 1878, in-8 J de 
GO p. — Aux imprimés ci-dessus, ajouter : Parère, de David Castelli, 
Florence, 26 mai 1877, in-8° de 17 p. — Secondo Parère sulla validita 
secondo la Legge ebraica del testamento de fn caid Niss. Scm., par David 
Castelli. Florence, 2 juillet 1887; in-8° de 18 p. — Tarzo Parère sulla 
validita etc., par le même. Florence, 13 juillet 1877 ; in-8° de 13 p. — 
Confutazione de Parère firmato dal sig. rabbino Roberto Funaro ed esame 
del libro Hiccaré addat, par le même. Florence, I e1 ' août 1877, in-8° de 
31 p. — Quai legge debba applicarsi al testamento del caid Niss. Sem., 
considerazion dal Prof. C. F. Gabba. Pise, impr. Nistri, 1883, in-8° de 
126 p. — Il Testamento secondo la legge ebraica, articolo estratto dalla 
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tedesco da David Castelli. Florence, impr. Niccolaï, 1883, in-8° de 16 p. 
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Schulchan-Arukh (Gedeckte-Tafel) ; das Ritual- und Gesetzbuch des Ju- 
denthums... von D l * Johannes A. F. E. L. V. von Pavly. Bâle, libr. 
Stephan Marugg, 1888 ; 2 e et 3° livr., p. 161 à 480. Se rappeler le carac- 
tère antisémitique de cette publication. 

Spitzer (Samuel). Das Jubilâum in seiner wôrtlichen und historischen 
Bedeutung nach dem altem hebr. Schriftthum und einschlâgigen andëren 
Quellen. Essek, impr. Julius Pfeiffer, 1888 ; in-8° de 123 p. 

Stein (Salomon). Das Verbum der Mischnahsprache. Berlin, libr. Mayer et 
Mùller, 1888 ; in-8° de 54 p. 

Steinsghneider (M). Jùdische Geschichte von der Zerstôrung Jerusalems 
bis zur Gegenwart; — littérature de l'année 1882, dans Historische Ja- 
bresberichte, 1882, I, p. i, 33 et suiv. 

Sterneberch. Von den bôsen Juden folget hier eine Geschichte ; Nieder- 
deutscher Druck von Mathûus Brandis in Lùbeck um 1492, photolitogra- 
phische Reproduction des einzigen bekannten Exemplares aus der Julius 
Krone'schen Sammlung. Wien, libr. Gilhofer et Ranschburg, 1889; 
in-4° de 4 ff. non chiffrés. Prétendue offense faite au saint Sacrement à 
Sternberg, le 22 oct. 1492. 

Talmud (Le) de Jérusalem traduit pour la première fois par Moïse Schwab ; 
tome XI et dernier, Traités de Sanhédrin (fin), Makkoth, Schebouoth, 



158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Aboda Zara, Horaïoth, Niddali. Paris, libr. Maisonneuve, 1889 ; in-8> de 
iv-312 p. Nous félicitons M. Schwab d'avoir mené à bien cette œuvre de 
longue baleine. 

Wedell (Abr.)- Geschicbte der jùdiscben Gemeinde Dùsseldorfs. Dùssel- 
dorf, inipr. Kraus, 1888, in 8° de 10G p. 

Weingarten (L.). Die syrische Massora nach Bar-Hebraeus. Halle, 1887, 
in-8° de 44 p. ; libr. Itzkowski, à Berlin. 

Wietzke (Emil). Der biblische Simson, der aagyptische Horus-Ra, eine 
neue Erklârung zu Jud. 13-16. Wittenberg, libr. P. Wunschmann, 1888; 
in-8° de 52 p. 

Wohlstein (Josef). Die Hagiographen, ihre Verfasser, Entstehungszeit 
und Inhalt. — I. Heft, enthalt das 1. Buch der Sprùche u. Psalmen. 
Wien, libr. A. Fanto, 1888 ; in-8° de 94 p. 



3. Publications pouvant servir à V histoire du Judaïsme moderne. 



Die jùdische Einwanderung und ihre Verwerthung auf dem amerikanischen 
Arbeitsmarkt, nach Auszugen aus dem Jahresbericht der vereinigten 
jûd. Wohlthâtigkeits-Gesellschaften der Stadt New-York, 1887. New- 
York, united Hebr. Charities, 1888, in- 8° de 26-(6) p. Quelques notices 
de statistique à la fin. 

Foucauld (Ch. de). Reconnaissance au Maroc. Paris, libr. Challamel, 1888, 
in-4°. A l'Appendice, p. 395-403, chapitre sur les Juifs du Maroc, avec 
statistique. 

Ilïowizi (Henri). Through Morocco to Minnesota, sketches of life in three 
continents. S. 1. n. impr., 1888; in-8° de 112 p. Contient, entre autres, 
notices nombreuses sur les Juifs du Maroc. 

Montefiore-Album (Internationales), herausgg. von D r Jos. Fiebermann. 
Francfort-s./M., impr. et libr. Mahlau et Waldschmidt (1888); in-8° de 
208 p. 

Pressel (Wilhelm). Die Zerstreuung des Volkes Israël; 3. Heft, der Tal- 
mud. Berlin, libr. H. Reuther, 1888 ; in-8° de 112 p. 

Reeves (John). The Rothschilds, the financial rulers of nations. Londres, 
libr. Sampson Low, 1887, in-8° de xiv-381 p. 

Sacher Masogh. Contes juifs, récits de famille;' 28 héliogravures hors 
texte, 100 dessins dans le texte. Paris, libr. Quantin, 1888 ; in-4° de 
iv-281 p. Très intéressante ei agréable lecture, récits aimables, beaux 
dessins, surtout ceux de M. Alphonse Lévy et de M. Edw. Lœvy. 

Tissot (V.). Meyer et Isaac, mœurs juives [en Russie] d'après E. Orzeszko, 
édition illustrée de vingt-six grandes compositions d'Andriolli. Paris, 
libr. Dentu, 1888, in-8° de 376 p. 

Weissmann (Arthur-S.). Ernste Antwort auf Ernste Fragen, Franz Delitz- 
sch's neueste Schrift. 2 9 édit. Wien, libr. Ch. D. Lippe, 1888 ; in-8° de 



BIBLIOGRAPHIE l.i'.i 

X> p. L'ouvrage de M. Delitzsch a pour litre : Ernste Fragen an die Ge- 
bildeten jûdiscber Religion ; Leipzig, 1888. 

Wolff (A. -A.)- Gebete fur Israeliten zum Gebrauclie beim Gottesdienstc, 
ini Hause und auf dera Friedhofe ; 3. verbesserte Auflage. Francfort-s/M., 
libr. J. Kauffmann, 1889 ; in-8° de vi-151 p. 

Zeller (Jules). L'antisémitisme en Allemagne au xiv e siècle, étude sociale 
rétrospective. Dans Nouvelle Revue, n° du 15 oct. 1888, tome LIV, 4° livr., 
10° année, p. 859 à 875. 



4. Chronique des Journaux. 

Les journaux nouveaux ou reparus après interruption sont : 

1. iNPD^bN « El Boustan » ; — journal arabe en caractères hébreux, 
publié à Tunis, impr. internationale Uzan et Castro ; M. Maarek 
(^HîC'tt), gérant responsable ; paraît tous les lundis ; format in-f° à 3 col. 
par page ; le numéro à 4 p. Prix, 10 réalat par an. Le n° 31 de la seconde 
année a paru le 5 sevat 5649. 

2. Le Beth Talmud, de. Vienne, a recommencé sa publication en 1888 ; il 
est dans sa XI e année. 

'3. bNT£"> mn Monatsschrift « Beth Israël » (das israelitische Haus), 
hebrâisches Organ fur die vitalen und culturellen Interessen der Juden, 
ferner fur jùd. Geschichte, Literafcur u. Wissenschaft. Hiezu eine 
deutsche Beilage « Der Familientisch zur Unterhaltung und Belehrung »; 
Herausgeber, J. Kopelovicz, à Wien ; mensuel : 6 flor. par an ; le fasci- 
cule mensuel a 2 à 3 feuilles in-8°. Il a paru des fascicules non chiffrés 
en juin (1 er fasc. ?), en oct. et en déc. 1888; le fascicule 1 de la 2 e année 
est de janvier 1889. 

4. "•'ENb'n « Halumy, The Nationalist ». — Journal hebdomadaire en hébreu 
publié à New- York par Efraïm Deinard ; format in-4°, de 8 p. le n°, à 

2 col. par page ; prix, 2 dollars par an. Vol. I, année I, n° 6, daté du 
30 janvier 1889. 

5. Le Kol de L. M. Rodkinnsohn a repris sa publication à New- York fin 
1888 ou au commencement de 1889. Nous n'avons pas vu d'exemplaire 
de ce journal. 

G. o^OSn « Ilapissgoh, The Summit, the only Hebrew literary Weckly in 
America for the pu^pose of promoting tbe knowledge of the Ancient He- 
brew Language among the Jews. » — Publié à New-York par W. Schur ; 
hebdomadaire, caractères hébreu-carré, format in-f° ; le numéro a 4 p. à 

3 col. chacune ; prix 2,50 doll. par an. Le n° 1 est du 14 sept. 1888 ; six 
numéros au moins sont parus. 

7. ib^NiD b*l 1JP73N b'W El amigo del pueblo jornal por novidades israe- 
litas, leteralura y ciencia, aparise una vez al mes. Afïo I, numéro 1, 
Belgrade, kislev 5649 (novembre 1888), in-8° de 24 pages ; 6 francs par 
an; rédacteur responsable, Jacob Alkalay. Le titre espagnol ci-dessus est 
imprimé, dans le journal, en caractères hébreux. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

8. Monatschrift fur Literatur und Wissenschafl des Judenthums herausggb. 
unter Mitwirkung hervorragender Gclehrten, von Arthur Weissmann. 
I. Heft, I. Jahrgang. Wien, impr. Fanto ; 1 er fascicule mensuel, in-8° do 
40 p., janvier 1889 ; 2° fascicule, 40 p., février 1889 ; prix G fl. par an. 

9. The Jewish Quarterly Review edited by I. Abrahams and G. G. Mon- 
tefiore. Vol. 1, n° 1, october 1889 ; in-8o de 88 p. — Publié à Londres, 
libr. D. Nutt ; 10 shill. par an. 

10. Mlû^X tt^r* W^tt^AbN* Allgemeine jùdische Zeitung », Organ 
fur Polilik, Ilandel, Verkchr und jùdisch- confessionnelle Interessen. 
Publié à Budapest par M. Ehrentheil et Max Szabolcsi, éditeurs et 
rédacteurs. Paraît tous les lundis, mercredis et vendredis ; format in-f°, 
le n° a 4 p. à 3 col., caractères hébreux carrés ; prix 8 flor. par an. Le 
n° 1 est du 13 juin 1888. Suite de la Jùdische Pesther Zeitung. 

Isidore Loeb. 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 

Tome XIV, p. 300. — C]D"l"> bXÛ ISpn 'O parut pour la première fois à 
Livourne, en 5632 = 1872, chez Israël Costa et consorts, qui avaient 
acheté l'imprimerie de Mosch Josué Tobiano. L'auteur de ce livre est Jo- 
seph Sabbatai Farchi = ^"DtE^, qui mourut à Livourne en 1882, âgé de 
quatre-vingts années. L'auteur dit dans la préface : « Y la razon que lo 
blâme este libro C|0"P h"û "lDpn esta aclarado enla TtàTpïl del proprio libro 
que !"!"^2 se estampa en ttnpn *jV»ZJb. Rogo el *]'"DrP Û1D que quête me 
hyizb ï"iï"0. » Farchi est l'auteur et l'éditeur de plusieurs ouvrages tant 
en hébreu qu'en Ladino. — Kayserling. 

Tome XVII, p. 242. — Comparez l'explication de M. Bernard Fischer, 
Bibel und Talmud, in ihrer Bedeutung fur Philosophie u. Cultur, 2 e éd., 
p. 105-116. — M. Griinwald. 

Ibid., p. 242, note 1. — A la place de îniifcWD, lire p^UJ ; p. 243, note 4, 
lire ttnsttl p^pn ; p. 246, 1. 3, au lieu de 153115, lire dlDtt. — Sidoii. 

Ibid., p. 297. — Au lieu de calcritate, il faut lire claritate, qui correspond 
parfaitement au mot "Hp" 1 . — M. Griinwald. 

Ibid., p. 306. — La conjecture qui m'est attribuée m'a été suggérée par 
M. Epstein. — Ad. Neubauer. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



EXAMEN CRITIQUE 

DES SOURCES RELATIVES A LA 

PERSECUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN 

PAR LE ROI JUIF DES HIMYARITES 
(suite et fin *) 



Nous pouvons maintenant passer en revue les autres étrangetés 
de la lettre du pseudo-Siméon, que, si elles étaient seules, on aurait 
pu peut-être atténuer par ces sophismes superfins chers aux 
défenseurs d'apocryphes, mais qui néanmoins, par leur nombre et 
leur nature, auraient dû depuis longtemps ébranler la confiance 
des historiens. 

1° Il est inimaginable que Siméon de Beth Arsham, s'adressant 
à son correspondant Siméon, abbé de Gaboula 2 , ait trouvé néces- 
saire de marquer expressément l'année de son départ de Hîra. 
La mention : « le 20 du II e Ganoun de cette année, nous sortîmes 
de Hîra » aurait parfaitement suffi, et aucune erreur n'était à 
craindre. Si la nécessité de déterminer exactement l'année cou- 
rante s'était fait sentir, elle avait sa place tout indiquée au bas 
de la lettre, en même temps que le mois et le jour où celle-ci a été 
écrite. La vérité est que les mots « qui est Tannée 835 d'Alexandre 
(OYïOOSbfin ttîfcm NNttîEn rûTû ïtitwt) » ont été substitués par un 
interpolateur aux 'mots KnaiD jnm « de cette année », et que le 
texte primitif ne précisait pas l'année des événements qu'il relate. 

1 Voir plus haut, p. 16. 

le Gaboula est uue localité syrienne, située au sud de Haleb ou Alep et non 
celle de la Babylonie, ainsi que je l'ai cru plus haut (observation de M. l'abbé Du- 
chesne de l'Institut). 

T. XVIII, N° 30. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2° L'autour anonyme dit avoir été près de Moundar, en com- 
pagnie de Mar Abraham, fils d'Euphrase, en présence de qui 
fut aussi lue la lettre du roi d'Himyar ; n'est- il pas étonnant 
qu'Abraham lui-même n'ait pas, à son retour, porté à la connais- 
sance de Justin la teneur de la lettre et les terribles persécutions 
des chrétiens himyarites? Il semble qu'un personnage aussi bien 
vu à la Cour de Byzance, en sa qualité de diplomate aussi expéri- 
menté que zélé chrétien, était l'homme de la situation pour déter- 
miner son souverain à prendre des mesures urgentes afin de secourir 
ses coreligionnaires martyrisés. Eh bien, cet homme éminent se 
croise les bras et laisse faire la besogne par des prêtres assez mal 
vus à la Cour et agissant d'une façon presque clandestine et dé- 
tournée ! Un rapport énergique d'Abraham à l'adresse de Justin 
eût été le moyen le plus sûr et le plus prompt pour arriver au 
résultat désiré, et si le monde officiel n'a pas été informé de ces 
événements par celui qui était le mieux en état de le faire, on peut 
tranquillement supposer que Mar Abraham n'en a jamais entendu 
parler. 

3.° L'ambassade romaine arrivée à Hîra pendant l'absence de 
Moundar reste dans l'ignorance absolue des événements d'Himyar 
jusqu'à son arrivée au campement du roi, après un voyage de dix 
journées, où elle en prend connaissance par les Arabes païens et 
les Maaddites. Or, le campement de Moundar était à dix journées 
de marche au sud-est de Hîra et, par conséquent, plus loin de 
Nedjran que cette dernière ville, comment se fait-il donc qu'on n'y 
savait rien des graves événements dont tout le monde s'entretenait 
depuis quelque temps dans une province plus éloignée ? "Cela est 
d'autant plus étrange qu'il ne s'agit de rien moins que d'une triple 
persécution de chrétiens dans des contrées très différentes : l'em- 
pire romain, la Perse et l'Arabie méridionale. Il est à peine néces- 
saire d'ajouter que l'expulsion des monophysites des deux premiers 
pays n'a eu lieu que beaucoup de temps après les règnes de Justin 
et de Cavades, auxquels l'interpolateur de la date de 524 a voulu 
la transporter. 

4° La lettre attribuée au roi himyarite est tellement insensée 
qu'on y reconnaît du premier coup l'œuvre d'un faussaire qui 
prend pour tâche de rendre le prétendu roi juif aussi détestable 
que ridicule. Quant à l'idée d'y chercher un grain d'histoire, il faut 
absolument y renoncer. Le début môme de cette lettre trahit déjà 
une complète ignorance de la situation. D'après ce passage, il suffit 
que le vice-roi laissé par les Abyssins fût mort à l'entrée de l'hiver 
pour que le pays lût subitement débarrassé delà domination étran- 
gère. Que sont donc devenus les milliers de guerriers abyssins qui 



PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN 163 

formaient l'armée d'occupation ? L'auteur met dans la bouche du 
roi juif le récit d'un massacre inutile de deux cent quatre-vingts 
gardiens d'une église, ainsi que de la transformation de l'église en 
synagogue l , sans ajouter où elle se trouvait; des garnisons abyssi- 
niennes il ne dit pas un mot, comme si elles n'avaient jamais 
existé. 

5° La dernière partie de la lettre de Siméon affirme qu'un 
envoyé du roi chrétien laissé par les Abyssins dans le pays 
d'Himyar se trouvait à Hîra, accompagné de plusieurs chrétiens 
de Nedjran. Une telle ambassade n'avait aucune raison d'être et 
n'a d'autre but visible que d'appuyer la véracité du récit par un 
grand nombre de témoins oculaires. Si la présence de ces envoyés 
et l'envoi d'un d'eux à Nedjran étaient vrais, le nom du roi mort 
comme celui du nouveau roi ne seraient pas restés un mystère 
pour le rapporteur de ce récit. 

6° Une dernière affirmation absolument fantaisiste est celle qui 
se rapporte à la prétendue habitude des prêtres juifs de Tibériade 
d'envoyer chaque année et à chaque époque auprès du roi des 
Ilimyaritesdes personnages de marque avec des missives dans le 
but de nuire aux chrétiens. Rien de tout cela ne transpire dans 
la littérature rabbmique du vi e siècle, qui ignore entièrement 
l'existence d'un roi juif en Himyar, pays dont elle connaît 
cependant la capitale, Tacpapr, (^d'j 2 ). Ce qui plus est, l'auteur sup- 
pose que le roi juif était sur le trône depuis plusieurs années, et se 
met ainsi, à son insu, en contradiction avec son affirmation pre- 
mière et capitale, que sa lettre datait de quelques mois seulement 
depuis l'avènement de ce roi. L'hypothèse qui fait régner celui- 
ci une première fois avant l'installation du vice -roi chrétien 
mentionné dans notre lettre, aggrave la difficulté résultant du 
silence des écrivains juifs et en fait" surgir une autre, car Siméon 
n'aurait pas manqué d'accentuer la récidive des intrigues des Juifs 
de Tibériade dans le pays d'Himyar. La vérité est qu'il ne connaît 
qu'un seul règne du persécuteur des chrétiens, et, en le laissant 
mener des intrigues avec ses coreligionnaires durant plusieurs 
années, il oublie son rôle et fait voir involontairement qu'il écrit 
longtemps après l'événement. 

1° Une nouvelle allusion et des plus décisives, à mon avis, est 
le passage final qui attribue à l'amour de l'or et de l'argent ju- 
daïque dans l'église et à l'indifférence des pasteurs ce résultat 
attristant que les troupeaux ont été enlevés (Tb^na) aux pas- 

1 Une telle transformation subite est d'ailleurs contraire aux prescriptions rabbi- 
ckjues. 

2 Midrasch Berêshit sur Genèse, x, 30. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

teurs qui en auraient pris soin. Ces mots seraient une tautologie 
vide de sens, si l'auteur n'avait pas présente à son esprit la sévère 
prescription de Justinien contre toutes les églises dissidentes 
et le remplacement des évêques monophysites par des évoques 
catholiques. 

Il me reste encore un mot à dire au sujet de la souscription. Le 
scribe dit avoir trouvé tel quel le récit précédent, mais il se donne 
néanmoins comme contemporain de ces événements et comme 
s'étant personnellement informé auprès des envoyés du nouveau 
roi chrétien. Cette dernière assertion étant notoirement fictive, 
puisqu'il ignore le roi chrétien vraiment historique qui a supplanté 
le roi himyarite vaincu par Ellesbeaïos, on peut admettre, sans 
hésiter, que la première assertion ne l'est pas moins et qu'en réa- 
lité, c'est lui-même qui a intercalé les mots arabes précédemment 
examinés. On devra probablement y ajouter le nom du roi chré- 
tien, N3"isbx, visiblement corrompu de Ni-naba, El-Abrâha, des 
Arabes. 

En un mot, nous sommes en présence d'un écrit composé tout 
au plus sous Justinien et ayant subi deux sortes d'additions : la 
date de 835 d'Alexandre, qui la fait remonter indûment à la 
5 e année de Justin, et attribuera Siméon de Beth Arsham; les noms 
«le localités et de personnes d'origine arabe, destinés à lui donner 
une couleur locale. Le second interpolateur se reconnaît au pre- 
mier aspect comme étant de l'époque musulmane ; le premier, au 
contraire, a tout l'air d'être antérieur à cette époque, et je suis 
porté à croire qu'il est aussi l'auteur du grand morceau interpolé 
discuté plus haut où figurent les noms de Justin et de Saint-Serge. 
Quand on élimine ces éléments adventices, il reste l'œuvre prin- 
cipale sous forme d'une lettre encadrant, en qualité de document 
juridique, les aveux de l'accusé. Mais ces habiletés ne peuvent 
guère donner le change. Il demeure constant que le pseudo-Siméon 
a échafaudé tout son récit sur des rumeurs populaires qui n'é- 
taient qu'un écho lointain et fortement altéré de querelles entre 
les communautés juive et chrétienne de Nedjran,si exagérées déjà 
dans les écrits de Jacques de Saroug et de Jean Psaltès. C'est ce 
dernier poète qui lui a fourni le nom de Saint Aréthas ou Harith 
comme ayant été à la fois le chef politique et le maître religieux 
de la communauté chrétienne de Nedjran *. La symétrie exigeant 
qu'il y eût, à côté du héros, une héroïne digne de lui, notre anonyme 
créa la belle Daoumî avec ses filles. Cette noble dame était, comme 



1 Le nom de Harith était extrêmement fréquent en Arabie et on n'avait pas à cher- 
cher longtemps pour l'inventer. 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NED.IRAN 16S 

le dit expressément le texte de Denis de Telmahré, l'épouse de 
Harith (^irm rroa ïiïrwn nbs nn mn, H. B. or., p. 374), et c'est à 
tort que le texte du Musée Borgïa a effacé ce trait primitif, qui fait 
comprendre, d'une part, les paroles guerrières et presque royales 
du martyr, de l'autre, les richesses extraordinaires que l'héroïne 
se complaît à énumérer. Nous ignorons où le pseudo-Siméon a 
pris le nom de Daoumî, mais nous sommes plus heureux au sujet 
de celui de son père. En effet, le nom wra, Ezmanî ou Ezynanaï^ 
est visiblement altéré de ^BftïK, Ezmaphaï, forme qu'il est impos- 
sible de séparer du nom de 'Esifuçaifa) que portait, d'après Procope, 
le roi chrétien mis sur le trône d'Himyar par Ellesbeaïos. La 
transcription syriaque est des plus strictes, quand on part de la 
leçon 'Eajuçaioç. Cette rencontre vraiment remarquable achève de 
prouver la date relativement récente de la lettre du pseudo- 
Siméon, puisque Esimiphaïos vivait encore au début du règne de 
Justinien, qui lui envoya, en 530, une ambassade présidée par 
Julien, afin de le déterminer à déclarer la guerre aux Perses 
(Procope, p. 106). Or, pour que ce personnage historique ait pu 
entrer dans le roman martyrologique du pseudo-Siméon, en qualité 
de père de Daoumî, il faut pour le moins l'intervalle d'un règne, 
et nous arrivons ainsi à placer la date supérieure de l'écrit qui 
nous occupe vers la fin du règne de Justinien, qui s'étend de 527 
à 565. 

L'histoire d'Himyar à cette époque nous a été suffisamment 
décrite par Procope. Peu de temps après le départ de l'ambassade 
conduite par Julien, peut-être même pendant sa présence à la 
Cour, l'autorité d'Esimiphaïos fut combattue par des insurgés, qui 
réussirent à l'enfermer dans une citadelle et le remplacèrent par 
un Abyssin chrétien nommé Abramos, qui était autrefois l'esclave 
d'un négociant romain d'Adoulis. A la nouvelle de cette révolu- 
tion, Ellesbeaïos s'empressa d'envoyer en Arabie méridionale une 
armée de 3,000 hommes, sous le commandement d'un de ses 
parents (suyysvsîç) ; mais les soldats s'entendirent ave clés insurgés, 
et, la bataille engagée, ils tuèrent leur commandant et se joigni- 
rent à Abramos. Ellesbeaïos, irrité, expédia une nouvelle armée 
en Himyar, mais celle-ci fut défaite et quelques débris seulement 
retournèrent dans leur pays. Depuis lors Ellesbeaïos renonça à 
combattre Abramos. Ce n'est qu'après la mort d'EUesbeaïos 
qu'Abramos consentit à se déclarer tributaire des Ethiopiens. Il 
reçut une ambassade envoyée encore par Justinien et dont le chef 
était Nonnosus, ambassade à la suite de laquelle Abramos entreprit 
l'expédition contre la Mecque que j'ai mentionnée au début de ce 
travail. Pour le reste de la dynastie éthiopienne en Himyar, nous 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n'avons que les données des auteurs musulmans, qui établissent 
l'ordre suivant : Ariât, vingt ans ; Abràha, vingt-trois ; Iaksoum, 
dix-neuf; Masroûq, douze ; en tout, soixante-quatorze ans. Comme 
l'identité d' Abràha et d'Abramos est certaine, il en résulte que, 
d'après les Arabes, la dynastie éthiopienne aurait duré jusqu'à 
environ 585, mais M. Noeldeke pense avec raison que ces chiffres 
n'ont aucune valeur et qu'on ne peut pas aller beaucoup au-delà 
de 570, où eut lieu l'occupation perse, qui a duré jusqu'à l'Hégire. 
Des deux derniers rois qui étaient l'un et l'autre fils d'Abrâha, 
Masroûq se trouve aussi chez d'autres auteurs. La mention de 
Iaksoum sur une monnaie éthiopienne me paraît des plus dou- 
teuses. Le plus difficile à expliquer est la présence d'Ariât en tête 
de la liste. Une partie du paragraphe qui suit sera consacrée à la 
solution de cette énigme. 

Conversion au monophysitisme du roi éthiopien vainqueur 

oCHimyar. 

Peu d'années après son apparition, la lettre dont nous nous 
occupons fut attribuée à Siméon de Beth Arsham et acquit, par 
cela même, une autorité incontestée. Jean d'Ëphèse et Malala 
s'en servirent les premiers pour rattacher les événements de 
Nedjran à la propagation du christianisme dans l'Himyar et 
l'Ethiopie. On a accusé ces auteurs d'avoir commis des erreurs 
grossières en ce qui touche les personnes et les dates qu'ils 
mêlent à leur récit. Les erreurs ne sont pas niables, mais on 
verra, comme je l'espère, qu'il y en a moins qu'on ne le croit et 
surtout que nombre d'entre elles sont dues au mauvais état des 
manuscrits. 

'Jean d'Ëphèse, toujours d'après la recension de Denis de 
Telmahré, fait précéder la lettre de Siméon du récit suivant. En 
voici le commencement : 

, a-nn û3> KvnaîTi «abwb î^mp aiïw ww Nsn «san b^n m 
r^w-ina aob» r-nb irmoaN «in i-waiin &oti5î-h tobab j-man 
ï-rb £|&n «an , NDsn ain ■n-nman jnTK «in na'^ «rma vram 
t^-pErn rnb «anp nb ain $*nn nlbi «anp )i2 rbiB -o ain 
■pi anb3> »ii"»wi isin i-iEmn nn iiï-pma Birman V 3 V 3n *!*" 
■uo «"naja «itdis*! NmabE "idt tnn «m» "p-n^n «anp hian 
1» nabi xT^n^rm onaMKI 112'r! NrrnnK bapib îo-p7ûrn ntï )n 
&nv»m frma KmnnKb Tb&wn un yna* &r£nrm "pi anaan : vian 
t^rinaîn ■pnafc "p-nai NnnnKb aim . i-;m D^bna ï"npn»*i 
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PERSÉCUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 107 

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N-iawi . «an Dirpia *»npn73*i b">a«n nbab mm n^ "n^am 
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Dnawi C|bi &rp*a*i *pa iim TiaNnwb N^ijm «n'nnkb ba^Tab 
- :x -o iinn-man r-ibn rai i*iaa b-jpi fiiN "pbi ft^tim t^bb» 
yinminaa man trTW*b fprraj rrw^a fcwûb^a N^iîim ab b'j?m 
Kfcoaob fiwam : aaa biap "pbînb ab &nn bûE : Iina73 Nfioaab l^bapi 
KrmaiNn nboai i*ibran ï*bsn*n N*ra;ab «nbiï min N73nj> &rin b"jp>3 

• awiam armas-n «rma t^mabfti 
nbtapn ma* mwow em^îam aabwb \sunan ***ab& nb^ )m 
^mabE*i NDsns snobai Nmafitri snbtaan a^tt-imn aa^taana r^naanb 
&nn anb* )i2-\ . maria ib^ri imab»b mirprm amabtt «mannam 
lanpnN lai . win« amn oan aanpbi ir» anan fcniam brab 
■»b arma *pa in 173a *«riDia*i î^ab?3 ain^M amn aay -iianan73b 
-na «m aaa Nin sw^ana am^rn aab?3 Nhrtsap aanb w^atan 
wan- t*4*nn aa3> ia*ipN "pTtt . ; — ra*^ barta aaa N?a r^a^ana^ 
raaai î-ïmab» m ï-tbapi watûi am^m t**abfcb fcwian aabTa 
nnra t**b i-rrroï nna 173 in->m i-imbTi lirrbaa> anm rtrvnnK 
^rytaor tobTa tï ■wiaa-rn p l'nn nra «b« î-ma îttbtimV 
npm t^nan Nnin nn in ir; . npn^bp-i r^aipa^sa s-rb mtiaan 
inaiDN N*nuN inan iap:> *ra-i i^neh '173 «Bipassa inïib aïrnan 
aaatai assai «bina anaa» niïi ^mrvw iarm n73 mu aôanTaTs ^:n 
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Rimna ttj sj«*i «an "jnr7ab?3 am^M mb 1^373 ^ai r~n ^a ^rnn^b 
"i73;n nttbrinNi ^-733» man s^a-abi NDipa^^bi lias bap t^nal 
Nnnnx 'jinba"! ^asnriTa na . -maa-nn *;inbai ifi ^a^-ja^ia Nitn 
r<-m'a Nrtben ^n Nrmaonb «riiy i*»?ia. p^nai ^a^ana *jn-a 
l^bn N73?33»b Napms s«nbN am pbn t^ni >*nb3> *j73i . «a^àana^ 

Na^raana Nab73 n^73 *ia N^^am ^Nm^ lauaa?nN in Naat nna 
«n^Tam N733> b:? Nab73 iinaTa nnaa?-i r.^ia-i sab7a I7an a^pNi iri 
c^naaib I73rn Na^aanai ^73^ i*inbab inaiNi ibî3p Nnnn73 Niaaai 
tmTiOi winno B|fin awa'w Na^in a3> n-i^t s^b^bi ^babi N-^abn 
E^*an vb73- iïi nanaa Noim )"\2ftv _ «aaiEan Ntttaa 173m NN^a 
sn^rwi «an [N-naa nb ia-»9a^o nb t]^ ^n nnra iinba n->ir 

: Naarr 

« Aiamème époque, il arriva que les rois de l'Inde furent en guerre 
l'un avec l'autre. La guerre eut lieu entre le roi indien nommé paioaN... 
et un autre roi de l'Inde intérieure, nommé an TN, qui était païen. 
Celui-ci, après avoir terminé la guerre entre eux, eut une autre 
guerre avec le roi des Himyarites (peuple également indieu), nommé 
1"P73"H. La cause de la guerre qui éclata entre eux est celle-ci : Le 
royaume des Éthiopiens s'étend plus à l'intérieur que celui des 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ilimyarites, vers les régions de l'Egypte et de la Thébaïde, qui son 
en dehors de l'Inde. Les négociants romains se rendaient fréquem- 
ment dans les régions intérieures de l'Inde, qui se nomment D^bTIN 
indiennes, et de là aux régions plus intérieures des Indiens et des 
Éthiopiens — les royaumes des Indiens et des Éthiopiens sont au 
nombre de sept : trois indiens et quatre éthiopiens, royaumes qui, 
allant du dehors à l'intérieur, sont situés dans les régions méridio- 
nales du bord de la mer qui entoure le continent entier, nommée le 
grand Océan. — Lorsque ces négociants romains susmentionnés 
passaient par les régions des Ilimyarites, afin de se rendre dans celles 
des Indiens pour y faire le commerce comme d'habitude, Dimianus, 
roi des Himyarites l'ayant appris, faisait arrêter les négociants, les 
mettait à mort et s'emparait de toutes leurs marchandises en disant : 
Gomme les Romains chrétiens maltraitent beaucoup les Juifs qui se 
trouvent dans leur pays et en tuent un grand nombre, de même 
je tuerai immanquablement ceux-là. Il en tuait ainsi un grand 
nombre, de telle façon que tous les autres, pris d'une grande ter- 
reur, cessèrent de s'y rendre, et que le commerce des royaumes in- 
térieurs des Indiens et des Éthiopiens fut interrompu. 

» Alors le roi des Éthiopiens envoya dire au roi des Himyarites : 
Tu as mal fait de tuer les négociants chrétiens romains, car, en ar- 
rêtant le commerce, tu as mis fin aux revenus de mon royaume et 
d'autres royaumes, et c'est surtout au mien que tu as causé de 
grands préjudices. Par suite de cela, ils devinrent ennemis l'un de 
l'autre et se déclarèrent la guerre. Lorsqu'ils étaient près d'engager 
la bataille, avra, roi des Éthiopiens, dit : S'il m'est donné de vaincre 
ce roi brigand des Himyarites, je me ferai chrétien, car je veux 
venger sur lui le sang des chrétiens. Alors ils engagèrent la bataille 
et le roi des Ethiopiens vainquit le roi des Himyarites, et, l'ayant 
fait captif, il le tua, saccagea son royaume, s'empara de tout son 
pays et extermina toute son armée. La victoire gagnée, il ne tarda 
pas à accomplir son vœu, mais envoya deux de ses grands auprès 
du roi Justinien afin qu'il lui envoyât un évèque et des prêtres. 
Celui-ci s'en réjouit beaucoup et donna ordre de leur accorder l'évè- 
que qu'ils demanderaient. Les envoyés, ayant pris des informations, 
fixèrent leur choix sur un nommé Phirmounara de Beth Mar. Johan- 
nàn, qui était un homme aussi pur que modeste et plein de zèle ; 
c'est celui-ci qu'ils demandèrent et qui leur fut accordé. Ils l'emme- 
nèrent avec eux, et, accompagnés d'un grand nombre de prêtres, 
ils retournèrent joyeusement dans leur pays. Lorsqu'ils se furent 
présentés devant leur roi, mTW, celui-ci les reçut avec une grande 
joie, ainsi que l'évêque et les prêtres qui étaient venus avec hii, il se 
fit instruire et reçut le baptême; il devint chrétien, lui ainsi que tous 
ses grands. Ils eurent soin de gagner au christianisme tout leur 
pays, et d'y construire des églises en l'honneur du Dieu vrai des 
chrétiens. Par suite de ces événements, Dieu procura le salut à ceux 
qui vivaient dans l'erreur. 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJHAN 169 

•> Après quelque temps, les juifs des Ilimyarites reprirent force 
lorsque mourut le roi chrétien que le roi des Éthiopiens y avait 
laissé, et replacèrent un des leurs roi sur le peuple des Himya- 
rites. Ils tuèrent avec une grande cruauté et firent périr tous les 
chrétiens du pays, hommes et femmes, enfants et nouveau-nés, 
grands et petits, d'après le témoignage de beaucoup de témoins de 
l'endroit, mis par écrit avec beaucoup de zèle par le bienheureux 
Siméon le controversiste (?), récit qui remplit de tristesse tous ceux 
qui l'entendent et que nous mettons dans ce chapitre. Il est ainsi 
conçu. » 

Vient ensuite la lettre de Siméon que nous avons analysée 
plus haut. 

Quelques points du récit qui précède méritent d'être éclairés 
par un bref commentaire. 

L'expression «rma n:3!-ï ta i «snriN aobtt appliquée à jhtn montre 
clairement que ii^iosn était lui aussi un roi de l'Inde intérieure. 
Il est donc impossible d'admettre, avec les savants souvent cités, 
l'hypothèse de Gutschmid, d'après laquelle inaio^N serait cor- 
rompu de Ttôv ë£(o 'ivSwv. Le pays des deux rois faisait partie de l'Inde 
intérieure, et cette circonstance nous défend aussi de voir dans 
avr»» une altération de ëvSov. La version grecque de Théophane nous 
fournit le moyen de rétablir la forme primitive de ces noms avec 
une certitude presque entière. Théophane, qui abrège beaucoup le 
passage introductif, rend les mots ïTOiO^N... aoba par BasiXeuç 
'eÇou[iitwv; son texte portait donc "jittiODN fcobto Aksoumon {12 au 
lieu de ts), éponyme de celui de Ahsoum, capitale intérieure de 
l'Abyssinie. Le seul tort de ce traducteur est d'en avoir fait un 
nom commun : 'eÇouixitwv «. des Aksoumitains ». Maintenant, le pre- 
mier nom royal étant un nom de ville, il y a quelque chance que 
l'autre ait une origine analogue, et l'on est ainsi conduit à penser 
que la vraie forme de aiTN est biT>N ou plutôt b-ns (avec l'omis- 
sion du 1), confusion facile en syriaque, où le a ne se distingue du 
b final que par, sa position inférieure, b-na se reconnaît aussitôt 
comme transcription exacte de Adoulis, le port le plus célèbre de 
l'Abyssinie, qui a donné son nom au village moderne de Zoula. 
Tout s'explique maintenant : il s'agit de deux rois abyssiniens 
anonymes dont l'un siégeait à Aksoum et l'autre à Adoulis. Dans 
l'idée de l'auteur, c'étaient deux prétendants ou plutôt deux frères, 
rivaux pour quelque temps, qui ont fini par se mettre d'accord, 
de façon que celui qui résidait dans la dernière ville obtint la 
suprématie. J'ajoute que le nom d'Adoulis revient sous la forme 
tout à fait grecque dans l'expression iwn o^bntf, qu'il faut cor- 
riger, sans aucun doute, en Mïm o^bYia « l'Adoulitaine de l'Inde ». 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La façon d'écrire les noms étrangers tantôt sans, tantôt avec la 
terminaison grecque, se révèle aussi dans le nom du roi himya- 
rite, donné d'abord sous la forme pwi Dimion, et, un peu plus 
loin, sous celle de birfcl Damianus, circonstance qui montre en 
même temps combien la mise des lettres faibles est peu décisive 
dans l'orthographe ef justifie ainsi l'omission du i que nous venons 
de supposer pour la forme îhtk. Nous aurons tout à l'heure une 
autre confirmation de ce fait. La description géographique de ce 
passage ne laisse rien à désirer : Les négociants romains, em- 
barqués à Phoenicon, sur le golfe d'Acaba, devaient longer la côte 
d'Arabie jusqu'à Océlis, port himyarite voisin du Bab-el-Mandeb, 
et de là traverser le détroit pour aborder à Adoulis, d'où leurs 
marchandises, transportées par les caravanes, se répandaient en 
Abyssinie et en Nubie. La confiscation des vaisseaux romains 
dans le port himyarite arrêta net tout le commerce d'Adoulis et 
des autres lieux qu'elle alimentait. Ce fut encore pis pour les com- 
merçants qui avaient l'habitude de se rendre avec leurs mar- 
chandises à Océlis par voie de terre, ou, comme le dit Théo- 
phane, « par les montagnes des Himyarites » ; ils risquaient de 
périr corps et biens à quelques pas des possessions des clients 
romains. 

En ce qui concerne la religion du roi Aksoumon, le texte de 
Denis de Telmahré a une lacune qui peut être comblée par la 
version de Théophane. Il est évident que, parallèlement à la 
phrase complémentaire ND^n ain ^rnnwi « qui était païen », se 
rapportant à Adoul, l'auteur devait avoir écrit une phrase ana- 
logue à propos d' Aksoumon qui, n'ayant pas été chrétien, a dû 
être juif; il faut donc rétablir après -pttio^N les mots : lîrmw 
n-»ti"« &nn « qui était juif ». Sous cette désignation, il ne faut na- 
turellement pas entendre le judaïsme proprement dit, mais le 
christianisme judaïsant par excellence, l'arianisme. En effet, 
Frumentius, le premier évêque d'Abyssinie qui fonctionnait à 
Aksum vers l'an 35.6, bien qu'il lut ordonné depuis peu t seule- 
ment par Athanase, dut se réconcilier avec le parti arien, après 
avoir pris connaissance de la lettre que l'empereur Constance 
avait adressée aux souverains d'Aksum Aïzanas et Sazanas, et 
dans laquelle il lui enjoignait de venir se justifier personnelle- 
ment devant Georgios, le Métropolite arien d'Alexandrie. C'est 
à cette même affaire que se rattache sans doute la mission de 
l'arien Théophile, qui, après avoir répandu l'arianisme chez les 
Homérites, passa chez les Aksumitains, où il régla les affaires 
ecclésiastiques dans un sens favorable à sa secte, ce qui lui valut 
beaucoup d'éloges de la part de l'empereur. Ici encore le texte 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJUAN 171 

que Théophane avait sous les yeux était plus correct que celui de 
nos éditions. 

Le récit précédent se retrouve presque identiquement chez 
Malala, avec quelques données de plus qui n'intéressent pas l'objet 
de notre recherche l . La version de Théophane est plus abrégée, et 
celle de ses successeurs Gédrène et Nicéphore Test encore davan- 
tage. Ce qui est plus intéressant, c'est la façon diverse dont les 
noms des héros principaux du drame ont été lus et transcrits. A 
ce sujet, on peut affirmer hardiment que toutes ces formes variées 
reposent uniquement sur une confusion de lettres similaires de 
l'écriture syriaque, augmentée parfois par une confusion ana- 
logue des caractères grecs. Chacun pourra vérifier ma proposi- 
tion en jetant un regard sur les lettres syriaques ordinaires, dont 
je regrette de ne pouvoir disposer à cette occasion. 

La forme primitive b*n\N a produit les formes suivantes : 

aaaa chez Théophane, suivi de Cédrène, qu'il faut corriger en 
aaaa Adal. C'est la forme la plus correcte, relativement. Théo- 
phane a transcrit les consonnes Vin et n'a pas tenu compte des 
lettres quiescentes. 

aaha David, chez Nicéphore ; c'est une altération purement 
grecque de aaaa. 

anaan (ac, nom anaas) chez Malala, qui a lu p3N au lieu de 
aiTN qu'avait son manuscrit. La confusion du yoûd avec le noûn 
et du gâmal avec le noûn final est des plus faciles en syriaque.' 

Le nom du roi himyarite, qui est chez Jean d'Éphèse "pw^, est 
Damian ou Damianus chez Théophane et Cédrène, c'est-à-dire 
ym sans lettres quiescentes. Les vocalisations Dlmnus chez 
Malala et Damnus chez Nicéphore sont de plus fortes gréci- 
sations. Le Martyrium Aretliae a lu liw, au lieu de )^)2l, et 
transcrit Aouvâav, au nominatif Aouvâa?; de là l'arabe ofcnrvr, inter- 
prété : « maître de boucles » ! 

11 reste à savoir à quelle date le narrateur a entendu placer cet 
événement qui aboutit à la conversion du christianisme du roi 
Adoul. A ce sujet, le texte défend de songer aux époques anté- 
rieures au règne de Justin. Le vainqueur de Dimion reçut le bap- 
tême de Jean Phirmounârâ ou Pararnonanus, évêque envoyé par 
l'empereur Justinien en compagnie d'autres prêtres. Le texte est 
formel et l'auteur n'a pu vouloir désigner que l'un des deux princes 
connus en Orient sous ce nom: Justin et Justinien » mais la 
complaisance de l'empereur pour ratifier le choix du monophysite 
Phirmounara convient seulement à Justin, dont la répugnance 

1 Voyez Dillmaun, l. <\, p. 29. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pour le monophysitisme n'avait rien de tranché. Il est également 
sûr que, pour l'auteur, les Himyarites étaient affiliés au judaïsme, 
en grande partie du moins, puisqu'il ne prend même pas la peine 
de dire que Dimion était juif. Il croyait donc à la domination du 
judaïsme aussi bien à Aksum que dans le royaume d'Himyar. Nous 
avons indiqué précédemment qu'il s'agit, en réalité, de l'arianisme, 
qui prévalut, dès le début, des deux côtés du Bab-el-Mandeb, grâce 
au prosélytisme de Théophile. Vu sous ce jour, le récit que nous 
analysons n'a rien d'invraisemblable. Je traiterai plus loin du 
paganisme d'Adoul, qui étonne beaucoup à une époque aussi tardive 
et au milieu d'une famille régnante. Mais quoi qu'il en soit de ce 
détail particulier, Adoul, mal réconcilié avec l'arien Alisoumon 
et ayant à livrer bataille à l'arien himyarite Dwiion, fait vœu 
d'embrasser le christianisme non judaïsant du puissant empire 
romain, dont il désire devenir l'allié contre la Perse. Après la 
victoire, il envoie une ambassade à Justin, auquel il offre son 
amitié et, comme ses envoyés, profitant de la permission de l'em- 
pereur, font choix d'un évoque monophysite, il se convertit au 
monophysitisme, qui constitue notoirement la doctrine la plus 
opposée à l'arianisme. C'est ce nouveau christianisme reconnais- 
sant la divinité presque absolue de Jésus qu'il introduit et fait 
dominer dans ses états. Mais dans le pays d'Himyar les choses 
n'avançaient pas aussi rapidement, au gré du novateur. Après 
la mort du vice-roi monophysite laissé par Adoul, les ariens, 
ayant repris courage, mirent un des leurs sur le trône. Le nou- 
veau roi, pour fortifier le parti national, dut prendre des me- 
sures de rigueur contre les monophysites de Nedjran, qui étaient 
les alliés naturels du roi d'Abyssinie. Mais cette partie du récit 
a été excessivement exagérée et indûment rattachée à la lettre 
du pseudo-Siméon, qui a travesti le roi arien en un partisan du 
judaïsme. 

L'interprétation que je viens d'avancer fait disparaître du même 
coup la grave objection faite par plusieurs savants contre la date 
fixée pour cet événement au courant du récit. On a fait valoir que 
les Abyssiniens étaient devenus chrétiens dès le règne de Constance 
et, par conséquent, longtemps avant celui de Justin. Mais il ne s'agit 
nullement du christianisme en général ; la plupart des Éthiopiens, 
baptisés par Puirmounara, passaient simplement de l'arianisme au 
monophysitisme. Dans le pays d'Himyar, le nombre des païens qui 
reçurent le baptême monophysite fut naturellement beaucoup plus 
considérable. 

Mais, si le récit concernant les actes d'Adoul n'est pas invrai- 
semblable en lui-même, est-il historique? A cette question, il n'y 



PKHSKCITTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 173 

a qu'une seule réponse à donner: cela dépend de la possibilité de 
le concilier avec les données des historiens sur la guerre entre 
les Éthiopiens et les llimyarites du temps de Justin. Voyons donc 
si la chose est faisable. Gomme le nom Adoul désigne au propre 
Le port maritime d'Adoulis, il ne fait que qualifier le prince comme 
maître du littoral de la Mer Rouge. De ce côté, l'identification 
d'Adoul avec Ellesbeaïos ne serait pas impossible, et le roi himya- 
rite vaincu pourrait s'être effectivement nommé Dimion ou quelque 
chose d'approchant. Ce dernier aurait été non un juif, au sens 
strict du mot, mais un chrétien judaïsant, un arien zélé, qui aurait 
voulu venger, sur les négociants catholiques, les persécutions 
systématiques dont ces hérétiques furent les victimes dans l'empire 
romain. A ce sujet, on peut comparer la curieuse légende d'un 
archevêque arien tué et brûlé en Abyssinie, sur l'ordre de l'im- 
pératrice Théodora, épouse de Justinien (Assemani, B. Or., I, 
384, note 2). Dans de telles conditions, la vengeance de Dimion 
s'explique très bien. Un seul trait s'oppose à l'identification en 
question : Ellesbeaïos était, d'après Procope, un chrétien fervent, 
Adoul, au contraire, est donné comme païen avant sa victoire. La 
contradiction est flagrante, mais faut-il pour cela rejeter le récit 
tout entier? Je ne le pense pas, car il est facile de démontrer que 
les mots : « (Aïdog) qui était païen » ont été mis dans le texte par 
une main étrangère, probablement la même qui a enlevé, après la 
mention d'Aksoumon, les mots:« qui était juif ». Théophane, quia 
beaucoup abrégé le passage introductif du texte syriaque, dit 
clairement que tous les Indiens étaient affiliés à la religion juive. 
Assemani accuse, à tort suivant moi, cet auteur d'avoir méconnu 
le sens du texte syriaque ; d'autres pensent qu'en faisant à 1 Aïdog 
un juif, Théophane l'aurait confondu avec son adversaire Di- 
mion ; en réalité, le texte que cet écrivain avait sous les yeux 
était meilleur que celui de Denis de Telmahré. Aksoumon et 
Adoul professaient .tous deux le judaïsme chrétien, c'est-à-dire 
l'arianisme, confession à laquelle mit fin la conversion d'Adoul, 
du moins d'une façon générale. Ainsi entendue, l'histoire de ce 
prince n'est qu'une autre face de celle d'Ellesbeaïos, qui, quoique 
arien de naissance, pouvait avoir eu de bonne heure des préfé- 
rences assez accentuées pour une nuance chrétienne plus ortho- 
doxe et mériter ainsi le titre de chrétien zélé que lui attribue ra- 
pidement l'historien Procope. Du reste, les Ariens rivalisaient 
ardemment avec les autres sectes chrétiennes à la fin de con- 
vertir les païens, et ceux-ci faisaient l'immense majorité dans le 
pays d'Himyar. En un mot, le récit d'Adoul se concilie parfaite- 
ment avec les données de Procope et de Gosmas Indicopleustes et, 



174 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

jusqu'à preuve du contraire, peut être admis comme historique. 
Qui sait si la légende éthiopienne relative à l'abdication et à la 
retraite du roi Ela-Açbeha, surnommé Caleb, après sa victoire 
sur le roi d'Himyar, n'est pas une réminiscence indûment grossie 
de la conversion d'Àdoul à une confession plus rigoureuse, au 
sens de la doctrine chrétienne? 

C'est de ces scènes de cruautés commises par les ariens judaï- 
sants que la lettre du pseudo-Siméon, suivant l'exemple de Jacques 
de Saroug et de Jean Psaltès, a forgé son roman anti-juif, et 
pour ce faire il avait une raison très pressante. Les ariens étaient 
depuis longtemps déjà disparus de l'empire romain, mais leurs 
inspirateurs, les Juifs, restaient et maintenaient avec ténacité la 
nature exclusivement humaine du Christ; donc, sus à ces mé- 
créants endurcis ! En sa qualité de monophysite ardent, il lui eût 
été difficile de ne point succomber à la tentation de profiter d'une 
si belle occasion. Il avait d'ailleurs un double but qu'il fallait 
atteindre à tout prix. Ses coreligionnaires étaient opprimés par 
la cour de Byzance et leurs évêques chassés de leurs places; ne 
fallait-il pas rappeler au César persécuteur les services extraor- 
dinaires que le monophysitisme avait rendus à la propagation du 
christianisme parmi les barbares ? Ne fallait-il pas démontrer, 
par l'horrible type du roi des Himyarites, la vilenie de la con- 
duite impériale et la certitude que le ciel, comme autrefois, ne lais- 
serait pas sans vengeance l'injustice commise envers les fidèles 
monophysites? En partant d'une nécessité aussi urgente, l'auteur 
a été instinctivement entraîné à faire un pas de plus dans la qua- 
lification du principal coupable. La création d'un nouveau persé- 
cuteur païen aurait tout au plus enrichi les martyrologes chrétiens, 
mais n'aurait eu aucun effet d'actualité ; autre chose est quand il 
s'agit d'un persécuteur juif. Contre cet implacable ennemi du 
Christ, s'est-il dit, la chrétienté tout entière se lèvera comme un 
seul homme et, faisant trêve aux querelles intestines de l'É.aH^e 
que le peuple regarde avec indifférence, elle se jettera sur les Juifs 
afin de venger les martyrs, ce qui est une besogne plus édifiante et 
surtout plus lucrative. En attendant, la chasse aux monophysites 
cessera comme par enchantement. Ce beau plan est du reste dans 
la nature même des choses ; le milieu et le temps n'y sont pour 
rien. Formant partout une minorité inabsorbable parmi d'épaisses 
masses hostiles et rivales entre elles, Israël est prédestiné à 
servir de dérivatif, chaque fois que l'une des rivales devient in- 
tolérable aux autres, et la trêve des combattants s'est faite et 
se fera encore longtemps sur son dos sanglant. Ce serait mécon- 
naître la logique historique que d'accuser notre pseudonyme 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 17(5 

d'avoir voulu provoquer, de propos délibéré, une persécution 
contre Les Juifs, l'idée lui a été inspirée par les circonstances 
inéluctables de la situation. Heureusement pour lui et surtout pour 
les Juifs du vi° siècle, le complot inconscient de l'épistolaire 
monopayaite eét reste* dans les cartons poudreux des Églises et ne 
trouva pas d'écho à la cour de Byzance 1 . 

A peine parue, la lettre de Siméon fut rattachée au récit 
d'Adoul. Mais, pendant que Jean d'Éphèse entend Justin sous le 
nom de Justinien, Malala enregistre ces événements sous le règne 
de Justinien, et Théophane, suivi de Gédrène, donne l'an 15 de cet 
empereur. La date la plus tardive se trouve dans la préface de 
l'hymne de Jean Psaltès, qui place le martyre de llarith sous 
le règne du roi éthiopien Masrouq, coïncidant à peu près avec 
celui de Justin II. Tous ces tâtonnements sont les suites natu- 
relles du transfert sur le compte des Juifs des événements qui 
avaient pour auteurs des judaïsants ariens. Il se pourrait que les 
souffrances des chrétiens de Nedjran que déplorent Jacques de 
Saroug et Jean Psaltès fussent, elles aussi, dues aux ariens et non 
à la communauté juive de cette ville, comme je l'ai pensé plus haut. 
De telle sorte, tout le drame sanglant qui bouleversa l'Ethiopie et 
l'Himyar au commencement du vi e siècle, se serait déroulé entre 
deux sectes chrétiennes, et les Juifs n'y auraient aucune part active. 
Mais, que les Juifs de Nedjran aient eu ou non quelques démêlés 
avec leurs concitoyens chrétiens, il est certain qu'ils ne sont pour 
rien dans la guerre entre Ellesbeaïos-Adoul et Dimion-Dounaas- 
Dhou-Nouwâs. 

Comme on doit s'y attendre, la forme que revêt le récit combiné 
de l'histoire d'Adoul et de la lettre de Siméon est la plus altérée et 
la plus romanesque, Point de trace d'une tradition indigène. Ainsi 
la légende arabe, relative à l'introduction du christianisme à 
Nedjran, n'est qu'un écho affaibli, partiellement rajeuni, de la 
conversion d'Adoul : là, l'évêque Phirmoanara envoyé par Justin 
à la tête d'un nombreux clergé monophysite, pour convertir 
les Ethiopiens et les Himyarites, est devenu l'apôtre Phîmoûn, qui 
prêcha aux hommes de Nedjran la foi du Christ. On a voulu voir 
dans le nom arabe fia^B une contraction de je ne sais quel per- 
sonnage nommé Eùfïjjwov ; la vérité est que les auteurs arabes 



1 On en effrayé des conséquences désastreuses que la persécution des Juifs, et sur- 
tout de ceux de Tibériade, auraient pu avoir pour les études hébraïques. Tibériade 
était alors le siège de 1 école massorétique qui a inventé la ponctuation de la Bible ; 
cette école anéantie par une brutale persécution, le texte de l'Ecriture, déformé de 
plus eu plus par l'ignorance des scribes, serait resté une énigme insoluble et, de plus, 
la réforme, relativement libérale, du protestantisme n'aurait jamais vu le jour. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'avaient aucune tradition locale à leur disposition ; c'est le nom 
syriaque du récit de Jean d'Éphèse, isnswpD, qu'ils ont altéré 
plus ou moins machinalement eu )V2^, forme où la chute du 
n de la première syllabe est seule notable, car l'abandon de la 
terminaison «ra, qui est un élément mobile, n'a rien d'extraor- 
dinaire l . 

J'ai énuméré plus haut les métamorphoses parcourues par le nom 
de Dimion pour aboutir à la forme arabe. Ce sont "j-p^n (Dimion), 
•pEi (Damianus), pni (Aouvdav) Aouvâaç, oêod T7 (Aouvdaç), arabisé en 
Dana-n et traduit: « maître de boucles », sous prétexte qu'il 
portait de longues boucles de cheveux aux deux côtés de la figure. 
Les Arabes sont coutumiers de ces sortes d'étymologies fictives ; 
c'est par la même raison, disent-ils, que le célèbre Moundar de 
Hira reçut le sobriquet de Dhou-l-qarnaïn, « maître des deux 
cornes ». L'usage de porter des boucles de cheveux aux tempes 
est, en effet, commun aux Juifs et aux anciens Arabes, mais cela 
ne rend pas meilleures les étymologies précitées. 

Enfin, deux transformations assez égayantes nous sont fournies 
par les noms de Daoamî et de Aïdog, qui ont changé à la fois de 
son et d'application. Le premier nom, écrit en syriaque ift*n, a été 
lu dît, en confondant les lettres 173 avec le syriaque, qui ne s'en 
distingue que par la fermeture de la seconde boucle. Et comme en 
arabe on, Daous, est-un nom d'homme, les traditionnistes musul- 
mans en ont fait tantôt un chrétien échappé au massacre de 
Nedjran, tantôt un juif de Nedjran auquel les chrétiens avaient tué 
deux de ses fils. Le proverbe : « Pas comme Daous qui nous a 
attrapé » a servi de prétexte pour faire de lui l'accusateur du roi 
des Himyarites et la cause principale de l'expédition éthiopienne. 
Un point à noter : l'altération arabe de ce nom prouve aussi que 
la forme syriaque est bien^tt-n, Daoamî avec un d, et non nrr, 
Romî avec une r initiale. 

Le nom du roi éthiopien, écrit en syriaque aiT»», avait déjà subi 
chez les écrivains byzantins de nombreuses altérations, résultant 
surtout de la confusion de lettres similaires soit syriaques, soit 
grecques. La même mésaventure est arrivée au Syrien qui a donné 
aux historiens musulmans les premiers renseignements sur l'ex- 
pédition abyssinienne: en confondant le 1 avec n, le 1 avec 1 et le 
a avec a, il a lu ta^niN, ArioV, au lieu de jnTK, et cet ArioV a 
été régulièrement transcrit en arabe b&o-in, AriâV. L'application 



1 Je vois maintenant que l'admission de la chute du 1 n'est même pas nécessaire. 
La forme Paramonarius de Théophane suppose l'orthographe NIjI^IE : l'initiateur 
des Arabes a simplement pris le *| pour un i ; de là, la transcription "ptTS. 



PERSECUTION DES CHRETIENS DE NEDJRAN 177 

de ce nom n'a subi qu'un léger changement. Comme le prédéces- 
seur d'Abramos-Abraha dans la vice-royauté d'IIimyar, Esimi- 
phaïos, est inconnu à la légende syriaque, il fallut lui trouver un 
substitut et alors c'est Aïdog-Ariàt' qui se présenta naturellement 
a l'esprit de ces auteurs, et, par conséquent, Je roi d'Abyssinie qui 
a d'ailleurs fait l'expédition liimyarite en personne a été changé 
en un chef supérieur de l'armée expéditionnaire envoyée par le 
négus, qui reste chez lui l . Cette variante est insignifiante au fond ; 
l'erreur devient plus grave par ce fait qu'ils le font régner person- 
nellement en Ilimyar et massacrer quelque temps après par Abraha, 
événements qui, d'après l'histoire, concernent la personne d'Ési- 
miphaïos. Mais dans l'état d'ignorance où ils étaient relativement 
à l'histoire des Himyarites et étant donnée l'impossibilité pour eux 
de recourir eux-mêmes aux sources syriaques, les auteurs arabes 
n'ont pas pu éviter la besogne désagréable de faire des accrocs à 
la vérité. 



Conclusions. 

1. La légende arabe sur Dhou-Nouwâs repose entièrement, sauf 
quelques traits élargis et nationalisés, sur l'écrit syriaque de Jean 
d'Ephèse, combiné du récit d'Aïdog et de la lettre du pseudo- 
Siraéon. Il n'y a pas la moindre trace d'une tradition indigène 
liimyarite. 

2. L'épitre de Jacques de Saroug et l'hymne de Jean Psaltès, 
hors la préface, sont authentiques. Les persécutions des chrétiens 
de Nagran 2 par les Juifs que racontent ces écrits constituent des 
exagérations intéressées de querelles intérieures survenues entre 
la communauté juive et la communauté syro-monophysite de cette 
ville. Il se peut môme que les persécuteurs étaient, en réalité, des 
ariens judaïsants et non de vrais Juifs. 

3. Le récit concernant le roi éthiopien Aïdog et sa conversion 
au monophysitisme, encore que rédigé sous Justinien, a toute 
chance d'être historique et de réfléchir le côté religieux des actes 
d'Ellesbeaïos, le conquérant d'Himyar. Aïdog était, avant sa con- 
version, non un païen, mais, ainsi que la majorité des Éthiopiens 
et des Himyarites de son temps, un arien judaïsant. 

1 Le nom AITANH2 que Malala donne au commandant de l'armée éthiopienne est 
une altération de ABPAMHS (Dillmann). 

8 Le Martyr utiH Arethœ attribue à ce nom deux significations tirées de l'hébreu : 
« tonnante (Bpovtwtoc) » et • piquet, clou (u,ox>-ô;) ». La première étymologie joue sur 
le Boanerges de l'Evangile ; l'autre vise l'araméen NirO. 

T. XVIII, n° 30. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

4. La lettre attribuée à Siméon de Beth Arsham est un roman 
fantaisiste écrit vers la fin du règne de Justinien dans le but de 
faire tourner contre les Juifs les persécutions ordonnées 'par 
la cour de Byzanoe contre les monophysites. Les personnages du 
drame sont purement fictifs, sauf, peut-être, le nom de Harith, que 
l'auteur a emprunté à l'hymne de Jean Psaltès, Si le pseudo-Siméon 
n'est pas le premier qui ait rapporté aux Juifs les actes de 
persécution assignés antérieurement aux ariens judaïsants, il 
est en tout cas le premier qui a inventé le roi juif d'Himyar. 
Aucun prince de cette nation n'a professé le judaïsme. 

J. IIalévy. 



UN MÉMOIRE DE LAURENT GANGANELLI 



SUR 



LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 



Le Mémoire dont nous publions le texte plus loin a été trouvé 
par M. le D r A. Berliner dans les archives de la communauté 
israélite de Rome. L'exemplaire découvert par M. Berliner est 
une copie, le Mémoire original était accompagné d'appendices 
et pièces justificatives auxquels le texte renvoie deux fois, 
mais qui n'ont pas été retrouvés. M. le D r Berliner a publié une 
traduction allemande de cette pièce sous le titre de Gidachten 
Ganganellïs [Clemens XIV) in Angelegenheit der Blidbeschul- 
digung der Juden (Berlin, 1888). 

Voici dans quelles circonstances ce Mémoire a été écrit ! . 

En l'année 1756 2 , on trouva, à Iampol, en Pologne, le cadavre 
d'un chrétien qui avait été assassiné, et immédiatement on 
accusa les Juifs de l'avoir tué pour employer son sang, suivant 
le préjugé répandu chez les chrétiens, à la préparation des pains 
azymes de la Pâque 3 . L'évêque du diocèse auquel appartenait 
Iampol et aussi l'évêque de Kiew paraissent avoir pris une part 
active aux poursuites qui furent, pour cette raison, intentées aux 
Juifs et dans lesquelles il semble que l'évêque de Kiew se soit 

1 Nous nous aidons, en partie, pour reconstituer les faits, d'un travail publié par 
M. Murtara dans le journal israélite Educatore (édité à Verceil), année X (1862), 
p. 257-270. M. Mortara a eu à sa disposition, sur les faits que nous allons raconter, 
des documents inédits ou que nous ne connaissons pas. 

* La date n'est pas indiquée dans le Mémoire de Ganganelli, mais Mortara donne 
(p. 265 de YEducatore) l'année 1756, second jour de la Pâque des chrétiens, quatrième 
jour de la Pàque juive ; il faut mettre premier jour de la Pâque chrétienne ou cinquième 
jour de la Pâque juive, car, en cette année, le premier jour de la Pàque juive tombait 
au jeudi 15 avril, et le premier jour de la Pâque chrétienne au 18 avril. Du reste, le 
quatrième jour de la Pâque juive ne peut jamais tomber au lundi. 

» La raison pour laquelle les Juifs auraient assassiné ce chrétien est clairement 
indiquée chez Mortara. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

même un peu compromis. Gomme en beaucoup d'autres occasions 
semblables, les Juifs de Pologne eurent à souffrir de mauvais 
traitements et furent exposés à de graves dangers. Depuis dix ans, 
beaucoup d'accusations de ce genre avaient été portées contre 
eux, ils essayèrent d'y mettre un terme et invoquèrent, pour cet 
objet, l'intervention du Saint-Siège. Ils envoyèrent à Rome un 
député nommé Jacob Selek 1 , lequel arriva en Italie probablement 
vers la fin de l'année 1757 2 . En l'année 1*758, il présenta une sup- 
plique au pape Benoît XIV, et grâce aux hauts personnages qu'il sut 
intéresser à sa cause, Laurent Ganganelli, conseiller du S. Office, 
fut chargé de rédiger un rapport sur la question. Après avoir ob- 
tenu du nonce apostolique de Pologne les informations nécessaires, 
Ganganelli lit son Mémoire, et le présenta à la Congrégation 
des Grâces le 21 mars 1758. Les conclusions du Mémoire, très 
favorables aux Juifs, furent adoptées dans la séance du lundi 
24 (septembre ou décembre) 1759 3 . Le 9 février 1760, le cardinal 
Corsini, au nom du pape Clément XIII, successeur de Benoît XIV. 
écrivit à Visconti, nonce apostolique à Varsovie, pour lui recom- 
mander Jacob Selek, qui allait retourner dans son pays, et pour 
le charger de protéger les Juifs contre la calomnie du meurtre 
rituel ou toute autre 4 . En conséquence, le roi Auguste III de 
Pologne publia, le 23 mars 1763, un décret par lequel il justifie 
les Juifs des accusations injustes produites contre eux et les prend 
sous sa protection 5 . 



1 Son nom s'écrit aussi Selech. D'après une lettre hébraïque qui lui fut adressée 
par un rabbin d'Alessandria (en Italie), sous la date du 1 er kislev 5519 (1 er déc. 1758), 
il s'appelait Eliakim b. Ascher Selig (Berliner, Gîttachten, p. 42, et Mortara, p. 270). 
Voir aussi, sur cet événement, E/es dammim; Tugenhold, Der alte Wahn, vont 
Blutgebrauch, p. 55, et Graetz, X, 433. 

2 L : étude des faits et la rédaction du Mémoire de Ganganelli, provoquées par les 
démarches de Selek, sont achevées le 21 mars 1758, comme on le verra dans le 
Mémoire de Ganganelli. 

3 Le nom du mois manque dans la pièce; mais en 1759, c'est seulement dans les 
mois de septembre et de décembre que le 24 tombe un lundi. Comme il est probable 
que Selek quitta Rome aussitôt qu'il put, et puisque son départ, comme on le voit 
plus loin, eut lieu en février 1760, nous supposons que la décision de la Congrégation 
fut prise en décembre. Ganganelli, depuis le mois de septembre 1759, était devenu 
cardinal. 

4 Texte dans Mortara, p. 268-9. Là aussi, très jolie lettre de Ganganelli adressée à 
Selek et datée de Rome, 12 février 1760. 

5 Ces pièces, dans Documenta Judœos in Polonia. . . ; dans Efcs Dammim; dans 
Orient, de Fûrst, 1840, p. 38 (Berliner, p. 42-43). On les trouve aussi, en traduction 
italienne, dans Dccreti reali riguardo agli Ebrei in Polonia, proclamati e stampati 
nelV anno 1762. (Smyrne, impr. A. Damiani, s. d., probablement 1840). Ce dernier 
imprimé contient les deux pièces d'Auguste 111 datées du 18 mars 1763 ; une autre, 
du même, datée du 23 mars 1763 ; une autre enfin, datée de Saint-Pétersbourg, 
6 mars 1817, et signée parle prince Galiziu, directeur des religions dissidentes (au 
ministère des cultes). 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 181 

Ganganelli, nous l'avons dit, conclut à l'inanité des accusations 
de meurtre rituel portées contre les Juifs. Après quelques réflexions 
générales sur Pénormité et l'absurdité des calomnies qui se 
répandent quelquefois dans le public, il examine les principaux 
cas dp meurtre rituel qui, depuis le xin° siècle, ont été reprochés 
aux Juifs en Europe et il les soumet cà un examen critique qui 
le conduit à penser que tout est faux dans toutes ces accusations. 
Dans deux cas seulement il hésite à se prononcer, ou plutôt il 
admet le bien fondé de l'accusation, mais il est impossible de dire 
en quoi ces deux cas (celui de Simon de Trente, en 1475, et celui 
d'André « de Rinnense », en 1462) se distinguent de tous les 
autres, et en quoi la vérité de l'accusation y est plutôt établie. Il 
est bien évident que Ganganelli s'incline, ici, devant les décisions 
pontificales qui ont reconnu les deux prétendus martyrs Simon 
et André, mais il sent parfaitement qu'en acceptant, cette fois et 
par exception, l'authenticité des faits, reprochés aux Juifs, il est 
inconséquent avec lui-même. Sa raison proteste contre une 
conclusion que sa foi l'oblige d'accepter, et c'est pour cela qu'il a 
bien soin de faire remarquer que les papes eux-mêmes ont 
longtemps hésité avant d'autoriser le culte de Saint-Simon et de 
Saint-André. Le premier a attendu plus de 110 ans, jusqu'en 1588, 
et le second jusqu'en 1753 et 1754, près de 300 ans ! Il est 
impossible qu'on n'ait pas quelque doute sur des saints dont les 
titres ont été si longtemps méconnus. 

Voici la liste des différents cas examinés et discutés par 
Ganganelli. Nous la reproduisons ici avec l'argumentation de 
Ganganelli. 

1. Persécutions contre les Juifs à Mayence, lors de la seconde 
croisade. Gomme ces faits n'ont qu'un rapport très éloigné avec 
la question qui fait le sujet du Mémoire, nous ne nous y arrête- 
rons pas. 

2. Sous les rois de France et les Princes allemands, les Juifs 
sont souvent accusés d'employer du sang chrétien pour la célé- 
bration de leur Pique. — Mais c'est justement à cette occasion 
que le pape Innocent IV publie sa bnlle, datée de Lyon, 3 juillet 
1*247, par laquelle il condamne ces calomnies. On a osé dire 
qu'Innocent IV avait reçu de l'argent des Juifs, mais déjà Gré- 
goire IX, en 1235 et en 1236, avait écrit dans le même sens, et 
Innocent III, dans sa Constitution Licet perfîdia Judœorum 1 , avait, 
à l'exemple de ses prédécesseurs Calixte, Eugène, Alexandre, 
Clément et Célestin, recommandé de ne pas maltraiter les Juifs. 

1 Cette bulle est du 15 septembre 1199. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'eût-il fait, et tous ces papes l'eussent-ils fait, si les Juifs tuaient 
des chrétiens pour leur Pàque, et jamais aucun pape a-t-il accueilli 
cette accusation ? 

3. Affaire de meurtre à Padoue, en 1475. — Par lettre ducale 
du 22 avril 1475, la conduite du Podestà de Padoue, qui avait 
accueilli l'accusation contre les Juifs, est blâmée, le doge de 
Venise et le Sénat disent « qu'ils sont convaincus que les bruits 
sur l'enfant assassiné sont commérage et artifice. » 

4. Vérone, 1603. Un juif nommé Joseph est accusé d'avoir tué 
un enfant chrétien. — Par sentence datée du 28 février 1603, 
Tinnoceuce de Joseph fut reconnue. La sentence invoque les 
témoignages favorables aux Juifs des ducs de Milan, du 19 mai 
1470 ; de Pierre de Mocenigo, doge des Vénitiens, du 22 avril 1475 ; 
de Frédéric III, Charles V, et Maximilien II (8 mars 1566). 

5. A Venise, sur le pont du Rialto, à l'église Saint-Jacques, en 
1705, on dresse une peinture qui représente des Juifs tuant un 
enfant chrétien. — Par décret du 8 avril 1705, ladite image est 
effacée et détruite (elle était donc mensongère). C'est ce qu'on 
aurait dû faire aussi pour une image semblable qui se voyait en 
Posnanie et dont il sera question plus loin. 

6. Le P. Louis Contarini Crucifer a publié, en 1597, à Venise, 
un ouvrage intitulé II vago dilettevol Giardino, dans lequel il 
parle des Douze persécutions des Juifs contre les chrétiens. — 
Tristes histoires à mettre dans un Jardin délicieux! Si le 
contenu de l'ouvrage est aussi véridique que le titre, on ne 
pourra guère invoquer son témoignage contre les Juifs de Pologne. 
Quelles sont ces douze persécutions? D'abord, le massacre des 
Innocents par Hérode, mais Hérode n'était pas d'origine juive, 
et lorsque ce massacre eut lieu (nous ajoutons qu'il n'a jamais eu 
lieu, c'est une pure légende), il n'y avait pas encore de chrétiens, 
Jésus ne s est fait baptiser que 30 ans plus tard. Puis viennent, 
chez le P. Cont. Crucifer, les persécutions des chrétiens sous les 
empereurs Néron, Domitien et Nerva, Trajan, Adrien, Verus et 
Commode, Sévère, Maximin, Decius, Valentin, Valérien, Aurélien, 
Dioclétien. Mais je n'ai jamais entendu dire que ces empereurs 
aient été juifs. 

7. Autres écrivains contre les Juifs : tJules Morosini, Juif baptisé 
(m. 1687); Paul Sébastien Medici, Juif baptisé que j'ai connu. — 
D'abord, ces convertis montrent presque toujours une certaine 
excitation contre leurs anciens coreligionnaires. Puis, on les a 
réfutés. Contre Paul Medici, les Juifs de Rome ont publié une réfu- 
tation à laquelle il n'a pas pu répondre. A la fin du dernier siècle, 
il a été imprimé, chez Abraham, à Fùrth, un livre anonyme inli- 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL tè3 

tulé : Avis de la plus grande utilité, où sont mises à néant toutes 
ces accusations. L'ouvrage (bien connu) de Louis Sonnenfels, Juif 
baptisé, publié à Vienne en 1753, les réfute également. Elles sont 
repoussées par Paul de Burgos, autre Juif converti ; par le célèbre 
Lirano, par Léon de Modône. 

8. L'affaire de Simon de Trente (1475) et celle d'André « de 
Riunense (1462) », dont nous avons parlé plus haut. 

9. Les Bollandistes (Acta Sanctorum), sous la date du 24 mars, 
rapportent l'assassinat d'un enfant chrétien, Joanetto, commis par 
des Juifs dans le diocèse de Cologne (sans date); Baillet, 24 mars 
également, l'assassinat d'un enfant chrétien, nommé Guillaume, 
en Angleterre ; Théoph. Rainaldo, l'assassinat de l'enfant de La 
Guardia; le P. Benedetto de Cavalesio, l'assassinat d'un enfant 
chrétien, Lorenzino, en 1485, à Marostica, territoire de Vicenze. 
Mais le pape Benoît XIV, dans son Epître du 22 février 1755, dit 
que ces enfants n'ont pas été reconnus comme martyrs par le 
Saint-Siège, qu'aucune instance, du reste, n'avait été introduite à 
cet effet près du Saint-Siège. (11 n'y a donc pas lieu d'en tenir 
compte.) 

10. A Prague (1694), un Juif tue son enfant qui avait été baptisé. 

— Mais les preuves manquent, et puis ce Juif avait été excité par 
le baptême de son enfant. 

11. En Posnanie, sur la façade d'une église, il y a une image 
représentant un Juif qui tue un chrétien ; d'autres Juifs l'assistent. 

— Bien n'est moins sûr que le sens de cette image; d'après Gan- 
ganelli, elle représente une scène où sont mêlés comiquement des 
chrétiens. 

12. L'affaire de Viterbo, 13 juin 1705 ; d'Ancone, 1711. — Les 
actes des procédures faites en ces deux circonstances prouvent 
que l'accusation était fausse dans les deux cas. 

13. Lettre du P. Jean-Baptiste de Martinis, général des Domi- 
nicains, du 9 février 1664, adressée au P. Provincial de Pologne, 
recommandant de prêcher aux chrétiens de ne pas molester les 
Juifs, et repoussant l'accusation du meurtre rituel (à propos de 
quelque accusation de ce genre, probablement). 

14. Dans l'affaire de Iampol qui fait le sujet de ce Mémoire, et 
qui avait été précédée d'affaires pareilles à Zaslav, Szappatuski, 
Ostrog et Paulitz, Ganganelli fait remarquer, sans entrer dans 
beaucoup de détails, que les faits ne sont pas prouvés et que 
l'émotion manifestée par les Juifs, lorsque l'accusation s'est pro- 
duite, s'explique suffisamment par le danger qui les menaçait et 
ne prouve en rien leur culpabilité. 11 insinue qu'il est bien possible 
que le cadavre ait été porté dans le voisinage de leurs demeures; 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cela se faisait déjà du temps d'Innocent IV, comme on ie voit dans 
la bulle de ce pape. 

15. Ne pas oublier que les chrétiens ont été autrefois l'objet des 
mêmes accusations de la part des payens, comme on le voit dans 
Tertullien, dans Minucius Félix, Athénagore, Théodoret (histoire 
de Palladio, devant la porte duquel se trouve un cadavre) et dans 
Rufin (histoire analogue concernant le diacre Jean). Au siècle 
dernier encore, les Suisses, lors d'une invasion en Allemagne, 
accusèrent les Jésuites de Paderborn d'avoir tué un enfant et de 
l'avoir jeté dans un marais. On voit que personne n'est à l'abri de 
pareilles accusations, ce sont des inventions faites pour perdre 
ceux que l'on hait. 

L'intérêt de ce Mémoire est moins dans les arguments qu'il four- 
nit contre l'accusation du meurtre rituel, que dans le caractère 
de celui qui l'a écrit. Avant que la Congrégation eût pris sa déci- 
sion finale, Ganganelli était déjà cardinal, et il devint plus tard 
pape sous le nom de Clément XLV. L'autorité qui s'attache à son 
nom et la haute culture intellectuelle dont il fait preuve dans ce 
Mémoire, donnent un grand prix à son témoignage en faveur des 
Juifs. Du reste, si la superstition populaire reste encore attachée 
au vieux préjugé, dans les sphères scientifiques la question est 
vidée. Des milliers d'accusations de meurtres rituels ont été pro- 
duites contre les Juifs, dans tous les pays, depuis des siècles, ja- 
mais et pas une seule fois l'accusation n'a été prouvée. On sait 
aussi, aujourd'hui, d'où vient cette absurde et affreuse accusation. 
Les savants cherchaient autrefois son origine historique, recherche 
vaine 1 Le problème n'est pas un problème d'histoire, mais de 
psychologie. Le préjugé vient d'un des instincts les plus profonds 
des peuples qui l'ont inventé. C^est par milliers que les ethno- 
graphes comptent aujourd'hui les faits où se manifeste et s'est 
manifestée, dans nos pays, la préoccupation du sang. Nous rappe- 
lons seulement le repas de Thyeste, les sacrifices humains des 
druides, les contes sur les ogres, les vampires, lamies, goules et 
striges ; le symbole du vin qui est du sang, les hosties qui 
suent du sang, les stigmates sacrés qui laissent échapper des 
gouttes de sang, les flèches et balles enchantées par un maléfice 
sanglant, la fable du marchand de Venise, les pactes avec le 
diable signés avec du sang, les pactes d'amitié et jusqu'à de 
simples échanges de politesse accomplis avec les mêmes rites, les 
vertus attribuées au sang des suppliciés, la thérapeutique des sor- 
ciers, où les saintes plaies, les saintes gouttes de sang jouent un 
si grand rôle. Evidemment, l'imagination populaire est hantée par 
l'idée mystique du sang, c'est une véritable obsession. Ceux qui 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 185 

accusent les Juifs s'accusent ou se trahissent eux-mêmes, le Juif 
n'est ici que pour mettre en action le rêve qu'ils portent en eux, 
ils le chargent de jouer, à leur place, le drame qui, en même temps, 
les attire et les épouvante. 

Nous voilà loin de Ganganelli, il ne nous reste qu'à donner le 
texte de son Mémoire. Nous devons à M. A. Berliner la copie 
que nous reproduisons *. 

Isidore Loeb. 



POLONIA 



Non solis accusatoribus credendum. 



Da Giacobbe Selek, Ebreo, di nazione Polacco, fu presentala, l'anDO 
1758 a Benedetto XIV di glor. mem., uua supplica con cui implorava 
dalla Poatificia Beneficenza uno opportuno riparo aile vessazioni, 
carcerazioni, estorsioni, tormenli e morte a cui sovente soggiacevano 
i miseri suoi connazionali, sulla supposizione, che, da essi veDga 
manipolato il rinomato loro Azimo colla mescolanza del sangue 
umano, e specialmente de' Cristiani, nel modo taie, che nel corso di 
dieci aûni, [se] ritrovatosi casualmente qualche cadavere di Cris- 
tiano, si è subito supposto l'omicidio, ed in oltresi è tosto creduto 
commesso dagli Ebrei di quelle vicinanze pel mentovato fine su- 
perstizioso. 

Gosi accadette in Zanslav 2 , dove era il defonto Paolo Sangasco. 
Lo stesso avvenne in Sciappatouski 3 , ove risiede il Principe Preez? Snpplica degii 
Giudice di Gremeniz. Lo stesso succedette vicino ad Ostra, ove è il Ebreidl Polonia - 

1 Les notes suivies du sipne (B.), sont tirées de la publication de M. Berliner citée 
plus haut. La copie contient, à côté de tous -les passades latins du Mémoire, une 
traduction italienne de ces passages. Cette traduction, probablement laite pour l'usage 
de la communauté juive de Rome, ne se trouvait sûrement pas dans L'original, les 
membres du Saint-Office étaient certainement tous forts en latin. Nous n'avons pas 
reproduit ces traductions italiennes, sauf en deux endroits, où notre manuscrit a mal 
copié le texte latin. 

■ Affaire de 1743, voir Zunz, Synagogale Poésie, p. 345 (B.). — La ville de Zaslav 
est en Volhynie, au sud d'Ostrog. 

3 Nous n'avons pas pu identifier la ville de Szappatouski (c'est ainsi qu'il faut 
probablement écrire"!. Il semble qu'elle soit dans le cercle judiciaire de Kremenets 
(Cremeniz chez Ganganelli), dans la Volhynie, près d'Ostrog. Ostra, qui suit dans 
le texte, est peut-être Ostrog, à moins que ce ne soit Ostrow, gouvernement de 
Lublin ou gouvernement de Plock. 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Principe Sablonoski ; cosi pure in Paulilz !, ove era il defonto Duca 
Michèle Lubimiviski 2 ; e finalmente in Iampoli 3 , ove è il Duca Kasi- 
mire Radzuvil 4 , per essersi ritrovato un cadavere imputridito galleg- 
giante nel fmme Pregna. In veduta adunque di una imputazione 
falsa, che rende la nazione non meno odiosa, che soggetta a tante 
pêne aggravanti nelle soslanze, e tormentose nel corpo, implora 
la nazione Ebrea di Poionia qualche provvedimento, con cui restasse 
difesa da una taccia che la rende obbrobriosa insieme, e ingiusta- 
mente punita in eere et corpore. 
Reiazione délia La riferita supplica, per comando délia Suprema, fu a me com- 

supp ica. messa, afïinchè su di essa umiliassi il mio seutimento. Procurai colle 

deboli mie forze dimostrare l'insussistenza del reato che apponevasi 
all'Ebrea nazione di Poionia. Nulladimeno per procedere in una taie 
materia colle dovute cautele, fui di parère, che prima di prendere 
su di quest' affare alcuna risoluzione, si dovesse scrivere al Nunzio 
Apostolico di Poionia per rilevarne un' esatta informazione. 
Prowedimento Propostasi la supplica col rispettivo voto da me sii di essa disteso, 

preso sudiessa. g . de g narono le EE> yv. nella Gongregazione délie Grazie tenuta li 
21 Marzo 1758 di approvarlo, decretando « scribendum esse R. P. D. 
Nuntio pro informatione, auditis Ordinariis locorum, in quibus sup- 
ponuntur sequi crimina de quibus agitur ». 

Resta ora a considerarsi, qualpartito debba da me suggerirsi, dopo 
che sono dalla Poionia giunte le informazioni su di quest' affare. 
Per adempiere le parti mie, conviene che mi faccia strada a conside- 
rare le informazioni prima in génère, indi in specie, finalmente in 
individuo. 

Riflessioni sopra le Informazioni venute da Poionia in génère. 

Prevenzioni e i n tutte le popolazioni regnano alcune preoccupazioni, che dagli 
illuminati del secolo chiamansi pregiudizj. Ognuno sa quanto vi 
volesse di tempo e di fatica per disingannare gli Spagnuoli sul punto 
délie celebri lamine Granatensi 3 . Gertamente impiegossi più di un 
mezzo secolo, prima che il Ven. Innocenzo XI ne pubblicasse con un 
suo Brève Apostolico la condanna. 

Ma si tralasci di tessere il carattere poco gradito aile particolari 
nazioni, massime perché in alcune di esse ritroveressimô* ompiri e 
pliche 6 onde risulterebbono evidenti riprove di queste pregiudicate 
prevenzioni. 

1 II y a une ville de ce nom en Moravie, cercle de Znaïm. 

2 II faut probablement lire Lubomirski. 

3 Iampol est située sur la rive gauche du Dniester, au sud de Mohilev, et près de 
l'embouchure d'une rivière qui se jette dans le Dniester. Ici, cette rivière s'appelle 
Pregna, chez Mortara (p. 265), Oragno. ■ 

4 Lire Radziwil. 

■ s II faut probablement lire lamie (non lamine), en français lamie également. 
6 Au lieu de ompiri, il faut, sans doute, vampiri. Le mot pliche représente certai- 
nement aussi quelque animal fabuleux, avide de sang. 



MEMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 1*7 

Mi restringerô soltanto ad accennare il grave pregiud'zio clic si 
arreca a molti innocenii, qualora qucsti debbano essere giudicaLi da 
du ritrovasi da simili pregiudizi prevenuto. 

La l'orza délia prevenzione seco porta la facilita di persuadersi di 
luttociô clie ha coerenza cou essa, ed iusieme la somma difficoltà 
di credere Fopposto. Quindi si perde quell' equilibrio che deve neees- 
saria mente precedere ad ogni retto giudizio ; onde poi l'iimocenza 
rimanq qualche volta oppressa. « Est item vitium », lo scrisse S. Ber- 
nardo al suoEugenio 1 , nel lib. 2 De Considérât., cap. Il, « facilitas 
eredendi . . . , inde innocentium frequens addictio ». Quindi nasce 
ancora che prestaudosi senza esame l'assenso a moite relazioni, 
v:ii^a ad ammettersi per verità cïô che è una mera impostura. Sopra 
di che dovrebbe alla stessa inclita nazione Polacca sovvenire quanto 
ad essa accadde l'anno 4 254. 

Un certo astuto uomo di nome Martino, spacciossi fondatore « Fra- un impostore 
» trum de Poenitentia Ordinis BB. Martyrum »,con amplissimi Apos- c î ie ,n g anna l *» " 

^ r i.i chta nazione Po- 

toliciprivilegi. I \escovi di quel Regno, e lo stesso Boleslao uetto il i acca . 

Pudico ', portati dalla loro innata pietà a promuovere il beue, gli 

assegnarono il Tempio di S. Marco in Cracovia, e ricchissimi fondi; e 

pure il tutto era una vera impostura, corne poi dichiarô alcuni anni 

dopo Alessandro IV, con sue lettere segnate li 15 Maggio 4 259, no- 

lificando che gli Apostolici Induiti spacciati dall' astuto Martino erano 

l'alsi. Se la macchiaa di Martino fu di poca durata, altre affidate al 

rapporto di alcuni testimoni, passando di voce in voce, da paese in 

paese, si procacciarono una tal quale perpétuité, onde rendesi poi 

quasi indélébile la marca di vituperio apposta a qualche nazione o 

famiglia. Tre uomini certamente illustri furono Graziano 3 , Pietro Diffamazione 

Lombardo\ e Pietro Gomestore 5 , e pure furono diffama ti corne contro tre uomini 

nati d'adulterio, e per tali veugono reputati da molti altri scrittori, x ustn ' 

corne riferisce S. Antonino 6 , nella Somma Istorica, par. 3, tit. 4 8, 

cap. 6, e specialmente dal Tiraquello 7 , nel lib. De Nobilit., cap. 45, 

n° 32. Ne mancano altri a nostri tempi che vivono con questa opi- 

nione succhiata da essi dalla fama. «c An vero famae credat nisi 

inconsideratus? », corne dice Tertulliano 8 , nel suo Apologetico, al 

cap. 7. Ed in fatti bisogna essere veramente inconsiderato per imma- 

ginarsi, che i tre mentovati illustri uomini siano stati spurj ; mentre 

rintracciandosi la loro origine, si rileva, che il Graziano nacque in 

Chiusi di Toscana, Pietro Lombardo in Novara, e Pietro Gomestore 

1 C'est 1g célèbre saint Bernard, abbé de Clairvaux. — Eugène ici nommé est le 
futur pape Eugène III (B.). 

* Boleslas V le Chaste, 1227-89. 

3 Gratien, le célèbre canoniste (xn e siècle), auteur du décret qui porte son nom. 

* Pierre Lombard, théologien, écrit en Italie et en France, commencement du 
xii* siècle. 

5 Pierre Comestor ou le Mangeur, théologien français, fin du xn e siècle, 

6 S. Antoine, dominicain de Florence, m. 1459 (B.). 

7 André Tiraqueau, jurisconsulte français, m. 1558. 
H Tertullien vit vers 1G0 à 245. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Trecis, in Gampania Gallig. 1 , e sono note le rispettive distinte madri 

di ciascheduno di loro. Zosimo parimente ebbe coraggio d'infamare 

Diffamazione Gostantino il Grande 2 col turpc carattere di spurio, e fu creduta la 

contro 1 iuipera- l r ' 

tor Costantmo. calumnia (la molli altri scrittori, e specialmente dal Bodino', nel 
suo Metodo Istorico, al cap. 7, pag. 302. Da questa calunniosa 
macchia viene dottamente purgalo il Gran Gostantino da Michèle 
Arpoldo, nella sua Brittannia Illustrata \ cap. 2, sez. 2, §§ 6 et 7. Si 
replichi adunque, con S. Bernardo, che « est etiam vitium facilitas 
credendi ; inde innocentium frequens addictio. Quindi, per non 
cadere in questo gran difetto, con tanto pregiudizio dei poveri 
innocenti, li stessi autori gentili ci hanno somministrato prudeutis- 
simi suggerimenti. Laonde il famoso Luciano promulgô un libro 
Awertimento intitolato c De non temere credendo caiumnise ». Seneca poi, ne! 

rionT° ed ' ama ' ^ D - 2 De I ra > ca P- 19 > dà belle ed opportune massime a Principi ed a 
Giudici per togliere dalle loro menti le pregiudicate prevenzioni, 
e la soverchia propensione di credere anzi il maie che il bene. 
Conchiudasi adunque, con S. Prospero : « Ne pateant faciles (mot 
illisible) rumoribus aures (non si aprano facilmente le orecchie ai 
rumori...) ». — Imperoechè simili difïamazioni riconoscono sovente 
la loro origine dall' odio di chi le inventa, e da simile passione di 
chi le crede. Ghe, se tutti i Cristiani, specialmente poi i Principi ed 
i Giudici devono guardarsi da questa *prevenzione prima di pronun- 
ziare la sentenza. Quindi il Re Teodorico, presso di Cassiodoro 5 , 
nel lib. 4, epist. 4 0, cosi parla a comune insegnamento : « Fœdum 
» est inter jura publica privatis odiis licentiam dare, nec ad arbi- 
» trium proprium judicandus est inconsultus fervor animorum. 
» Iniquum quippe nimis est quod delectat iratum. Furentes justa 
» non sentiunt, quia dum commoti animo in vin.dictam seeviunt, 
» rerum temperanliam non requirunt. » Quando la passione dell' 
odio è manifesta, non devo immaginarmi che alcun Giudice si 
lasci sedurre ; ma f^quando l'odio ricuopresi sotto manto di zelo, e 
zelo di Religione, allora vi vuole nel Giudice tutta la cautela per 
evilare ogni maliziosa sorpresa. Che perô Teodoreto G , nel lib. 4 
délia sua Storia Eeclesiastica, cap. 33, non ritrovô altra maniera 
di scusare l'Imperatore Gostantino dalla taccia di ingiusto nell' 
aver pronunziata sentenza di esilio contro tanti uomini Ecclesias- 
tici, illustri ed innocenti, frà quali vi fu S. Atanasio 7 , senon perché 
« fidem adhibuit Episcopis qui occultare studebant veritatem, 
» illustrem quamdam vita3 speciem prseferentes, qua Imperatorem 
» dolo deluserant. . . Abque ista dico... quo pro Imperatore res- 

1 Cela veut dire : Troyes, en Champagne. 

2 Zosime, historien grec du v e siècle. 

3 Jean Bodin, célèbre publiciste français, 1530-96. 

4 Nous n'avons pas pu trouver d'indication sur cet auteur et cet ouvrage. 

5 Cassiodore, m. vers 470, a l'ait un recueil des Ordonnances des rois Ostrogoths. 

6 Théodoret, écrivain ecclésiastique, né à Antioche en 387. 
1 S. Athanase, patriarche d'Alexandrie, m. 373. 



MEMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 189 

» pondeam, ostendamque humana) naturre imbecillitatem,et doceam 
» simul : Non solis accusatoribus credendum,quamvisdigni videan- 
» tur quibus sit adhibeoda lides, sed alteram aurem integram ser- 
» vandam reor ». Iddio mi guardi dal semplicemente sospettare, che 
i due Vescovi délia Polonia ed il Nunzio Aposlolico abbiano voluto 
artificiosamenteoccultarela verità, o che abbiano quà trasmessa una 
dolosa informazione. 

Puô perô darsi che non ingannatori siano essi stati , ma bensï 
ingannati, ed in queslo non occorre maravigliarsene, corne, parlando 
col suo Pietro, disse in un caso simile il gran Pontefice S. Gregorio ' 
nel lib. I de suoi Dialoghi, al cap. 4 : « Quid uiiraris, Petre, quia 
» fallimur, qui homines sumus? » — Mi sembra assai opportuno il 
tenore con cui Pietro Cellense in certe circostanze regolavasi 2 . Scrive 
egli adunque nell' epistola 9 del lib. 6 : « Neque subitaneus ; neque 
» repentinus soleo res magnas disponere, sed cum multa maturi 
» consilii deliberatione... Inde est, quod non statim credo omni spi- 
» rilui propter illum, qui transfigurât se in Angelum Lucis, et sub 
» pallio consultationis offert sœpe veuenum deceptionis. Yitium est 
» autem omnibus credere, et nulli. » 

Questi sentimenti vengono riputati non meno utili per il prudente 
regolamento di un Principe, che necessarj per il giusto procedere di 
un Giudice. Quindi è nota ad ognuno la legge deUnoquoque, f. f. De 
re judic, sopra di cui hanno dottamente scritto Ippoliti de Marsyliis, 
Singul. 75, Alessandro de Imola 3 , Gons. 107, vol. 3 ; Misingerio, Obser., 
6, cent, h, e specialmente il Gigas, par. 3, f. 6 e 10, dove trattando 
di atrocissimo delitto quale si è il crimen Lsesee Majeslatis, dimostra 
non doversi procedere alla condanna sul fondamento solo délie accuse, 
se prima non siasi inteso il supposto reo, et non siangli assegnate le 
difese. 

Colla scorta di questi principj mi persuado di aver sufficiente- 
mente esposto quanto basta per dimostrare quale esser debba il 
nostro contegno circa le informazioni venute dalla Polonia, conside- 
rate precisamente in genere y non pretendendo altro, se non che resti 
per ora sospeso il giudizio, fintanto che non siasi fatto l'esame délie 
medesime in specie, e fiualmente in individuo, e ciô per potere con 
indifférente equilibrio venir poscia al giudizio di questa causa, giusta 
l'avviso del savio Greco Focillide 4 : « Nec nisi librata dirimat sen- 
» tentia litem, — Parte quid ex utraque queat (?) examine causa. » 
(Ne la sentenza dia termine alla lite, se la causa non sia stata 
equamente esaminata da uoa parte e dall'altra.) — E con ragione 

1 Grégoire I er le Grand, pape, de 590 à 604 (B.). 

2 Pierre de Celles, évêque de Chartres, m. 1183. 

a Alexandre d'iraola est Alex. Tartagna, m. 1477 (B.) — Jérôme Gigas, m. Venise 
1560 (B.). Nous n'avons pas pu identifier Misinger ni llippolyte de Marseille. Nous 
nous demandons si, deux lignes plus haut, au lieu de /. /"., il ne faut pas lire t, t. 
(titulus?). 

4 Tout le monde sait aujourd'hui que le poème k didactique de Phocilidc, qui a eu 
un si grand renom, est d'un auteur juif. 



490 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mentre è proprio carattere del Giudice il conoscere, siccome è dote 
del Principe il comandare, corne disse Medea presso del Tragico : 
« Sijudicas, cognosce ; si régnas, jubé. » — Act. 2, vers. 494. 

Riflessioni sopra le susdette Informazioni in specie. 

Verisimiglianza Ella è cosa ben doverosa che Io mi adoperi con ogni diligenza 

deiie informazioni p er f ar cori oscere quanto siano credibili le informazioni venute da 

Polonia, soltanto che si riguardino in specie. Queste informazioni 

adunque rimirate in specie contengono la crudeltà degli Ebrei contro 

de' Gristiani. Questo solo oggetto circa cui si aggirano le rende subito 

verisimili, credibili e forse anche realmente vere e da credersi. 

zeio de' Cris- Primieramente ognuno sa di quai zelo s'investisce il Monaco 

tiani di Magonza Radolfo ', in Magonza, per reprimerel'audacia degli Ebrei contro de' 

eccitatodaunMo- _,..._,., - , .. _» , ,» ,. , . , . 

naco contro gii Gristiani. Stimo suo proprio debito Radolfo di predicare al popolo 

Ebrei. Cristiano ed eccitarlo al giusto risentimento contro degli Ebrei 

sitibondi del sangue cristiano. In fatti i Cristiani di Magonza, 

avvalorati dal zelo di questo Monaco, si allarmarono, e fecero ampia 

strage degli Ebrei. 

n re di Francia Abbiamo ancora dal Rainaldo ', nel secolo XIII, i giusti risentimenti 

edi pnncipid'A- ^ , p r j nc jpi d'Alemagna, e del re di Francia contro li stessi Ebrei, 

lemagna punis- r n 

conogHEbreiper sottoposti perciô a pêne corporali e pecuniarie, e se ne assegua la 

questo deiitto. specifica cagione la quale è la medesima per cui sono giustamente 

stati puniti in Polonia, cioè : « Quod in ipsa solemnitate (degli 

» Azimi) se corde pueri communicant interfecti. Ac eis obiiciunt 

» hominis cadaver mortui. ». 

inPadovasono Abbiamo inoltre, che in Padova ', nell'anuo 4 475, furono rigoro- 

accusatidepuero gQmente p Un j t j g-^ Ebrei appunto per questo atroce deiitto « de 

in v'erona pa- puero necato ». In Verona parimenti, l'anno 4 603, fu instituito il 

rimente. giudizio contro di un Ebreo, ed eccone la cagione. « Infante cru- 

» déliter necato..., ut innocenti sanguine, ad pessimos et nefa- 

» rios usus uteretur, sicut aliàs factum esse quibusdam..., historiée 

in Venezia si » monumentis probare conatus est. » — Nell'anno 4705, sul ponte 

espone ai pubii- fa Rialto in Venezia, presso la Ghiesa di S. Giacomo, per rimprove- 

es P re U S sîva P dei rare la perfîda nazione Giudaica di questo orrendo misfatto, fu alla 

misfatto. publica vista esposta una tela, in cui miravansi dipinti •< Judœi 

» necantes puerum, cura aliis formis et inscriptionibus. » 

in Viterbo ed Nello Stato Pontificio ancora, e precisamente in Viterbo, li 13 di 

1 Sur ces épisodes de la seconde croisade, le rôle de Bernard de Clairvaux, du 
moine Rodolphe, etc., voir Graetz, VI, 2 e édit., p. 162 et suiv. 

2 Raynaldi continue les Annales ecclcsiastici de Baronius. Ici et plus loin, les récri- 
minations des chrétiens contre les Juifs sont giusti, les Juifs sont audacieux, c'est le 
langage dont on se sert toujours envers les Juifs, c'est la formule, mais Ganganelli 
se charge lui-même de montrer plus loin ce qu'il faut penser de ces tristes ma- 
nières de parler. 

3 Sur une affaire de Padoue, en 1684, voir Monatsschrift. de Graetz, 1881, 
p. 5341-42. 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 191 

Giugno 1705, tentarono gli Ebrei di commettere una simile barbarie in Ancona sono 
contro di un fanciullo cristiano ; ed in Ancona nell'anno 1711 furono accusati dell a 

..,. ,. ■■ . c ... ... stessa enormità. 

accusati di aver disanguato ed ucciso un fanciullo cristiano. 

Se a tanti monumenti di fatto vogliamo aggiungere le testimo- 
nianze di celebri scrittori, si rileverà da questi ancora la contesta- 
zione dello stesso delitto imputato agli Ebrei. Leggasi Topera del Testimonjanaa 
P. Luigi Contarino Crucifero, intitolata : Il vago e diletteVol SeconteîuL'ÏÏÏ 
Giardino, stampata in Vicenza Uanno 1597, e precisamente nell'ag- sud. enormità. 
giunta ed in essa, alla pag. 80, si vedrà il titolo seguente : Le dodici 
persecuzioni fatte da Ebrei contro i Gristiani. Leggasi ancora quanto 
scrisse Giulio Morosini, già Rabbino fra gli Ebrei, poscia Cristiano, 
nella par. 3, cap. 12, pag. 1392, ed ivi vedrassi una lunga funesta 
série diesempi, cioè, di molti fanciulli Gristiani dagli Ebrei trucidati. 

Noto è al mondo il B. Simoncino da Trento, che dagli Ebrei nel Due fatti in 
Tanno 1475 fumartirozzato. In Praga ancora avvenne un fatto simile, com P ro ™ deiio 

. ., . stesso delitto. 

per cui fu decapitata la madré, ed il padre arruotato, e se ne legge la 
storia in lingua Tedesca. 

Ora se da tante nazioni, se quasi in ogni tempo e luogo eziandio, 
dove gli Ebrei sono soggetti ad un severo rigore, se da tanti scrit- 
tori con evidenti prove viene ad essi imputato questo delitto, ognuno 
ben vede a quanta base di verità resti appoggiata la informazione 
venuta su di taie proposito dalla Polonia, massime poi che in 
Polonia gli Ebrei hanno tanto di possanza che tengono molti Gris- 
tiani al loro comando soggetti l , corne puô vedersi nell'Enciclica 
di Benedetto XIV di glor. me. 2 « Ad Primatem, Archiepiscopos et 
Episcopos Regni Poloniae », in data dei U Giugno dell'anno 4751 . 

Ghe si isti taceàunt, lapides clamabunt. In Posnania, nella facciata Pubiico monu- 
di una chiesa, vi stà esposta alla publica vista una pittura, in cui JJ*" 10 in Posna " 
si rappresenta uno dei Rabbini della Sinagoga con un coltello in 
atto di scannare un Cristiano, con altri Ebrei che tengono bacili in 
mano per riscuoterne il sangue che sgorga 3 . 

Ho creduto mio debito l'adunare tutte le addotte notizie per for-, 
mare con esse la verisimiglianza e la credibilità délie Informazioni 
in specie, venute sul proposito di cui si tratta dalla Polonia. Ora perô 
non mi si deve negare di far vedere ciô non ostante la insussistenza 
degli addotti monumenti ad finem de quo agitur. 

Il primo monumento prodotto in giustificazione dell'informazione 
ce lo somministrô il Monaco Radolfo. Ora vediamo se il di lui n fattodeiMo- 
esposto procedere contro gli Ebrei fosse da competenti Giudici "^riprovato Ta 
approvato. Enrico, Arcivescovo di Magonza, sotto gli jocchi di cui fu s. Bemardo. 
fatta la descritta strage degli Ebrei, disàpprovô la condotta del Mo- 

1 Cette prétendue puissance des Juifs sur les chrétiens, en Pologne, est une de ces 
légendes comme il en court un si grand nombre sur les Juifs. 

» Benoît XIV, pape, 1740-58. 

3 On ne sait pas autre chose sur cette image. A Posen, affaire de 1736, voir Perles, 
Geschichte der Juden in Posen, p. 102 (B.). — Affaire de 1696, à Posen, dans 
Zunz, Synag. Poésie, p. 348; à Prague, ibid., p. 351. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

naco Radolfo, e ne paleso i suoi risentimenti al glorioso S. Bernardo. 

Ora sentiamone la risposla che diede il S. Abb e all'Arcivescovo 

Enrico nella sua lettera 323 : « Homo ille de quo agitur in literis 

» vestris (parla di Fr. Radolfo), neque ab homine, neque pro homi- 

» ne, neque per homiuem, sed neque a Deo missus venit. Quod si 

» se Monachuin aut Eremitam jactat et ex eo sibi assumit liber- 

» tatein vel ofiicium praedicationis, potest scire et débet, quod Mona- 

» chus non habet docentis, sed plaugenlis ofiicium ; quippe cui oppi- 

» dum carcer esse débet, et solitudo Paradisus ; hic vero, a contrariis, 

» et solitudinem pro earcere, et oppidum habet pro Paradiso. . . Tria 

» sanesuntin eo repreheusione dignissima : usurpatio prœdicatio- 

» nis », colla quale commosse il popolo alla strage contro gli Ebrei ; 

« conlemptus Episcoporum », ai quali rincrebbe un taie scempio di 

quegli infelici ; « homicidii approbati libertas », col promuovere ed 

approvare l'esterminio di quei sventurati. Passa indi S. Bernardo ad 

insinuare la maniera con cui devono i Gristiani diportarsi con gli 

ciemenza délia Ebrei, e dice : « Nonne copiosius triumphat Ecclesia de Judseis per 

venuTeii Ebrei! w sm & ulos dies, vel convincens, vel convertens eos, quam si semel et 

» simul consumeret eos in ore gladii? Numquid incassum consti- 

» tula est illa universalis oratio Ecclesiae, quee offertur pro perfidis 

» Judœis a solis ortu usque ad occasum, ut Deus et Dominus 

» auferat velamen de cordibus eorum et ad lumen veritatis a suis 

» tenebris eruantur? Nisi enim eos, qui increduli sunt, credituros 

» speraret, superfluum videretur et vanum orare pro eis. Sed consi- 

» derat oculo pietatis quod Dominus habeat respectum gratise apud 

» eum, qui reddit bona pro malis et dilectionem pro odio. Ubi est 

» ergo illud quod dictum est : Yideas ne occidas eos? Ubi est : Gum 

» plenitudo gentium intraverit, tune omnis Israël salvus fiet? » 

Bernardo ri- Non si contenue lo smoderato zelo di Radolfo nei confini di 

mente 6 fra^iîo- Ma S onza - Scorse egli la Francia ed altre parti délia Germania, 

doifo. eccitando i Gristiani alla strage contro gli Ebrei, per cui meritossi 

.altri acerbi rimproveri dall' Abbate di Ghiaravalle 1 , corne si raccoglie 

dalla di lui lettera 363 scritla Ad clerum et populum Gallise Orientalis, 

in cui apertamente rimprovera il fatlo di Radolfo : « Non sunt perse- 

quendi Judsei, non sunt trucidandi, sed nec efïugandi quidem. » 

Benedettoxiv Quindi Benedetto XIV di glor. mem., nella sua Enciclica Ad Prima- 

cedered! Fr Ra-" tem ' Ar c hie Piscopos et Episcopos Poloniee, spedita li 19 Giuguo 1751, 

doifo. • la quale incomincia A quo primum, si oppoue egli pure « nimio et 

furenti Radulphi zelo. » Gonchiudasi adunque, che dal fatto et dalla 

condotta di Fr. Radolfo non si puô dedurre alcuna mancanza degli 

Ebrei contro de' Gristiani, ma bensi de' Gristiani sovvertiti da un 

Eremita contro degli Ebrei. 

si diiucida il Passiamo ora aile rappresentanze del Re di Francia e de' Prin- 

d?Aiemagna! Cipi ci P i di AJemagna, toccante il delitto degli Ebrei. « Quod in ipsa 

» solemnitate (cioè degli Azzimi) se corde pueri communicant 

1 S. Bernard. 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 193 

» interfecti. . . ac eis obiiciunt liominis cadaver mortui », ed è ap- 
unto quello stesso delitto che viene imputato adessi da Polacchi. Per 
ben decidere sul proposito di questa imputazione, mi voglio preva- 
lere di un Giudice che da niuno potrà mai riputarsi sospetto. Inno- 
cenzo IV, Sommo Pontefice, l'anno 4 217, fu interpellato dagli Ebrei innocenzoïvfu 

■ , , . T , , interpellato nella 

stessi, straziali in sere et persona in Alemagna ed in Erancia, perla cauS ade B ii Ebrei 

imputazione suddetta. Vediamo corne il lodato Pontefice in ques- 

Cafl'are si diportasse. Trascriverô pertanto la lettera stessa di Iimo- 

cenzo IV riferita dal Rainaldo, la quale potrà servire di scorta, son 

per dire sieura, pel regolamento che potrà tenersi sul présente 

allure degli Ebrei di Polonia. Scrive egli adunque « Archiepiscopis et 

Episcopis per Alemaniam constitutis » nella forma seguente ! : 

« Lacrymabilem Judœorum Alemanniee (e qui potrebbe giustamente 
a dirsi — Polonia}) recepimus questionem, quod nonnulli tam eccle- 
» siastici, quam seculares Principes ac alii Nobiles et Potentes 
» vestrarum civitatum ac diœcesum, ut eorum bona injuste diri- 
» piant et usurpent, adversus ipsos impia consilia cogitantes, et fin- 
» gentes occasiones varias et diversas, non considerato prudenter, 
» quod quasi in Archivio eorum Christianse fidei testimonia pro- 
» dierunt, Scriptura divina inter alia mandata Legis dicente : Non 
» occides, ac prohibente illos in solemnitate Paschali quidquam lnnocenzo iv 
» morticinum non contingere, falso imponunt eisdem, quod in j^* B VmUe*a° 
» ipsa solemnitate se corde pueri communicant interfecti, credendo preteso di poio- 
» id ipsam Legem prœcipere, cum sit Legi contrarium, ac eis mali- n [. a ' va e c ô° d d '^n" 
» tiose obiiciunt homiuis cadaver mortui, si contigerit illud alicubi dere g» Ebrei. 
» reperiri. » Questo appunto è ciô che si espone nella supplica 
presentata alla S. Sede a nome degli Ebrei di Polonia. Che perô se 
lnnocenzo IV ammise le suppliche degli Ebrei di Germania, e li 
difese dalla falsa imputazione, incaricandone i Prelati e Potentati 
Cristiani per la indeonità dei medesimi, pare che ogni ragion voglia 
potersi la S. Sede prendere il pensiero di difendere gli Ebrei di 
Polonia da qualunque aggravio loro si addossi per la mentovata 
falsa imputazione. 

Ora recherô il residuo délia lettera di lnnocenzo IV : « EJ, per hoc 
» et alia quamplurima figmenta ssevientes in ipsos eos super his..., 
» spoliant contra Deum et justitiam omnibus bonis suis, et inedia, 
» carceribus ac tôt molestiis tantisque gravaminibus premunt, 
» ipsos diversis pœnarum affligendo generibus et morte turpissima 
» eorum quamplurimos condemnando. . . Unde suum exterminium lnnocenzo iV 
» metuentes, duxerunt ad Apostolica) sedis prudentiam recurren- j^gl! Ebreif ed 
» dum.Nolentes igitur prœfatos Judaaos injuste vexari. . ., mandamus ingiunge doversi 
» quatenus eis vos exhibentes favorabiles et benignos, quidquid 
» super praemissis contra eosdem Judeeos per prsedictos Prœlatos, 
» Nobiles et Potentes inveneritis temere attentatum, in statum 
» debitum légitime revocato, non permittatis ipsos de cœtero super 

1 Ravnaldi, t. XIII, ij juillet 1247, n° 84. Voir Graetz, VIII, 2 e éd., p. 115. 
T. XVIII, N° 36. 13 



trattare con ca- 
rità . 



194 REVUE DES ETUDES JUIVES 

» his vel similibus ab aliquibus indebite molestari. » Scrisse Inno- 
cenzo IV altra lettera dello stesso tenore in difesa degli Ebrei ai 
Vescovi di Francia, corne ivi nota ilRainaldo. 

Innocenzo IV adunque non credette che dagli Ebrei si fosse 
commesso quel delitto,che dalia Polonia anche in oggi ad essi impu- 
tandosi, sono in quel Regno « diversis pœnarum generibus et morte 
» turpissima » straziati ed uccisi. Quindi vieta simili procédure per 
un delitto, per la cui prova non vi è neppure la verisimiglianza, 
comanda, che sieno reintegrati. So, che i Magdeburgensi 1 , nella 
Genturia XIII., cap. XV, col solito loro ardimento, si sono avanzati a 
dire, che Innocenzo IV 2 , allettato da un grosso gratuito sborso degli 
Ebrei, si inducesse a promulgare a favore de' medesimi le due accen- 
nate lettere. Ma per ismentire questi impudentissimi calunniatori, 
basta il rammentarsi, che Gregorio IX,l'aono 1235, t'ece un' Enciclica 
Gregorio ix Fidelibus Christianis, l'anno seguente scrisse a tutti i Vescovi délia 
discoipa g ii Ebrei Fi y raltra lettera era in giustifïcazione sul punto 

dal supposto de- ^ 

litto. di questo stesso delitto, che dalla Polonia, o da alcuni di quel 

Regno viene ad essi imputato. Riflettasi ancora alla Gostituzione 

innocenzo ni. del Gran Pontefice Innocenzo III Licet perfëdia Judœorum, che si 

ad esempio di \ e gge nel Tom. 1 délie di lui epist e , epist a 302, pag. 540, ed in 

«fs^^difenï essa vedremo quant'altri Romani Pontefici abbiano pigliata la 

gît Ebrei. protezione di questi miserabili. «Nos ergo (dice ivi Innocenzo), 

» licet in sua velint magis duritia perdurare, quam vaticinia 

» Prophetarum et Legis arcana cognoscere, atque ad Christianse 

» Fidei notitiampervenire ; quia tamen Nostrse postulant defensionis 

» auxilium, et Christianee pietatis mansuetudine Preedecessorum 

» Nostrorum fel. mem. Galisti, Eugenii, Alexandri, démentis et 

» Cœlestini, RomanorumPontificum 3 , vestigiis inhserentes, ipsorum 

» petitiooem admittimus eisque protectionis Nostree clypeum indul- 

» gemus. » Quantunque vengono rimproverati gli Ebrei délia loro 

contumacia ed ostinazione, non si legge perô mai, che dalla S. Sede 

siano stati rimproverati del delitto loro imputato in Polonia ; anzi da 

Gregorio IX e da Innocenzo IV positivamente giustifîcati da una taie 

imputazione,e da Innocenzo III,suiresempio di tanti suoi Predeces- 

sori,furono con molta clemenza protetti, il che non sarebbe seguito 

se fossero realmente stati rei del supposto atroce misfatto. 

si nsponde ai Facciamo ritorno dalla Francia e dalla Germania in Italia, ed ap- 

fatto di padova. prodiamo nei lidi délia Serenissima Republica di Venezia, dove si 

prétende provato il delitto che da alcuni délia Polonia si addossa agli 

infelici Ebrei. Due fatti si adducono, uno in Padova accaduto l'anno 

U75, l'altro in Verona nell'anno 1603 ; e fiualmente si richiama alla 

1 Centuria ecclesiasticœ Historiée, faites à Magdebourg, dans un esprit favorable au 
protestantisme. Cf. Baronius, année 1235, n° 20, sur Grégoire IX. 

8 Grégoire IX, Raynaldi, t. XIII, 3 mai 1235, n° 20, et 9 sept. 1236, n° 48. Voir 
Graetz, VII, 2» éd., p. 92. 

3 Sur tous ces papes, voir Rcvue^ I, 115. La Constitution d'Innocent III est du 
12 sept. 1299. — Reproduite Orientée Furet), 1844, p. 319 (B.). 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 198 

memoria la pittura esposta sul ponte di Rialto Tarmo '1705, dove rimi- 
ravansi « Judsei necantes puerum », e quindi conchiudasi colTragico 1 
che « Magna non latitant mala. », non permettendo il Signore che 
una empiéta simile degli Ebrei rimanga occulta ed impunita. 

Non mi sono poi indotto a credere che la Serenissima, la quale ha 
in ogni tempo saputo ' « consulere patriœ, parcere afflictis, fera 
» c.Tde abstinere, tempus atque iree dare », abbia poi voluto, o 
spogliare dei béni, o privare di vita gli Ebrei, per il preteso delitto, 
di cui si tratta. Infatti esaminando i due addotti casi, uno di 
Padova e l'altro di Verona, ritrovo tutto l'opposto. Imperocchè nella 
Ducale spedita li 22 Aprile deU'anno 1475 al Gapitano di Padova, 
veggo riprovarsi la di lui condotta contro degli Ebrei, e per segno 
deU'illuminata loro mente, che non si lascia preoccupare da 
pregiudizi, apertamente in detta Ducale si protestano nella seguente 
forma : « Credimus certe rumorem ipsum de puero necato commen- 
» tum esse, et artem. » Riconobbe pertanto la Serenissima, che il 
rumore sparso di un Gristiano fanciullo ucciso dagli Ebrei, era senza 
fondamento di verità ed un puro artifizio per estorcere denari da quei 
sventurati. Terminato Tesame di questa imputazione Polonica, potrà, 
corne spero succedere, che ancora dal Tribunale di Roma si debba 
cola rispondere : « Credimus certe rumorem de puero necato com- 
mentum esse, et artem. » 

Vengo al caso di Verona, e ritrovo ancora in esso un puro amore si risponde ai 
délia verità, quantunque si trattasse di condannare la condanna dei fatt0 di Verona - 
confratelli Cristiani e di giustiflcare gli Ebrei, non essendo piccola 
gloria di chi governa il non farsi predominare dal saDgue, corne 
presso dei Tragico cantô Teseo (aeirippolito, Act., 4, vers. 1112) : « Oh 
» nimium potens — Quanto parentes sanguinis vinculo tenes — Na- 
» tura, quam colimus inviti quoque ! » In Verona adunque 3 , da un 
célèbre avvocato Gristiano fu difeso un certo Ebreo detto Giuseppe, 
dell'accusa, contro cui era stato deounziato, che « infante crude- 
» liter necato, ut SSmse. Morti Nostri Salvatoris illuderet, et inno- 
» centi sanguine ad pessimos et nefarios usus uteretur, sicut alias 
» factum esse quibusdam circumforaneae historiœ monumentis 
» probare conatus est ipse Accusator. » Fu pertanto il detto Ebreo 
Giuseppe dairavvocato Cristiano difeso dalla suddetta imputazione 
(che è la medesima di Polonia), e fu dichiarato innocente, e corne 
taie rilasciato. Stimo perô necessario di letteralmente riportare la 
sentenza assolutoria pronunciata li 28 Febbrajo 1603. « Dictus Jose- 
» phus per Excmum. eius advocatum, nedum suas satis légitimas 
» defensiones deduxit, verum etiam demonstravit, variis allegatis 

1 Medea, Act. 2, vers. 156 (note du ms.]. 

* 11 Tragico in Octavia, Act. 2, vers. 465 (note du ms.). 

8 Sur cette affaire de Vérone, 1603, voir le premier Mémoire de T.-V. Corcos, que 
nous citerons plus loin. Le Juif accusé s'appelait Josef Abramini. Sur le même fait, 
voir Gorredo Guidetti (pseudonyme), Pro Judœis, Turin, 1881, p. 303» D'après ce 
dernier ouvrage, Jos. Abramini fut remis en liberté le 28 lévrier 1603. 



rona. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Documentipro- » Sacrœ Bibine locis, hebraicum ritum a sanguinis effusione abhor- 
dotn a favore B rere, siguilicando etiam, quod varii Principes hanc bujusce san- 
» guinis usus famam, pro tana et falsa habuertmt, publicis datis 
» privilegiis : nempe Bona et Joannes Galleatius Sfortia, Duces 
» Mediolani 1 , ut constat sub die 19 Maii 1470; Petrus Mocenigo, 
» Dux Venetiarum 2 , sub die 22 Aprilis 4475; et denique Federi- 
sentenza favo- » eus III, Carolus V 3 , et Maximilianus II sub die 8 Martii 4566, 
revoie aghEbrei. .> j Q q U1 i) US affirinatur olim a suramis Pontificibus proliibitum fuisse 
» quidquam credere de liujusmodi objecto impio sanguinis Chris- 
» tiani abusu ; ex quibus omnibus tollitur omnis suspicio tam 
» facinorosi sceleris objecti. Eapropter Illmus. D. Potestas (ed era 
» Giustiniano Gontareno), una cum Excmo. Consulatu, anted m 
» Josepbum relaxavit. » Da questa sentenza di Verona nel fatto 
Riflessioni sui dell'Ebreo Giuseppe, si riconosce il retto giudizio dei Gonsiglieri e la 
r«n-' cat0 d ' Ve " saviezza del Podeslà, imperochè considerarono essi la inverosi- 
miglianza di questo delitto per rapporto agli Ebrei, i quali, per 
ragione del loro rito, à sanguinis effusione abhorrent. Considerarono 
ancora che molti Gristiani Principi « hanc hujusce sanguinis usus 
famam, pro vana, nulla et falsa habuerunt ». Considerarono da 
Sommi Pontefici « prohibitum fuisse credere de hujusmodi objecto 
impio sanguinis Christiano abusu ». Da tutte queste ragionevolis- 
sime considerazioni, quel savio Magistrato giustamente si persuase 
che svanisse « omnis suspicio tam facinorosi sceleris objecti » ; che 
perô, quantunque l'accusatore si fosse sforzato a provare contro , 
l'Ebreo Giuseppe questo stesso delitto dagli esempj, « sicut alias 
factum esse quibusdam circumforaneœ historiés monumentis probare 
conatus est ipse accusator », nulladimeno quel savio Magistrato non 
lo credette ne vero ne verisimile, anzi levé ogni ombra di sos- 
petto. Piacesse al Signore che lo sventurato Jacob Selek avesse 
dovuto presentarsi ai Tribunali di Padova o di Verona piuttosto 
che a quelli di Polonia, poichè avrebbe sottratta la sua nazione 
dagli strazi, da gravosi tributi e da supplizi. 

1 Jean Galeazzo Marie Sforza, duc de Milan, succéda à son père en 1476, sous la 
tutelle de sa mère Bonne. La date de 1470 de notre texte est donc fausse ; du reste, 
la date vraie est connue par les documents, au nombre de neuf, publiés dans le Pro 
Judceis mentionné à la note précédente, p. 280 et suiv. La lettre des ducs de Milan, 
Bonne et son fils Jean y est datée du 18 mai 1479. Le mémoire de Gorcos, dont nous 
avons parlé, a aussi la date fausse 19 mai 1470. Cette circonslance et quelques autres 
nous font penser que Ganganelli a connu le Mémoire de Gorcos. 

2 Sur toute l'affaire de Trente, voir Graetz, VIII, 2 e éd., p. 256 et suiv. La lettre 
de Mocenigo se trouve reproduite, entre autres, dans les Annalcn (de Jost), II (1840), 
p* 354, et dans Wagenseil, Benachrichtigung wegen einiger die Judenschaft angehen-~ 
dot wichtigen Sachen... II. Widerlegung der Unwahrheit dass die Juden zu ihrer 
Bedùrfniss Christ en-Blut habenmussen; Leipzig, 1705, p. 191 ; la lettre de Mocenigo, 
du 22 avril 1475, est adressée, d"après cet ouvrage, à Antonio Erizzo, Podeslà, et à 
Bertucci Gontareno, capitaine, à Padoue. On trouvera aussi le texte de la lettre dans 
Pro Judœis, p. 278. 

3 Frédéric III, vendredi avant la Saint-Jean 1470 (Pro Judœis, p. 276, trad. en 
italien), — ou août 1476 (B.) ; Charles V, Spire, 3 avril 1544 (Pro Jud., p. 295). 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 197 

Portiamoci ora in Venezia, e vediamo corne la Serenissima dipor- 
tossi. allorchè intese essersi esposta su 1 ponte di Pialto una gran 
tela, in cui vedevansi dipinti « Judaei necantes puerum, cum aliis 
formis et inscriptionibus. » Ecco pertanto il decreto emanato li 
8 Aprile dell' anno 1705': « Maudavit eamdem picturam intègre 
omnino deleri et depennari. » Volesse Iddio, che simili sentimenti 
di chiara cognizione penetrassero ancora in Polonia, mentre non 
si vedrebbe in Posnania quella pittura, di cui discorrerô a suo 
tempo 8 . Un simil esito ebbero le altre due accuse date contro gli si lisponde ai 

1 Cette peinture fut découverte le 6 avril [Mémoire cité de Corcos). 

* Le principal accusé, dans cette affaire de Vérone 1705, fut un Juif nommé Gioello 
(en hébreu, Jacob, d'après l'ouvrage judéo-allemand cité plus loin ; mais c'est plutôt 
Joël) di Core ; un Juif co-accusé s'appelle Joseph 'pfàNO. Nous connaissons, sur 
cet événement, les documents suivants : 1° un Mémoire (cité plus haut sous le titre 
de Premier Mémoire) du rabbin Tranquillo Vita Corcos, du 26 sep. 1705, et portant, 
au dos, le titre suivant : Alla Sagra Consulta, lllustr. e Reverendiss. Monsig. 
Ghezzi Ponente, per PVniuersità degV Hebrei di Roma. Memoriale (Rome, 1705, 
in-4° de 6 IF. non chiffrés). — 2° Du même : Alla t'agra, etc.... per VVniuersità 
degli Ebrei. Memoriale additionale ad aliro dato li 26 Sett. 1705 (Rome, 1706, in-4° 
de 8 ff. non chiffrés). — 3° Le Se fer Teschuot Israël, publié par Hayyim Alscheikh, 
de Lublin, à Fûrth, imprim. Hirsch et Hayyim, in-8°, contenant, après une intro- 
duction de 3 ff. , les trois pièces suivantes, traduites en judéo-allemand d'après les 
originaux : a) la traduction du n° 2 ci-dessus, avec le titre suivant (que nous 
transcrivons, comme les deux autres qui vont venir, du judéo-allemand) : An die 
hoche Consulta, dem hoch wûrdigst und gnâdigen ffn. Ghezzi Ponente, durck die 
Universitdt der Iehudim; Addizional Mémorial mit andern ûbergeben dem Y'S 
September rù"û 1705; b) An die hoche Consulta, etc.. Ghezzi Ponente, in 
Vcrlàumdung ûber eine Erdrossehmg so in der Stadt Viterbo vorgangen sein soll, fur 
Giamele de Corh und Josepii Samen ■jjJfàND, Juden. Kurzer Begriff; Rom, 1706; 
c) Titol. sacra Consulta oder hoch-wûrdig u. gnddiger Herr Ghezzi Ponente genannt, 
tibcr eine in der Stadt Viterbo... fiir troei arme Iehudim. ùfàlD3 so geheissen Gioelle 
de Core und Joseph "p)3ND... Rom, 1706. — Sur ces faits, voir encore 
Vessillo isr., 1878, p. 283, et 1880, p. 309. 

— Voici un court résumé des faits. Un jeune vaurien nommé Hieronymus Anto- 
nius, de Viterbo, raconta que le samedi 13 juin 1705, près de l'endroit où étaient les 
boutiques de bouchers à la foire de Cavercie (dans le voisinage de Viterbo), où il 
était allé le matin, cinq Juifs le virent, l'appelèrent hors de l'endroit, sur la route, 
et lui jetèrent un nœud coulant autour du cou. Par miracle, le nœud cassa (ou il le 
déchira, ou une apparition surnaturelle vint à son secours ; il a successivement ces 
trois versions), il s'enfuit, les Juifs le poursuivirent quelque temps. Dans sa fuite (ou 
auparavant, comme il dit quelquefois), il remarqua un pot et un couteau, préparés, 
disait-il, pour recueillir son sang. Après avoir couru par monts et par vaux, il finit 
par se trouver, privé de connaissance, chez Vicenze Fanerotti (lecture douteuse), il 
écume, frappe les murs, bat la campagne, et a trois petites écorchures (très petites 
et très légères) au cou. Dans les interrogatoires des autorités et de la justice, il varie 
sans cesse sur les lieux, les circonstances, les chemins parcourus, sur l'apparence et 
les vêtements des cinq Juifs qui l'auraient attaqué. 11 finit par désigner Gioello di 
Core, le seul, dit-il, qu'il reconnaisse, et qui, cependant, établit un alibi. Un jeune 
homme, nommé Jos. Saman, âgé de moins de 20 ans, finit aussi, nous ne savons trop 
comment, par être impliqué dans l'affaire et emprisonné, puis relâché, mais dans la 
prison on parait avoir exercé sur lui une grande pression, peut-être des sévices, et on 
ne lui rendit la liberté qu'après qu'il eut accusé Gioello. Les juges instructeurs et 
les greffiers, par toutes sortes de manœuvres, avaient aussi cherché soit à obtenir 
des aveux de Gioello, soit de faux témoignages contre lui. Les médecius, au contraire, 
déclarèrent tout de suite que toute l'histoire n'était qu'une fable. Si l'enfant avait 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faut di viterbo e Ebrei si in Viterbo che in Ancona, mentre nulla si rilevô contro 

di Ancona. degli infelici, corne si puô riconoscere dagli atti che furono in tali 
occorrenze fabbricati. 

Dai fatti già disegnati, passare io debbo alli scrittori, fra de 1 quai 
il primo è il P. Luigi Contarini Crucifero, Aulore dell'opera intito- 
lata 11 xago e dilettevol Giardino, il quale, nell'aggiunta, riferisce le 
dodici persecuzioni fatte da Ebrei contro i Gristiani. Fermiamoci 
alcun poco sopra il descritto titolo dell'opera di questo buon Padre. 
sirispondeaiie Egii chiama un vago e dilettevol giardino quest opéra, in cui descri- 

BMittori! Cg l ven do le dodici persecuzioni, non si vede in conseguenza altro che 
un funesto e tragico spettacolo di sangue innocente sparso da Bar- 
bari. Se i fatti da esso lui narrati corrispondono alla verità, corne 
la materia di cui tratta corrisponde al titolo dell'opera, non abbiamo, 
a mio credere, alcuna base su cui affidare le Poloniche accuse contro 
gli Ebrei, se pure non vogliamo scusare il buon Padre, sul riflesso 
che ancora in Roma si intitola Spedale délia Consolazione quel luogo 
in cui ricevonsi i feriti, che sogliono per motivo dell'acerbo dolore 
strillare. Egli dedica questo suo vago e dilettevol Giardino, inal'fiato dal 
sangue innocente, al P.Lauro Badoaro, « suonepole carissimo ». Egli 
nella dedicatoria chiama questo suo nepote carissimo : <v Un vero e 
» mirabil ritratto dell'eloquenza Diviaa dei gran Padri délia Ghiesa 
si risponde al » Crucifera. » Questo titolo di Chiesa Crucifera sarebbe rincresciuto a 

p. contarini. g^ Agostino, siccome gli rincrebbe il titolo di Ghiesa Meridiana, che 
si arrogavano i Donatisti 1 . Ghè se è vero il proverbio scolpito nella 
Torre prossima aile tre Cannelle: « Ex ungue leonem », potremo a 
quest'ora prognosticare il peso di queste dodici persecuzioni fatte 
da Ebrei contro i Gristiani. In fatti sentiamone da questo Padre 
délia Ghiesa Crucifera la enumerazione. La prima persecuzione 
adunque fatta dagli Ebrei contro de' Gristiani, la stabilisée sotto di 
Erode, quando a bimatu et in fra occidit multos pueros*. Di due cose ci 
dovrebbe assicurare questo scrittore : la prima, che Erode fosse 
realmente Ebreo ; e l'altra, che quei fanciulli fossero Cristiani. 
Per la prima parte, fuori dello Scaligero e di Casaubono, non ritro- 
verà il P. Crucifero chi lo creda, mentre Giuseppe Ebreo 3 , nel lib. 14 
délie Antichità, cap. 11 ; Eusebio, nel lib. 1 délia Storia Ecclesias- 

été, comme il prétendait, traîné sur la route avec le nœud coulant au cou, on aurait 
remarqué sur tout son corps les elfets terribles de la strangulation ; la corde aurait 
laissé des traces tout autour du cou et cela, au haut du cou (par l'effet de la traction), 
tandis que l'enfant n'avait que de très légères égratignures, qu'il avait pu se faire 
lui-même ou qu'un autre enfant avait pu lui faire. L'état de malaise dans lequel il 
s'était trouvé, dans la maison de Fanerotti, paraissait être de l'épilepsie, disaient les 
médecins, à moins qu'il ne fût l'effet de trop iortes libations. Mille autres arguments 
furent produits contre le récit de l'enfant, et on finit par réconnaître l'innocence de 
Gioello. 

1 Sur les Donatistes, secte chrét. du v e siècle, on peut voir Kraus, Lehrbuch der 
Kirchcngeschkhte, 3 e éd., Trêves, 1887, paragr. 49. 

2 Évang. S. Mathieu, II, 16. 

3 C'est Flavius Josèphe. 



MEMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 199 

tira. cap. (i ; Origene, nell'Omilia 17 in Genesim; S. Epifanio, 
nelUEresia 20: S. Ambrogio, lib. 3 in Lucam; S. Girolamo ', nel Co- 
rnent" al cap. 3 di Osea ; S. Agostino, nel lib. 18 De Civitate Dei, cap. 
15, edaltri Padri e scrittori non credono che Erode fosse altrimenti 
Ebreo, ma « alienigena ». Quindi Natale Alessandro*, nel Tom. 2, 
Dissert. 9, stabilisée la seguente proposizione: « Herodes Idumaeus 
fuit et alienigena respectu Judaeorum. » L'altra parte poi, cioè, che 
gil Inuocenti fossero Cristiani, basta di sapersi che il Battesimo 
fu instituito da Gesù Cristo lanno trigesimo dell'età sua, e quando 
accadde la strage degli Innocenti, il nostro Redentore contava pochi 
mesi dalla sua nascita ex immaculato Virginis utero. Sicchè questa 
prima persecuzione degli Ebrei contro de' Cristiani si puô gius- 
tamente cancellare dal numéro di queste dodici persecuzioni. 

Molto meno in tal numéro possono annoverarsi le altre undici, e 
per rimanerne persuasi, basta solo, che riflettiamo al titolo délie 
medesime. Quindi il P. Crucifero pone 3 : — La 2 a persecuzione sotto 
Nerone Imperatore. — La 3 a persecuzione sotto Domiziano Impe- 
ratore. — La 4 a persecuzione sotto Nerva e Trajano Imperatore. — 
La 5 persecuzione sotto Adriano Imperatore. — La 6 a persecuzione 
sotto Antonino Vero e Comodo. — La 7 a persecuzione sotto Severo 
Imperatore. — La 8 a persecuzione sotto Massimino Imperatore. — 
La 9 n persecuzione sotto Decio Imperatore. — La 10a persecuzione 
sotto Gallo Ostiliano e Valentino,o Volusiano Imperatore e Valeriano. 

— La 11 a persecuzione sotto Aureliano Imperatore. — La 12 d perse- 
cuzione sotio il crudelissimo Diocleziano Imperatore e Massimiano. 

— Questo è il computo délie Ebraiche persecuzioni numerate dal P. 
Crucifero, il quale ne deduce la seguente somma : « Il fine délie 
dodici persecuzioni fatte da Ebrei. » Tralascio di considerare tante 
cose quivi narrate, le quali sbilanciano dal vero. Mi sia solamente 
permesso di chiedere a questo P. Crucifero, se Nerone, Domiziano, 
Nerva, Trajano, Adriano e tant'altri Imperatori da esso lui nominati, 
erano veramente Ebrei, e chi li avesse circoncisi. Si ricordi pertanto 
questo scrittore ciô che disse il Tragico in Troade : « Majora veris 
monstra vix capiunt fidem — Rumores vacui verbaque inania et par 
sollicito fabula somnio. » (Act. 2, ver. 16 e vers. 405.) — E veramente 
deve compatirsi il P. Contarino perché fabbricô egli questo suo 
vago e dilettevol Giardino colle piante pigliate da Pietro Messia 4 , 
che fu un piantator di carote, siccome è noto agli eruditi ed agli 
amatori délia verità. 

Si passi ora a Giulio Morosini, prima Ebreo e poi Cristiano, prima Si nsponde ai 
Rabbino fra suoi, e poi scrittore franoi. In questineofitidall'Ebraismo neofito Morosini - 

1 Lire Hieronimo (B.). 

* Dominicain, auteur d'une Histoire ecclésiastique en 24 vol., imprimés à Paris, 
1077-86 (B.). 

3 Sur ces persécutions, voir Kraus, l. c, paraprr. 20. 

4 Pierre Messia ou Mexia, de Séville, m. 1552 (B,). — Ganganelli dit qu'il fut 
grand planteur (on dirait en français : tireur) de carottes. Tirer des carottes veut dire 

inventer des contes qu'on donne pour vrais, mentir. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

accader suole un certo trasporto contro délia propria nazione, per 

cui non rare volte trapassano i limiti délia veri ta. Quindi io osservo, 

che non solo Giulio Morosini, ma ancora D. Paolo Sebastiano Medici l , 

neofito egli pure delPEbraismo, da me conosciuto e trattato, pro- 

mulgô varie accuse contro degli Ebrei. Gli Ebrei di Roma publicarono 

colle stampe una piena giustificazione contro délie medesime, ed il 

Medici non vi potè replicare. Nel fine del secolo passato, dai torchi 

di Abramo de Verth 2 , usci alla publica luce un libro intitolato 

ceiebriscrittori « Maximi fructus Monitum ». L'anonimo autore fa ivi ad evidenza 

bîaismo" rlcono- conoscere, essere una vera impostura che gli Ebrei vadano in cerca 

scooo per faisa e del sangue Cristiano per farne uso superstizioso, e per impastarne 

calunniosa la im- jj loro e az i m0# Adduce molti testi del Vecchio Testamento, varj 

putazione di cui r ) o 

sitratta. Oracoli de' Sommi Pontefici, e copiose testimonianze di rinomati 

Scrittori.Neiranno 1753, dai torchi di Gio. Ignazio Hey[ijnger, fu pro- 
dotto in Vienna, colle dovute licenze, un libro composto da Luigi 
de Sonnenfels 3 , Professore di quella Université, intitolato : « Judais- 
mus de usu insontis Ghristiani sanguinis accusatus, inquisitus et 
absolutus, » (in Polonia perô si direbbe : et condemnatus). Il sopradetto 
autore per essere stato Ebreo, indi col Divino ajuto passato alla 
Gristiana Religione, fa vedere quanto ripugni alla nazione Giudaica 
l'uso del sangue Gristiano. Giô perô che egli dice nel Proemio deve 
fare molta impressione neU'animo de' Gristiani, e deve muo- 
verli anzi a difendere da questa taccia gli Ebrei, che ad impu- 
targliela. Ecco pertanto le parole del mentovato autore 4 : « Quemad- 
» modum generali charilatis lege prohibemur nonnulli hominum 
» cœtui, cujuscunque demum superstitionis sit, aliquid falsi vel 
» sinistri affingere, eodem prorsus modo nobis praeceptum est, ut 
» prseconceptas de iis criminationes, utpote preefatee charitati, et 
» veritati adversas, omnimodo invalidare et evertere laboremus. 
» Prœterquam enim quod isthaec adversaa parti falso inflictae incu- 
» sationes, tam seternaB quam creataî veritati contrarientur, sic et 
» insimul rumpunt sacratum vinculum humana3 societatis, causant- 
» que in animis Religione dissidentibus, prœter contemptum et 
» amaritudinem, tam noxium odium, ut tandem de salvifica nostra 
» Fide ne audire quidem sustineant, erronée ratiocinantes eam 
» nonnisi falsitati et odio innixam esse. Experientia id edoctus, 
» scribo utpote qui a nativitate et incunabulis meis sacris Judœ- 
» orum addictus, infinita tandem Dei misericordia, cadentibus ex 
» oculis infidelitatis squammis, lucem Evangelii aspexi et pretioso 
» Salvatoris mei sanguine, debito œternse mortis expuntus sum. 
» Haud enim satis dici potestquam potenterignem communis Chris- 
» tianorum odii in Judseorum corde inflamment praefata illa futilia 

1 Paul Medici est auteur d'un livre intitulé : Riti e costumi degli Hebrei, imprimé 
ù Venise, 174G; autre édition en 1778. 

2 Verth est Fûrth. L'ouvrage cité est inconnu. 

3 Ludwig (ou Aloys) von Sonnenfels : Jùdiscker Blut-Eckel. . . Wien, 1753. 

4 C'est le début du livre de Sonnenfels. 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 201 

» commenta quorum falso a nobi spostulanlur.Hœcenim prœter alia 
b hucusque impediverunt quod non majori numéro ad Fidem Nos- 
» tram advolaverint. » Dello stesso sentimento fu Paolo Burgense 1 , 
già Dottor Ebreo, e poscia Gattolico, ed assunto in Vescovo di 
Bruges, il quale sopra il primo capo del sacro Genesi scrive cosi : 
« Quapropler attribuere. istum errorem Hebrœis, non est utile ad 
eorum reductionem. Gredunt enim quod nos fingimus mendacia 
contra eos, quod non modicum impedimentum prœstat ad hoc ut 
reddamur eis credibiles. » 

In questo punto adunque non vi vuole fanatismo, corne si scorge, 
ed in Paolo Sebastiano Medici, ed in Giulio Morosini. Ma se vogliamo 
prestar fede ai neofiti, abbiamo il célèbre Lirano del mio Ordine, 
abbiamo il famoso Leone da Modena, abbiamo Paolo Burgense, Luigi 
Sonnenfel ed altri molti, corne puô vedersi nella Biblioteca Rab- 
binica stampata dall'Ugolini 2 , presso dei quali non leggesi una taie 
imputazione fatta agli Ebrei ; anzi vi si vede da essi pur o veritatis 
amore valorosamente impugnata. Giulio Morosini pertanto doveva 
seguire la traccia ed il sentimento di tanti altri celebri scrittori con- 
vertit! dall'Ebraismo alla Gristiana Fede, e doveva rammentare che 
« Principes hanc huiusce sanguinis usus famam pro vana et falsa 
habuerunt », e che da tanti altri monumenti « tollitur omnis sus- 
picio tam facinorosi sceleris objecti », corne si legge nella sen- 
tenza pronunciata li 28 Febbraio dell'anno 1603 dal Podestà di 
Verona a favore dell' [ Ebreo Giuseppe, che era stato di taie scel- 
leratezza falsamente accusato, corne a suo luogo hodimostrato. 

Tralasciate simili larve che nascono talora dall'odio, e spesse voile 
dalle pregiudicate prevenzioni, délie quali ho dato qualche saggio 
nel primo capo, in cui si è parlato délie preoccupazioni e degli ag- 
gravi che ne derivano agli innocenti, devo far passaggio alla conside- 
razione dei fatti veri e reali. Ammetto dunque per vero il fatto del f atl i derB. Si- 
B. Simone, fanciullo di tre anni, ucciso dagli Ebrei, in odio délia Fede mone da Trente 
di Gesù Gristo, in ïrento l'anno 1475, quantunque venga ciô contra- 
stato dal Basnagio, e dal Vangenseilio 3 ; poichè il célèbre Flaminio 
Cornaro, Veneto Senatore, nella sua opéra « De cultu S. Simonis> 

1 Sur Paul de Burgos (Salomon Lévi) , voir Graetz, VIII, 2 e éd., p. 77, et notre 
La Controverse entre les chrétiens et les Juifs... Paris, 1888, p. 47. Bruges (ligne 
suivante) est pour Burgos. Corcos (Mémoire cité) a aussi écrit Bruges pour Burgos. 

* Ugolini est l'auteur d'une grande collection appelée Thésaurus, contenant des 
dissertations et recherches sur le Judaïsme et des ouvrages juifs. — Lirano est le 
célèbre Nicolas de Lyre, de l'ordre des frères Mineurs, théologien et commentateur de 
la Bible, du commencement du xiv e siècle. Il desceudait de Juifs. Voir sur lui La 
Controverse, p. 37. — SonDP.nlèls était un Juif baptisé. — C'est à tort que Ganga- 
nelli prend pour un néophyte Léon de Modène, qui était juif et n'a jamais été baptisé, 
mais son attitude irréligieuse et ses allures libres ont pu tromper là-dessus. Les Juifs 
n'étaient pas très contents de lui; de plus, comme il a écrit, sur les rites juifs, un 
ouvrage qui a été traduit pour l'usage des chrétiens, ceux-ci ont pu penser qu'il 
était chrétien. Voir sur lui Graetz, X, p. 141 et suiv. 

3 Basnage, dans son Histoire des Juifs. — Wagenseil, dans l'ouvrage cité plus 
haut. — FI. Cornaro, historien, né a Venise en 1693. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Pueri Tridentini », dilegua tutte le dubiezze promosse da men- 
BrevidiSistoiv .tovati oppositori. Deve perô osservarsi che Sisto IV (luminoso pia- 

et di sisto v su ne t a deiia m ia Roligione) l , nel di cui Pontificato avvenne questo 

ta propos tragico successo in Trento, promulgô un Apostolico Brève, con cui 

vietô il culto che al sud B. Simone da suoi concittadini prestavasi ; 
anzi giunse tant'oltre l'afTare, che pel corso quasi di un secolo 
reslô questo culto inibito, sin tanto che il gran Pontefice Sisto V 
(altro luminoso pianeta délia mia Serafica Religione), l'anno 1588, 
con Apostolico suo Brève, concedette l'Officio e la Messa propria in 
onore del B. Simone, coll'aggiungervi l'Indulgenza plenaria a chi, 
confessati e communicati, avessero, nella di lui Festa, visitata la 
Ghiesa in cui ritrovansi le di lui Reliquie. Il Brève di Sisto IV viene 
riferito nell'opera immortale « De Canoniz ne Sanctorum » di Bene- 
detto XIV di gl. me., lib. 1, cap. 14, n° 4. Il Brève susseguente di 
Sisto V viene riferito nella Dissertazione Apologetica sopra il 
Martirio dei. B. Simone stampata in Trento, l'anno 1747, dal P. 
Benedetto da Cavalesio, alla pag. 207. 
Fatto dei b. - Ammetto eziandio per vero un altro fatto accaduto l'anno 4462 nel 

Andréa da Bres- villaggio Rinnense, Diocesi di Bressanone 2 , nella persona del B. An- 
dréa, fanciullo barbaramente trucidato dagli Ebrei in odio délia Fede 
di Gesù Cristo. Osservo perô, che dall'anno 1462 sino alli 15 Dé- 
cembre 1753, ha dovuto la Diocesi di Bressauone pazientare per aver 
dalla S. Sede la concessione deU'Officio e délia Messa, e sotto li 
14 Gennaro 1754 fu conceduta l'Indulgenza plenaria a chi, nel giorno 
12 di Luglio, visitasse la Ghiesa Rinnense in cui riposano le Reliquie 
del sud B. Andréa. Laonde la Diocesi di Bressanone quasi per tre se- 
coli ha dovuto pazientare, prima che il culto del fanciullo B. Andréa 
venga dalla S. Romana Ghiesa permesso. Finalmente su questi due 
fatti, e di Bressanone e di Trento, osservar dobbiamo ciô che dotta- 
mente insegnô la glor. mem. di Beuedetto XIV in una sua lettera in 

Benedetto xiv. data de' 22 Febbrajo 1753 a Mons. Benedetto Veterani, in cui, al § 29. 
pag. 50, prescrive, che per aver fondate prove di simili infant icidj 
imputati agli Ebrei, devono questi essere stati clamorosi, noti al 
popolo, maledette da tutti, e vendicati dai Magistrati. Quindi sebbe.ie 
dai Bollandisti 3 , sotto il giorno 24 Marzo, si faccia menzione di un 
certo Joannetto, fanciullo ucciso dagli Ebrei in odio délia fede nella 
Diocesi di Golonia; sebbene il Bailet'* , sotto lo stesso giorno 24 Marzo, 
faccia memoria di un certo Guglielmo, trucidato dagli Ebrei in odio 

1 Cf. Graetz, VIII, 2° éd., p. 259. note 1 (Sixte IV). 

2 Nous supposons que c'est la localité Rino, dans la province et le diocèse de 
Brescia. 

3 Dans les Acta Sanctorum, 24 mars, f. 502. L'auteur de la relation a écrit, en 
1643, mais il dit qu'il ne connaît pas la date de l'événement qu'il raconte. Les faits 
se seraient passés dans le couvent de Seligenthal, à 1,000 pas de Sigebert (Siegburg?), 
qui est sur le fleuve f Legi i. 

4 Adrien Baillet, m. 1706, a écrit, entre autres, un recueil intitulé : Les Vies des 
Saints, imprimé en 1707. 



.MEMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 203 

délia Fede in Inghilterra 1 ; sebbene Teofilo Rainaudo 2 , nell'opera inti- 
Lolata De Martyrioper pestem, par. 2., cap. 2, u° 7,facciameuzione di 
uu altro i'aiiciullo ucciso parimente dagli Ebrei in un castello vïcino 
a Toledo ehiamato Guardia 3 ; sebbene il P. Benedetto da Cavalesio, 
alla pag. 246 délia meutovata sua Dissertazioue, i'accia menzione di 
Lorenzino, fanciullo svenato dagli Ebrei l'anno 1485 in Marostica, 
territorio di Vicenza\ ed in comprova di questo fatto, alla pag. 253, si 
produca un attestato délia Guria Vescovile di Padova, e dagli accen- 
nati autori si dica, che i mentovati fanciulli siano riconosciuti nei 
rispettivi luoghi per Beati : pure la glor. mem. di Benedetto XIV, semimentodeiio 
nella meutovata lettera, alla pag. 31, parlando dei sud j , saggiamente stesso Benedetto 
soggiuuge : c Non si puô dire cbe siano beatifrcati dalla S. Sede. . . , ne 
» e^sendosi formato alcun processo, o trasmesso a Roma al Romano 
» Pontefice acciô lo approvasse, molto meno si possono dire canoniz- 
» zati. » Del fatto accaduto in Praga non puô farsi gran conto, o per- 
ché maucano monumerili autentici, o perché linfanticidio fu com- 
messo dal proprio padre in odio del Battesimo, che furtivamente era 
stato conferilo al di lui figlio. Ammirossi per altro un trionfo délia si risponde ai 
Grazia Divina/poichè dopo varie carneficine, aile quali fu dal Magis- fatt0 dl Pra g a - 
trato sottoposto il padre, pochi momenti prima di spirare sotto i 
tormenli la vita, chiedette il moribondo padre il S. Battesimo, pro- 
testandosi di aver di buon grado sofferti tutti i tormenti in penitenza 
delUeccesso da lui commesso nella uccisione del proprio innocente 
fanciullo. 

Gonchiudasi dunque, che di tanti infanticidj imputati da scrittori 
agli Ebrei in odio deila nostra S. Fede, due soli possono dirsi veri, 
perché questi due soli possono dirsi con autentiche prove dopo tante 
diligenze e dopo il lasso di molto tempo provati. Quando poi discen- 
derô a considerare le informazioni di Polonia in individuo, farô a 
chiaro lume vedere, quanto scarse, dubbie ed incerte prove si addu- 
cono délie pretese imputazioni, anzi dubito che si potrà ragionevol- 
mente sospettare, che il tutto sia un impostura di Gristiani contro 
gli Ebrei. 

Non credo perô che dall' ammettere per veri i due fatti di Bressa- 
none e di Trento, si possa con fondamento dedurre che questa sia 
una massima non meno teorica che pratica dell'Ebrea nazione, im- 
perocchè per istabilire un assioma certo e comune, non bastano due 
soli successi.Che perô, siccome, per qualche delitto commesso da un 
particolare, non rimane priva la di lui parentela délie onorificenze e 
degli avanzamenti a gradi e dignità piu eminenti, corne vediamo 

1 11 s'agit de l'enfant Guillaume, de Norwich, 1144-45. Sur l'absurdité des faits 
racontés par la légende, voir Waiter Kye, dans Papers read at the Anglo-Jei». histo- 
ncal Exhibition, Londres, 1888, p. 137-139. 

* Théoph. Raynaud, jésuite, m. a Lyon, 1G03 ; son ouvrage De Martyrio a été 
imprimé à Lyon en 1603. 

3 Voir notre introduction à ce Mémoire. 

4 Marostica existe encore aujourd'hui, province de Vicenze. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a' nostri giorni avvenire in tante famiglie, quantunque in qualche 
tempo sia stato il loro splendore da qualche nube di nero fatto 
ecclissaîo, cosi dobbiamo nel caso nostro conchiudere, se non vo- 
gliamo prendere abbaglio. Taie certamente deve esscre il nostro con- 
tegno, non solo in riguardo alli sentenza di Verona già riferila, ma 
molto più per riguardo alla dottrina di S. Bernardo addotta contro 
Fr. Radolfo, e finalmente in riguardo ai sentimenti di Gregorio IX 
e d'Inuocenzo IV, i quali, corne ho dimostrato, escludono questa per- 
niciosa massima dalla nazione Ebraica. Ne mi si opponga, che 
Timpegno di sottrarre gli Ebrei di Polonia da questa taccia, mi fa appi- 
gliare a ragioni assai deboli ed insussistenti, perché posso dimo- 
strare che S. Agostino, per difendere i Cattolici deh'Africa dall'ucci- 
sione de' Vescovi Donato e Marcolo. si prévale délia stessa ragione. 
Egli adunque, nel lib. 2., cap. 21, contro di Petiliano Donatista *, alla 
sudd accusa cosi risponde : « Quapropter de omnibus talibus 
» invidiosis criminibus hoc vobis frumentum Ghristi (cioè la Ghiesa 
» Cattolica dispersa per tutto il mondo) libéra et secura voce respon- 
» det : Si non probatis quod dicitis, ad neminem pertinet; si autem 
» probatis, ad me non pertinet. » Sicchè ai due fatti del B. Simone 
e del B. Andréa che suppongonsi provati, puô giustamente ris- 
pondere la nazione Ebraica dimorante in Polonia : « Si autem pro- 
batis.. ad nos non pertinet ». Tanto è vero, che un delitto commesso 
da uno di una famiglia e di una nazione, non puô ne deve imputarsi 
ne agli altri parenti, ne agli altri concittadini. 

Si risponde alla L a pittura poi di Posnania potrà avereftanta base di verità quanta 
ne hanno leiscrizioni dei due cavalli che dànno il nome al Quirinale, 
cioê : Opus Phidiee et Praxithelis, essendo noto agli eruditi quale 
anacronismo contengasi in dette iscrizioni. Io mi figuro che questa 
pittura meriterebbe di esser trattata, corne fu tratlata Paîtra, che 
nell'anno 1705 fu esposta sul ponte di Rialto,sopra di cui la Serenis- 
sima « mandavit eandem picturam intègre omnino deleri et depen- 
nari. » Tertuliiano racconta, nel suo Apologetico, cap. 46, che nella 
piazza di Gartagine fu esposta alla publica veduta una pittura colla 
seguente iscrizione : « Deus Christianorum onijchiles 2 . » Vedevasi 
in detta pittura espresso un mostro « auribus asininis, allero pede 
ungulatum et togatum, » colla suda iscrizione. Riferisce poi il 
mentovato Tertuliiano ad un tal spettacolo « risisse Ghristianos 
et nomen, et formam ». Se i Cristiani ridessero in Gartagine 
alla veduta délia sopraddetta pittura, m'imagino che gli Ebrei 
di Polonia, nel vedere la pittura di Posnania, abbiano tuttora 

Fatto di un P it- motivo di ridere 3 . Nel secolo in cui viviamo, in una capitale délia 

1 La réponse de saint Augustin à Tévêque Petitien serait de l'an 401 (B.). 

2 Les leçons des manuscrits diffèrent beaucoup sur ce mot. La leçon la plus ordi- 
naire est Onochoites. Voir P. Cassel, Apologetische Brief'e, I, Berlin. 1875, p. 23, et 
Kraus, Op. cit., paragr. 20, n° 2, p. 66 (Onochoites). 

3 On peut supposer que la chose ne leur parut pas si gaie et qu'ils eurent plutôt 
sujet de pleurer que de rire. 



pittura di Pos 
nia. 



MÉH01RE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 205 

nostra Italia, un pittore assai célèbre diede motivo di ridere col se- tore accaduto nei 
guente fatto. Aveva egli dipinto in tela il ritralto di una persona secol ° corrente - 
assai ragguardevole, cui dispiacendo il prezzo ricercato dal pittore, 
non voile più il ritratto, dicendo clie non gli rassomigliava. Ora per- 
ché a Pictoribus atque poetis quodlibet audendi semper fuit sequa 
polestas », il mentovato pittore, per risentirsi del riiiuto, espose 
al publico quel medesimo ritratto, ma colla divisa in capo che de- 
vouo portare gli Ebrei. Fu taie e tanto il risentimento del personag- 
gio, che il pittore dovette giustificarsene avanti il Principe, presso 
cui era stato accusalo. Il pittore adunque in proprio scarico disse Lepida risposta 
cosi : Non avrei mai creduto che un ritratto non creduto somigliante ^ r "° slesso plt " 
aU'originale in aria di Gristiano, venisse poi riconosciuto somigli- 
ante e proprio colla divisa da Ebreo. Cou questa lepida risposta placô 
il pittore lo sdegno del Principe. Ora io mi figuro, e non senza 
fondamento, che dalla voce popolare sia stata la pittura di Posnania 
spacciata corne rappresentante gli Ebrei in atto di uccidere un Cris- 
tiano, quando in reallà non vi è ragione con cui provare ne la teo- 
rica ne la pratica di simile eccesso negli Ebrei, corne dichiararono 
i Sommi Pontefici Gregorio IX ed Innocenzo IV. Infatti una pittura 
posta sul prospetto di una Ghiesa, deve avère ogni altro signifi- 
cato da quello che si prétende ; ed allora solamente vi avrebbe luogo, 
quando esprimesse un martirio, ma non giammai un atto supersti- 
zioso, quale si è Tuso del sangue Gristiano per impastare il pane congettura so- 
Azimo. Se poi si dà luogo ad una più fondata e ragionevol conget- P ra la P ittura dI 

, . ,,,... Posnania. 

tura, sono d'avviso che la mentovata pitlura possa e debba riferirsi a 
quanto accadde sotto Boleslao III. nel prmcipio del secolo XII. 
IPomerani, per divertir Boleslao dall'intrapreso assedio di Biologrod, 
fecero una furiosa incursione in Polonia, dove commettendo rapine e 
stragi, ricolmarono di orrore quelle contrade. Il S. Vecchio Arcive- 
scovo Martino, per sottrarsi dal furore degli invasori, si rifugiô sulla 
soffitta del duomo. Quindi i Pomerani che ne andavano in traccia, 
imbattutisi nell'Arcidiacono da essi creduto l'Arcivescovo, lo tras- 
portarono in Pomerania con tutti i sacri arredi del Tempio. Ma le 
preghiere del S. Arcivescovo mossero il Gielo>d una giusta vendetta : 
mentre i Pomerani, divenuti fra di loro stessi furiosi, si macchiarono 
col proprio sangue, ed avvenne che i figli incrudelirono contro de 
propri padri medesimi collo scannarli e col dissetarsi con quel 
sangue stesso da cui erano stati generati. Avvedutisi poscia che cio 
derivava dall' ingiusta sanguinosa strage e da' sacrileghi furti fatti 
in Polonia, rimandarono l'Arcidiacono, le sacre suppellettili, e molti 
abbracciarono la Fede di Gesù Gristo. Or questo fatto puô meritare di 
essere espresso Délia fronte del Tempio, ed a questo evento dee con 
ragione riferirsi la pittura di Posnania, e non già air uso supersti- 
zioso del sangue Gristiano per impastarne il pane azimo, corne si 
prétende da' Polacchi contro gli Ebrei. 
Ghe se vogliarno pienamente persuadercene, si puô addurre in favore Negativacohor- 

, . —, .. „ , ... , tata in favore de- 

degli Enrei una negativa coartata. Ognuno sa che l'ingresso degli g n Ebrei. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ebrei in Polonia accadde dopo la di loro espulsione dalle Spagne; 
mentre prima di un tal tempo non evvi in Polonia alcun vestigio ne 
memoria alcuna di Ebrei *. Ora è certo, che Ferdinando detto il Catto- 
lico, dopo di avère esterminato i Mori, i quali per otto secoli avevano 
tiranneggiata la .Spagna, sotto li 30 Marzo dell' anno 1492 promulgô 
un editto,con cui intimossi agli Ebrei, sotto pena délia vita. o di rice- 
vere il S. Battesimo,o di doversene partire da tutti i Regni di quella 
monarchia. Uscirono centosettantamila famiglie, nelle quali, a conto 
fatto, numeravansi ottocento mila persone, e queste si sparsero per 
l'Africa, Turchia, Grecia ed Italia. Poniamo che successivamente pas- 
sasses in Polonia, ciô non potè per altro suceedere che nel 1500. 
Ciô supposto, io non veggo corne da una pittura che si suppone più 
antica del secolo XV, si possa desumere un' argomente di fatto con- 
tro gli Ebrei, quando gli Ebrei non erano in Polonia, ed in conse- 
guenza non potevano essere ivi autori di un fatto che méritasse di 
essere espresso in tela edesposto sul prospetto del Tempio di Posna- 
nia. Ecco il giudizio uman come spesso erra (Ariosto, Orl. Fur., 
canto 1, stanza 7). 

Tutte queste riflessioni doveva io fare sopra le informazioni in 
specie venute dalla Polonia, perche esse sono appoggiate, come ora 
vedrassi, sulla base di fatti pretesi, già dileguati, e sulle testimo- 
nianze degli storici già confutati. Sicchè le suddette informazioni in 
specie non devono, a mio giudizio, recare nocumento alcuno agli 
Ebrei. 



sopra le Informazioni in individuo. 

Da Monsignor Nunzio di Polonia si presero per ordine di questa 

Suprema le informazioni sopra l'esposta supplica di Jacob Selek, 

Ebreo, dinazione Polacco, dai soli Vescovi di Luceria e di Kiovia 2 , 

che si dànno in sommario, sotto le lettere A, B, G. Su délie medesime 

farô, col dovuto rispetto, le necessarie osservazioni. 

Osservazioniso- Nella informazione pertanto del Vescovo di Luceoria segnata B, si 

P ra le informa- legge quanto segue : ce Perfida Judseorum gens, quot quantaque suas 

Vescovo'diLuce- nocce in R e g no ( cioè di Polonia) erga sanguinem Christianum cru- 

ria. delitatis dederit documenta, toto in orbe non ex historiis typo im- 

pressis tantum, verum etiam ex actis decretorum, maxime in causis 

infanticidii, per varia subsellia prolatorum, tum executionibus 

(questo è ciô che giustamente rincresce), virtute eorundem, ex per- 

sonis infidelium ab anno 1400 ad hocce usque tempus subsecutis, 

clarissime intelligere licet ». 

Sicchè dal proemio di questa informazione si rileva che nella mente 

1 Toute cette théorie historique est erronée. Les Juifs de Pologne ne viennent pas 
d'Espagne, et il y avait des Juifs en Pologne avant l'expulsion des Juifs d'Espagne, 
en 1492'. 

2 Luceoria est probablement Lutsk; Kiovia est Kiew. Les pièces A, B, C, D, indi- 
quées ici et plus loin, n'ont pas été trouvées par M. Berliner. 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 207 

di Mous. Vescovo di Luceoria vi sono quelle prevenzioni délie quali 
e contro Le quali ho ragionato nel cap. \ délie Riflessioni fatte sopra 
le Inforrnazioni in génère, si rileva, che la suddetta informazioue è 
appoggiata a quei medesimi principi su de' quali erano fabbricate le 
accuse contro degli Ebrei di Alemagna, di Franchi, di Venezia, di 
Padova, di Verona, di Viterbo e di Ancona. Quindi,se Gregorio IX, 
se Inuocenzo IV, Sommi Pontefici, giudicarouo insussistenti simili 
accuse, corne ho fatto chiaramente vedere; se negli altri tribunali 
d'Italia vennero dichiarati innocenti gli Ebrei ; Io non veggo corne in 
Polonia solamente debbano imputarsi rei di un tanto eccesso, e che 
dall'anno 1400 sino al corrente tempo, vale a dire quasi per quattro 
secoli, abbiano continuato a commetterlo, a costo ancora di tanti loro 
danni in cere et in corpore sofïerti. 

Sembra poi anche che Mons. Vescovo di Luceoria siasi dichiarato Vengono gli 
troppo facile a credere ciô che non puô essere ; mentre, corne si è Ebrei im P utat > di 
osservato, gli Ebrei non entrarono in Polonia se non che dopo il 1500. mess0 in Poionià 
Sicchô, non essendovi nel 4400, non potevano essi ivi commettere il prima che vimet- 
supposto eccesso. Non è ancora credibile che appena entrati in' essero pie e * 
Polonia, non già come conquistatori, ma quasi in figura di schiavi, 
volessero sul bel principio rendersi odiosi più di quello erano stati 
nella Spagna, dove, se avessero commesso un tal delitto, sarebbero 
stati uccisi e non esiliati, siccome i Mori, per comandodi Ferdinando, 
furono tutti trucidati, perché furono trovati rei di omicidj, parte Nella s pa gna 
commessi e parte macchinati ; ma gli Ebrei che non vollero abbrac- ebberoiungosog- 
ciare la nostra S. Fede, furono dallo stesso Ferdinando semplicemente"^ "° i 6 fu l rono re ( ÎJ 
esiliati. Se adunque nelle Spagne, dove avevano si lungo domicilio, ed questo delitto ac- 
erano tanto doviziosi gli Ebrei, mai e poi mai incolpati furono diun cusatl - 
simile eccesso, come puô rendersi credibile, che appena giunti ïn Po- 
lonia, ivi subito cominciassero Pepoca degt'infanticidi, deglio micidj ? 

Bramerei che Mons. Vescovo di Luceoria, per suo disinganno, 
leggesse la Decretale dlnnocenzo IV da me riferita, che ritrovasi 
presso del Rainaldi continuatore, del Baronio, ed ivi mirar potrebbe 
le accuse medesime, colle quali egli aggrava gli Ebrei, ed insieme 
ritroverebbe la piena discolpa che ne fa il lodato Sommo Pontefice. 

Sono oramai cento anni da che gli Ebrei in Polonia furono di 
simil delitto imputati. Non mancô per altro chi prendesse le loro 
diiese, le quali, affiuchè fossero di maggior possanza, da sacri ora- 
torine 1 pulpiti vennero proclamati innocenti. Eccone il monumento. n Générale dei 
Il P. Rmo. Gio. Batta de Martinis, Mro. Gle. de' PP. Predicatori l , PadriDomenicani 

- , , . „, . ,. ^ , . . crede gli Ebrei di 

commosso a pieta degli Ebrei di Polonia, vessati per questa stessa p ionia innocenti 
imputazione, li 9 Febbrajo dell'anno 4664, scrisse al P. Alano Cho- di q u «to delitto. 
dorruski, Provinciale di Polonia, una pressantissima lettera, in cui 
inculcava a' suoi Religiosi di quel Regno, che predicassero dal pulpito, 
e persuadessero quei popoli a deporre la sinistra opinione di cui 

1 II faut lire probablemeat Batta. (avec un point), pour Battista : Batta. de Martinis, 
maestro générale, etc. 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

erano invasati contro gli Ebrei, da essi crcduti autori dell'eccesso di 
cui si tratta. « Pro parte miserorum Hebneorum, quot quot in 
Regno Polonia dispersi habitant, suppliciter mesteque nobis expo- 
nitur ipsos ibidem ab imperito vulgo, et nonnullis privato livore 
sibi infensissimis, per varias calumnias et imputationes maligne 
traduci, et in specie quasi ad ritum sui panis azimi sanguinem 
Christianorum soleant adhibere... Nos igitur, justa miseratione 
tacti, horum série Paternitati V-estrœ committimus quatenus per se 
et suos.. . miserriméc genti contra injustas quaslibet calumnias suc- 
currat. Si quidem Christianœ mansuetudinis ac pietatis est, etiam 
istis, siculi per injuriam opprimuntur, viscera humana) charitatis 
exhibere ; peculiariter vero Prtas. Vra. per universam proviociam, 
nostro suoque nomme, mandet singulis Divini vérbi preedicatoribus 
ut, pro concione aliisque datis occasionibus generatim, populos ad- 
hortentur ne illicitis odiis, falsis delationibus, probris contumeliis 
aut qilocumque insultu ac sarviendi libidine, calamitosam hanc gen- 
tem divexando, Deum Nostrum oflendant. . . Facite Hœbreos reipsa 
experiri quod ipsorum non desideramus interitum, sed salutem. » 
Tali ancora furono i sentimenti di S. Bernardo contro di Fr. Radolfo, 
tali gli Oracoli di Gregorio IX e d'Innocenzo IV contro de' Principi 
d'Alemagna e di Francia, corne si è veduto. Faccia adunque il Signore 
che qualche raggio di questa verità spunti una volta in Polonia, 
dove « illicitis odiis, falsis delationibus, probris contumeliis, calami- 
tosam hanc gentem divexando, D.eum nostrum offendunt ; » e tanto 
maggiore deve riputarsi in questo génère la Divina oiïesa, quanto 
maggiore ostacolo si pone alla conversione di quegli infelici. Quindi 
il Divino sdegno fu inesorabile contro del Sacerdote Helï e délia 
suafamiglia, perché i di lui figli, colle loro ingordigie, « retrahebant 
Quanto grave homines a sacrificio Domini. » Certamente non vi sarà confessore, 
peccato si com- p j u henigno e più indulgente che .sia, il quale non comprenda quanto 

metta da chi in- y . . . . ..,,... ~ , j, ■ \ ■ , 

giustamente tor- grave îngiuna faeciasi al Divino Onore, quanto danno si arrechi ad 
menta gli Ebrei. UQ mfedele col dargli motivo di sfuggire la Luce Evangelica, e di 
rimanere nelle ténèbre dell'infedeltà. Questo dovrebbe essere un 
punto da considerarsi da Mons. Vescovo di Luceoria, e dovrebbe 
allora riputarsi felice quando un pastorale amore potesse condurre 
qualcuno di questi infelici ail' ovile di Gesù Gristo, et non quando 
per un supposto, mai provato delitto, li consegna al carnefice per 
trucidarli. 

Fa indi menzione il Prelato di Luceoria del cadavere di un Gri- 
stiano morto di ferite, e getlato in una palude vicino al Gastello Jam- 
pol, luogo délia sua Diocesi, pretendendosi ucciso dagli Ebrei col fon- 
damento délie seguenti prove. Prima perché « homo interfectus in 
continuo Judaeorum famulatu commorans interiit. » — 2 a Perché gli 
Ebrei a impracticata quadam erga cadaver Christianum propensione 
ducti, illud, quantocius etiam renitente Parocho loci reclamanteque 
populo, tumulare qua vi qua precibus conabantur. » — 3 a Perché, 
dovendosi trasportare il cadavere per essere riconosciuto nel Tribu- 



MEMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 209 

nale, « Judaei illud vi ac violenler duci pnepediverunt. » — La 
i l finalmente, perché « plurimi fuga ex d° oppido clanculum se sub- 
duxerunt. » 

Ora discorriamola su di queste prove, e ponderiamone il rigorc. Osservazioniso- 
Chi crederà possibile che gli Ebrei di Polonia, dopo aver trucidato un l ^ n - nl°u\ n l~_ 
Cristiano che era destina to al loro servizio, volessero poi lasciare il detta informa- 
cadavere dell' estinto alla publica vista, e non assicurarlo entro di zlono ' 
cupa e profonda fossa? Sanno pure gli Ebrei di Polonia, e lo sanno 
per esperienza assai dolorosa, che un semplice sospetto di omicidio 
basta per crederli e sentenziarli colpevoli. 

Io considero che la impulazione di questô Cristiano ucciso, corne 
si prétende dal Fisco di Luceoria, il di cui cadavere fu ritrovato nell' 
acqua, è afïalto simile ail' imputazione che agli Ebrei di Àlemagna 
si fece a tempo di Innocenzo IV, e chiaramente ciô si ravvisa da 
quello che scrive questo gran Pontefice nella sua lettera già da me 
riferita, in cui si legge : « Ac eis (cioè agli infelici Ebrei) malitiose 
obijciunt hominis cadaver mortui, si contigerit illud alicubi repe- 
riri. » Stimô adunque Innoceozo IV che una taie imputazione fosse 
maliziosa, vale a dire, non vera, ma falsa e calunniosa. Ora perô 
il Fisco di Luceoria, dotato di maggior discernimento di un Romano 
Pontefice, crede subito il fatto.e subito ne condanna gli Ebrei, corne 
autori ex professione, d'un tanto eccesso, « cum sit Legi contra- 
Hum », corne considéra il lodato Pontefice. 

Non è poi da stupirsi che gli Ebrei, al ritrovamento di quel cada- 
vere, usassero tutti quegli artifizi descritti nell' accennata informa- 
zione, per impedire che non si procedesse dal Fisco, perché sanno, 
per luttuosa esperienza, che il sospetto cade subito in vigore délia pré- 
dominante prevenzione contro di essi, ed il sospetto, sine effusione 
sanguinis di corpo e di borsa, non si purga. Se ne vogliamo un indi- 
zio di questo procedere, sentiamo la testimonianza deldotto e zelante 
Padre Giovanni Edera, délia Gompagnia di Gesù, il quale, nell' anno 
1692, era lettore délie Gontroversie di Fede in Praga. Egli adunque, od'odeCmtiani 
discorrendo de 1 Gristiani di Praga, e dell' odio loro contro gli Ebrei, j^*8 acontro s li 
dice cosi : « Essendo cosa molto nota e manifesta, che... più di una 
volta, e per leggerissime cause, la plèbe diede il sacco al Ghetto e 
alla loro Piazzade' Stracci vecchi, avendone molti di essi gravemente 
leriti, ed altri eziandio ammazzatti. » Cosi il dotto P. Edera. Se 
adunque in Praga, per leggerissime cause, vengono dalla Cristiana 
plèbe i miseri Ebrei gravemente feriti, ed altri eziandio ammazzatti, 
cosa non dovranno gli infelici di più funesto temere in Polonia, dove 
la prevenzione de' Cristiani contro di essi è più prédominante, e dove 
si fanno contro de 1 medesimi esecuzioni si frequenti? Quindi si puô 
facilmente comprendere la cagione, per cui gli Ebrei tentassero tutle 
le vie descritte nell' iuformazione délia Guria di Luceoria, di evitare 
la Fiscale ricognizione di quel cadavere, ed alcuni di essi si appi- 
gliassero al partito délia fuga, essendo li sventurati troppo sicuri 
che in ogni simile evento essi devono soccombere. Quindi ogni 
T. XVIII, n° 30. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prudente uomo puô saggiamente inferire, non potersi il supposto 
omicidio imputare agli Ebrei,.non solo per la ragione comune dedotta 
da Innocenzo IV : « Gum sit legi contrarium », ma perché non avreb- 
bero essi, con évidente di loro rischio, lasciato alla publica vista il 
cadavere dell' estinto. 

Ma che direbbe il Fisco di Luceoria se si provasse, che un taie 
énorme delitto è stato qualche volta (Dio non voglia che sempre) 
commesso da Gristiani, anzi dal padre istesso, e poi imputato agli 
inl'elici Ebrei? Mi arrossisco in sospettarlo, ma molto più mi con- 
fondu nell' esibirne il monumento autentico segnato Let. D. — Ivi 
omicidiotentato leggesi, che un padre Cristiano mutilô in varie parti con mortali 
da cnstiani, ed f er it e una sua tenera figlia, ed involta fra panni l'abbandonô nella 

imputato agli ° ' ^ 

Ebrei. mangiatoja di una stalla in un osteria tenula, giusta il costume di 

Polonia, dagli Ebrei. Ivi leggesi, che la stessa fanciulla, la quale per 
Divina volonté sopravvisse, di propria bocca confessô essere stata 
dal proprio padre con tante ferite e mutilazioni malconcia. E pure già 
contro gli Ebrei erasi formato il sospetto, già contro gli Ebrei voleva 
procedersi. 

Non occorre che mi trattenga in riferire ciô che dice il Prelato di 
Kiovia, perche la maggior parte délia di lui informazione puô chia- 
marsi un' Apologia di sua condotta, difendendosi dall' « auri sacra 
famés. » 

Soggiungero solamente che noi Cristiani dovremmo ricordarci che 
questa taccia d'infanticidio, d'omicidio, veniva imputata da Gentili 
ne' primi secoli alla nostra Religione. Sentiamo Tertulliano, nel suo 
Apologetico, cap. 7 : « Dicimur sceleratissimi de sacramento infanti- 
cidii... Nec vos (parla a 1 Gentili) quod tamdiu dicimur, eruere curatis. 
Ergo aut eruite, si creditis ; aut nolite credere, qui non eruistis. » — 
L'imputazione Ottavio, célèbre Apologista délia nascente Nostra Religione, presso 

di questo aehtto ^j Minuzio Felice *, spurgô eglipureil Gristianesimo da questa taccia 

venne addossato ' r ° ° r n 

ai cristiani ne' che venivagli imputata da Cecilio,a famoso avvocato del Gentilesimo. 

primi secoii. (( m um ( c i é Cecilio) jam velim convenire, qui initiare nos dicit, aut 
crédit de caede infantis, aut sanguine... Nobis homicidium necvidere 
fas est, nec audire. 9 — Aienagora parimente, valoroso difensore di 
Noi Cristiani presso le Corti degli Imperatori Gentili % ci liberô da 
questa calunnia, dicendo : « Quis igitur non amens, in hoc Vivendi 
instituto, nos homicidas appellet? Jam si quis ab eis rogitet an vide- 
rint ipsi quœ dicunt, nullus tam adeo impudentermendax est, ut se 
vidisse fateatur. » — Racconta Teodoreto, che Palladio chiamato 11 
Divino fu creduto reo di omicidio, perché sulla porta délia di lui 
abitazione fu ritrovato un uomo ucciso, e già volevasi contro di lui 
procedere, sarei per dire, allaPolacca, poichè, corne narra Teodoreto, 
« concurrerunt omnes, et, effracto ostio, cœdis facta3 pœnam exigere 
volebant a Divino Palladio. » — Per liberarlo vi voile il miracolo di 

1 Minucius Félix (vers 220), dans son ouvrage intitulé Octave. 
a Athénagore (111 e siècle) a adressé une apologie- du christianisme aux empereurs 
Marc-Aurèle et Commode. 



MÉMOIRE SUR LA CALOMNIE DU MEURTRE RITUEL 211 

resuscitare l'ucciso, il quale palesô i'innocenza di Palladio, ed indicé 

l'uccisore ivi présente. « Divinus autem Palladius (soggiunge Teo- 

doreto), cum prius fuisset admirabilis, hinc merito evasit longe ad- 

mirabilior. » — Lo slesso fece S. Macario, che veniva imputato di Prodigi operati 

omicidio. corne narra Ruffino 1 , nel lib. 2 VitrcPatrum, cap. i.Uncerto p« îiberare i en- 

Diacono chiamato Giovanni, intimo l'amigliare del S. Abbate Simeone, faisa imputa- 

venne creduto reo di omicidio, per essersi ritrovato un uomo ucciso zione " 

in sua casa. « Res delata est ad Magistratum. Is vero tulit senten- 

tiam ut in ûirca suspenderetur Diaconus Joannes. » — Si sarebbe 

eseguita la sentenza, se il S. Abbate Simeone non avesse, colle sue 

pregbiere, impetrato dal Gielo il prodigioso discuoprimento dell' in- 

nocenzadel Diacono Giovanni, corne si legge negli Atti del S. Abbate. 

Gosa non fecero i Svezzesi, nel secolo passato, nella invasione délia 

Germania, e specialmente in Paderbona contro de' PP. Gesuiti ? 

Imputarono agli innocenti Religiosi la uccisione di un fanciullo e di 

averlo poscia gettato in un pozzo. Furono quindi tutti esiliati e spo- 

gliato il loro Gollegio di tutte le sostanze. Fu scoperto l'abbaglio, 

mentre si ritrovô essere una cieogna, e non un fanciullo sommerso in 

quel pozzo. Onde prese motivo Angelino Gareo di formarne una 

lepida canzone che si legge nella 2 a parte « Hilariorum Piorum 2 ». 

Dal sin qui dedotto 3 , puô conoscersi con quanta viva fede dobbiamo 

chiedere a Dio col Salmista : « Redime me acalumniis hominum. » — 

Non potendo negarsi che « calumnia conturbat sapientem, et perdit 

robur cordis illius, » corne dice l'Ecclesiaste, al cap. 7. 

Spero perô che la S. Sede prenderà qualche provvedimento per gli 
Ebrei di Polonia, corne lo presero S. Bernardo, Gregorio IX ed Inno- 
cenzo IV per gli Ebrei di Alemagna e di Francia, « ut non blasphe- 
meretur nomen Christi » presso degli Ebrei, ed ancora per non 
difficultare maggiormente la di loro conversione. Non ardisco perô 
di proporre progetto alcuno per liberare questi sventurati da tante 
stragi, sperando che Gesù Gristo suggerirà al suo Vicario quei mezzi 
che saranno onorevoli al nome Gristiano, e conducenti alla conver- 
sione di quegli infelici. 

Ego Fr. Laurentius Ganganelli, S. Officii Gonsultor. 

Riferitosiquanto Suprema, alli Signori Consultori Medesemi. 

Feria 2 a Die 24 1759 3 , fuerunt in voto, quod in re de qua agi- 

tur, scribaturR. P. D. Nuntio Poloniee, juxta folium extendendum a. 
Reverendissimo P. Consultore, nunc Kminentissimo et Reveren- 
dissimo D. Gardinali Ganganelli, in rationibus relatis in ejus voto in 
scriptis exarato. 

1 Rufinus Tyrannius ou Torannius, né dans le Frioul, vers 360, condisciple de 
saint Jérôme. 
* Le titre du livre est : Hilaria piorum (Amusements des gens pieux). 

3 Faut-il lire : Dal ci qui. . . ? 

4 Sur la date qui manque, voir ce que nous disons à la (in de notre introduction. 



ÉTUDES ÈPIGRAPHIQUES 



La première inscription hébraïque de Kefr-Bereim, qui a exercé 
la sagacité de plusieurs épigraphistes distingués, continue à être 
une énigme. Ni M. Renan, qui l'a découverte 1 , ni le professeur 
Clrwolson 2 , qui l'a étudiée en dernier lieu, ne sont arrivés à en 
fixer la lecture. Les mots 

sont bien établis ; le reste n'est pas encore déchiffré. On a néan- 
moins reconnu dans les deux premières lettres de l'inscription un 
bel et un nûn ; elles sont, en effet, gravées fort distinctement. 
Après le nûn, la pierre présente une cassure, qui a dû augmenter 
avec le temps, mais qui paraît avoir existé dès le commence- 
ment ; il y a un vide assez grand après la deuxième lettre. La 
planche LXX,2 de l'atlas qui accompagne la Mission de Phénicie 
montre ensuite très clairement un yod, suivi d'un nûn final. Ce 
nûn n'a pas été reconnu à cause d'un petit appendice qui lui a 
été adjoint par suite de la chute d'un petit fragment de la pierre ; 
on y a vu un ivaio, mais alors (vu la forme rectiligne du zaïn) il 
y aurait certainement eu un crochet. Je lis donc : 1*>33. 

Le crochet que j'ai cherché en vain au haut de la quatrième 
lettre, je le trouve appliqué à une des lettres du quatrième et 
dernier mot, qui commence, comme tout le monde, d'ailleurs, en 
est convaincu, par un yod. Nous avons ainsi v, puis vient une 
espèce de croix, dont la barre transversale passe à peine du côté 
droit; en examinant de près les deux resch de l'inscription, on se 
persuadera qu'il n'y avait pas moyen d'exprimer d'une autre 

1 Mission de Phénicie, p. 763-764 (1874), où sont cités les articles de tous ceux 
qui s'étaient antérieurement occupés de la question. 

2 Corpus Inscrijjtionum Hebraicarum (Ptg., 1884), n° 16, p. 83-85 du texte russe. 



ÉTl'DES KPIfiRAPIUQUES . 213 

façon le dalet. Enfin, vient un nûn très caractéristique ; il ter- 
mine l'inscription et sert comme de paraphe, il est plus largement 
fait que celui du premier mot. De la sorte, nous avons le nom 
•pv, forme essentiellement palestinienne, qu'on rencontre assez 
fréq nomment dans le Talmud de Jérusalem et dans la Pesiqla. 
En résumé, nous lisons : 

L'inscription remonte certainement à une époque reculée où 
les caractères carrés n'avaient pas encore sur les monuments, 
sinon sur le parchemin, la forme qu'ils ont affectée depuis et sous 
laquelle nous les connaissons. On la place vers le 11 e siècle de l'ère 
vulgaire ; cela doit être juste. 



II 



La deuxième inscription de Kefr-Bereim ne soulève aucune dif- 
ficulté, sauf vers la fin 1 . M. Derenlîourg a senti, avec sa perspi- 
cacité ordinaire, qu'il y a là une abréviation ; mais son interpré- 
tation 

n'est pas entièrement satisfaisante. Le fait est qu'après ^iïs nous 
voyons un trait, placé un peu en travers, qui indique évidemment 
que le mot n'est pas écrit entièrement; il ressemble absolument à 
celui que nous employons en hébreu jusqu'à ce jour dans le même 
but. Ensuite nous lisons, non pas un waw, mais bien un yod, car 
ce caractère ne diffère en rien des autres yod de l'inscription, qui 
ont tous un léger renflement vers le haut. Après le schin, nous 
avons de nouveau affaire à un signe d'abréviation ; ce n'est pas 
un nûn renversé, comme le voulait Geiger, c'est une simple 
barre à crochet, plus élégante et plus importante que le trait in- 
cliné que nous avons rencontré tout à l'heure, parce qu'elle sert 
en même temps de conclusion. 
Nous avons donc : 

Cela peut signifier 



'lZ5i 'VKï 



baw rrwn*!03 
« dans les demeures d'Israël ». 

1 Y. Miss, de Phénicie, p. 770, et Corpus I. H., p. 85, n° 17. 



21 /j REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



M. Renan 1 traite, en un autre endroit du même livre, d'une 
inscription aux caractères grêles ; il n'en a tiré que 

niv biba rma 

Il y a là une légère erreur ou plutôt une inadvertance : l'inscrip- 
tion porte rmb, ce qui indique clairement que ce mot vient immé- 
diatement après la désignation du quantième du mois. En effet, la 
planche LXX,4 de l'Atlas de la Miss, de Phén. montre un zaïn, 
qui le précède avec un autre chiffre ; de prime abord, celui-ci 
semble être un waw (il n'y a pas à penser à un yod, les deux 
lettres sont trop dissemblables sur cette épitaphe) : cela est impos- 
sible. Le seul caractère qu'il soit loisible de placer ici est un tet ; 
or, le mem final, que l'estampage fait voir à côté, n'est rien moins 
qu'assuré, car notre prétendu waw est incliné vers la droite 
exactement de la même façon que la partie gauche d'un tet que 
nous allons lire tout à l'heure et qui est fort bien dessiné.' Il a 
suffi d'un très petit accident pour disjoindre les deux courbes qui 
forment le tet du quantième : ïû, soit 16. Une cassure plus impor- 
tante a relié une de ces courbes à uni primitif, qui est devenu 
le mem final dont nous parlions. 

Ce *i vient après le tet ci-dessus mentionné, qui est lui-même à 
gauche d'un plié mutilé. 

Voilà pour la deuxième ligne. 

La première porte d'abord nps, puis, si je ne me trompe, irm. 

La cinquième et toute dernière - se compose d'une grande lettre 
et de trois petites. La grande, que M. Renan a prise pour le n de 
natt), est un fi et exprime les milliers; la deuxième est un *i; la 
troisième est, sans nul doute, un hapli, dont la base a disparu ; la 
quatrième est un dalet. La date est certaine : 5224 de la Créa- 
tion = 1464 de l'ère chrétienne. 

Il suffit de voir l'épitaphe pour gagner la conviction qu'elle est 
due au burin d'un homme qui n'était pas du métier. Le caractère 
grêle de l'inscription, la mauvaise distribution de ses différentes 
parties, l'irrégularité des lignes, les hésitations dans le tracé des 
lettres, tout concourt à prouver que l'artisan n'était pas maître de 

1 Miss, de Phtfnicie, p. 782; Atlas, pi. LXX, 4. 

2 La troisième porte ÏTVb, la quatrième porte '3U5 blbtf. 



ÉTUDES ËPir.RAPIIIQUES 218 

son instrument. De là viennent les difficultés du déchiffrement, 
qu'aggravent encore les aspérités de la pierre. Il est môme pro- 
bable que ce lapicide d'occasion n'avait pas un plan bien arrêté 
en commençant ; il a voulu écrire 1lDD3 et a gravé le nûn, puis il 
s'est ravisé et a jugé à propos de mettre "ttp, ensuite il a craint 
de manquer de place et a abrégé ce mot en n'en laissant subsister 
que les deux premières lettres ! ; mais, en arrivant à nt3S5, il s'est 
embarrassé et a négligé de refaire un second nûn au-dessous du 
premier, resté sans raison à la première ligne. Il en résulte que 
nous avons devant nous : 

et que nous lisons : 

-fD'-iîi *m bnbab t"o TJD5 w 'ap 

Ce n'est pas la seule inscription à laquelle pareille chose soit 
arrivée. 

Quoi qu'il en soit, l'épitaphe n'a nulle valeur, mais il était im- 
portant de la déchiffrer, pour que sa véritable date la fit reléguer 
à la place infime qui lui est due, et qu'elle ne pût servir, comme 
tant d'autres, de pierre d'achoppement aux épigraphistes. 



IV 



Une autre, qui a passé jusqu'ici pour illisible -, a été attribuée 
par M. Renan aux xn e -xiii e siècles. Khadra, l'homme de la mis- 
sion qui la découvrit, la trouva, à Nabartein, gravée sur une 
pierre, dans les décombres d'un édifice qu'il prit pour une syna- 
gogue. En effet, c'est une dédicace, partagée en deux par un chan- 
delier à sept branches ; la partie de droite contient la formule de 
l'accomplissement d'un vœu, celle de gauche renferme la date et 
la signature. Malheureusement, le nom du fondateur a été obli- 
téré à tel point qu'on n'en distingue plus que les deux lettres ini- 
tiales. Voici ce qui reste de l'inscription : 

■ntB* *isa û'J» tt*:pïï rna inn^ 

? ni yûpTi |>3N] hiîib b'b rïbb'n n*b . nâ 

1 En hébreu, cela ne tire pas à conséquence. 

i Miss, de Ph<fnicie, p. 777-8 ; Atlas, pi. LXX,5 a et b, 



2 il. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Traduction : 

« Que ce sanctuaire de peu soit donné en rançon de ma ri- 
chesse !» — « Mais une maison de prière, c'est un cœur pur. 
Moi, le petit, Ru. . . » 

« Un sanctuaire de peu » — tel est le nom donné à tous nos 
lieux de prière depuis la destruction du temple 1 . « Le petit » est 
un terme d'humilité quia eu cours, pour ainsi dire, de tout temps. 
Le donateur, ayant fait une grande fortune, a songé à en employer 
une partie à l'édification d'une synagogue dans l'espoir que sa 
piété lui assurerait la libre jouissance du reste. Les mots pointillés 
forment une phrase de circonstance, dont la valeur alphabétique 
représente la date d'après l'ère des Séleucides : 1204, soit 893 de 
l'ère vulgaire. 

Le mot ^n est rétabli par conjecture; la place nécessaire y est. 
Le dernier n, celui du nom propre, est fort douteux, car les linéa- 
ments actuels rappellent mieux un n; mais ce caractère a été très 
abîmé. Les points sur les lettres servant au comput se voient 
encore en grande partie. 

A la première ligne, a 253 et -n^ sont très clairs ; de n&3 il 
n'est resté que le haut des lettres. o*ipto 2 rrn est facile à recons- 
tituer à cause du voisinage de 'ûyft. Quant à ■jrm, le yod ne fait 
pas l'ombre d'un doute, le waw est à crochet comme celui de 
"nrtLD, le iaw est parti avec un éclat de roche, mais le "j final qui 
est resté donne au mot une physionomie qui n'est pas à récuser. 
On pourrait objecter qu'en bonne grammaire le n dans 'jrn est de 
irop ; mais il est indispensable pour éviter la confusion avec fpn. 



M. Renan a publié, dans son beau livre sur sa Mission en Phé- 
nicie 3 , une inscription hébraïque qu'il a recueillie à Gébeil. 11 en 
a tenté le déchiffrement à deux reprises 4 . L'interprétation en est 
néanmoins assez peu avancée, pour que M. le professeur Clrwol- 
son s , qui fait remonter l'inscription au vn c siècle de l'ère vul- 
gaire, assure que ce serait peine perdue de vouloir en tirer un 

sens quelconque. N'ayant pas vu la pierre sur laquelle elle a été 

* 

1 D'après Ézéchiel, xi, 16. 

2 La srhin est remarquablement évasé. 
1 P. 193. 

■'• îb., p. 193 et p. 856. 

s Corpus Inscr. Hebraicorum, p. 97-99. 



ÉTUDES ÉPIGRAPIHQUES 217 

gravée, et ignorant par quel mode de reproduction elle a été insé- 
rée dans le texte du voyage de M. Renan, je ne suis guère en état 
de présenter que des conjectures dénuées de tout caractère de cer- 
titude. Cependant j'ose les soumettre à l'appréciation de l'illustre 
savant qui dirige les travaux du Corpus Inscriptionum semitica- 
rum, dans l'espoir qu'elles pourront contribuer à faire la lumière 
sur ce point de l'épigraphie hébraïque. 

La pierre est fruste ; mais l'inscription est, selon moi, absolu- 
ment intacte : 

DUT 

Ta nfctt» 

du) nttû 

Vu Tnw 

c'est-à-dire : « Que mon Dieu ait en pitié l'âme de Todros mort 
en l'année qu'il fasse descendre la rosée. » 

Le lapicide, n'ayant qu'un champ limité, a dû resserrer la 2 e ligne 
renfermant le nom de Dieu. Un listel ou une rainure l'a obligé 
de transposer le n du nom du mort. Le millésime est exprimé 
au moyen d'une sentence qui fait allusion à la résurrection; 
ba wn, en gemalria, fait 269, ce qui signifie évidemment 1269 
de l'ère des Séleucides = 958 de Tère vulgaire. On a omis le mot 
mil comme c'est l'usage, et on a négligé d'indiquer le comput, 
puisque l'ère des Séleucides était universellement employée par 
les Juifs dans ces contrées. 

Pour justifier ma lecture, je dois insister sur les points sui- 
vants : 

1° Le caractère initial de la 3 e ligne est évidemment anormal ; 
j'y vois un 2 et un ta (se rapprochant par la forme de l'écriture 
Raschi l ) fondus ensemble ; 

2° Un trou dans la pierre 2 a pu faire suivre une fausse piste 
dans la configuration du 3 e caractère de la même ligne; la barre 
inférieure du n doit, à mon avis, être supprimée ; le jambage de 
gauche du n, par lequel je propose de le remplacer, peut parfaite- 
ment avoir disparu dans les irrégularités de la surface de la pierre 
qu'accuse le fac-similé ; 

3° C'est aussi ce qui m'engage à réunir le groupe des deux lettres 

1 V. dans le Corp. Insc. Hebr. de Chwolson (p. 163, et la table d'Euting annexée 
à l'ouvrage) cette Tonne de tZ3 adoptée au ix e siècle. 

* M. Henan {Mis., p. 193) se plaint de ce qu'il n'a pu nettement distinguer entre 
les trous et les lettres. • 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui forment le commencement de la 4° ligne, et à lire o au lieu 
de in; 

4° Immédiatement après vient le » de ma transcription, qui 
n'est autre que les deux lettres *5 rattachées ensemble d'une 
façon assez naturelle ; 

5° Par contre, le a de la dernière ligne me semble devoir être 
coupé en deux et transformé en -n. 

Une collation soigneuse de ma transcription avec l'inscription 
même serait seule en mesure d'établir ce qu'il peut y avoir de juste 
dans mon hypothèse. 

David de Gunzbourg. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS 

EN FRANGE ET EN ESPAGNE 



( SUITE ET FIN 1 



5. Semtob ben Isaae Schaprut. 

Seratob b. Isaac ibn Schaprut (ou plutôt Schâfrut) a écrit, 
comme l'on sait, un ouvrage de polémique intitulé Eben bohan, 
sur le modèle de celui de Jacob b. Ruben 2 . Cet ouvrage a été 
écrit en 1380 ou en 1385 3 . Nous en donnons ici l'introduction 
d'après le ms. de la bibliothèque du séminaire rabbinique de 
Breslau. 

wana nb'Man -pa>» ansNta '\ pw *i"a air: du: •nan'an nttN 
■ni lanizî îavnawioi Tnpai )mn rmas draiDai ï-raiana watti ^n 

•jannnb win« town iabba?o -iNsr> ^uïn larma ^a»» ia^a 
toimrûft -ibtdb ^pn» nab ta^bN-i^i 1373^ nannï-jb tmatiati ^ava 
latDTOiïib d'Waa mi dïtai dna"i»Nl tani d-ppb dïiïï niliîim 
la^aH na»? ©1 taa tôpiTabi nsb iab ta m naa-na ErnSÉaft ma^a 
t-mat naab nanuj namawi na^y nainïib tnim ta-nsan "^aritt 
na&* "pan baniû^ *-i narra 73 imm a^bii fcMbntt "un T'ipjai mbain 
lan^rra ^po^a navn'nia nabb i-iabna-i n^a taî-sb a^ianb ta^bia"> 
Nb ^a jn&o u^jabna ^as Tisoœ pb na^b* d^dwn ^bsn la^stai nai^a 
ta*nafe3ïi na73 mb«tt»iri imbNiaa nain ^73N fma naa nanb U5iaa 
rtî pa*a nain laaa nso irwi s-Dï-n tambN lavnaran taa iab 
aaftN ^n rian ^n?2p rpr n"nTO d^TaiNi 'Fi i-nanb^a *ids ^*ipa 

1 Voir plus haut, page 43. 

2 Voir sur lui Graetz, VIII, 22 (2 e édit.) et Catalog. Bodl. de Stnschn., col. 2548. 

3 Le ms. de Breslau, d'après lequel nous allons en donner quelques passages, a 
l'année 1380; d'autres mss. ont l'année 1385; voir Steinschneider, catal. Leyde ; 
de Rossi, Biblioth. antichristiana, p. 104. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Isa isb prv ^b TtfNb tpnb vmr:?:n pin ^bab tnrcb a^mh 
î-rantt N^anbi nNab» rp3rt aa îPiDîrb en 13 imi-r Nb îrûYis an 
tn^ ^pnst inw cr rrïriîiïTO w e^aïi t**b as chaînai marna 
pbi tsî-pb* tmanran cm^n i»3n nan naara iab j-pït *Ym 
ï-masîl îsnfchttN ^sa aiaaî-i '^pi b:> a^a-inan *3*iDb np^îiia ib ï-iKn^ 
bai is^iwi isavia tir iab ■'1 mm lab a^œï-îb nba-p s**btû l"»a#a 

•jaa ï-tt ■neo tstt ""PN^pi T3YTKb "ja^a ï-rw "praba ï-ît 

na Ti&npi baanïï p^i^r^ i-pvïiK n^^n ia •jnm -îKam ^ *jna 
la^» irrpttb 'm s-nttnb» bra na^ to» t-nttip»3 iatp»tt *»« 
Ca«5i ' ^ai dïi imtnaas fcano smttfcttrt cnaiin nbr m i-ibô 

,u:bu5ïï ^siïi aiai ^irro ■«n&np *rnrm 

Traduction. — Dit l'auteur, Semtob b. Isaac ibn Schâfrut, de 
Tudèle, de peu de sagesse et de peu d'années : En voyant les misères 
du temps et les événements de notre époque, et que, pour nos pé- 
chés, qui sont nombreux, nombreux aussi sont devenus parmi nous 
ceux de notre religion qui, après nous avoir quittés (s'être fait bapti- 
ser), nous tourmentent, pour plaire aux chrétiens, afin de discuter avec 
nous (sur la religion), et nous font des questions tirées de la Bible et 
des aggadot, soit pour confirmer la religion chrétienne, soit pour nous 
rendre ridicules ou nous calomnier aux yeux des chrétiens, nos 
maîtres, et deviennent pour nous un filet et un piège ; et voyant, en 
outre, qu'il y a auprès de nous beaucoup de savants chrétiens qui 
veulent tenir des controverses avec nous, et que pour nos péchés, 
qui se sont accrus par suite des souffrances de l'exil et de ses suites, 
nous tombons de plus en plus bas, la tora est oubliée en Israël, et 
nous ne savons plus leur répondre comme il conviendrait, car nous 
sommes accablés du souci de vivre et de nourrir nos femmes et nos 
enfants, et du poids des impôts qui pèsent sur nous ; je me suis 
donc fait un front de pierre et, sûr d'être bien accueilli, j'ai composé 
un livre sur les questions que nous adressent les chrétiens et les 
réponses que nous leur donnons. Comme j'ai vu un excellent livre 
sur ce sujet, intitulé Livre des Guerres du Seigneur, et attribué à 
R. Josef Kimhi ', qui n'a que le tort de se répandre en allégories 
sans fin, pour attaquer des adversaires qu'il ne nous est pas permis 
de combattre 2 , de se préoccuper presque uniquement de faire la 
guerre 3 , et qui, en outre, a omis d'expliquer et de traiter diverses 
prophéties et passages des hagiographes, et enfin a omis de parler 
des aggadot, quoique ce soit extrêmement nécessaire, parce qu'elles 
ont été depuis longtemps l'objet de réfutations de la part des sa- 
vants chrétiens, j'ai pensé qu'il fallait principalement expliquer la 
Bible d'après leur sens naturel, suivant notre religion qui est la 
vraie, et uniquement pour que nos adversaires ne puissent pas nous 

1 C'est le livre de Jacob b. Ruben, attribué à tort à Kimhi. 

2 Nous traduisons comme nous pouvons ce passage un peu obscur. 

3 C'est-à-dire la guerre ollensivc. 



POLEMISTES CHRETIENS ET JU1ES EN FRANCE ET EN ESPAGNE 221 

attaquer, car cela nous suffit pour répondre à nos maîtres et sei- 
gneurs l , et je l'ai fait sur un ton convenable, comme un esclave parle 
à son maître. . . J'ai appelé ce livre Pierre de touche, parce qu'il doit 
servir a distinguer la vérité du mensonge, ce qui est juste de ce qui 
est faux, et je me suis appelé (dans le livre) Vatbréviateur aux en- 
droits où je rapporte (en les abrégeant) les paroles de l'auteur du 
Livre des Guerres du Seigneur, qui a servi de base à mon travail, et 
tout ce qui est dit, dans les prophéties, sans nom d'auteur, ce sont 
ses (ou mes?) paroles. Mon interlocuteur juif s'appelle unitarien, 
l'interlocuteur chrétien, triniiarien. 

A la fin de la Porte XIV de l'ouvrage (on sait que la Porte XV 
a été ajoutée plus tard par l'auteur) se trouvent les mots suivants : 

t*s tanna ira pa vnînp nsar; nta \*^ti^ n^ ab^s îrrai 
ib"Ti Tna naioaha T^a rm^b a^anan 'pi dwn 'h niuj 

(c'est-à-dire : Achevé ce livre en iyyar 5140 de la création, à 
Terrazone). 

L'ouvrage d'Alfonse de Burgos de Valladolid que Semtob ré- 
fute dans sa XV e Porte, n'est sûrement pas le p^£ mitt (Mos- 
irador de Justicia) , car en écrivant les Portes précédentes, Semtob 
connaissait parfaitement le Mostrador (il le cite dans sa Porte 1, 
ff. 31a, 38 a, 55 b du ras. de Breslau), et en ajoutant à YEben 
bohan sa XV e Porte contre Alfonse, il dit qu'il va réfuter un 
ouvrage d'Alfonse qu'il n'avait pas connu auparavant et qui 
venait seulement de lui tomber entre les mains. Nous ne sommes 
pas convaincu non plus que cet ouvrage d'Alfonse qu'il réfute 
dans la XV e Porte soit le Lïbro de las Bat allas de Dios, quoique 
ce titre soit calqué sur le titre de l'ouvrage de Jacob b. Ruben 
que # Semtob veut, dans cette XV e Porte, défendre contre les at- 
taques d'Alfonse. La réfutation de Semtob se rapporte à un ou- 
vrage d'Alfonse qui suit pas à pas celui de Jacob b. Ruben, et 
d'après ce que nous connaissons, par le Fortalilium Fidei, du 
Libro de las Bai allas, il ne semble pas que ce Livre ait été rédigé 
sur le plan des Batailles de Jacob b. Ruben ou contienne des 
matières qui se rapportent à cet ouvrage de Jacob b. Ruben. Nous 
ne voudrions cependant rien affirmer sur ce sujet, mais nous 
inclinons à croire qu'Alfonse a écrit, contre Jacob b. Ruben, un 
ouvrage spécial qui n'est pas le Livre des Batailles de Dieu : 
'- mttnb» 'o b-j -ittittr: loaisba nùiD'WH nan "roa rwinc nsa, 
comme dit Semtob dans l'introduction de sa XV e Porte. 

Dans le VIII e chapitre de cette XV° Porte, Semtob se trouve 

1 II veut dire les chrétiens. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

amené à parler de deux Vies de Jésus en hébreu (Toledot Jesu 1 ), 
et il appelle le premier : msbn *{aîa i-psittî "n^r: toi btû srro^a 
ïiabaîf ; le second est na va "H arnica ^abwm fTOba nama "isa 
NnijD. Après avoir donné le contenu du premier de ces deux ou- 
vrages, il cite de l'autre, le passage suivant - : 

nm aao uwiai mms p anDW 'm awiatti tëiaab^D ndn 
t*maB ia "îOT ts^aa p prm '-n nsw ï-ttiït 'm iéptwj 
i*m* 'pbfi iia aanb ia&* (Tibère] na^p o-is'naaïrT irap ï-maab 
fiwn^nb mai ïNai èw»o»i terrai &«n >*rîbtf p "jb naa îrmasn 
ana fcarib 'aa nai aba i-ib Nna:>a mb"> abi annan T»m mb 
nas naynnn rma? ^3 na ^n t^bi e^ma ^b nw nab isoto» 
îmaanai . >na^an nb TO^nbi îipaa* *ppab ma "japb àpaN mb 
-iaaî k»yh iwû "la Nîa^bit s**Tm ïrabsab roi? c-saai to^ b^ 
*<3tt t<na$ ï-inm 'n naa* banai tamisa awi mai "i^nm "pba 
naan n'aia* b->T rrb naa* rrnao ïmna b^ïa* arma p anDW 'nb 
rraaab awai ^liia mina niai b^an iBmaarj ara b"n rmai marc 
'-i t^riN ï^nna inao s-rbai r-^rmab bsn ï-ironm ^a irc"> 'aa* 
s^nnaa* î^sn Ntîiban timbrai î^nnaN N*m?ab naan «m ffjw 
î**£Ptt5Tû5a srmm 'i ïmapa Nïb'ttsnn} adossa toi imana ma* 

. fr<nam suai m 'n map a^nan *o*ioi 

Dans la Porte XIII, cliap. îv (f. 165 & du ms. de Breslau), Sem- 
tob donne un passage intéressant d'un pessimiste de son temps, 
qui, par prudence, n'a pas laissé son nom. Nous donnons ici cette 
page curieuse d'un Schopenhauer du xiv e siècle. 

s**n!"ï v # tDrt î-rrc* nrca* barc anarc aaaô nyi nmnaa 'i pis 
t**raîib îiî *naa tarbranb iia ^man nanaïi aia tarc naa* »sn 
basa a an n wi ^abi ï"na"npfi isnnn "jon anarc naa aaa6"-nai 
.rnptt>i twî baabi ra* a^nb vna&n ^psïi 
•nb? î^a J-rb^b^a ia*a :n i"«5ïi ï-i^3> iu:n ba oaisb naN->T 
mapi niïi «man isb rr^^ n7j riN"n Niai wb$ ba^nnbi bb^nnb 
nar mbap7a \y*tn aittî i-nna^na© ira D^isï-î nbiT n"an msia a*n 
.ip^T'nb"i Tbin a\Nanbi nsnnriNa nna tanb r^i^nb naaa manai 
aa^arjïi a^baNan ba noisia mw n^uj^na a^isn r-iapa tv 
dvim a^nbNam ta^ai^an na marnai tana mra^ai ûvnwim 



1 F» 190 a. Cf. Graetz, V, note 16, l re édit., p. 496. 

2 Dans le Mostrador de Iusticia (f° 282 a du ms. de Paris; chap. ix, paragr. 47], 
Alf'ouse dit également quelques mots de ces deux ouvrages. Il est curieux que 
Hayyim ibn Musa (f° 134 b du manuscrit de Breslau) dise qu'il ne connaît pas le 
Y'ia^b arnïl 'O. A-t-il en vue un livre spécial, différent des Toledot Jesto ordi- 
naires ? 11 rapporte qu'il y est dit que Jésus a guéri un lépreux, un boiteux de nais- 
sance, et ressuscité un mort. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 223 

ta^tapm b'wtt nTVD!-ï nb*aas imaJh rfian r-nan mnb a^-pb^n 
t-na^m spaian Carcan *-iê«tib*i anb sawrïn tanam Sbatfn 
fcaïT»ba> unam pm d«n taaai rpa ibwn wm^ ■paa'a bTiavnzjfcïi 

, a^Taawi a^an LpNmn 
nwo napaa p fwo î-ïtt fca^pîn mb-n ^bnn dîrba» iNn-< *na> 
fran . rrrja *wa ï-rasa ba»an pab naïaaaîibi ïrostb a^n ^a 
raKbi iraKb a^aonb tawfîi nb p«tt paa r^on -nn ibr ib^ 
to"«bn vba» nain-» aa .13 isnp-n noa^ p?ab imai ikid» ' b^attbi 
rwatb to"Ha»3ïi ■wbirra ûïwïti mba*n nnaa a^Nan tra-i b^an 
ima^'ana-n -in (f. 166 a) idNB"' p»bi ■mbrb imaîibi na>s:bi "in-<Narîb-i 
-ia-iT^2 ;apa7a riNw pa î-btd p n"afi "n'an *iNia*D thn ba na» . atitt 
npc37:"i b-owa r^whab "ptasr &*w uhdi wn *iy tàan&trh witai 
ta-»an Yrnaifla tîtvb ^3 taaNî-n pm a»rf na>£b bwwi i^abya 
t^bi a'^ pn *nûa> p ï-pït naai . anna ■*"* dimrrb a-nsai d*n7ai 
» dba hN na^b -hd a&o^aïibi Tvnanf» rmnïib ba-p 
fcaïuan rpoabi rvnanîrb pOT la Vnrp nna a"^ p sm nan 
■Dwarfan vaia naïab ma»aaai donnai rïHîiaan awa aia^bi m-marn 
c*ibi m» ttsaa nw dWDbi d^iaïai aa*i nb rhiDa*bn patt ïpaab 
in*: a-nb ann t|oa rpwm napn7a ib w mûttan la^Ta nai jpidi 
casttJaa ta^arûTa a^aa»a5ab ppinOT rpoai irwflom ta^ab7a mbnaoi 
ïw» bai iiaaa arj?2 a>aian î^b lanai na:aa m&ôttb dTaaîri dnusn 
na»Dam vnaa bin p na^a» i-rb^ba p^n r^a> la^aaf a^ai d^an^a^ 
, ta^œia» tan î-ian^Na ï^*b dw^i ca^oha dn ta^n irraNbtta d^^nTD 
to^saN *\ï> t>ib miann jmsab idi^i iuîdu marb mba ta^ia-» lia» 
spaai artra lams t^btt^i ba^rr maan t-!inmsa n*«n ^sn^ pmttbtti 
fnnn Niia^ d^bann ï-rb« ba w nu:joi . nnmoi ïnnpi pxan 
aiî^-<"i i-inpa irts^btt'n w^a;a "lïTiano^i isa^buî^ yn^n b3>i Ijis^t 
b^ab n« lainsb nNia* 1 ta^a»sbi vûdd rrpm *]bm ib iu:n ba n« 
«b?r . ïiuj^ riTn b^nn dnt bia nTu: mn« rm riTus m^N n»N^ . imaa 
•^bai nna maiT» a^Nsn7a ntDiwsn auj^a (?) d-ipnnoîaïi n"nrr nsuïb aita 
^bi 1 at:D3 aia» ira-»a-« a-^np^T d^wNn ^bin anb "j^i b7ij>i n-i"j 
tz'TNb aia t^bn d^n^aa dn^m ûrp»" 1 arja nba"> min»b ii«T 
r:'^^ -naN ba n^ d^nb^ nt»i ï-na72 aroi ,dna t^^T«ai d-a roinb 
dbia»ïi ^pbn ba pa rrrai , 1172^ '7ûn ^^n rtsm «ai ifiwa anw ïiarji 
H72K t^b\D nai î^ï^7: t<b^> la* rnp»i Trnwbn ba nao^i Ta» 

/iai nariTon n7ûN .^n» 2-1 !-pba» 
tabia»n ni ib^aria nbnp r-iDiia m^aa 'n pns [f°. 167 a] 
ban ba- a^ban bar? i-i7aNa ^na^ ba» wn nbnp nsn oaisb n7aN 
ba» Ta^îi ma» , arj naa^Naî pso 1^ ^ 2Ï1 ^ D ^"> t^ban» bnn Nin« ïiTai 
ba» ri7aana mnbi «mb ^ab b^ innai a^nan «iTsa a>n rn^n ban 
,ia maa»b d^nbisn pi an ^aa? >iirî ta^attJïi nnr iiwa n-^ix ba 

1 Lire aiaa. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ï-nwûï-i pn ïian Nb *rc)N T^'n ab py *itt)N nia dïTWptt aiai a^nai 
ban rDû^riM invn bv Wrt tw .iûmïi nnn to*3 -iib« :nr» 
mn ïtoi ïtt baffi wr 'lin t-T?25n rwb iab bN nsnan awi 
fvan i-iToanrï uni ai&ta» e^dt riJH BpOTn 02a a-i ï-wan ana ^a 
br wn *m . ïïn ï-vn tobi3>ti irw iotj !-r&m >«*a aiNa^-i n*n 
^bin ban 'w d^Kfi -rça mp» ^a n^rùl n"an -iN'ua xmxn ïTraa 
.* *un ûinitj "^a rrn rrn ■>» 'un in« tnpïïb 
bab itDfifâ aval ©sian bina brja b:y tw m» [f<>. igg a] 
a^rûi ^ssn rmwûîi bnaa b^ wn Yi* /w snmbi , . , mptt 
br toîi ^m , ■'•un ûwp ww ûTinsn aval 'i;n ^n abab ^a 
w .nwi* dbiyb ynam aa nn ^bin mi "roi ûVijïi n^p 
otcït nnn 'ijn m* artb "pN pbm '^rûi ûtie^t mwi brja bi> toîi 
^ town *)ttN ba> a^na^i ïi'^a u»ian bi^ brja br T*tt W 

.'•un 

Traduction. — GHAr. IV. Réfutation de l'opinion de Lamis, qui 
a écrit que tout ce que Dieu a fait est mal. Dit Semtob, l'auteur : 
Pour compléter ce livre, j'ai cru devoir rapporter ici les paroles de 
Lamis, qui sont contraires à notre loi sainte, et je pense que ce nom 
de Lamas est l'inversion du nom de Samael. Je me suis proposé de 
lui répondre et de réfuter ses blasphèmes et mensonges. 

Lamis dit que tout ce que Dieu a fait est horriblement mal, et il 
accuse Dieu pour s'attaquer aussi à nous (les Juifs). Viens, dit-il, et vois 
ce que nous a fait le Créateur. Les femelles de tous les autres êtres 
vivants, à part l'homme, une fois qu'elles sont enceintes, n'ont plus 
de rapport avec le mâle, parce qu'elles savent qu'elles en éprouveront 
de l'amertume et que l'enfant en souffrira. La femme, au commence- 
ment de sa conception, a un dégoût de tous les mets qui sont bons et 
qui pourraient lui convenir, elle souffrirait d'en manger, et se jette 
sur les aliments dégoûtants et malpropres et malsains, qui engen- 
drent beaucoup de mauvaises humeurs et de maladies, elle avale des 
fruits qui sont beaux, mais verts, de la terre, des objets (ou mets?) 
carbonisés et autres choses semblables, et repousse les viandes nu- 
tritives, les vins renommés, de sorte qu'elle souille et rend impurs le 
corps et l'âme de la mère et de l'enfant et leur prépare des maladies 
graves et persistantes. Elle a à supporter les souffrances atroces de 
l'enfantement, qui sont épargnées aux autres animaux, uniquement 
pour qu'elle souffre et pâtisse, et se dégoûte du fruit de ses en- 
trailles. Enfin, l'enfant est né ! Hélas ! il est comme une pierre qui 
ne remue pas, afin qu'il tourmente bien son père et sa mère, et aug- 
mente leurs peines et leurs charges, pour qu'ils le prennent en 
haine et en aversion. Puis viennent les maladies infantiles, pour le 

1 Nous avons abrégé et nous abrégeons dans le paragr. suivant les versets cités 
(Ecclés., ni, 19-21). 
, * Ecclés., ix, 4 et 5 ; puis, plus loin, i, 4; tx, 6 ; ix, 10. 



POLEMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 225 

tourmenter et le faire souffrir, pour tourmenter et faire souffrir ses 
parents, pour qu'ils le prennent en aversion et se débarrassent de 
lui. Tous les autres animaux, qu'ils aient un an ou cent ans, cher- 
chent eux-mêmes leur nourriture et leur pâture ; l'homme seul, jus- 
qu'à cinq ou six ans, a besoin qu'on lui fournisse le manger et le 
boire, lesvètements, la chaussure, au grand tourment du père, du fils, 
de la mère, pour que sa nourriture soit mauvaise, amère et doulou- 
reuse, venant des autres. A dix et à douze ans, il ne peut pas encore 
se nourrir lui-même, pour que toute la famille soit en peine. Il a enfin 
treize ans ! Immédiatement, le diable se met à frétiller en lui, il court 
après les femmes et le pouvoir, traverse les mers et les fleuves, les 
montagnes et les collines, se rompt les os et s'éreinte pour amasser 
de l'argent, avoir des chars et des cavaliers, et souvent il meurt, 
l'âme désolée, sans avoir atteint rien de ce qu'il désirait. S'il l'atteint, 
et qu'il arrive à amasser des quantités d'argent et d'or, les trésors 
des rois et des provinces, les mets délicats et variés des seigneurs et 
des grands, pour remplir son estomac et son ventre, rien ne peut 
rassasier son âme, ses jours s'écoulent dans la peine et l'agitation, son 
œil ne se ferme pas la nuit, il tremble de voir diminuer sa fortune, 
se tourmente dans la crainte que ses serviteurs ne négligent leur tra- 
vail et ne soient infidèles. Il tourmente son âme et son corps pour 
élever, sur des ruines, de belles constructions dont il ne jouira pas, 
bâties en grosses pierres de taille, sculptées, et qui ressemblent à 
des palais; il les remplit d'or et d'argent, de pierres précieuses, de 
pavés magnifiques. Et quand il s'est donné toutes ces vanités, la mort 
vient, le prend, le terrasse, il est traîné hors de sa maison, jeté dans 
sa tombe, il laisse derrière lui tout ce qu'il avait, il s'en va les mains 
vides, et plus d'une fois son bien reste à son ennemi ou au second 
mari de sa femme. Et il (Lamis?) s'écrie : Malédiction pour cet homme 
qui a construit ! Malédiction pour cet homme qui a élevé et édifié sa 
fortune ! Bien plus heureux sont les autres êtres vivants, qui se gor- 
gent de l'herbe des champs, trouvent leur nourriture avec aisance, 
sans peine ni travail, ne connaissant pas les maladies et les accidents 
des hommes, se rassasient de bien et ne se tourmentent pas en vain. 
Ils finissent leurs jours dans le bonheur, leur vie dans le plaisir; il 
vaudrait bien mieux pour l'homme être libre comme eux et leurs 
semblables. Moïse a dit * : Dieu vit ce qu'il avait fait et vit que son 
œuvre était très bonne. Ah ! que c'est donc vrai ! — L'auteur (Sem- 
tob) répond, etc. (il réfute le pessimiste). 

Chap. V. Explication de l'Ecclésiaste, où Lamis a traité ce 
monde de vanité. Dit Lamis : L'Ecclésiaste témoigne pour moi quand 
il dit : « Vanité des vanités ! tout est vanité ! » Or, ce qui est vanité 
des vanités et entièrement vanité ne peut pas être bon. (Suivent 
d'autres citations de l'Ecclésiaste, qui prouvent que la science est 

1 C'est un adversaire du judaïsme qui écrit, il cite Moïse pour se moquer de lui. 
11 est probable que l'auteur est un musulman. 

T. XVIII, N° 36. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vaine ; que l'homme, après la mort, est anéanti en entier comme la 
bête ; qu'il n'y a ni peines ni récompenses dans l'autre monde ; que 
l'âme ne survit pas au corps ; que le monde a existé de tout temps et 
n'est pas créé par Dieu ; qu'il n'y a pas de résurrection.) 



6. Hasdaï Crescas. 

Le a^mart ""ip^ biaa de Hasdaï Crescas, traduit de l'espagnol 
en hébreu, remanié et augmenté par Josef b. Semtob, a été édité 
nous ne savons où et par qui *. L'éditeur a fait remarquer, sur la 
page de titre, d'après de Rossi, que le travail de Josef b. Semtob 
a été fait à Alcala de Henares, en ab 5211 (1451). L'édition finit 
par une phrase coupée en son milieu, nous la rétablissons ici en 
entier, d'après le manuscrit du séminaire rabbinique de Breslau. 
Josef b. Semtob, après avoir dit qu'il est très occupé par ses 
fonctions de médecin et qu'il n'a pas, autant qu'il le voudrait, le 
temps de se livrer à l'étude et aux travaux scientifiques, con- 
tinue ainsi : 

■won nopab vnnn ïrt»5N bvi mtin b? \nbttnbu) 2-<btf 
mma ©■nw® ^ a^bpba nrpsft r-ia *-hnt wwi »flaîitB watt 
bai bwS- TjDV 'oc- qbKb t-nw t-inao a\-\\tt r-ûra aab inna 
*inb^ ûnc^i iwoiB'îi lamu? u^ixn bbaa ispbn tnob a^ian b&mzj"> 
î-iban i^ya rsba n*tonï*n ma yiapn nn-nsn ib^p îina trmom 
"pan-n nantie . aa^aatt a^b û^a 'n n« r-m y-iNïi r^bton -»a 
's'a'bWn .pa Mbrtni na*ia ba b^ ^w nuJN bisn ûftnrrn 

, iNb"»a 

7. Mow^ Cotoi cte Tordesillas. 

Son ouvrage de polémique intitulé ftSTOWi -it* est de 1374 ou 
1375. Nous en donnons ici l'introduction d'après le manuscrit de 
la bibliothèque du séminaire rabbinique de Breslau. 

nain ■pai ap^i ibia o^Vn» *i moa izrma *}rian ï-tot ntta 
i-inttca baa min *pa Niiam biama ïïîimnn r^s^i nïïfto ba 
*vi"j s*6 Tpas qnaD , man V 3Tn n *naa mn ba an?: aab arjai 
ï-nn û^):a .fnimp bs ^a .isim à*nK itû ^ab n;T ian- 'n ^a 
D^aiHMa 'mo 1 ! û"naiana m*a r^im ©m , ï^aiyyai nai?: ^ai:n ">ab 
■naian ibwi , ïittmft MOT isb rrix itt» îwrpn nniinsq ^mttrrb 
n©« jcao mrp&n msis" 1 a-na irnwwi ip nia» ba ibbiûi ,"^r» 

1 Petit in-8° ou in-16 de 32 p., s. 1. n. d. L'édition est moderne. 



POLEMISTES CHRETIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 227 

■uribtt f<? ,v»nd3i "•nBTTp Tiaafc»» ,mnam vta "p«i aroiiD ixb 
bN nn": nrin , Wi b« WiJ2 ■■nast'H , *nna Mbi ^[ntopia r^tbi 
û^t:h m-i wn , mbnn auîTn Jni'^b^ Nmj ton *T3> ,ï-î*an?i 
î-ninm ,t-Dbi:oi r—jbva imoïTipiDKn tamana , mbnpn ">o3na 
n* ,i*a.a ©sa T3> pîn minn is>ia b^aan an , mabirh ntayflnw 
/ n^T qpsr» mbbu ia nattai ,miai -p»i»b r-nn bœn aiaitt iun 
■pra enp-m ù^i? ,ba nomai ï^ttasai aana tansrjj* rn am«i 
mr»i a"ar mpbtti ^aaa ira» ir ,bab nbar >*b ion ,biamtt 
-pan T* ban q:7ji npsan an7a ina bab i»w , dm» ■ itcpi anTJ>a 
\iDni:im Tipaan \\:n v:o ri^aa bnp abbaai rcnai re^M baai 
banba ^:a d"»i»3N ■w "jtfab i«3 iiaio rwiKai wai ^n dia nnb *]b*b 
la-ona ana naa ,ï-TOTri Iriin anb -nnai p"nn imariuî tznapi 
bab fcDmîrn ba ns Ejipab anb rrensnB ^bai Tint] baa n;b7an 
laï-nnm dnsisa&a taa-Ta? nainnb ,i3t&rHH V- 3T ^ 2>1 "i^nna ta&pE 
baœi .... tibéti i-ïbnan ana^a r-nab nbnna iam« ■ttram 
•man n a ,û"maa a^ip dm /dTtiti a^babiatt a^&na û^m^n nwn 
inatDft ■'iNi , tiŒfin ïi^&n br 3^731 ynpbn b^ai babaE mn anTa 
fro* pi ,y^*3 aan mm )t vnynm ba inbùai mia*ia by ib 
, epb*»ttFiri dnansn bnp ban d^an arai» yia^pa d"»7aa?s !-iranN 
mwn YnnKtti fna*i \nnna da»ai aa>a baai a^xn mina nr,rii 
■■a inais-n nc-inn dnw r<"in i^b^an^n!] a ai Y' 3 *" 153 nmna 
nv-b amb« a^mann nbw m>an« ba awab amb^aiaTai bnpn ^aia 
■»3"ipa ^3» imn ^aba in-imn ■■sai /t-nafttbi m»b rn^^b a^^a 
ta^aama mpaan ba *rnnb naa nartNioa naïai tob î*<i:73N ^a 
13m» d^ODTTi© laiiwbnw nin^n nstp^a a^i Y' 3n2 û^a-^iNn ana ismn 
•jmsn nso ana 'n m'ttnb» braia ^s"3>»i -isnsn ^©paa a^aimp^a^n 
n^Nno n>D ana ,T3n3ro« b^-^nb -«na larmnTa ma^i "j^ya nsir) "»173N 
a^ncTo d'ï"3* rin^ baN , i3ip "naa br an mi^na idtjt ">Db ^n^o 
■naa r^n in» ba .iramn ^n^?a7a nan .i^a anpya a^iann wia 
&T^b iwsai Ti3ii« ^Db73 ®^N a^nan73n r3^i nab ,n3ira ^nnttb 
mTTHDS ana aindttî n33> ^nwxi ba\a^ ^n» naa« nan^J dnao ni£p 
1720 e*np"i 'pin nan^tta mai npo imnis naa dbbaai npn f^b 
anan ^dvi nn»ana a^annan a^nain a^iTobn^ .mnom pn^ rimtt 
mbiatti mramatt nan^ maitom nasx a^b^n a"r ^n b« J-ma» 
d'rt» naTbi t|3n a^>:n^n l^sa mrcm i^Tn ^aa a^baip^ baobi 
•^2b nmi; ann daint 'n nittnbtt idem Tiana arr» û^Ta ,nyin 
m:n p mains 'n m^nb» naaa miaTtnn ia ©tç ib'^n wani 
'^piaa7: pisa p\mmana imsa 172a m^sn an73 ^anb m-«n-ian 
-iToian ^7a ba ay namnb naan ï-tT "«niani . . . dimrwi an^abu: 

1T3» TOïTipi m3172wN ^3 ^1^ pTttb ^3 ^31133 ^n72^7û ^n73©1 

dnsittN "^:a a^naT ia ^nana a^si rï3»b n^~ n\a7:b n : 1 7: a n 

1 Voir Michée, VII, 4. 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lan^nn a-ppb i-niî*7fift dniw fm\N-i \njp-i dmm îûTiaî'Tbi rpîb 
"!U5D3 mnsa "nttttïb îaitabi va Tnawitfi n^am YW aann into^pn 
ba a"3> , . . wbbtoi i^i-h ta m "irb? to^biai?: taw» or: ^a 
•pai i^a bjjmi ma*73 bttîa^ bab vwi iab ta**©*' myi© b^aOT 
iroa anai mer dni . . • a^m û5«a >*a ^a vaab -uaa ns 
. . . !ron*a mn? rns-i Ta vbj> i?2ip^ ûna-i^N r-rra- 1 in anmn 
û"»bnyn uy namnb )wm '■■aittÉn bv a^nb naarr ï-it ^man 

.û^ba na ^bi-p "»"bî"U: miaa 

Traduction. — Dit Moïse Cohen : Je vivais à Tordesillas ', tran- 
quille et en paix et ne manquant de rien, comme le jus du vin dans 
la grappe, et Dieu m'avait béni en m'accordant joie et contentement, 
et la considération des grands de notre époque si troublée. Mais ma 
force s'évanouit sous le souffle de Dieu, mon cœur repoussa mon 
bonheur que l'ennemi menaçait, pour la glorification de la religion 
mon âme et mon corps ont été frappés, torturés, je fus soumis à des 
douleurs et souffrances variées pour que je renie ma religion sainte 
que nous a dounée Moïse comme notre patrimoine, on me vola mes 
biens, tout ce que je possédais fut pillé, et je restai, au milieu des 
chagrins et des douleurs, comme un homme qui n'entend pas et qui a 
perdu l'usage de la parole. Ruiné et sans situation, je n'eus plus 
ni trêve ni repos, je tombai de malheur en malheur, errant de la 
montagne à la plaine, jusqu'à ce que Dieu envoya une inspiration 
aux guides (administrateurs) des communautés ; ils voyaient que 
l'incrédulité régnait et gouvernait, la tora se perdait, la plupart 4 des 
savants étaient morts, les misères du temps nous avaient ruinés 
jusqu'à l'âme, la demeure de Dieu était envahie par la ronce et 
l'épine, et il ne restait plus que de rares débris de nos rabbins 2 , qui 
souffraient de la faim, de la soif et vivaient dans un dénûment com- 
plet. Mais les hommes distingués du royaume (les Juifs influents) 
vinrent à leur secours, donnèrent à chacun de ces rabbins les res- 
sources nécessaires, les nommèrent dans chaque ville et dans 
chaque province 3 , entre autres à Avila, où je fus engagé (comme rab- 
bin), par un traité avec la communauté. Je dus m'y rendre avec ma 
famille. Et en cette année, il y vint deux hommes pervers et durs, 
qui avaient renié notre loi sainte et pris une religion nouvelle, et en 
vertu d'une lettre royale qui les y autorisait, ils parcouraient nos 
bourgs, convoquaient les Juifs où ils voulaient et quand ils vou- 
laient, pour discuter avec eux sur leur religion. A Avila, ils nous 
convoquèrent d'abord dans la grande église..., et ils faisaient des 
questions et des discours qui paraissaient fort savants et n'étaient 
qu'épines et ordures. L'un deux était bon dialecticien, il avait la 
langue déliée et avait réponse à tout. Cependant je réfulai tous ses 

1 En Espagne. 

* Nous traduisons librement. 

3 Gela rappelle exactement ce qui fut fait en 1432. Voir Revue. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 229 

arguments et mis à néant tous ses desseins, pour qu'il ne fût pas 
trop outrecuidant. Il nous réunit quatre fois, devant la foule du 
peuple et toute l'assemblée des chrétiens et des musulmans; il 
se répandit eu allégories et en comparaisons, mais chaque fois je ré- 
futai ses paroles par preuves tirées du Pentateuque et des Evan- 
giles. Les administrateurs de la communauté me prièrent alors de 
rédiger ces quatre controverses, pour leur servir de témoignage et 
de souvenir, et je me dis que je ferais bien de rédiger un livre pour 
répondre à toutes les objections qu'on nous fait et qu'on tire de la 
Bible et des aggadot que les apostats exploitent contre nous. Je sais 
bien qu'il existe sur la matière un très bon livre, celui des Guerres 
du Seigneur (de Jacob b. Ruben), mais l'auteur de cet ouvrage a écrit 
pour son époque, et aujourd'hui la situation est changée, on a in- 
venté contre nous beaucoup de nouveautés, les apostats sont nom- 
breux et chacun d'eux trouve quelque chose à dire contre son Créa- 
teur. Ils ont maintenant une partie des livres d'Abuer (de Burgos), 
et en particulier son Montreur de Justice, où ils peuvent puiser à 
pleines mains les aggadot qu'on allègue contre nous. Une partie de 
mes arguments est empruntée au livre des Guerres du Seigneur, le 
reste est de moi. J'ai écrit ce livre pour servir à discuter avec tout 
apostat ou ecclésiastique, et je l'ai intitulé Le soutien de la foi, et j'y ai 
même apporté des preuves tirées de leur Nouveau-Testament pour 
confirmer notre foi. J'engage à ne toucher ce chapitre qu'avec pru- 
dence, car les chrétiens sont les maîtres, et si quelqu'un disait 
quelque chose contre leur foi, il se mettrait en grand danger. J'ai 
écrit cet ouvrage en l'an 51 35 ' (1375). 

M. Graetz a déjà rapporté les faits racontés par Moïse de Tor- 
desillas dans l'introduction à son chapitre des aggadot -.Nous 
allons en donner cependant une analyse plus détaillée. 

A l'époque où j'ai eu, dit l'auteur, ces quatre controverses dont 
j'ai parlé dans ma préface, il est venu ici, à Avila, un disciple de 
Maestro Alfonso, autrefois Abner, et ce disciple était de la race 
des chrétiens- (non un Juif baptisé), il avait lu une partie des 
livres écrits par son maître l'apostat, et parmi eux le ïTïtb 'o 
npo (c'est-à-dire le pis înta), où sont traitées les aggadot. Ce chré- 
tien était versé dans les discussions, la tora, les aggadot, et pen- 
dant que j'étais dans ma maison et faisais mon cours 3 (ttDbîn T^iï 
z^-parrb), il vint chez moi et me pria de discuter religion avec lui. 
Je refusai, il insista, je persistai, et il finit par jurer que si je 
continuais à me dérober, il irait s'entendre avec l'apostat (celui de 
la préface), pour forcer la communauté juive d'aller une cinquième 

1 Au chap. des aggadot, il dit qu'il écrit en 6000 moins 866, c'est-à-dire 5134. 

2 Geschichte der Juden, t. VIII, p. 21, 2 e édition. 

3 Ces habérim sont des auditeurs qui ont déjà un certain degré du litre rabbinique. 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fois à \3ipredica (dans l'église, comme les quatre fois précédentes), 
et qu'alors il dirait, lui, sur les Juifs, devant les chrétiens, tout le 
mal du monde, et toutes les aggadot, et que nous maudissons les 
chrétiens tous les jours \ Et pour qu'il ne dise pas de ces choses, 
je consentis à discuter avec lui. (Suit le chapitre des aggadot, qui 
furent probablement le sujet de cette discussion.) 



8. Hayyim ïbn Musa. 

L'ouvrage de Hayyim ibn Musa m-r\ \xn ayant été décrit dans 
une excellente étude de M. David Kaufmann 2 , nous nous bornons 
à dire un mot du passage suivant de l'introduction (d'après le ms. 
de Breslau). 

insm m^iM ^11 ^"p f<b "nea fcrbsD™ Tn^a tum itttf 
nco") "fian nN ■nsos nsm tavvTofcïi "néon snsm ta^tûïi •nai.'o 
om^ 'oi <nia tpi ' la 'oi *'ixû wo^^-û^i-p noa-iba ti^d 
q^n p 'on bN^TO"" ï-io^Eb )r\î ^ (f^npa) 'ps b&wara 'i ba 
•ibn bNi73tj "jtt Ebtip» finpsn nbnjo ■naitt'wa "nasn i-nnatt-n 
noiD^^ nnn mûitmtaa irrajaiD tro^vn 'on i-rrbiNû î^npsrr ^do2 

On voit d'abord, par ce passage (comme du reste, par beau- 
coup d'autres), que les conversations sur la religion entre Juifs 
et chrétiens étaient fréquentes en Espagne et que même les 
laïques, les seigneurs et nobles s'en mêlaient et essayaient de 
convertir les Juifs. L'identification des polémistes chrétiens énu- 
mérés ici a été faite par M. Steinschneider z , nous sommes entiè- 
rement d'accord avec lui. Ce sont, en suivant l'ordre du texte: 
Abner = Aifonse de Burgos, Petrus Alfonsi Christianissimo (Juif 
baptisé en 1106), le nom suivant n'a pas été identifié, Samuel 
Marocanus, Pablo de Santa Maria (au lieu de Samuel Hallévi, il 
faut Salomon Hallévi), Geronimo Lorca (de Santa Fe) et Astruc 
Rimoc. Nous ajoutons seulement quelques remarques. Hayyim 
indique d'abord qu'il doute de l'authenticité de la fameuse lettre 
de Samuel Marocanus (de là le mot orrra) ; ce Samuel se donnait 
pour être de Sedjelmesse, les mots iiD^wb "jna ^12 nous parais- 
sent être une assonance à ce nom de Sedjelmesse. Le livre de 

1 Allusion au D^lTObfàb des 18 bénédictions, où les controversistes chrétiens 
voulaient absolument voir les chrétiens. 

2 Beth Taimud, 2 e année. 

3 Dans la Homilet. Beilaf/e de la Bibliothek jûd. Kanzclredner, de Kayserling, 
1 re année. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS FT JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 251 

Paulina, de Paul do Santa Maria, est probablement le Scrutinium 
scripturarufn] cependant ce titre de Paulina n'est pas autre- 
ment connu. Enfin le livre de Geronimo est certainement la pre- 
mière partie de son Ilehrœomastix, qui est comme un compte- 
rendu (peut-être anticipé) du colloque de Tortose. On a, dans le 
ûTrcn ymp que nous avons cité plus haut , une petite lettre 
d'Astruc Rimoc, mais notre passage de Hayyim indique que ce 
Juif baptisé a écrit autre chose encore contre les Juifs. 

9. Censura et Confutatio libri Talmnd. 

Le ms. n° 356 du fonds espagnol de la Bibliothèque Nationale de 
Paris contient un ouvrage (ff. 1-52) que l'on peut comparer, jus- 
qu'à un certain point, aux Extractionesde Talmud l , et dont l'ori- 
gine est curieuse C'est un ouvrage destiné aux inquisiteurs d'Es- 
pagne, et il a pour principal objet de permettre à ces inquisiteurs 
de faire leur procès aux chrétiens judaïsanfs et aux Juifs baptisés 
de force (annsim), qui continuaient à observer les rites et cérémo- 
nies de ta religion juive. C'est pour cette raison qu'il décrit lon- 
guement les cérémonies et pratiques religieuses des Juifs, ordinai- 
rement d'après le Tur de Jacob b. Ascher*. On pourrait croire 
que les auteurs juifs ont exagéré l'attachement des anusim à la 
religion juive et les efforts constants faits par ces convertis pour 
en observer secrètement les pratiques, mais les documents d'ori- 
gine chrétienne qu'on a aujourd'hui confirment le témoignage des 
écrivains juifs. Déjà dans les pièces du procès du Saint-Enfant de 
La Guardia (Revue, XV, 203), on a pu voir combien les rites juifs 
étaient répandus et enracinés chez les néo-chrétiens et même chez 
les chrétiens. Notre Censura lïbri Talmnd et l'ouvrage dont nous 
allons parler au chapitre suivant le montrent avec la même évi- 
dence. Dans le n° 64 du Schêbet Jehuda (page 96 de l'édition 
Wiener), il est raconté comment un inquisiteur perspicace, à Sé- 
ville, inspecte un samedi, au milieu de l'hiver, les toits des maisons 
et remarque qu'il y a des cheminées qui ne fument pas, c'étaient 
les cheminées des annsim, qui ne voulaient pas allumer de feu 
le samedi et n'osaient pas s'en faire allumer par des chrétiens, 
de peur d'être dénoncés comme observateurs du sabbat. 
Comme on le verra par un passage de l'introduction que nous pu- 

l Voir Revue, I, 248. 

s II cite aussi le Talmud, assez souvent le Mischnê tora de Maïmonide, deux fois 
le Maor de Zérahia Hallévi, deux ou trois fois les consultations du Rosch, enfin, une 
fois if» 31 a), un commentaire du Pentateuque par « Aben Iohef •. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blions plus loin, notre ouvrage a été adressé par le frère Fernand, 
de l'ordre des Dominicains, au fameux Thomas de Torquemada 
(de Turre cremata), inquisiteur général des hérétiques. La nomi- 
nation de Thomas de Torquemada comme inquisiteur général 
étant du 1*7 octobre 1483, notre ouvrage est postérieur à cette date. 
Il fut composé par un certain Antoine d'Avila et un prieur du cou- 
vent de Sainte-Croix de Ségovie. Toutes les parties de l'ouvrage 
tirées du Talmud ou des rabbins y sont écrites en espagnol, le 
reste est en latin. Les grands blancs qu'on trouve dans le manuscrit 
paraissent destinés à recevoir la transcription des textes rabbi- 
niques cités ou traduits en espagnol. 

Nous reproduisons ici la table des matières de l'ouvrage et un 
passage de l'introduction : 

1. Table des matières (f. 1-4 a). 

Inçipit tabula presentis doctrine que in quinque partes diuisa est. 

IN PRIMA PARTE ostenditur quod Talmud est lex oralis dicta a 
Deo Moysi, impressa in mente et non in scripto, secundum falsam 
credenciam Iudeorum; quam obligantur ad seruandam tamen quan- 
tum legem Moysi datam in quinque libris; quod probatur oeto auc- 
toritatibus. 

In prima auctorictate probatur quod simul Moysi date fuerunt 
due leges, scilicet lex scripta qui sunt quinque libri Moysi, et lex 
oralis que uocatur ab eis Talmud et Gabala. 

In n a auctoritate probatur hoc idem. 

In in a probatur quod nullus ad ludaismum recipi potest nisi cre- 
dat Talmud, etsi credat legem scriptam. 

In iv a ostenditur quod obligantur ad discendum Talmud et docen- 
dum sine salario. 

In v a probatur quod quicunque discrediderit Talmud meretur 
mortem. 

In vi a probatur quod discredens legem Talmud est hereticus et est 
preceptum Iudeo ad interficiendum talem. 

In vn a , quod hlii et nepotes Iudeorum qui conuertuntur ad Xpistia- 
nitatem dicuntur anuzes, quos Iudei obligantur rreducere ad ludais- 
mum, etsi uelint credere legem Moysi, licet eam non possint agere, 
non interficient eos, quia sunt ut anuzes, et laborabunt ad rreducere 
eos ad ludaismum. Unde noscitur quod Iudei ualent pro testibus 
contra taies l , quia obligantur ad conseruandam uitam eorumet non 
ad interficiendum, quod est contra instigantes apud serenissimos 

1 En réclamant, pour les Juifs, le droit de porter témoignage sur les anusim, 
lauteur n'a nullement l'intention de réhabiliter les Juifs, il veut seulement s'en servir 
pour accuser et perdre les néo-chrétiens. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANGE ET EN ESPAGNE 233 

rreges ', dicentes quod Iudei non ualeant pro testibus, quia obligan- 
tur ad intertieieudum istos ex precepto legis et per consequens ex 
inimiciamouautur ad testificandum, et per consequens textus «Con- 
tra Xpistianos qui ad rritus transierint 2 », etc. Quantum ad hoc quod 
dicunt « seu per Iudeos conuicti », est catholicus et uerus. 

In vm a , quod deridentes verba sapientum uaduntad infernum, in 
qua pena ponunt Xpistum Dominum nostrum. 

Explicit tabula prime partis. Incipit tabula secunde partis. 

IN SEGUNDA PARTE rreferuntur uituperia que ponuntur in Tal- 
mud contra fidem nostrain et Xpistum Dominum nostrum et sanctos 
eius. 

In primo uituperio ponitur Xpistus suspensus pro incantatore. 

In ii° uocatur amens et filius ex fornicacione natus. 

In iii°, quod Euangelia sunt peccatum publicum. 

In iv°, quod Xpistus Dominus noster et eius asposloli sunt hère- 
tici. 

In v°, quod maledicunt regnum Xpistianorum et conuersos ad 
fidem Xpisti. 

In vi°, quod uocant Xpistianos ydolatres et festa eorum rruynas. 

In vu , quod uocant Xpistum suplantatorem et quod memoria 
eius et discipulorum suorum pereat. 

In viii°, quot sunt modi hereticorum inter quos ponitur Xpistus 
Dominus noster. 

In ix°, que uerba sunt dicluri cum transeunt perecclesias et sepul- 
turas xpistianorum. 

In x°, quod orant quod Creator non faciat filios suos dapnatos ut 
Xpistum Dominum nostrum. 

Explicit tabula secunde partis. Incipit tabula tercie partis. 

IN TERCIA PARTE pouitur condempnacio Talmud et contra ser- 
uatores talis doctrine. 

Explicit tabula tercie partis. Incipit tabula quarte partis. 

IN QUARTA PARTE ponuntur rritus et cerimonie Talmud quas 
communiter seruant Iudei et heretici moderni. 

In primo capitulo ponitur quomodo confitentur se credere in uerum 
Deum, cetere autem naciones in u&nitates et nichillum. 

1 Ferdinand et Isabelle. 

1 Nous croyons que l'auteur cite ici le texte d'un écrit ou même d'une bulle con- 
cernant l'inquisition. 11 n'est pas daccord avec ce passage du texte cité et qui com- 
mence, par les mots « contra Xpistiauos qui ad rritus transierint », mais il approuve 
ce qui est dit dans le passage commençant ou finissant par • seu per Iudeos con- 
uicti ». Le corps de l'ouvrage ne donne aucune explication sur ce texte, mais il est 
encore cité dans ce passage de la préface que nous reproduisons plus loin. 



23ï KEVUE DES ETUDES JUIVES 

In ii° ponitur el cadis \ qui est una oracio que communiter dicitur 
omni die siue in nocte siuc in die, iû quo cadis orant ut ueuiat 
Messias ut edificet ciuitatem. 

In iii° ponitur oracio que dicitur qualibet die in auro-ra et secun- 
tur plantus ■ qui dicitur (sic) super destrucionem domus sancte et 
oratur pro aduentu Mesie. 

In iv° ponitur el haruid 3 , que est oracio nocturna. 

In v° ponitur la criasema \ 

In vi° ponuntur los tephilim, qui sunt cordule quas ponuntur (lire 
ponunt) qualibet die in capite et brachio. 

In vii° ponitur quod obtinent remissionem omnium peccatorum 
propter tephilin. 

In viii° ponitur el çeçid 5 . 

In ix° ponitur cuiusdam oracionis que dicitur iunctis pedibus 6 . 

In x°, quod est peccatum manducare sine locione manuum. 

In xi°, de la benedicion de la mesa 7 in festis. 

In xii°, benediciones de la mensa continue 8 . 

In xiii , del meldar en la ley, quod est légère in Briuia et in Tal- 
mud \ 

In xiv°, quod propter légère in lege eis largitur Deus bona tem- 
poralia. 

In xv°, quod obligantur dare çedaca™. 

In xvi°, quod propter elemosinam eis Deus largitur honores. 

In xvii , quod obligantur qualibet die Ueneris colligere çedaca per 
domos ll . 

In xviif, quomodo rrecipient elemosinam a Xpistianis et quomodo 
non. 

In xix°, quod dabunt cantoribus (hoc est eis qui dicunt oraciones 
in signoga) et rabbinis (scilicet qui docent studentes) elemosinam ex 
çedaca collecta 12 . 

In xx°, quod obligantur ad ponendum meçuza, qui sunt quedam 
cartulle in portis, fixe ingressu earum. 

In xxi°, quod obligantur seruare sabbatum et ter comedere in eo 
et ponere duo paria maparum in mensa. 

In xxii*, quod propter custodiam sabbati eis Deus largitur bona 
temporalia. 

1 Kaddisch, prière du rituel. 

2 Planctus, lamentations. 

3 Arbit, prière du soir. 

* Keriat sema, lecture du Schéma. 
3 Cicit, voir Nombres, chap. 15. 

* C'est la prière des 1 8 bénédictions, qu'on dit debout et les pieds joints. 

7 Mensa, les repas. 

8 Repas ordinaire, de tous les jours. 

9 Meldar veut dire lire, en vieux français miauder. — Brivia est la Bible. 

10 Çedaca, charité, bienfaisance, aumône. 

11 Renvoie à Tur Ioré déa, chap, 259. 

n Les parenthèses ne sont pas dans l'original, nous les avons mises pour rendre le 
teite plus clair. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 235 

In xxiu°, quod obligantur ad induendum uestimenta noua. 

In xxiv , quod obligantur in sabbato ad incendendum candiles. 

In xxv", quod obligantur in sabbato comedere adapliina l . 

In xwi", quod obligantur dicere uel uudire quidics 9 in sabbato. 

I\ xxvii ,' de la abïala'\ que est una oracio cum uocant Mesiam 
sabbato ad uesperam. 

ï\ xxviii», del ros Jwdes *, qui est luna noua. 

In xxix , de festo qui uocatur Hanuca, quod est festum Macha- 
beorum. 

In xxx°, del Piirim, quod est festum quod fit propter mortem 11a- 
man et liberaciouem Iudeorum per Mardocheum. 

In xxxi°, de ceremoniis mortuorum. 

1\ xxxii°, quare uacuant aquas ab ydris quando moritur aliquis 
ludeus. 

In xxxiu , quare funerant eos funeribus albis. 

In xxxiv , quod ressurgent Iudei cum funeribus cum quibus surit 
sepulti. 

1\ xxxv», quod debent ponere ad capud Iudei mortui in sepultura 
una almohada de terra. 

In xxxvr, quod obligantur seruare setenarium 3 . 

In xxxvii , quod obligantur uestes rrumpere quando moritur alius 
ludeus. 

In xxxviii% de coguerço 6 . 

In xxxix , del degollar de la carne. 

In xl°, quod rrespicient cotellum cum quo iugulant carnes an 
habeat aliquam fisuram. 

In xli°, de benedicione quam sunt dicturi cum iugulant carnes. 

In xlii*, quare non comedunt carnes iugulatas ab aliis nacionibus. 

In xliii», quod obligantur operire sanguines. 

In xliv , de carne trefe T . 

In xlv°, de modis carnis trefe. 

In xlvi°, del desepare carnem et salsare eam et lauare eam. 

In xlvii°, de la hala 8 , que est una tortella proiecta in igné. 

In xlviii , de modis circuncisionum. 



1 La dafina est le mets préparé d'avance pour le samedi, parce que, ce jour-là, on 
ne peut pas l'aire la cuisine. Il en est aussi question daus le procès du Saint Enfant 
de La Guardia et dans le chapitre suivant de ce travail. 

2 Kiddusch, bénédiction sur le vin. 

3 Habdala, prière dite à Tissue du samedi et des fêtes, pour en marquer la fin. 

4 Fête du 1 er du mois (qui est lunaire). 

5 Les sept jours de deuil. 

6 L'auteur rappelle qu'après l'enterrement, le premier repas est fourni par un autre 
aux parents du défunt et que ceux-ci, dans ce repas, mangent un œuf (f° 34 b du 
ms. . Sur le mot co <j tierzo, voir Boletin de la Real Acad. de Madrid, t. XIV (1889), 
p. 348, où l'on trouve les mots conluerço, conforcium, en lat. convivium. 

7 Terefa y viande de boucherie défendue. 

8 Halla, morceau prélevé sur la pâte et jeté au feu, en guise de dîme. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

In xlix°, quod obligantur dare ad phenus 1 Xpistianis. 

In l°, quod non comedunt caseum cum carne. 

In li°, quod obligantur uenerari la tara \ 

In lii°, quod est peccatum bibere uinum Xpistiauorura, et causa 
eius, et fructus qui reportantur ex bibere uinum caser 3 . 

In lui*, quod amizes* faciendo rritum quemcunque, licet non 
omnes, saluabuntur, et si non possunt aliquem seruare, suficit uo- 
luntas. 



Explicit tabula quarte partis. Incipit tabula quinte partis. 

IN QUINTA PARTE ponuntur questiones quedam theologice. 

Prima questio est an seruare rritus ludeorum sit peccatum here- 
sis. In qua questione declarantur hec. 

Primo, declaratur quid est rritus in communi. 

ii°, declaratur quid sit rritus gentilium. 

ni , ostenditur quid sit rritus ludeorum. 

iv°, ostenditur quod omnes cerimonie ueteres, scilicet tam sacra- 
menta, quam sacrificia, quam obseruancie, dicuntur rritus 8 . 

v°, racionibus theologorum et auctoritatibus canonistarum quod 
seruare rritus ludeorum est peccatum heresis. 

Secunda questio est an seruare rritus ludeorum contentos in doc- 
trina Talmud sit peccatum heresis. 

Ubi primo respondelur quod sit. 

ii°, declaratur qui dicantur credentes errores hereticorum. 

Tergia questio est an requiratur pertinacia ad hoc quod alias di- 
catur heresis ; in qua questione declarantur hec : 

Primo, quid est heresis. 

ii°, quod pertinacia requiritur ad heresim. 

m , dicitur quod qui contra ueritatem predicatam in ecclesia se- 
pissime latenter diu persislit errore contrario, hereticus est. 

Quarta questio est an possit allegari igoorancia ab istis seruan- 
tibus rritus ludeorum ad excusacionem suam. In qua probantur 
hec: 

Primo, quod omnes Xpistiani tenentur scire rritus ludeorum non 
esse seruandos. 

ii°, probatur quod de facto sciunt rritus ludeorum non esse seruan- 
dos, ideo ignorancia non potest ab eis alegari uere sed ficte. 



1 Foenus, prêt à intérêt. 

2 Le Pentateuque. 

s Vin caser, vin qu'il est permis aux Juifs de boire, parce qu'il est fabriqué suivant 
les prescriptions religieuses. 

4 Ce sont les anusim, Juifs baptisés de force. 

5 Sacramenta, par exemple la circoncision; sacra, les fêtes (voir f° 43 £> du ms.). 



POLEMISTES CHRÉTIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 237 
2. Introduction (II*. 4 b - 5 fl). 

Incipit prologus in epistolas missas a fratre Fernando de Sanclo 
Dominico suo quam plurimus Reverendo Patri Fratri Thome de 
Turre Gremata, sancti Grucis Priori, Serenissimorum Regum con- 
fesori, generali hereticorum Inquisitori. 

Iehsus. 

Reverendissime pater noster, serenissimorum regum confessor, 
sancte Grucis Segobiensis prior, generalis hereticorum inquisitor, 
quem Dominus Iehsus dilexit... Est doctrina talmudica quam maxime 
et ritus eius moderni heretici exercent... Huius doctrine tractatum 
quemdatn perutilem ad persecucionem eorumdem [hereticorum] ab 
eadem doctrina extrahi et recoligi domini inquisitores doctor de 
Mora, et iicenciatus de caîïas SegobieDsis diocesis, procurarunt, et 
mandarunt Abulensi Antonio et cuidam priori conuentus Sancte 
Grucis Segobiensis ut hoc exsequerentur, ethoc propter duo. Primo, 
ut intuentes errores et hereses in supradicta doctrina contentos, et 
specialiter in rritibus et ceremoniis quas communiler omnes isti 
heretici exercent contra fidem nostram, securius procedere possent 
contra taies semantes rritus talmudicos, non solum ut contra ser- 
uantes rritus iuddyeos per textum « Contra Xpistianos qui ad rritus, 
etc. », sed eciam quia taies sunt in se et tod errores et supersticias 
et hereses contra Xpistum Dominum nostrum et fidem Xpistianam et 
omnes sauctos et totam ecclesiam nostram continent, quod merito 
sunt condepnandi et condepnentur, et sic doctrina que ab eis crede- 
batur eis daturam uitam in presenti et in futuro, eis uitam auferat 
et temporalem pariterque sempiternam mortem conférât. 

Quelques explications ne seront pas de trop pour faire com- 
prendre le but des différentes parties de l'ouvrage. 

Dans la l re partie, l'auteur veut montrer quelle importance les 
Juifs attachent au Talmud. 

Dans la 2 e partie, ce que le Talmud contient ou ce qu'on pré- 
tend qu'il contient contre Jésus et le christianisme. 

Nous ne disons rien de spécial de la 3 e partie. La 4 e partie est 
la plus développée de toutes, c'est elle qui contient la description 
des rites juifs, pour servir à bien reconnaître les hérétiques 
judaïsants. Enfin, la 5 e partie est consacrée à démontrer qu'on 
peut, en toute sécurité, condamner à mort ces hérétiques. Pra- 
tiquer une prescription du Talmud est évidemment un crime 
abominable. 



238 REVUE DES ETUDES JUIVES 

10. Le livre de Z'Alboraïque. 

Le même ms., ff. 60 a à 10 fr, contient un ouvrage singulier, en 
espagnol, qui s'appelle YAWoraïque. L'Alboraïque est le cheval de 
Mahomet, mais depuis qu'il y a des nouveaux-chrétiens (anusim) 
qui n'observent pas la religion chrétienne et ne sont ni Juifs ni 
chrétiens, on les appelle Alboraïques, parce que le cheval de Ma- 
homet aussi était de nature indécise, ni cheval ni mulet. De plus, 
ce cheval avait, dans les formes du corps, toutes sortes de par- 
ties curieuses et démoniaques ; les néo-chrétiens les ont dans leur 
âme. 

Cet ouvrage est de la même écriture que le précédent. Il est tout 
entier en espagnol. 

C'est à Erena * qu'on a, d'après la préface, inventé cette belle 
comparaison entre les néo-chrétiens et le cheval de Mahomet. 
Cela se serait passé plus de soixante ans après l'époque où une 
persécution obligea beaucoup de Juifs à se faire baptiser. Ceci est, 
sans aucun doute, la persécution de 1391 ou de 1412. 

L'ouvrage est sûrement écrit après la prise de Constantinople 
par les Turcs (1453) et avant l'expulsion des Juifs d'Espagne 
(1492). Il parle de la prise de Constantinople dans un passage que 
nous citerons plus loin, et il fait souvent allusion à la présence 
des Juifs en Espagne. Il semble résulter du passage cité plus 
loin, dans le n° 19 de notre résumé, que l'ouvrage a été écrit en 
1488, c'est-à-dire qu'il est contemporain de l'ouvrage précédent et 
de l'établissement de l'inquisition en Espagne. Nous en donnons 
ici la préface : 

En la uilla de Erena, de la prouinçia de Léon, fue puesto nonbre 
alos neofitos iudayzantes, conuiene asaber alos conuersos que se 
tornan Xpistianos, agora ha sesenta e mas anos, e de la guerra que 
estonçes se hizo en toda Espaîia por muerte de espada, conuiene a 
saber destruyçion en las aliamas delos Iudios, e los que quedaron 
uiuos por la mayor parte los baptizaron por fuerça e tomaron ellos 
entre sy un sobrenonbre en ebrayco anuzim, que quiere dezir for- 
çados. Ca sy alguno se torna Xpistiano, llamanle mesumad, que 
quiere dezir en ebrayco rreboluedor, que los rrebuelue conlos Xpis- 
tianos. E sy alguno deste linaie llega a algund lugar donde ay aquesta 
mala generaçion, preguntanle ellos ères amw, Xpistiano por fuerça, 
o mesumad, Xpristiano por uoluntad. Sy responde anuz soy, danle 
dadiuas y honrranle; e sy dize mesumada soy, non le hablan mas. 

1 Probablement Llerena. 



POLÉMISTES CHRÉTIENS EX JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 239 

Asy que couimo los destas partes abueltas de otros de esa Audaluzia 
e de Espuùa seau anuzim Xpristianos, por que nias uo puedeu hazer, 
esto es enel noubre, ea nou eu las obras, guardaudo sabad y olras 
eerimouias îudayeas, rrezaudo por libres de Iudios, eupero porque 
ellos tieneu la eircunçision comme- Moros, e el sabad commo Iudios, 
e el solo noubre de XpisLiauos, e nin seau Moros, nin Iudios, nin 
Xpristianos, auu que por la uoluntad Iudios, pero non guardan el 
Talmud nin las eerimouias todas de Iudios, nin menos la Ley Xpris- 
tiana. E por esto los lue puesto esto sobrenonbre por mayor uitu- 
perio, eonuiene asaber alboraycos a todos ellos, e a uno solo, alborayco, 
E yo briscando este noubre en la uieia e nueua Ley y en sus glosas, 
non lo pude fallar, pero hallelo en el Alcoran. Ca Mohomad, cabdillo 
de los Moros, fingio que hala enbio del çielo alo llamar con el angel 
Gabriel, e que para yr alla, le truxo uu animal que asy lo llamo Al- 
borayque, en que fue caualiero. El quai animal es menor que cauallo 
e mayor que mulo. E commo non sea ninguno de los animales de 
natura que en la Ley se hallan nin en el libro De naturis animalium 
segund las senales que enel dicho Alcoran e en sus glosas delos 
sabios delos Moros se halla, por ende commo tal animal non sea en 
Ley de escriptura nin en Ley de gracia, asy se concluye que ellos non 
son Iudios nin Xpristianos nin menos Moros. Ga la secta de Moros 
non creen, nin menos guardan perfidia de Iudios, aun que la creen ; 
nin menos Ley de Xpristianos, quo se llamen e non la creen. E los 
senales que dizen los Moros que al Alborayque auia, nonbran las 
aqui por su significaçiones, e esas mesmas han los neofitos por con- 
diciones. 

La prima, que ténia la boca de lobo. 
• La segunda, rrostro de cauallo. 

La terçera, oios de onbre. 

La quarta, oreias de perro lebrel. 

La quinta, cuello de iacanea con clines. 

La sesta, cuerpo de buey. 

La setima, la cola de sierpe. 

La octaua,en cabo de la cola, una cabeça de grullo. 

La nona, en cabo de la cola un cuerpo de pauon. 

La décima, un braeo de pierna de onbre con calça galante el pie 
calçado. 

La uudeçima, otro braço de pierna de cauallo con ferradura. 

La duodeçima, una pierna de aquila cou sus uiias. 

La tercia décima, pierna de leon sin unas. 

La quartadeçima, el pelaie de todas colores. 

La quiutadeçima, corne de todos maniares. 

La sestadeçima, no es del todo maschulo nin fenbra, mas ténia 
natura de maschulo de fenbra. 

La deçima setima, la silla de un grande estrado rrico. 

La deçima octaua, el fuste de la silla de palo de higuera. 

La décima nona, los estribos de muebos metales. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La uieessima, el freno de fuego ençendido e los rriendos de espada 
açecalada de azero fino. 

L'auteur explique ensuite comment les Juifs néo-chrétiens, les 
Alboraïques, ont tous ces caractères du cheval de Mahomet. Nous 
donnons ici un résumé de ces intéressantes et profondes consi- 
dérations : 

4 . Bouche de loup. Les alboraïques (juifs devenus faux chrétiens) sont 
hypocrites, faux prophètes, s'appellent chrétiens et ne le sont pas. 

2. Museau de cheval. Le cheval, pour sa légèreté et sa vaillance, 
passe pour tuer les gens et répandre leur sang ; et de même les albo- 
raïques ont tué les prophètes, les apôtres et martyrs, et répandu le 
sang de Jésus-Christ. 

« E ahe esperiença prouada que delos que yuan al Turco el aïïo de 
mil quatrocientos anos, ansi los que quemaron commo los que se 
rrescataron en Ualencia de Aragon fueron mill y quatrocientos y 
sesenta y sieste, los quales yuan ayudar al Turco por derramar la 
sangre delos Xpistianos. » 

3. Les alboraïques ont des yeux d'hommes, mais ce ne sont pas des 
hommes, ce sont des diables. 

4. Oreilles de lévrier. Les alboraïques sont des chiens. Le chien est 
sans vergogne, les alboraïques n'ont pas de vergogne devant Dieu. 
Le chien se retourne vers ses excréments et les mange, l'albo- 
raïque retourne de même à son sabbat, à sa dafina, à la circoncision, 
aux cérémonies juives. 

5. Cou de haquenée avec crinière. La haquenée ne travaille pas, les 
alboraïques non plus, ils ne sont pas pour faire la guerre aux enne- 
mis ou pour servir dans les gros travaux d'agriculture, mais pour se 
promener sur les places et dans les rues des chrétiens et les tromper. 
Leur travail ne sert à rien : comme orateurs, ils sont hérétiques ; 
comme défenseurs (avocats?), ils sont trompeurs ; comme ouvriers, 
ils tissent de mauvaise toile qui ne peut servir pour les vêtements. 

6. Corps de bœuf. Comme le bœuf, ils se remplissent le ventre et 
ne pensent qu'aux biens matériels. 

7. Qîieue de serpent. Ils répandent sur la terre le venin de l'hérésie. 

8. Au bout de la queue, tête de grue. Toutes les grues suivent une 
grue et crient : gru ! gru ! De même, touchez à un alboraïque, tous 
les alboraïques crient : gru ! gru ! Les grues ont toujours peur, se 
cachent; ainsi les alboraïques vivent en tremblant au milieu de 
nous. Impossible de tuer une grue, elle se défend en se couvrant de 
ses ailes ; ainsi l'alboraïque se défend à grand renfort d'argent et de 
pots-de-vin. Les grues viennent passer ici l'hiver, puis s'en vont 
après avoir causé des dommages ; ainsi l'alboraïque veut s'en aller 
en Judée après nous avoir fait bien dit mal. 

9. Au bout de la queue, corps de paon. Les alboraïques sont vaniteux 



POLEMISTES CHRETIENS ET JUIFS EN FRANCE ET EN ESPAGNE 241 

comme le paon. Mais quoique riches et pourvus de hautes dignités, 
qu'ils regardent leurs pieds (comme le paon), c'est-à-dire la lignée 
misérable d'où ils descendent. 

10. Une jambe humaine avec chaussa galante et pied chaussé. Image 
de leur orgueil. 

11. Une jambe de cheval avec ferrure. Ils ruent et donnent des coups 
de pied aux chrétiens qu'ils tiennent sous leur dépendance. 

12. Une jambe d'aigle avec serres et ongles. Ils vivent de rapines, 
dépouillent les églises, achètent les évôchés, les canonicats et autres 
dignités ecclésiastiques; de même, les charges civiles de receveur 
et majordome, qu'ils achètent des rois et des seigneurs, et qui leur 
servent ensuite à dépouiller les gens. 

13. Une jambe de lion, sans ongles. Les alboraïques de nos pays 
descendent principalement de Judas, qui est comparé à un lion ; 
mais ils sont sans force (sans ongles). La force leur reviendra quand 
ils croiront en Jésus ; le temps prédit pour leur conversion est la 
prise de Gonstantiuople par les Turcs. 

14. Pelage de toutes couleurs. Avec les chrétiens ils disent: Nous 
sommes chrétiens 1 avec les Juifs : Nous sommes Juifs. 

15. Mange de tout. Ils mangent les mets des chrétiens et des 
Maures (sauf le porc, dont ils mangent peu ou pas du tout), ils man- 
gent la adafina des Juifs, ils ne jeûnent ni le carême, ni les jeûnes 
des Maures, ni ceux des Juifs. 

16. N'est ni homme ni femme, mais à la fois les deux. Ils ont inventé 
la sodomie. 

17. Selle avec siège riche. Amour de la richesse. 

18. L'appui de la selle est en bois de figuier. Le figuier a été maudit 
par Jésus ; la synagogue {sinoga) est maudite; sinoga veut dire sine 
gog, c'est-à-dire ministre de Gog ('?), et Gog est l'Antéchrist. 

19. E trier s de plusieurs métaux. Les alboraïques ont des origines 
diverses : les uns, convertis par Jésus ; les autres, par saint. Pierre ; 
les autres, sont ceux dont il est fait mention dans la préface. De 
plus, leur sang est mêlé, puisqu'ils ont dû épouser, après leur 
conversion, des femmes d'une autre race. Enfin, ils ont beaucoup 
de sectes. 

Sur les Juifs baptisés, ce chapitre contient un passage intéressant. 
Après avoir dit que les néo-chrétiens mentionnés dans la préface ne 
sont pas (sincèrement) chrétiens, l'auteur ajoute : « E esto non deue 
auer por rreprocho los buenos delos conuersos de Gastilla, antes por 
honrra, que sy ouiesen de ser iusgados con los conuersos Andaluzes 
e aun Toledanos, todos serian condenpnados por malos hereies. Lo 
quai creo non es asy, mas lo contrario. Ca asy commo en Castilla la 
Uieia,Burgos, Palençia, Ualls 1 ., Léon, Çamora, etc., apenas se fallaron 
dellos, delos conuersos naturales ningunos hereies ; asy enel Reyno 
de ïoledo e de Murcia e de toda ei Andaluzia, con toda Estrema^ 

1 Valderas, au sud de Léon, à l'est de Palençia; autrefois Valleras. 

T. XVIII, n° 36. 10 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dura, apenas iallaredes dellos algunos Xpistianos fieles, loqual es 
notorio en toda Espaûa, aun que la grande heregia destos quiere 
traer causa de dubdar enlos otros de Castilla arriba, por que las 
obras dellos lo maguifiestan. » 

Et plus loin, sur les opinions diverses des Juifs : Les alboraïques 
sont mélangés de « tantas heregias commo han e tienen de filosofos 
antiguos que tenian diuersas opiniones, e otros que dixeron que non 
auia sy nonuasçere morir; e otros Iudiosaguelos suyos 1 , marboneos, 
saduceos, oseos, fariseos, meristeos, ymerobatistes; e despues de 
las heregias que tienen de los infieles padres suyos que han uiuido 
mill e quatroçientos e ochenta e ocho aiios ha e mas captiuos e çiegos 
entre los Xpistianos e Moros. » 

20. Mors de feu, rênes faites d'une épée polie d'acier fin. Il faut les 
tenir et morigéner ferme. 

Tout cela est très ingénieux, on le voit, et très bête. 

Un seul fait intéressant est à retenir. L'auteur remarque qu'il y 
a une grande différence entre les Juifs baptisés du nord de l'Es- 
pagne (Vieille-Castille) et ceux du sud (Tolède, Andalousie, Estra- 
madure). Les premiers se sont convertis d'eux-mêmes (conversos 
naturales) et sont fidèles à leur nouvelle religion ; les seconds, 
convertis de force, sont de bien mauvais chrétiens, et il ajoute que 
tout le monde, en Espagne, connaît cette différence. Elle vient 
probablement de ce que, dans la Vieille-Castille, on aura permis 
plutôt aux Juifs baptisés de force de revenir au judaïsme, de sorte 
qu'il y n'avait, dans ces régions, que des anusim consentants. L'in- 
quisition commence son œuvre dans le sud (Séville), et ce n'est 
que peu à peu qu'elle remonte vers le nord. C'est elle qui est 
l'Alboraïque 2 . 

Isidore Loeb. 



1 Lire abuelos. 

2 Nous ajoutons ici quelques notes. — Plus haut, p. 66-67, une partie du texte est 
déjà dans Graetz, VII, 2 e édit., p. 422 (note 3). — P. 46; à cause du t de Calotus, 
nous n'avons pas voulu identifier ce nom avec Colonymos, mais si on faisait cette 
identification (que nous proposent M. Neubauer et M. D. Kaufmann), nous propose- 
rions d'aller plus loin et de prendre Calotus pour un descendant des Toderos et Galo- 
nymos de Narbonne. — P. 66, 1. 1, M. Ad. Neubauer nous signale n° 49, f° 110, du 
catal. mss. hébr. de Cambridge par Schiller- Szinessy et son catal. des mss. hébr. 
Bodl., n° 2543 {Séfer fora d'Ezra). 



GUILLAUME ïï AUVERGNE 

ET LA LITTÉRATURE JUIVE 



La révolution qui s'est produite au xm e siècle dans la scolas- 
tique chrétienne, et qui a imprimé aux recherches philosophiques 
un caractère d'indépendance qui leur était étranger auparavant, a 
été commencée par Alexandre de Haies et Guillaume d'Auvergne, 
évoque de Paris (mort en 1249). La première impulsion, il est vrai, 
fut donnée à ce mouvement par les traductions du xn e siècle, 
dues en grande partie à des Juifs, comme Ta prouvé Jourdain ! , 
et qui ont fait connaître les travaux de physique, de métaphy- 
sique et d'éthique d'Aristote et de ses commentateurs arabes. 
Mais la littérature juive et tout spécialement les œuvres des phi- 
losophes juifs ont exercé également une grande influence sur les 
principaux représentants de la scolastique chrétienne. On sait par 
divers travaux 2 , qui sont cependant loin d'avoir épuisé la ma- 
tière, que les œuvres des savants juifs ont agi sur Albert le Grand 
et Thomas d ; Aquin, les deux célèbres chefs d'école sortis de 
l'ordre des Dominicains, qui marquèrent l'apogée de la philoso- 
phie scolastique, ainsi que sur Jean Duns Scot, le plus célèbre 
maître de l'ordre des Franciscains. Mais déjà Guillaume d'Au- 
vergne, le premier représentant du nouvel esprit qui s'était in- 
troduit dans la scolastique, montre une connaissance de la litté- 
rature juive qu'il est étonnant de trouver chez un homme dont 
l'activité littéraire remonte à la première moitié du xm e siècle. 

Guillaume d'Auvergne n'était rien moins qu'ami des Juifs, on le 

1 Cf. Jourdain, Recherches critiques sur l'âge et l'origine des traductions latines 
d'Aristote, Paris, 1819 ; Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, Paris, 1859, 
p. 487. 

8 Cf. Munk, Mélanges, p. 291 ; Guide des Égarés, II, p. 67 et passim ; Joël, Ettvas 
tiber den Ein/luss der jûdischen Philosophie auf die christ liche Scholastik, dans la 
Monatsschrift, année 1860, p. 205-217 ; Joël, Verhàltniss Albert's des Orossen tu 
Maimonides, dans le Jahresbericht des jnd. theol. Seminars, Breslau, 1863. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sait de reste et par ce seul fait que ce fut pendant son épiscopat 
et avec son intervention personnelle qu'eût lieu à Paris l'auto- 
da-fé du Talmud (1242) '. En outre, dans un grand nombre de 
passages de ses écrits, il montre son fanatisme en déclarant que 
les doctrines qu'il combat, qu'elles soient d'origine juive ou non, 
devraient être anéanties par le fer et le feu. Quand il parle de 
la gens Hébrœorum, il ne manque presque jamais d'exprimer 
quelque blâme ou d'ajouter quelque observation dédaigneuse. A 
ceux qui trouvent qu'il manque dans l'Ancien Testament quelque 
explication aux questions de foi de grande importance, il répond 
que le silence de la Loi et du législateur doit être attribué à l'es- 
prit borné et à l'avilissement des Hébreux, enfoncés dans l'ido- 
lâtrie et autres superstitions, et incapables de donner leur assenti- 
ment à une révélation plus complète 2 . Il va sans dire que, pour 
lui, la vraie révélation divine ne se trouve que dans la religion 
catholique. Toutes les fois que les Juifs s'en tiennent aux pres- 
criptions de la Loi et des prophètes, ils sont d'accord avec l'Eglise 
catholique ; dès qu'ils sont en désaccord avec l'Église, ils donnent 
aux paroles des prophètes, pour les adapter à leur erreur, des 
interprétations fausses et même ridicules 3 . Guillaume d'Auvergne 
en veut surtout à une secte de la gens Hébrœorum qu'il désigne 
plus clairement plus tard comme étant la secte des Sadducéens, 
et à laquelle il reproche de nier une partie intellectuelle de l'uni- 
vers, ou mieux l'existence de substances intellectuelles 4 . 

Dans un passage de son principal ouvrage philosophique, le 
De Universo, Guillaume distingue trois périodes dans le dévelop- 

1 Cl*. Graelz, Geschichte der Juden, VII, p. 117 ; Lewin, dans la Moftatsschrift, 
XVIII, p. 97 : Loeb, dans la Revue des Etudes juives, I, II et III. 

* De Universo [Opéra omnia, éd. Paris, 1674), I, pars I, chap. xxxix, page 634, 
col. 1 : Si quis autem quaerat propter quid tacuit de utilitate aquarum illarura vel de 
generatione, quse de eis vel facta est jam vel facienda, respondeo libi, quia genti 
Hébrœorum sic loqui debuit lex et legislator ut et intelligere possent et crederent 
narrationibus illius. Non enim solummodo brevis erant intelligentiœ, immo innutriti 
idolatriis et imbuti erroribus : propter quod nec de creatione angelorum, nec de resur- 
rectione mortuorum, nec de multis aliis secretis mentionem eis expressam facere voluit : 
iacillimi enim erant ea repellere, quse non intelligerent aut caperent : propter 
quod insonuit illud antiquum proverbium apud eos : locuta est lex lingua hominum 

(ûxn 13a "piaba ï-mn mai). 

3 De fide, chap. m, p. 17, col. 2 : Quod propter Judœos dicimus, qui in multis fidei 
articulis recte sentiunt, fideique catholicœ consentiunt, inducti testimoniis prophetarum, 
verum ubi dissentiunt, ipsa prophetarum eloquia non tam i'alsa quam ndiculosa 
interpretatione errori suo aptare conantur. 

4 De Universo, II, pars II, p. 844 : His igitur ita determinatis revertar ad stabi- 
liendum partem secundam universi, quœ est pars ejus spiritualis : banc enim omnino 
negavit secta quœdam gentis Hébrœorum, etc. C. I (en suscription) : Stabiliuntur 
substantiœ spirituales et abstractœ contra errorem Sadducœorum et Aristotelis de his 
maie sentientium. 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LlTTKltATÏTKE JUIVE 245 

pement intellectuel du judaïsme. Il est amené à émettre cette opi- 
nion en examinant la question de savoir si le monde supérieur, 
c'est-à-dire le monde placé au-dessus de la terre, est un seul être 
animé ou est composé de plusieurs êtres, et si les cieux ont des 
âmes, et des âmes douées de facultés intellectuelles. Àristote et 
ses successeurs, et de même plusieurs philosophes italiques 1 , 
dit-il, ont eu certaines opinions sur ces questions, mais jusqu'à 
présent les Hébreux et les chrétiens ne s'en sont pas occupés. Les 
Hébreux se sont contentés (à l'origine) de la Loi et des Pro- 
phètes ; mais depuis longtemps, ils ont ajouté foi à des fables 
absurdes, à l'exception de quelques-uns d'entre eux, qui, ré- 
pandus parmi les Sarrasins, se sont livrés aux spéculations phi- 
losophiques *. 

Ainsi, d'après Guillaume d'Auvergne, il y aurait eu, chez les 
Juifs, après l'époque de la foi pure de la Bible, un grand espace 
de temps, pendant lequel la croyance à toutes sortes de fables 
devint dominante parmi les Juifs. Un petit nombre seulement 
d'entre eux, vivant au milieu des Sarrasins, se seraient voués aux 
études philosophiques 3 . 

Guillaume d'Auvergne parle encore de ces fables dans plusieurs 
autres passages, et par les exemples qu'il en donne on voit clai- 
rement que sous le nom de « fables juives » il entend certaines 
idées du Talmud et du Midrasch. Ainsi, il se croit obligé, quelque 
part, de mettre le lecteur en garde contre les fables et les inven- 
tions insensées des Hébreux, lesquelles dépassent en absurdité et 
en invraisemblance les hallucinations de la fièvre. 11 donne en- 
suite, comme exemple d'une de ces absurdités, cette opinion que 
l'arbre de la vie avait en hauteur l'étendue d'un chemin de cinq 



1 Sur les philosophes que Guillaume d'Auvergne mentionne souvent sous le nom 
d'Italiques, voir Jourdain, ib., p. 327. 

* De Universo, I, pars III, cap. xxxi, p. 805, col. 2 : Utrum autem mundus ille 
superior animal unum sit, an plura, et utrum. cœli ipsi auimati sunt, et an anima? 
eorum rationales, apud Aristotelem et sequaces ejus determinatum habetur et etiam 
apud multos ex italicis philosophis, doctrina vero Hebraeorum et Christianorum 
hactenus talia non curavit. Gens enim Hebrœorum contenta solebat esse libris sua) 
legis et prophetarum. A tempore autem multo ad fabulas incredibiles se convertit et 
illis se totaliter dédit, paucis duntaxat exceptis, qui commixti genti Sarracenorum 
philosophati sunt. 

3 Voici ce qu'il dit des chrétiens dans le passage indiqué ci-dessus : Gens vero 
christianorum virtutibus et sanctitati atque venerationi creatoris totaliter se subjiciens, 
philosophiam ad modicum amplexata est, nisi quantum erroneorum perversitas et 
insipientium contradictio eos coegit, et ad defensionem legis et fidei et destructionem 
eorum quibus vel salus. quam sperant, vel honor creatoris imnugnabatur. Ainsi Guil- 
laume déclare ici explicitement que jusque-là les chrétiens n'avaient étudié la philo- 
sophie que pour la taire servir à l'apologie de leur religion, tandis que chez les Juifs 
il y avait au moins un petit nombre qui étudiait sérieusement la philosophie- 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cents ans, de sorte que son tronc aurait été plus gros que la 
terre. D'après une autre de leurs divagations, l'arbre de la vie au- 
rait fait des voyages. Il règne encore parmi eux beaucoup d'autres 
erreurs et invraisemblances qui ne provoquent pas seulement le 
rire, mais même la raillerie, qu'ils acceptent avec un aveugle- 
ment incroyable comme des vérités et enseignent môme comme 
des dogmes aux enfants et aux ignorants 1 . 

Il est inutile de faire observer que les fables dont il est question 
ont leur source dans le Midrasch 2 . 

Autre part, où il parle des mauvais esprits, Guillaume dit : 
« Les Juifs racontent qu'un de leurs rois a enfermé des démons ; 
il me suffit de faire observer que cette assertion fait partie de 
leurs autres fables 3 . » Ici, Guillaume fait certainement allusion à 
la légende du Talmud relative à Asmodée 4 . Guillaume mentionne 
encore d'autres idées empruntées au Talmud et à la littérature 
midraschique ; mais il ne semble plus les rejeter avec le même 



1 De Universo, I, pars I, cap. lix, p. 676, col. 1 : Cave autem tibi a fabulis et deli- 
ramentis Hebrseorum, quibus nec alienationes febricitantium errore et incredulitate 
comparabiles sunt. Unum est autem ex deliramentis eorum, quod arbor, sive lignum 
vitœ in altitudine habeat iter quingentorum annorum, quapropter grossities ejus, boc 
est trunci vel stipitis ejus, major erat grossitie totius terrai. Aliud deliramentum est, 
quod dicunt arborem vitee ambulasse. Sunt et alia multa non minus erronea et incre- 
dibilia et risu digna, vel potius irrisione quae ipsi intolerabili caecitate non solum opi- 
nantur esse vera, sed etiam parvulis et insipientibus dogmatizant. 

2 Cf. Gen. Rabba,sect.l$ : S131B p"n ^bni2 Ù^fi Ifl "WbK 11 SmïT "V'N 

lira p"n ^bii?: id^ ni spo *ô *wbN -d rmr-p m aran p-p 'i 'lin 

Hj"0 p"n "ïbïHTa "UTHIp ib^SN £ON» Le deuxième exemple donné par G. d'A. 
a probablement pour origine l'observation du Midrascb {l. c.) : Ï1D1D N1ÏTÛ) V3> 
D^^nn b'D 13Ô b$\ La première citation du Midrasch est expliquée dans le Guide 
(II, c. xxx, Munk, il, p. 250) de Maïmonide, d'où G. d'A. l'a sans doute tirée. La 
deuxième citation est probablement parvenue à la connaissance de G. d'A. lors des 
délibérations qui eurent lieu relativement à l'auto-da-fé du Talmud et auxquelles 
Tévêque de Paris a pris part. Dans son ouvrage De Legibus, G. dA. mentionne la 
légende concernant la délivrance d'Abraham jeté dans une fournaise (chap. xxvi, p. 
81, col. 2) : Et ideo latria quidem ignis in Caldsea vigebat tempore Abraha3 Patriar- 
cha3, quem juxta traditiones Hebrseorum Babilonii vivum exurere volentes in ignem 
miserunt pro eo, quod ignem colère detestabatur, unde illaesum eum omnipotens Deus 
servavit et de igné liberavit, utpote cultorem sanctissimum suum, et hoc est quod 
aiunt quod jam crebro legitur in sacra scriptura, quod Abraham liberavit Deus de 
Hur Caldaeorum. Hur enim interpretatur ignis, expresse autem dicit Esdras in nono 
et Neemias in oratione sua ad Deum : Tu ipse, domine Deus, qui eligisti Abraham 
et eduxisti eum de igné Caldeeorum (Cf. Midrasch rabba, Gen., sect. 39 ; Pirkè 
R. Eliezer, c. xxvi etpassim). 

3 De Universo, II, pars II, c. lgv, p. 949, col. 2 : De reclusione vero universali 
daemonum, quam regem quemdam suum fecisse fabulantur Judaîi non aliud hic dicen- 
dum video, nisi quod aliis eorumdem fabulis adnumeretur (Cf. De Legibus, p. 84). 
Cependant, Guillaume lui-même semble croire aux superstitions de son temps ; ainsi 
il parle, dans le même passage, des bandes nocturnes (la chasse infernale) comme un 
homme qui croit à ce qu'il raconte. 

4 Gittin, 68». 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LITTÉRATURE JUIVE 247 

dédain. L'examen attentif de ces idées nous conduit à la troisième 
des périodes que Guillaume distingue dans le développement des 
croyances juives, où les Juifs, sous l'influence des Sarrasins, se 
sont livrés à l'étude de la philosophie. 

En exposant sa théorie des anges ou des substances intellec- 
tuelles, Guillaume d'Auvergne est amené à parler de la célèbre 
vision d'Ézéchiel (chap. i), examinée si souvent dans la littéra- 
ture juive sous le nom de Maassê Mercaba. Les plus savants 
Juifs, dit-il, ont cherché à expliquer cette vision, sans parvenir, 
à ce qu'il sache, à en saisir la véritable signification 1 . Au pre- 
mier abord, cette vision semble contredire celle du prophète Isaïe 
(c. vi, 2) ; mais la contradiction ne paraît exister que pour ceux 
qui s'en tiennent à la lettre, elle disparaît dès qu'on pénètre jus- 
qu'au sens réel de ces deux visions. Les savants juifs croient 
aussi que les deux visions enseignent la même vérité et que les 
deux prophètes ont vu la même chose sous des signes différents 2 . 
Il est permis de supposer que Guillaume d'Auvergne a emprunté 
cette interprétation, donnée par le docteur du Talmud Raba, au 
long chapitre que Maïmonide a consacré dans son Guide des 
Égarés au Maassé Mercaba 3 . Un autre passage du De Universo 
montre avec une entière certitude que Guillaume a eu entre les 
mains et utilisé le Guide de Maïmonide. Après avoir assigné 
comme résidence aux anges un espace situé au-delà des neuf 
sphères célestes, qu'il nomme empyrée 4 , Guillaume se demande, 
dans le chapitre singulier et prolixe qu'il consacre à cette ques- 
tion, si la matière de cet espace céleste, le plus élevé de tous, res- 
semble ou non à la matière des autres corps. Pour résoudre ce 
problème, il prend comme point de départ l'opinion d'un savant 
que les Hébreux considèrent comme un philosophe et qui pré- 
tend que Dieu a créé le ciel de la splendeur de son manteau, et 
la terre de la neige placée sous son trône. Comme cette asser- 
tion émane d'un homme regardé par les Hébreux comme un 
savant et que, prise à la lettre, elle semble erronée, un autre de 
leurs philosophes explique que ce savant a simplement voulu dire 
que la terre a été créée d'une certaine matière et le ciel d'une 

1 De Universo, II, pars 2, c. cxxxv, p. 984, col. 1 : Scito igitur quod in visione 
fiebant ista, in cujus expositione sapientissimi Hebrseorum laboraverunt, nec adhuc 
causam invenisse eos pervenit ad me. 

* Jb.. col. 2 : Dico igitur, quia secundum ultimam inteiligentiam suam inter ser- 
mones non est contrarielas Prophetarum islorum, licet secundum planum contrarii 
videantur ; sapientum autem Hebrœorum opinio est eamdem veritatem subesse duabus 
visionibus illis et idem vidisse sub diversis signis Prophetas illos. 

3 Cf. Guide, III, p. 35 ; Hagiga, I3 k . 

4 De Universo, I, pars 1 , c. xxxn. 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

autre ?. L'opinion du savant ou philosophe hébreu mentionnée 
par Guillaume n'est autre qu'un passage des PîrUè Rabbi Élié- 
zer 1 , qui a été diversement interprété et a acquis une certaine 
célébrité grâce à cette circonstance que l'empereur Frédéric II 
en a donné également une explication 3 . L'interprétation attribuée 
par Guillaume à un autre philosophe hébreu est identique à 
l'opinion de Maïmonide *. 

Guillaume d'Auvergne ne s'est pas astreint cependant à utiliser 
seulement un petit nombre de courts passages du Guide, on voit, 
par l'un de ses livres, qu'il s'est servi dans une large mesure de 
l'ouvrage de Maïmonide. Dans ce livre, intitulé De Legibus> et 
particulièrement dans la première partie, où il essaie d'établir 
une symbolique du culte des sacrifices et d'expliquer, en géné- 
ral, par des motifs rationnels, les prescriptions de la Bible, il 
suit pas à pas les développements de la troisième partie du 
Guide sur cette question. Tantôt il s'approprie implicitement les 
opinions de Maïmonide, tantôt il les combat comme contraires 
à ses propres vues. C'est ainsi que d'accord avec Maïmonide, 
et en se fondant sur Deut., iv, 6, il dit qu'outre leur sens lit- 
téral, les lois de la Bible ont encore une autre signification, plus 
élevée 5 , que bien des prescriptions n'ont d'autre but que de 
protéger le peuple israélite contre l'influence des idées et des 
mœurs païennes 6 , et qu'enfin le Pentateuque cherche surtout, 
par un grand nombre de ses lois, à combattre la doctrine des Sa- 
biens 7 . Contrairement à Maïmonide s , Guillaume ne croit pas que 
l'institution du culte des sacrifices soit essentiellement une simple 



1 Ib.,c. xxxvi, p. 631, col. 2 : De materia hujusmodi cœli primi ac nobilissimi, an 
communis sit, id est similis materiis aliorum corporum, merito dubitabit aliquis. Et 
fuit quidam, quem Hebraei reputant philosophum, qui dixit, quod Deus splendore 
pallii sui fecit coelum, terram vero de nive, quae erat sub throno ejus. Et quia sapiens 
apud Hebraios reputatus est, cum juxta planum suum sermo iste manifeste erroneus 
sit, quidam ex aiiis eorum philosophus non aliud eura intellexisse in sermone isto 
exposuit, nisi quod per eum aliam fuisse materiam cœli, aliam vero- terrae insinuare 
voluit per sermonem illum. 

* Pirkè R. Eliezer, c. m. 

' Cf. Jacob Anatoli, Malmad (publié par la Société Mekitzé Nirdamim, Lyck, 
1866), p. 53 b ; Munk, Mélanges, p. 144-145. 

4 Guide, II, p. 201-2D3. 

5 De Legibus, c. xvi, p. 47, col. 1 ; Guide, III, c. xxxi. 

6 De Legibus, c. i, p. 24, col. 1 et passim ; Guide, III, c. xxx, xxxvn et passim. 

7 G. d'A. mentionne explicitement la Loi des Sabiens dans un passage (De Legibus , 
c. vi, p. 36, col. 2) où il parle de la prescription biblique relative à la femme qui a 
ses menstrues. Cf. Guide, III, c. xlvii. C'est aussi par l'exposé de la doctrine des 
Sabiens, fait par Maïmonide (Guide, III, c. xxxvn), que G. a connu les usages 
ordonnés par quelques religions pour la plantation de certains arbres [De Universo, I, 
pars I, c. xlvi, p. 658, col. 1). 

8 Guide, III, c. xxxnetXLVi. 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LITTÉRATURE JUIVE 249 

concession laite aux habitudes païennes *, et cependant il s'inspire 
de ce principe en assignant les mêmes motifs que le philosophe 
juif à un certain nombre de prescriptions relatives aux sacri- 
fices 2 . Guillaume admet également, pour ne choisir que quelques- 
uns des nombreux exemples qu'on pourrait citer, les explications 
de Maïmonide relatives à la construction de l'autel 3 et à la cir- 
concision 4 , mais il repousse comme inexacte son interprétation 
de la loi concernant celui qui trouve un nid d'oiseau (Deut., 
XXII, ti-1) 5 . 

11 faut voir également une allusion à Maïmonide dans cette 
observation de Guillaume d'Auvergne que des philosophes très 
considérés admettent les opinions d'Aristote pour ce qui con- 
cerne le monde sublunaire, mais n'ajoutent pas foi aux paroles 
de ce philosophe, quand il s'agit du monde supérieur 6 , parce 
qu'il ne l'a pas étudié assez attentivement. 

Il semble résulter avec certitude de ce qui précède que Guil- 
laume connaissait le Guide de Maïmonide. Or, il ne pouvait 
connaître cet ouvrage que par une traduction latine. Il faut donc 
admettre que la première traduction du Guide date, non pas du 
milieu du xm e siècle, comme le prétendent MM. Steinschneider 7 
et Perles s , mais du commencement du xm e siècle. Ce fait montre 
avec quelle rapidité l'ouvrage le plus important de la philosophie 
religieuse juive a été répandu dans l'Occident latin. 

Nous savons maintenant que parmi « les Hébreux mêlés aux 
Sarrasins et adonnés à l'étude de la philosophie », il faut placer en 
premier lieu Maïmonide. Si le pluriel employé par Guillaume d'Au- 



1 De Legibus, c. il, p. 29, c. 2 : In quo respondemus, quia septem de causis ante 
legem et etiam sub lege sacrificia hujus modi sibi offerri voluit Deus, non solum propt er 
consuetudinem idolâtries, ut quidam opinati sunt. Hsec enim causa in Gain et Abel 
locum non babet, cura tetnporibus eorum, nec ipsi, nec alii idolâtrée idolatria assueti 
essent. 

* Voir, par exemple, sur l'usage du sel et l'interdiction de l'emploi du miel aux 
sacrifices, De Legibus, c. vu, p. 38, col. 2 ; Guide, III, c. xlvi ; sur le sacrifice, 
apporté par la femme soupçonnée d'adultère, voir De Legibus, c. x, p. 42, col. 1 ; 
Guide, III, c. xlvi. 

5 De Legibus, c. n, p. 31, col. 1 ; Guide, III, c. xlv. 

' De Legibus, c. m, p. 33, col. 1 ; Guide, III, c. xlix. 

5 De Legibus, c. rv, p. 35, c. 1 ; Guide, III, c. xlviii. 

6 De Universo, II, pars II, c. ci,, p. 998, c. 2 : Tu autem audivisti nonnullos ex 
nobilioribus philosophas dixisse Aristoteli credeudum esse de bis quaî sunt sub 
circulo lunœ ; de altioribus sive superioribus nequaquam, quoniam in eis non profun- 
davit usque ad perfectum. Cf. Guide, II, pp. 153, 179 et 194. C'est par le Guide 
que G. d'A. a appris à connaître l'application du dicton talmudique particulière aux 
philosopbes juifs : 'T41 !"mn ÏTtt*l (Cf. plus haut, p. 82, note 2). Voir Guide, I, 
c. xxvi, xxxm, xlvii et autres. 

' Hebr. Bibliographie, VI, 31 ; VII, 62-66, 136. 
s Monatsschrift, XXIV, p. 9. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vergne est autre chose qu'une simple façon de parler, on peut sup- 
poser que l'évêque de Paris comprend encore parmi les philosophes 
hébreux les savants juifs, tels que Saadia et les gaonim, mention- 
nés occasionnellement dans le Guide comme auteurs de certaines 
conceptions philosophiques, ou, ce qui me paraît plus probable, les 
adeptes de la philosophie de Maïmonide dont Guillaume d'Auvergne 
a peut-être connu les idées, par suite du mouvement provoqué, au 
sujet du Guide, par Salomon de Montpellier et Jona de Girone et 
appuyé par l'Inquisition, dont l'intervention se manifesta par un 
auto-da-fé, à Paris et à Montpellier, des ouvrages de Maïmonide l . 
Ce qui me fait supposer que Guillaume a connu les partisans du 
Guide, c'est un passage du De Legïbus qui, autrement, paraîtrait 
très singulier. Il expose, en effet, dans ce livre, les motifs pour 
lesquels, à son avis, Dieu a donné tant de lois aux Juifs, Un de 
ces motifs est que Dieu, tenant compte du développement intel- 
lectuel des Hébreux d'alors, a jugé utile de leur donner une 
législation qui ne contint pas seulement tout ce qui était néces- 
saire pour régler, diriger et orner leur vie, mais qui renfermât 
également des conceptions que leur esprit était capable de com- 
prendre et qui suffisaient à exercer et à satisfaire leurs facultés 
intellectuelles. Grâce à cette législation, le peuple juif n'était pas 
contraint, faute de nourriture intellectuelle qui lui appartînt en 
propre, d'avoir recours à la littérature des autres nations,, ni 
exposé, par conséquent, à y puiser des idées fausses et supersti- 
tieuses qui fussent en contradiction avec la Loi divine. Pendant 
longtemps, les Hébreux mirent beaucoup de soin et de vigilance 
à s'en tenir à la sagesse de leurs lois, sans recourir aux livres des 
autres peuples et sans se risquer à l'étude des spéculations philo- 
sophiques, jusqu'au jour où, répandus parmi les nations, c'est-à- 
dire les Chaldéens, ils commencèrent à se vouer avec zèle, comme 
ils le font encore aujourd'hui, aux sciences et aux études philoso- 
phiques. Après avoir cité plusieurs passages de la Bible pour con- 
firmer ses assertions, Guillaume continue ainsi : « Après s'être 
répandus parmi les Chaldéens, ou Babyloniens, et les Arabes, ils 
s'adonnèrent également aux mêmes études que ces peuples et 
s'occupèrent de philosophie, parce qu'ils n'étaient pas en état de 
défendre les doctrines de leur Loi et la foi d'Abraham contre les 
attaques et les raisonnements de leurs adversaires. Il en résulta, 
surtout après que la domination des Sarrasins se fut étendue sur 
le pays où ils étaient établis, qu'ils tombèrent dans l'erreur au 
sujet de leur Loi et qu'ils devinrent même des héré.tiques par rap- 

1 Graetz, Geschickte der Juden, VII, p. 67. 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LITTERATURE JUIVE 251 

port à la foi d'Abraham. Depuis, beaucoup d'entre eux ont adopté 
la doctrine de l'éternité du monde et d'autres erreurs d'Aristote. 
Aussi, dans le pays des Sarrasins, parmi ceux qui séjournent au 
milieu des philosophes, n'y a-t-il que peu de vrais Juifs, je veux 
dire des Juifs qui, pour certaines de leurs croyances, ne soient pas 
devenus Sarrasins ou n'aient pas adopté les erreurs d'Aristote ! ». 
Cette description des philosophes juifs, devenus infidèles à leur 
religion et hérétiques dans le pays des Sarrasins, est-elle pure- 
ment imaginaire ? Ne répond-elle pas à aucune réalité? Je ne le 
pense pas. A mon avis, on trouve dans ce passage de Guillaume 
d'Auvergne l'écho des accusations lancées par les adversaires de 
Maïmonide contre les partisans de ce philosophe. 

Les reproches adressés par Guillaume d'Auvergne aux philo- 
sophes juifs et dirigés contre Maïmonide et son école auraient pu 
être appliqués avec plus de raison à un autre philosophe juif, pour 
lequel, cependant, notre auteur non seulement n'a pas un mot de 
blâme, mais encore marque une prédilection spéciale. Guillaume 
est probablement le premier écrivain de l'Occident dont les ou- 
vrages montrent la connaissance de la philosophie de Salomon 
Ibn Gabirol. La principale œuvre philosophique de ce dernier a 
été portée à la connaissance des théologiens chrétiens de l'Occi- 
dent par les savants qui traduisirent en latin la plupart des 
écrits d'Aristote et de ses commentateurs arabes. L'archidiacre 
Dominique Gundisalvi et son collègue Jean Avendeath ou His- 
palensis, qui était d'origine juive, traduisirent en commun, selon 
leur procédé habituel 2 , la « Source de la Vie » de Gabirol ou du 



1 Ib., col. 2 : Postquam autem Caldseis sive Babiloniis et genti Arabum commixti 
sunt, et miscuerunt se studiis eorum et philosophie et secuti sunt opiniones philo- 
sophorum, nescientes legis suae credulitates et Abrahse fidem contra disputationes 
eorum et rationes defendere. Hinc est, quod facti sunt in lege erronei et in fide ipsius 
Abrahrc hœretici, maxime postquam regnum Sarracenorum ditïiisum est super habi- 
tationem eorum. Exinde enim aeternitatem mundi et alios Aristotelis errores secuti 
sunt multi eorum. Hinc est, quod pauci veri Judsei, hoc est, qui non in parte aliqua 
credulitatis suae Sarraceni sunt aut Aristotelicis consentientes erroribus, in terra Sar- 
racenorum inveniuntur de his qui inter philosophos commorantur (Cf. De Legibus, 
c xv, p. 47, col. 1). L'expression fides Abrahœ, employée deux ibis dans ce passage, 
est empruntée peut-être au Guide, II, p. 107, où, en opposition avec la doctrine de 
l'éternité du monde, il est question de la croyance à la durée temporaire de la création, 
croyance qui aurait été celle d'Abraham. Il me semble qu'on peut considérer comme 
une protestation contre la doctrine de la création de Maïmonide le passage suivant de 
1 arrêt prononcé en 1277 par une assemblée de professeurs de l'Université de Paris 
contre quelques points de la philosophie arabe : Quod impùssibile est solvere rationes 
philosophi de œtemitate mundi. Quod naturalis philosophus simpliciter débet negare 
mundi Dovitatem, quia nititur causis et rationibus naturalibus, fidelis autem potest 
negare mundi œternitatem, quia nititur causis supranaturalibus (Boulay, Histoire 
de V Université de Paris, III, p. 434). 

8 Cf. Jourdain, p. 111. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moins la publièrent sous leur nom à tous deux, car la plus grande 
partie du travail fut probablement accomplie par Jean Aven- 
death 1 . Le nom d'ibn Gabirol, déjà corrompu dans l'épilogue 
de la traduction latine, est devenu « Avicembron » chez Guil- 
laume d'Auvergne, et son livre est mentionné par cet auteur 
sous le nom de Fons Sapieniiœ, et non pas de Fons Vitœ. L'é- 
voque de Paris, dans un passage de son De Universo, nous ex- 
plique lui-même pourquoi il soutient la philosophie d'Avicem- 
bron de sa haute approbation. « Le christianisme, dit-il, peut se 
vanter de posséder seul la gloire d'avoir reçu la révélation et la 
connaissance de la sagesse innée ou du Verbe de Dieu. Même les 
Hébreux, à l'exception, peut-être, de quelques-uns de leurs saints 
et de leurs savants, notamment leurs prophètes et de ceux qui 
l'ont reçu d'eux par tradition, n'ont pas pu s'élever jusqu'à ce 
mystère. Les Arabes, dans leur ensemble, n'ont pas seulement 
repoussé cette révélation, ils en ont même nié la possibilité. 
Néanmoins, le théologien Avicembron, qui, d'après son nom et son 
style, paraît être Arabe, a compris ce mystère, car il en parle 
explicitement dans le livre qu'il appelle « Source de la Sagesse », 
et il a composé un livre spécial traitant de l'action exercée sur 
tout par le Verbe de Dieu 2 . Pour moi, je crois qu 1 'Aviceirioron a 
été chrétien, puisque l'histoire nous apprend qu'à une époque 
assez récente tout l'empire des Arabes était subordonné à la 
religion chrétienne 3 ». C'est donc sa théorie de la volonté, qu'il 
appelle, dans quelques passages de sa « Source de la Vie », la 
Sagesse 4 et le Verbe 5 , qui a valu à Ibn Gabirol la sympathie de 

1 Je donnerai des développements détaillés sur ce point dans le travail que je 
publierai prochainement sur la philosophie d'ibn Gabirol. 

1 A ma connaissance, c'est là l'unique mention de l'ouvrage sur la volonté qu'Ibn 
Gabirol déclare avoir écrit. (Cf. Munk, Mélanges, p. 222.) 11 va sans dire que Guil- 
laume d'Auvergne n'en parle que d'après la citation qui en est laite dans la Source 
de la Vie. 

i De Universo, I, pars 1, c. xxv, p. 621, c. 2 : Verum scito, quia iste intellectus 
est intellectus ab ipso genilus, sicut alias tibi declaratum est, et hujusmodi genera- 
tionis revelatione, atque notitia sola gens chrfstianorum gloriatur et vocat hune intel- 
lectum genitum secundum leges suas et alias scripturas suas sapientiam genitam 
et artem ac verbum Dei ; et haec est altissima profunditas, ad quam neegens Hebraeo- 
rum attigit, nisi forte in paucis sauctis ac sapientibus suis videlicet prophetis eorum, 
et si qui alii hoc a prophetis acceperunt. Gens vero Arabum secundum communi- 
tatem suam istum nondum novit, immo juxta errorem, quo seducta est, hoc esse 
pofsibile contradicit. Avicembron autem Theologus nomine et stylo, ut videtur, 
Arabs, istud evidenter apprehendit, c\un et de hoc in libro, quem vocat FWtem 
Sapientiœ, mentionem expressam i'aciat et librum singularcm de verbo Dei agente 
omnia scribat. 

4 Voir l'extrait, publié par M. Munk dans ses Mélanges, que Schemtob Palaquera 
a donné de la Source de la Vie d'ibn Gabirol, Û^n llpK "^ipb (V, § 67). 

* /*., V, § 56, 57 et autres. 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LITTÉRATURE JUIVE 253 

Guillaume d'Auvergne. Celui-ci considère, en effet, Ibn Gabirol 
comme le seul représentant savant, chez les Arabes, de la doctrine 
chrétienne du Logos et, pour cette raison, se montre particuliè- 
rement bienveillant à son égard. Grâce à la doctrine de la volonté 
ou du Verbe agissant de Dieu, Guillaume d'Auvergne s'est montré 
très indulgent pour la théorie de la création d'Avicembron. En 
effet, pendant qu'il combat énergiquement la théorie de l'éma- 
nation des Arabes et particulièrement celle d'Ibn-Sina, « parce 
que, dans ce système, Dieu ne paraît pas comme la cause immé- 
diate de tout ce qui est créé et que le monde y est, en quelque 
sorte, l'émanation naturelle et nécessaire d'un premier principe 
actif, ce qui contredit la croyance orthodoxe représentant Dieu 
comme créant librement le monde en un temps déterminé l , il ne 
parait élever aucune objection contre la théorie de l'émanation 
d'Avicembron, quoiqu'elle mérite, au fond, les mêmes reproches 
que celle des Arabes 2 . Quand, par hasard, il se croit obligé de 
combattre une des conceptions d'Avicembron, il réfute l'idée sans 
mentionner le nom de l'auteur. Ainsi, en s'élevant contre la 
doctrine qu'il n'existe pas de substance immatérielle, et que les 
substances intellectuelles elles-mêmes sont composées de forme et 
de matière 3 , doctrine dont Avicembron peut passer pour le repré- 
sentant classique, il ne nomme pas ce philosophe. Et cependant, 
Guillaume d'Auvergne ne peut avoir en vue, dans ce passage, 
qu'Avicembron, parce qu'à lui seul peut s'appliquer cette observa- 
tion de l'évêque de Paris que ceux qui nient l'existence d'une 
substance immatérielle sont forcés d'admettre que la matière est 
émanée en premier du créateur 4 . C'est encore à Avicembron que 
pense très probablement Guillaume d'A. quand il réfute cette idée 
que, dans la succession des émanations, les choses émanées s'éloi- 
gnent de plus en plus de Dieu et que cet éloignement produit leur 
multiplicité et leur diversité 5 . 

1 De Universo, I, pars 1, c. xxvi et passim. 

* Voir Werner, V>~ilhelm von Auvergne 's Verhâltniss zu den Platonikern des 
XII. Jakrhunderts, Wien, 1873, p. 26. 

3 De Universo, II, pars 2, c. vu, p. 8o0. Cf. De Anima (tome II, supplém.), c. ni, 
pars 1, p. 85, col. 2. M. Werner suppose (p. 40) qu'en composant son traité De Anima, 
(i. d'A. avait sous les yeux un ouvrage du même nom, qui est en manuscrit à Paris 
et que M. Munk croit pouvoir attribuer à Ibn Gabirol [Mélanges, p. 170-173). J'ai 
comparé les deux écrits (j'ai une copie du ms. Fonds de la Sorbonne, n° 1793) et j'ai 
trouvé que l'hypothèse de M. Werner est fausse. 

4 De Universo, p. 850, col. 1 : Tertio errant in hoc, quod materiam ponere coguntur 
exire primum a creatore et ita omnium substantiarum imperl'ectissimam propinquio- 
rem esse creatori et prius ab illo exire quam aliquam aliarum, et propter hœc imper- 
fectum prius erit ordine naturali quam perfectum. Cf. Û^n "np?3 ^Olpb, V, § 67. 

5 lb., pars 1, c. xxvn ; pars 2, c. xlvii. Cf*. Û^ipb, H, § 14, 23, 26 et autres. 
G. d'A. fait sans doute allusion à Avicembron quand il dit que, d'après quelques 



25* REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pendant que, dans un passage où il ne fait cependant aucune 
mention d'Avicembron, Guillaume d'Auvergne blâme ceux qui 
représentent la création comme la projection de l'ombre de Dieu l , 
il rapporte plusieurs fois une opinion du philosophe juif qu'il 
déclare conforme à sa propre conception et d'après laquelle tous 
les objets créés, sous le rapport de leur réalité métaphysique, 
ne sont que l'ombre de la réalité absolue de l'être divin 2 . Il loue 
aussi, pour sa justesse et sa clarté, tout en faisant quelques 
réserves, la comparaison d'Avicembron d'après laquelle le monde 
sensible est, par rapport à l'ensemble de la création, comme une 
nacelle en pleine mer ou l'oiselet dans l'air 3 . Ailleurs il dit que 
Dieu seul peut être désigné comme cause, dans le sens réel du 
mot, les causes intermédiaires n'étant en quelque sorte que les 
messagers qui exécutent les ordres et les commandements du 
Créateur. Tout ce qui agit a reçu sa force efficiente de Dieu et 
transmet à d'autres objets le superflu de ce qu'il a puisé à la 
source première et universelle de l'être. C'est là aussi la théorie 
d'Avicembron, dans son Livre de la Sagesse. Il déclare dans ce 
livre que cette faculté accordée aux choses créées montre la 
libéralité et la bonté du Donateur, en même temps que la soumis- 
sion des objets créés vis-à-vis de Dieu, puisque chacun d'eux est 
poussé à se communiquer lui-même 4 . Guillaume d'Auvergne 

philosophes, l'Universel émane du Créateur, comme la forme que voit dans un miroir 
celui qui y regarde émane de ce spectateur. Voir De Universo, I, pars 1 , c. xvn, 
p. G12, col. 1. Cf. tra^b, V, § 64, 71. 

1 Dp Universo, I, pars 1, c. xvn. 

2 lb., c. xviii, p. 612, col. 2 : Quicquid enim invenitur in universo, umbra permo- 
dica est ad vitam primam, potentiam primam, sapientiam primam, bonitatem primam, 
pulchritudiaem primam, quœ est creatoris, et hoc videtur intellexisse Avicembron in 
sermone suo, quo dixit, quia creaturac erexerunt se ad creatorem et fecerunt ei umbram. 
G. d'A. donne encore cette citation d'Avicembron dans De Universo, II, pars 1, 
c. xxxiii, p. 834, col. 1 ; il la rapporte mal et n'en a pas compris le sens, elle est 
tirée du troisième chapitre du Fons Yitœ (fol. 60 du ms. 510 de la Bibliothèque 
Mazarine) et est ainsi conçue : Non est possibile ut virtus divina debilitetur, sed de- 
siderio ejus vires erexerunt se et fecerunt umbram inferioribus. Cf. û^Iûip^b, III. 
§33. 

3 De Universo, parsl, ci, p. 684, col. 1 : Et propter hoc exempla Avicembron, 
licet laudanda sint et intellectum adjuvantia, non tamen ita propria sunt et conve- 
nientia materiae, de qua agitur hic... In illa, inquam, amplitudine communitatis 
ipsius est mundus sensibilis tanquam navicula in medio maris aut tanquam avicula in 
medio aeris. Cf. D^np^b, III, § 37. 

4 lb., c. xxvi, p. 622, col. 2 : Et hoc est, quod dicit Avicembron in libro suo de 
Fonte Sapientiaî. Hoc est, inquil, indicium largilatis datons et bonitatis et obedientiae 
universorum ad ipsum, quod unaquœque res compellitur dare seipsam et intellexit in 
hoc dare similitudinem suam. Cf. Fons Vitœ, II, fol. 47 a : Et hoc est evidentius 
signum, quod forma processit a factore primo et est obtemperans illi, eo quod com- 
pellitur in natura sua ad dandum se et ad conferendum formam suam, cum invenit 
quemquam receptibilem sui. 



GUILLAUME D'AUVERGNE ET LA LITTÉRATURE JUIVE 235 

mentionne encore cette dernière idée dans un autre passage, où 
il déclare qu'un seul philosophe, le plus remarquable de tous, 
a pu s'élever à une telle conception ». Enfin, dans son De Legïbus 
Guillaume témoigne également de son estime pour Avicembron : 
« 11 est difficile, dit-il, pour l'esprit borné du vulgaire de se rendre 
compte de la nature des substances intellectuelles. Les savants 
eux-mêmes n'ont réussi que clans une petite mesure à comprendre 
cette nature, et, à ma connaissance, personne n'a rien écrit sur 
cette question, à l'exception d'Avicembron, qui a dit et écrit là- 
dessus des choses excellentes et bien différentes des idées déjà 
exprimées, mais en a omis de bien importantes, il a jeté les 
fondements de cette science, mais l'a laissée incomplète 2 . » 
Ailleurs, en parlant du renouvellement futur de la splendeur des 
cieux, qu'il compare à la décoration merveilleuse du palais d'un 
souverain, il dit que ce n'est pas inutilement et sans motif que la 
nature nous fournit de tels exemples dans le monde visible, mais 
elle en agit ainsi, comme dit Avicembron, pour que le visible 
devienne un indice de l'invisible 3 . Dans bien des endroits encore, 
Guillaume d'Auvergne semble rapporter, sans en nommer l'au- 
teur, des opinions et des vues d'Avicembron. 

Nous pensons que les citations que nous avons données suf- 
fisent pour convaincre le lecteur que l'évêque de Paris, si mal 
disposé pour les juifs et surtout pour les philosophes juifs, doit 
cependant aux écrivains de cette religion bien plus que ne le 
ferait supposer la position qu'il a cru devoir prendre à l'égard 
du judaïsme. 

J. GUTTMANN. 



1 De Trinitate, c. xn, p. 16, col. 2 : Quod igitur posse creaturarum ultra légitimes 
fines et prœscriptos extenderunt manifestum est, quod et unicus omnium philoso- 
phantium nobilissimus vidit. 

* De Legibits, c. xxvi, p. 84, col. 1 : Et quidem, sicut tetigimus, natura spiritualium 
substantiarum non facile innotescere potest hominibus tam brevis intellectus, quia 
etiam sapientes ad modicum penetraverunt illam et nondum profundaverunt iu ea 
nec tractatum aliquem de eadem scripserunt, qui ad nos pervenerit, excepto solo 
Avicembros, qui etsi multa sublimia et longe a vulgari intellectu de eis dixerit et 
scripserit, multo ampliora tamen dicenda de eis et scribenda reliquit et scientiam de 
his licet aliquatenus inchoatam, procul tamen a complcmento et perfectione dimisit. 

3 De Unlverso, I, pars 1, c. xxxvin, p. 741, col. 1 : Non enim otiose aut frustra 
pingit natura exempla hujusmodi in manifesto, sed ob eam etiam causam, quam dixit 
Avicembron. Scito, inquiens quia manifestum est indicium occulti. Cf. Û^lp^b, 
II, § 10 et passim. 



UNE LETTRE FRANÇAISE D'UN JUIF ANGLAIS 

AU XIII e SIÈCLE 



Quelque nombreux que soient les matériaux pour l'histoire des 
Juifs dans les premiers siècles du moyen âge, des lettres écrites 
par eux dans la langue usuelle du pays où ils demeuraient sont 
encore très rares. En Angleterre, par exemple, je ne connais pas 
de lettre imprimée ou citée d'aucun Juif qui fût écrite en français, 
(le français était la langue usuelle des classes supérieures). Le 
document que je publie ci-dessous aurait donc au moins l'intérêt 
qui s'attache aux choses rares, s'il n'avait pas encore d'autres mé- 
rites. Mais les circonstances dans lesquelles il a été écrit, la forme 
du langage dont il se sert, la lumière qu'il jette sur l'état social de 
l'époque, tout contribue à en faire une pièce d'une importance 
exceptionnelle clans l'histoire ancienne des Juifs d'Angleterre. Je 
remercie mon savant ami M. Charles Trice Martin, F. S. A., 
assistant Keeper au Public Record Office, pour avoir appelé mon 
attention sur ce document et surtout pour avoir eu l'obligeance de 
le copier avec deux autres pièces sans lesquelles celle-ci serait 
incompréhensible. Les trois pièces se trouvent dans la collection 
appelée Royal Letters conservée au Public Record Office, à Lon- 
dres (n os 5769-71). Ce sont trois lettres adressées à Robert Burnell, 
évoque de Bath et Wells, qui fut chancelier sous Edouard I er pendant 
vingt ans, de 1273 à 1292. Une des lettres est écrite par Jean 
d'Avesnes pendant qu'il était encore héritier présomptif (demisiaus) 
du comté du Hainault, qui vint en sa possession en 1280 *, de 
sorte que notre correspondance se place entre 1273 et 1280. D'autre 
part, dans la lettre du Juif, il est question du comte de Flandre, 
et ce comte a succédé à la comtesse Margaret, qui gouverna le 

1 L'art de vérifier les dates, p. 639. 



UNE LETTRE FRANÇAISE D'UN JUIF ANGLAIS 257 

comté de 1244 au 10 février 1280. Notre correspondance se place 
donc entre le 10 février 1280 et la fin de cette même année 1280. 
Voici le texte de ces pièces : 



Jehan de Haynanlt à Robert Bumell, évêque de Bath et Wells, chancelier 

d'Angleterre. 

A sage hounie discret et honnuraule, mon Seigneur leueske de 
13aas, caucelier très haut et noble Seigneur mon Seigneur le Roi den- 
gleterre, Jehans de llaynau frères Jehan demisiaul de llaynau, 
salut et amour et lui appareilliet a faire sen plaisir a sen pooir par 
lui et par les siens. Cum il soit ensi ke je soiie malades par le volente 
nostre Seigneur, et jou et mi ami auons entendu ke Maistre Elyes li 
Juis demourans a Londres en Engleterre saroit bien melre conseil a 
mi aidier a laiwe de Dieu, je vous pri sire et requer debonnairement 
ke vous faites tant sil vous plaist ke maistre Elyes deuant dis, me 
viegne veir ou kil menuoit aucun sage en qui il ait fiance, de mi 
conseiller et de veir me maladie, et faites ka Maistre Elye deuant 
nomme et a chelui ki verroit pour me rewarder avoir les letres mon 
Seigneur le Roi deuant dit de conduit pour venir en nos parties Sen 
faites tant, sire, sil vous plaist ke jou et mi ami souons tenu del 
desseruir. Et dautre part sire je woeil ke vous sachies ke jai fait 
assauoir Maistre Elye deuant dit keje vauroue volonteers palier a lui 
et auoir sauve et sen conseil dendroit me maladie deuant dite, et il 
respondi kil ni verroit ni enuoueroit sil nauoit les letres mon seigneur 
le Roi si ke dit est. Pour la quel chose je sui plus meus de vous priier 
ke vous li faites auoir les dites letres de conduit ou a sen message. 

Nostre sire soit warde de vous. 



II 

Jehan d'Avesnes, demisiaus {héritier) de Haynault, à Robert Burnell, 

chancelier. 

A discret houme relegious et honuraule mon Seigneur et le veske 
de Baas et cancelier mon Seigneur le Roi de Engletere, Jehans 
dauesnes demisiaus de Haynau, salut et amour. Cum il soit ensi ke 
par le volente nostre Seigneur Jehans mes frères soit malades de une 
maladie dont on dist ke Maistre Elyes li Juis demourans a Londres 
en Engletere le saroit bien aidier a laiwe de Dieu, je vous pri et 
requer de quankes puis et ke sai, ke vous faites tant sil vous plaist 
pour lamour de mi et des miens, ke vous laboures par qui ke che 
soit a che ke Maistre Elyes deuant nommes u aucuns sages ki de 
chou fust fiaules et apris venissent veir men frère deuant nomme, 
et ke il eussent lettres de conduit de par mon Seigneur le Roi deuant 
T. XVIII, n° 30. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dit pour venir eo nos parties. Sen faites tant ke jou et mi ami soiions 
tenu del desseruir, kar bien sochies ke sa. . . heste besoigne venir a 
bien et a perfection metes vostre louai auoe et conseil. Je woeil ka 
tous jours vous aûës grant. . . anche en mi et es miens. 
Nostre sire soit warde de vous. 



III 
Maistre Elyes à Robert Burnell, chancelier. 

A cher Seignur le soen lige saluz. Sire, pur ce ke mun nun curt 
mut en loynteynes terres trop su de values ou rien ne y a su prie 
del Conte de Flandres par plusurs lettres e par message de mettre 
cure en une maladie ke sun neuu a, la quele est periluse a mettre y 
amendement. E pur ce ke par chose ke nous li auuns enuee est il 
plus amende, ke par nul home ke cure y a mise, me a il prie par ses 
lettres especialment e par mut de hauz homes del pais, ke io vosisse 
venir la ou en ueer certeiu messager, kar um put myeus ouerer par 
vewe ke par oye. Il a escrit a ws ke ws me feiessez auer condut de 
nostre Seignur le Rey Seigneur, ione auereie poer de aler, mes si ws 
le consilez e ws voilez fere lettre de coudut. Jo enuerrai Abraham 
Motun fiz Benêt mun Ju. E prierai vostre hautesce tant cum io os, 
ke ws mandessez curteisement a sire Esteuene de Penencestre ke il 
cerchast ma gent curteisement ke eus ne portassent rien for lur 
despenses largement pur pour de mesdisanz. Cher Seigneur pleise 
ws fere celer mes bosoignes de Aaron fiz Vyues. Nostre Seigneur 
acomplisse vos désirs en tuz biens. 

Ces lettres s'expliquent d'elles-mêmes et sans long commentaire. 
Les deux premières lettres sont identiques au fond ; elles con- 
tiennent simplement la demande, faite par Jean d'Avesnes et son 
frère, d'un sauf-conduit pour mestre Elyes le Juif, de Londres, 
pour se rendre à Flandres, où il doit soigner Jean d'Avesnes, qui 
avait été malade pendant quelque temps. Par la lettre d'Elyes 
nous apprenons que le médecin juif avait déjà envoyé antérieure- 
ment à Jean d'Avesnes des médecines ou des conseils médicaux 
qui avaient fait du bien au malade. Jean d'Avesnes et son frère 
ne firent pas mention de ce fait parce qu'ils craignaient proba- 
blement que le chancelier ne répondît qu'il était inutile de dépla- 
cer le médecin juif, puisqu'il faisait si bonne cure à distance, et 
c'est pour cela, sans doute, qu'ils insistent tant pour que le malade 
ait recours aux soins personnels d'Elyes. 

Quel était ce médecin juif dont la réputation s'était répandue si 
loin? Il ne peut pas y avoir de doute là-dessus. Elyes était le 
membre le plus important de la plus importante famille juive 



UNE LETTRE FRANÇAISE D'UN JUIF ANGLAIS 2.7.» 

d'Angleterre au xm c siècle. Dans ma lecture intitulée London 
Jewry, j'ai appelé cette famille la famille Hagin, et j'en ai donné 
un tableau généalogique que je répète ici en le corrigeant. 



LA FAMILLE HAGIN. 

Jomtob, fl. 1175 IZunz, Z. G. 192|. 

Magister Mosseus. = Gente. 

I 



Bcndit=Fille. Mag. Elyas, 01. Beneclict 

Mag. Mossei. de Lincoln 

Elyas le Vesk, [Birachyah 

Episoopus, Pon- tic Nicole.] 
tilex Judœo- 
rum. 



Mosse. Crosse. Abraham. 



Meir. de Henna, 
Norwich, = Jacobus 
poêle. [?leEvesk.] 



Elic. Léo. Bateman. 



Cresse. Hagin le Evesk, Jacobus le Evesk 

01. Mag. Mossei = Henna [? f. Elyas.] 
= Antera. 



Hagin, 01. Muriel. Aaron f 

Delecrct 

le Evosk. 



Beneclict. 



Benedict, f. Flora. 
Jacobi Clerici. 



Vives. 



Le titre de maître, mestre ou magister, indique probablement 
un médecin en Angleterre aussi bien qu'il l'indiquait, comme on 
sait, en Espagne à cette époque. La science médicale devait être 
héréditaire dans la famille d'Elyes, puisque son père aussi s'appelle 
maître, « Magister Mosse ». Je ne veux pas ici donner une bio- 
graphie complète d'Elyes, quoique les matériaux ne manquent pas 
pour écrire la vie de cet homme qui fut la figure la plus frappante 
de l'ancien judaïsme anglais J . Qu'il nous suffise de dire ici qu'il 
naquit au commencement du xm e siècle, succéda à Aaron d'York 
en qualité de « Presbyter omnium Judseorum Anglise » en 1243, 
fut destitué en 1257, mais rétabli dans ce poste Tannée suivante, et 
vécut assez longtemps pour voir l'expulsion des Juifs anglais 
de 1290. 

Son Juif, « mun Ju », comme il dit, qui était Abraham Mutun 
fiz Benêt, se trouve mentionné encore dix ans après 1280 comme 
ayant été, en 1^90, propriétaire d'une maison dans la paroisse de 
Saint-Laurence à Londres 2 . Il était évidemment de cette famille 
des Mutun qui descendait, par les femmes, de la plus importante 
famille juive d'Angleterre au xn e siècle. Cette famille descendait 
d'un a Rubigotsce » (= Rabbi Joseph), que j'ai proposé d'identifier 
avec Jehoseph d'Orléans 3 (qui, d'après M. Gross, serait Joseph 

1 Voir un court résumé de sa vie dans London Jen)ry s p. 33-34. 
» RM., p. 5. 

3 Dans mon Was Sir Léon ever in London ? Tirage à part du Jewish Chronicle du 
28 janvier 1889. 



260 UEVUE DES ETUDES JUIVES 

Bekhor Schor). Un autre membre de la famille des Mutun est 
mentionné dans les Deeds de M. Davis, n° 193. 

Aaron fiz Vyves de notre tableau était neveu de maître Elyes ; 
il est fréquemment mentionné dans les actes du temps. Pendant 
quelque temps, il dirigea la synagogue de Catte st. (voir Leiters 
oj Blshop Pechham, édit. G. T. Martin, t. ni, p. cm), et il reçut 
un sauf-conduit spécial lors de l'expulsion de 1290 (Prynne, Short 
Demurrer, sub anno l ). On ne voit pas pourquoi son oncle chercha 
à faire « celer d'Aaron » la garantie que lui assurait le sauf- 
conduit. Il est possible qu'Aaron avait garanti auprès du roi quel- 
ques-unes des dettes d'Elias et qu'il voulait éviter le risque de 
voir son oncle quitter le pays. L'oncle et le neveu venaient, en 
effet, de recevoir le privilège de faire le commerce (Prynne, sub 
anno, 5, Ed. I). Mais je ne m'explique pas pourquoi ce privilège 
devait empêcher Elias de traverser la mer. 

Il ne convient pas à un Anglais de venir examiner dans une 
Revue française les renseignements linguistiques qu'on peut tirer 
de cette correspondance. Je me contenterai donc de quelques obser- 
vations à ce sujet. La langue employée dans les lettres d'Elias, 
dont nous nous occupons principalement, est l'anglo-normand 
du temps. Rien ne prouve qu'il ait écrit la lettre lui-même ; il est 
probable qu'il l'a fait écrire par son secrétaire, peut-être par 
Abraham Mutun, son Juif. La simplicité naïve du style montre 
que c'est bien là le langage de l'expéditeur, c'est-à-dire d'Elias, et 
l'orthographe des mots donne assez bien la prononciation. En com- 
parant l'orthographe des mêmes mots dans les deux séries de 
lettres, on voit que le français était autrement prononcé par le 
Juif anglais et les habitants du Hainault. 

Elyas (ni). Hainault (i et n). Elyas (ni). Hainault (i et n). 



soen, sun 


sen 


home 


houme 


*E 


Et 


*io 


jou 


Ju 


Juis 


li 


lui 


ws 


vous 


condut 


conduit 


messager 


message 


*tuz 


tous 


fere 


faire 


auuns 


auons 


pleise 


plaist 


*mun 


mon 


saluz 


salut 


*Rey 


Roi 


meltre 


mètre 


feiseez 


faites 


lettre 


letre 


bosoignes 


besoigne 



1 Voir aussi Davis, Deeds, n° 187. 

* Ces mots sont ainsi orthographiés dans le Scketar français publié dans le Anglia 
Judaïca de Tovey, pp. 36-7. 



UNE LETTRE FRANÇAISE D'UN JUIF ANGLAIS 261 

Ce sont les différences usuelles entre l'ancien français et l'anglo- 
normand. 

Ces différences de prononciation peuvent avoir une certaine im- 
portance pour la solution d'une question que j'ai soulevée récem- 
ment (Jcwish Cliron., 25 janvier 1889). En m'appuyant sur le 
martyrologe d'Epliraïm de Bonn et d'autres documents, j'ai appelé 
l'attention sur ce fait, que Yomtob de Joigny et Jacob d'Orléans ont 
été en Angleterre, que Samuel ben Salomon (Sir Morell) est 
appelé une fois « Sir Morell d'Angleterre », que Morell avait un 
élève, R. Elias, le martyre d'York ; et qu'Isaac ben Yomtob est 
celui qui est mentionné sur une liste de Juifs établis à Londres en 
1186 sous le nom de « Isaac de Jueiugny ». J'ai également donné 
des raisons qui permettent de supposer que Juda Sir Léon de 
Paris, Elhanan ben Isaac et son fils Samuel ben Elhanan, Joseph 
Beclior Schor, son fils Abraham et son petit-fils Joseph ben Isaac, 
ont demeuré tous en Angleterre ou l'ont visitée dans la période 
de 1182-98, pendant laquelle Philippe-Auguste tenait les Juifs 
éloignés de l'Ile de France. Si mes conjectures sont justes, les 
gloses françaises qui se trouvent dans les Tossafot et les com- 
mentaires de ces rabbins ne seraient pas en simple et pur français, 
mais en français normand. Malheureusement, le seul homme qui 
d'un seul coup d'œil aurait pu décider cette question a disparu. 
J'espère que quelque autre lecteur de la Revue pourra aider à 
éclaircir le problème relatif au séjour de Tossafistes français en 
Angleterre pendant le douzième siècle. 

Grâce aux chroniques anglaises, si complètes, nous savons 
que Maître Elias obtint le sauf-conduit qu'il avait demandé. Car 
dans le rôle des lettres patentes de l'année 1280 (8, Ed. I, m. 
22, n° 11) nous lisons : 

De Concluctu Magister Elias filius Mosse Judeus Londonî et 
Abraham motun, Judeus ejusdem Magistri Elie, qui de licentia Régis 
profecturi sunt ad partes Flandriae, habent literas Régis de con- 
ductu durantes usque ad festum sancti Johannis Baptisti proximo 
futurum. 

Nous savons aussi que ce voyage eut de bons résultats, car le 
comte vécut jusqu'en 1304. Elias retourna sain et sauf en Angle- 
terre et, autant que nous sachions, ne traversa plus la mer jusqu'à 
la malheureuse expulsion de 1200. C'est un des épisodes rares 
dans l'histoire juive du moyen âge qui n'ont rien de [sinistre et 
dont le résultat fut tout à fait heureux. 

Joseph Jacobs, 



LE CIMETIÈRE DES JUIFS A TOURS 



Plusieurs villes possédèrent au moyen âge des cimetières spécia- 
lement destinés à la sépulture des Juifs ' . Tours était de ce nombre ; 
mais jusqu'à présent, si l'on avait signalé l'existence de ce ci- 
metière, son emplacement était resté ignoré ainsi que les divers 
détails qu'il est possible de connaître à son sujet 2 . Plusieurs do- 
cuments nous donnent cependant sur lui des renseignements qui 
offrent un véritable intérêt, tant au point de vue de la topographie 
tourangelle qu'à celui de l'histoire religieuse. 

Les Juifs de Tours, protégés contre l'animosité populaire par les 
décrets d'un concile tenu dans cette ville en 1236 3 , y habitaient, 

1 Un certain nombre de ces cimetières seront cités dans le courant de cette étude. 
Nous croyons intéressant de réunir ici quelques autres mentions qui n'ont pu y 
prendre place. — Sur le cimetière des Juifs, à Dijon, cf. deux articles de M. U. Robert 
dans la Revue des Études juives, t. VII, p. 283 (acte de septembre 1264) et t. III, 
p. 123 (donation en 1332, à l'abbaye de la Bussière, du terrain qu'il occupait autre- 
lois). — Dans le t. XXXVII, fol. 204, de la collection Doat à la Bibliothèque Na- 
tionale, se trouve un mandement de Philippe-le-Bel (1287) au sujet des cimetières et 
des synagogues des Juifs de la sénéchaussée de Carcassonne (Imprimé dans Saige, 
Les Juifs du Languedoc [Paris, Picard, 1881, in-8°], p. 219). — Sur les cimetières 
juifs en Alsace, surtout à une époque relativement récente, cf. Elie Scheid, Histoire 
des Juifs d'Alsace (Paris, 1887), p. 269 et suiv. — Enfin, le titre suivant d'une courte 
brochure nous permet de constater au xvr siècle l'existence d'un cimetière juif à 
Halle : Baptisati cujusdam Judei, Johannis Pepercomi, Hallis, oppido Magdebur- 
gensis dioctsis, ante arcem divi Maurïcii (ipsi prope oppido conjunctam) in coemiterio 
Judkorum, lento igné assati . . .hystoria, cum perpetratorum et confet-sorum ah eo 
scelerum . . .narralione (1514). 

2 M. Giraudet déclare positivement ignorer sa situation (Histoire de Tours [Tours, 
1873, in-8°], t. I, p. 168, note 3). — Cette étude, lue à la Société archéologique de 
Touraine, dans sa séance du 28 mars 1888 (cf. Bulletin, t. VII, p. 408), avait, par 
conséquent, été écrite avant l'apparition de l'intéressant article de notre confrère 
M. Lucien Lazard sur Les Juifs de Touraine, publié dans la Revue des Études 
juives (numéro d'oct.-déc. 1888, t. XVIII, p. 210-234), article dans lequel il parle 
longuement du cimetière de Tours. Nous avons envisagé la question à un point de 
vue plus spécial, ce qui nous a permis d'entrer dans de plus grands détails; du reste, 
un certain nombre de nos conclusions s'écartent des siennes. 

3 « Nos autem districtius inhibemus ne crucesignati vel alii christiani Judaeos 
occidere, seu verberare, vel bona eorum invadere vel auferre, vel'quascumque inju- 
rias eisdem inferre praesumant : cum ecclesia Judaeos sustineat, quae non vult mor- 



LE CIMETIERE DES JUIFS A TOURS J(.;î 

comme partout ailleurs, un quartier spécial. Ce quartier, nommé 
la Juiverie, était situé dans la paroisse de Saint-Pierre duBoile, 
et la rue des Maures, appelée au xviii c siècle rue des Morts ou de 
la Juiverie, en marque probablement encore l'emplacement 1 . On 
pourrait croire que leur cimetière se trouvait non loin de là 2 , il 
n'en est rien. Contrairement à l'usage généralement suivi au 
moyen âge pour les cimetières des Chrétiens, ceux des Juifs 
étaient situés, non dans l'intérieur des villes, mais hors des murs 3 ; 
il en était ainsi à Tours. En effet, d'après un document de 1255, 
les Juifs y tenaient en fief de l'archevêque un cimetière situé en 
face d'un endroit appelé le Vieux- Jardin, sur la paroisse de Saint- 
Vincent, et s'étendant des vignes de cette église à la rue Chèvre et 
des vignes du sacristain de Saint-Julien au chemin qui longe le 
Vieux-Jardin*. Le prieuré de Saint-Vincent, bâti sur le bord mé- 



tein peccatoris sed ut magis convertatur et vivat ; scituri quod si contra prsesump- 
serint ultionem canonum non invadent. « (Mansi, Sacrorum conciliorum nova et 
amplnsima collectio , t. XXIII [Venise, 1779], col. 411.) 

1 Cf. le plan de Tours dressé par Lesourd au xvni 8 siècle. — La rue des Maures 
longe le mur est de l'ancienne caserne de Guise (aujourd'hui caserne Meusnier), al- 
lant du quai du Vieux-Pont à la rue de la Caserne. L'emplacement de la Juiverie 
de Tours est explicitement désigné dans le passage suivant du Martyrologe-Obituaire 
de la cathédrale, rédigé à la fin du xm e siècle : < III liai {tnartis) . Hic obiit domi- 
nas Adam Legras, capellanus istius tcclesiœ qui dédit quamdam domnm . . .sitam in 
Judearia, in parrochia Sancti Pétri de Yallo... » [Martyrologe de l'église de Tours, 
publié par l'abbé Bourassé dans les Mémoires de la Soriété archéologique de Touraine, 
t. XVII, p. 24). — Ci", aussi une communication de M. Lhuiliier analysée dans le 
Bulletin de la Société archéologique de Touraine {t. VII, p. 400) et la Pièce justifi- 
cative, n° XII de l'article cité ci-dessus de M. Lazard, où il est question de maisons 
situées « en la Juerie de Tours, en la Mestre Rue de Tours ». La • Mestre Rue » 
désigne évidemment la Grand Rue, dont une paitie, aujourd'hui appelée rue de la 
Caserne, se trouve précisément, comme nous venons de le dire, passer à une extré- 
mité de la rue des Maures. Quant à l'étymologie populaire rapportée par Logeais 
{Histoire des rues de Tours [Tours, 1870, in-8°], p. 81) pour expliquer le nom de rue 
des Maures, il n'y a pas à en tenir compte. Maure est probablement là synonyme de 
Juif, comme l'a indiqué M. Lhuiliier. 

1 C'est à tort, comme on va le voir, que M. l'abbé L. A. Bossebœuf dit que le ci- 
metière des Juifs était situé rue des Maures (Rues de Tours [Tours, 1888, in-12], 
p. 66). 

3 C'était en vertu d'une prescription de la religion judaïque. Ducange (Glossarium 
med. et inf. latinitatis, édit. Dhlot, v° Judcei, t. 111, p. 909, col. 2) cite deux textes 
qui établissent qu'il en était de même en Angleterre et à Constantinople. 

4 t [Cimitertwn quod) Judei habent et tcvent a nobis (Petro, Turonmsi archepis- 
copo) in feodo nostro et dominio. in parrochia Sancti Vincentii Turonensis . . .prope 
Turones, ante Ortum Vêtus... (protentitur) in longum ...a vineis noitris de Snncto 
Vincentio usque ad ruam Chèvre et in latum a vineis sacriste Beati Juliani Turonensis 
usque ad viam que protenditur ante ...Ortum Vêtus. » (Original, Arch. Nat. J. 176, 
n° 16. Imprimé : Joseph de Laborde, Layettes du Trésor des Chartes, t. III, p. 272- 
273.) — La rue Chèvre se tiouve aussi mentionnée dans un acte du 8 février 1278 
où Ton cite : le chemin qui s^appelle rue Chèvre (Archives d'Indre-et-Loire. H. 511, 
p. 93). — Pour les différentes indications topographiques, il est utile de se reporter 
au plan qui accompagne cet article. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ridional de la rue de la Scellerie à peu près en face de la rue 
actuelle du Cygne, se trouvait, au xm° siècle, hors des murs de la 
ville qui s'élevaient à quelques pas vers l'est*. Nous devons 
chercher le cimetière des Juifs aux environs de cette église ; or 
précisément non loin de là se trouve une rue appelée, depuis 1744, 
rue de Lucé et qui, autrefois, a porté le nom de rue Chèvre 2 . 

L'emplacement des vignes du sacristain de Saint-Julien est 
également facile à déterminer, un terrier de 1755, conservé aux 
Archives départementales d'Indre-et-Loire, nous apprend que le 
fief de ce dignitaire, anciennement appelé « Fief de Champ le 
Comte », était alors situé rue de la Scellerie 3 , joignant au nord 
cette rue, au sud les murs de la ville élevés au xiv c siècle, à l'est 
l'église de Saint- Vincent et à l'ouest la rue Chèvre, depuis 
peu appelée rue de Lucé *. D'après le terrier que nous venons de 
citer, ce fief provenait d'une donation faite en 949, à l'abbaye de 
Saint- Julien, par Joseph, archevêque de Tours. Nous avons retrouvé 
le texte de cette donation 5 , qui indique avec une grande précision 
les limites du bien concédé. Planté en vignes, il était situé dans le 
faubourg de la ville de'Tours et dépendait de l'abbaye de Saint- 
Vincent. Borné de deux côtés par des voies publiques, qui sont 
probablement les deux rues de la Scellerie et de Lucé 6 que nous 



1 Sur l'ancienne abbaye de Saint- Vincent qui fut donnée au xn e siècle aux chanoines 
de la Toussaint d'Angers et devint un prieuré de cette collégiale en même temps 
qu'une paroisse, cf. Mabille, Notice sur les divisions territoriales et la topographie 
de l'ancienne province de Touraine, Paris, 1866, in-8°, p. 136-137 (= Bibliothèque 
de V école des Chartes, 25° année, 1863-1864, p. 365-366). 

2 « . . . Vue rue'. . . anciennement appelle'e. . . rue Chèvre. . . dans le bout de laquelle 
était cy-devant basty un portail. . . appelle Portail de Baudry qui a été abbattu pour 
élargir la rue en l hiver de l'année 1744, par ordre de M. de Lucé. . . qui Va nom- 
mée... de son nom rue de Lucé.. . » (Pièce justificative, n° II). C'est donc à tort que 
Martin Logeais, op. cit., p. 78, dit que la rue de Lucé est toute moderne et fut 
percée de 1743 à 1745. Comme le dit le document que nous venons de citer, elle fut 
seulement élargie alors. Elle était probablement restée jusqu'à celte époque dans 
l'état où elle se trouvait au xvi e siècle, époque où elle est appelée « petite allée » dans 
l'acte de vente d'une maison sise au fief de l'aumônier de Saint-Julien : « Ladite 
maison touchant à une petite allée tendant de la rue de la Scellerie à ladite maison et 
appelée rue Chièvre » (Acte du 13 avril 1542; minutes de Barthélémy Terreau, 
notaire à Tours, aujourd'hui étude Champion). — Il ne faut pas non plus, avec 
M. Lazard [Revue des Études juives, t. XVIII, p. 212), confondre la rue Chèvre du 
xm e siècle avec la rue de la Chèvre qui existait il y a encore peu de temps dans le 
quartier du marché et aboutisrait à la place Saint- Venant. Cette rue vient elle- 
même de disparaître, ayant été absorbée par la rue Néricault-Destouches à laquelle 
elle faisait suite. 

3 D'après M. l'abbé L.-A. Bossebœuf, op. cit., p. 90, la rue de la Scellerie a porté 
au moyen âge le nom de rue du Champ-le-Comte. 

4 Cf. pièce justificative, n° II. 

5 Cf. pièce justificative, n° I. 

.'■ Peut-être cependant, le terrain donné par Joseph s'étendait-il jusqu'à la rue 



LE CIMETIÈRE DES JUIFS A TOURS 265 

trouvons dans le terrier de 1755, il joignait des deux autres les 
vignes de Saint-Vincent et celles de Saint-Maurice ! . 

En comparant ces deux documents, l'un du x°, l'autre du xvin 
siècle, il ne peut rester aucun doute sur remplacement du fief du 
sacristain de Saint-Julien et, par conséquent, sur celui du cimetière 
juif. Ce dernier se trouvait situé au sud du premier et établi 
sur les vignes qui, d'après la charte de 949, appartenaient alors à 
la cathédrale de Tours (Saint-Maurice). 

Le cimetière était borné du quatrième côté par la route qui 
longeait le Vieux-Jardin « via quœ prolenditur ante Orlum 
Velus ». D'après de ce que nous venons d'exposer, cette voie 
suivait à peu près le tracé de la rue appelée plus tard des 
Fossés-Saint- Georges et devenue dans cette partie rue de l'Arche- 
vêché*. Quant au « Vieux-Jardin », qui, croyons-nous, n'est cité 
dans aucun autre texte, il devait se trouver au sud de cette voie, 
probablement entre les quatre rues actuelles de Buffon, de la 
Prélecture, Ghaptal et de l'Archevêché. 

A quelle époque ce cimetière dont nous venons de déterminer les 
limites avait-il été concédé aux Juifs par les archevêques de Tours? 
Nous n'avons pu retrouver cette date; nous savons seulement que 
vers le milieu du xm e siècle des contestations s'élevèrent à son 
sujet entre l'archevêque de Tours Pierre de Lamballe et les Juifs 
de son diocèse. Probablement ce cimetière, que les Juifs avaient 
tenu en fief des prédécesseurs de Pierre, leur avait été retiré 
lors de l'expulsion de 1253. En effet, saint Louis, qui, en partant 
pour la croisade, avait exigé une sorte d'emprunt forcé des Juifs, 
envoya en cette année de Terre-Sainte l'ordre de les bannir pour 
toujours et de saisir leurs maisons, revenus, synagogues et cime- 
tières 3 . 

Cette mesure, qui peut-être ne fut pas universellement appliquée 
dans le royaume, avait probablement reçu en Touraine au moins 
un commencement d'exécution, et les Juifs s'étaient trouvés dé- 
possédés de leur cimetière. Peu après son retour, saint Louis eut 
des scrupules sur la légitimité de cette confiscation, et, par 
une lettre que nous croyons pouvoir dater du mois d'août 1255, 



Nationale actuelle, comprenant tout le domaine où furent plus tard établis le fief du 
sacristain de Saint-Julien et celui de l'aumônier de la même abbaye. 

1 Ancien nom de l'église cathédrale de Tours, qui ne porta celui de Saint-Gatien 
qu'à partir du xiv» siècle. (Ch. de Grandmaison, Tours archéologique [Paris, Cham- 
pion, 1879, in-8°], p. 87, note 2.) 

* Cf. L.-A. Bossebœuf, op. cit., p. 13 et 1-'/. 

3 Pour les détails de cette mesure, voyez Le Nain de Tillemont, Histoire de saint 
Louis, publiée par M. J. de Gaulle pour \aSociéte'de V histoire de France, t. V (1849), 
p. 292-293. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ordonna de rendre aux Juifs leurs synagogues et leurs cimetières. 
C'est probablement en vertu de la décision royale qu'intervint 
l'accord dont nous allons parler entre Pierre de Lambaile et les 
Juifs de son diocèse l . 

Par cet acte, daté du mois d'octobre 1*255, l'archevêque leur 
concède à perpétuité la possession de ce cimetière, d'une maison 
et des vignes qui en dépendent». Il ne se réserve que la justice et 
une redevance de 5 oboles d'or de la valeur de 25 sous, payable à 
Noël. En cas de non-paiement, ils seront frappés d'une amende de 
7 sous 1/2 et ne pourront cultiver la terre jusqu'à son acquitte- 
ment ; mais l'archevêque s'engage à ne pas interdire le cime- 
tière, et reconnaît aux Juifs le droit d'y apporter les corps de 
leurs coreligionnaires, quel que soit le lieu de leur décès. Dans la 
maison qui dépend de ce cimetière, ils pourront placer un fermier 
ou gardien « hospes », qui sera libre de toute redevance autre que 
celle qui a été fixée ci-dessus 3 . 

Cet acte d'accord, dont l'original est scellé du sceau de l'ar- 
chevêque, fut confirmé par le doyen Jacques de Guérande et le 
chapitre métropolitain, au même mois d'octobre 1255 4 . 

1 Cl', infra : Appendice, Note sur une lettre de saint Louis relative -aux Juifs. 

s Le cimetière des Juifs de Carpentras possédait aussi un verger, qui servait peut- 
être, selon M. Is. Loeb, pour la production du vin cascher, c'est-à-dire, propre aux 
usages religieux. [Revue des Études Juives, XII, p. 226.) 

3 Nous donnons ci-dessous les principaux passages de cet acte (Arch. Nat. J. 176, 
n° 16), imprimé, comme nous l'avons dit, par M. Joseph de Laborde, Layettes du 
Trésor des Chartes, t. III, p. 272-273. « . . . Cum esset contentio mota inter nos (Petrum 
arclucpiscopum Turonensem) ex parte una et Judeos Turonensis diocesis ex altéra super 
cimiterio Judeorum et tnta terra, domo. vinea et omnibus altis ad dictum cimitenum 
pertinentibns que predicti Judei habent et tenent a nobis. . . et habuerunt et tenuerunt 
rctroactis temporibus a predecessoribus nostris. . . est compositum in hune modum : vide- 
licet, quod nos... concedimus ut predicti Judei et successores eorum predictum cimi- 
tcriitm . .teneant perpétue a nobis et successoribus nostris ad censnm annuum quinque 
obolorum avri ad valorem viginti quinque solidornm monete currentis reddendorum 
. . .ad Nativitatem Domini annuatim. In quo censu solvendo si defecerint , non poterunt 
terrant predictam excollere vel cxplectare donec dicti Judei super dicto censu et emenda 
pro defectu sohuionis ejusdem census débita sattiafecerint. scilicet septem solidis et 
dimid.; verumtamen ciunterium . . .in'erdtcere non poterimus, nec prohibere quin 
corpora Judeorum, undecumque aff^rantur. in illo cimiterio pacifiée sepeliantur . . . 
Concedimus Jwieis ...ut hospes ipsorum qui protempore mansionarius ent in domo 
predicti cimiterii liber sit et immunis , ita quod nobis . . .ad servicia aliqua alia quarn 
ad predicta seu rclibitioncs minime teneantur . .. Tenemur Judeis predietis. . . cimi— 
terium predictum ...contra omnes defendere légitime et garantizare .. .jitsticia pre- 
dicti cimiterii t vinee et domus cum omnibus aliis pertinenciis eorumdem ad nos et 
successores nostros in posternm rémanente . . . » Original scellé en cire verte du sceau 
de l'archevêque sur cordonnet de soie rouge et cordelettes de chanvre. Ce sceau a 
été décrit par M. Douët d'Arcq, Catalogue de la collection de sceaux des Archives de 
l Empire, sous le n° 6 il 7. 

4 Archives Nationales, J. 176, n° 1 5 ; imprimé par M. Joseph de Laborde, Layettes 
du Tre'sor des Chartes, t. III, p. 273. Original scellé en cire verte sur cordonnet de 
soie rouge du sceau du chapitre. Ce sceau a été décrit par M. Douët d'Arcq, sous 



LE CIMETIÈRE DES JUIFS A TOURS 267 

A la suite de ces conventions, les Juifs de Tours paraissent 
être restés en paisible possession de leur cimetière pendant près 
d'un demi-siècle ; car, si, en 1283, Philippe-le-Hardi interdit aux 
Juifs d'établir de nouveaux cimetières, il n'exigea pas la des- 
truction des anciens 1 . 

Mais au début du xiv° siècle, sous l'épiscopat de Renaud de 
Montbazon, de nouvelles contestations s'élevèrent, quant à l'appli- 
cation de certains articles de la charte de 1*255. C'était particuliè- 
rement au sujet du fermier « hospes », que les Juifs avaient le 
droit de mettre dans leur cimetière et dans les terres qui en dé- 
pendaient, mais nous ne voyons pas bien exactement sur quel 
point spécial portaient les difficultés. Un nouvel accord fut conclu 
entre les parties à Larçay 2 , en juin 1301. Renaud ratifia les con- 
cessions faites par son prédécesseur et reconnut aux Juifs le 
droit de placer un fermier dans leur cimetière. Il exigea seulement 
qu'ils lui présentassent un chrétien de bonne renommée « chris- 
tianus légitimas et bone famé » ; celui-ci prêtera serment, en 
leur nom, à toute réquisition de l'archevêjue qu'ils jouiront hon- 
nêtement du cimetière et de ses dépendances 3 . 

Ce texte est le dernier document spécial au cimetière juif de 
Tours. Que devint-il après cette date ? Nous ne le savons pas 
positivement ; mais les événements qui marquèrent le xiv° siècle, 
pendant lequel l'existence des Juifs fut si agitée, nous permettent 
de supposer que ceux-ci ne tardèrent pas à être forcés de 
renoncer à la concession que leur avait faite l'archevêque de 
Tours. Ils furent en effet, en 1306, chassés de toute la France, et 
le 24 août, d'après une chronique locale, ils quittèrent la Tou- 
raine 4 . A la suite de cette expulsion, beaucoup de leurs cimetières 
furent aliénés , notamment ceux de Soissons (1307) , Mantes 

le n° 7344, d'après un autre exemplaire appendu à un acte de juillet 1241 (J. 176, 
n° 9}. 

1 « Ne instituant seu construant nova cimiteria, novas synagoqas, vel veteres melio- 
rent » (Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 212). Ci', aussi Delamare, Traité de la 
police (Paris, 1705, in-l'ol.), t. I, p. z83, col. I. 

s Larçay, arr. de Tours (Indre-et-Loire). 

3 La charte de Renaud se trouve aux Arch. Nat., J. 176, n° 18, original scellé sur 
lacs de soie rouge d'un sceau ogival en cire verte très mutilé; on aperçoit encore 
le haut de la crosse, la main qui la tient, le huste de l'archevêque moins la tête et 
la lettre S qui commence la légende, M. Lazard a publié cet acte sous le n d VII de 
ses Pièces justificatives. 

4 Cf. Ordonnances des rois de la troisième race, t. I (éd. Laurière), p. 443 ; Dela- 
mare, loc. cit., t. 1, p. 283, col. 1, et Chronicon Turonense abbreviatum dans Salmon, 
Recueil de chronique* de Touraine, p. 198. — Après l'expulsion de 1306, les Juifs ne 
tardèrent pas a rentrer en France, mais leurs biens furent de nouveau confisqués en 
1311. (Cf. On/.,l, 470 et 488.) 



208 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 




Murailles de Tours cite XIV e Siècle 
id. ici du. XII e Siècle 



LE CIMETIÈRE DES JUIFS A TOURS 269 

(1308), Sens (1309), Paris (1311), et Châlons (1314) 1 . Peut-être 
celui de Tours subit-il un sort analogue, peut-être aussi fut-il 
rendu aux Juifs quand ceux-ci obtinrent de Louis- le-llutin la 
permission de rentrer en France (1315) 2 ; l'ordonnance royale 
porte, en effet, que les anciennes synagogues et les cimetières leur 
seront rendus, saut" restitution aux acquéreurs du prix qu'ils les 
auront payés. 

S'il en fut ainsi, ils ne durent cependant pas le conserver long- 
temps, car, en 1321, accusés de s'être entendus avec les lépreux 
pour empoisonner les puits et les fontaines, ils furent brûlés en 
grand nombre. Ces meurtres, qui paraissent avoir eu particulière- 
ment pour théâtre l'Aquitaine, ensanglantèrent aussi la Touraine, 
au moins la partie méridionale de cette province. Au dire d'un 
historien, à Chinon, en un seul jour, cent soixante Juifs des deux 
sexes furent mis à mort 5 . Le cimetière de Tours dut être désaf- 
fecté, au milieu de tels événements. Les derniers vestiges en dis- 
parurent peu après, quand, au milieu du xiv* siècle, le tracé des 
nouvelles murailles de Tours, destinées à renfermer dans une seule 
enceinte la cité et la Martinopole 4 , passa précisément à travers le 
terrain qu'il occupait, Deux textes des Comptes municipaux de la 
ville de Tours nous montrent, en 1359 et 1360, parmi les frais des 
travaux de fortifications, des journées d'ouvriers payées pour 
enlever des pierres au cimetière des Juifs ' 6 . Toutefois , au 
xviii siècle, après la désaffectation des murailles construites au 
xiv e , nous trouvons possédé par un sieur Abraham l'emplacement 
qu'occupait anciennement ce cimetière . Ce fait n'est peut-être 

1 Cf. Luce, Catalogue des documents du Trésor des Chartes relatifs aux Juifs sous le 
règne de Philtppe-le- Bel, dans Revue des Etudes juives, t. II. — Spécialement sur le 
cimetière de Paris, cf. Delamare, loc. cit., et Géraud, Paris sous Philippe- le-Bel, 
p. 551. 

* Cf. Ordonnances, t. I, p. 595. 

3 Chronicon Turonense abbreviatum, dans Salmon, Recueil de chroniques de Tou- 
raine, p. 198, et Continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis, dans Recueil 
des historiens, t. XX, p. 029. — Cf. l'article de M. Lazard, p. 219 et suiv. 

* Tours jusqu'alors avait, en effet, formé deux villes distinctes ayant chacune leurs 
murailles : Tune, l'ancienne cilé gallo-romaine agrandie, entourait la cathédrale ; 
l'autre, appelée Châteauneuf ou la Martinopole, était née autour de la collégiale de 
Saint-Martin. — Les travaux de la nouvelle enceinte, commencés avant 1355, furent 
d'abord poussés activement, mais en 1367, ils n'étaient pas terminés (Charles de 
Grandmaison, Tours archéologique, p. 113 et 115). 

3 Ces textes sont cités par M. Lazard (p. 213), d'après l'analyse qu'en a donnée 
M. Delaville Le Roulx, Registres et comptes municipaux de la ville de Tours (Tours, 
1878, in-8°), t. I, p. 33 et 136, n» 160 et 670. — On voit que M. Giraudet se 
trompe quand il parle du cimetière des Juifs comme existant encore après la construc- 
tion des murailles du xiv° siècle [Histoire de Tours, t. I, p. 168, note 3). 

6 Archives d'Indre-et-Loire, plan coté G. 576. 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'une simple coïncidence ; il y avait, en effet, à cette époque en 
Touraine, une famille catholique assez connue qui portait ce nom 
et dont rien n'établit positivement l'origine juive *. 

Louis de Grandmaison. 



APPENDICE. 

NOTE SUR UNE LETTRE DE SAINT LOUIS 

RELATIVE AUX JUIFS. 

Cette lettre publiée par Laurière, p. 85 du tome I des Ordon- 
nances, nous apprend que saint Louis, avant de partir pour la 
croisade (1248), avait fait une sorte d'emprunt forcé aux Juifs 2 . 
Plus tard (1253), ce roi, ayant donné l'ordre de les expulser, fit 
saisir leurs biens, et il en fut de même de ceux de quelques usu- 
riers morts en Normandie. 

De retour, Louis IX, par l'acte qui nous occupe, nomme com- 
missaires pour les affaires des Juifs, Guillaume de Bussi, évêque 
d'Orléans, B..., abbé de Bonneval, et M e Pierre de Minci, archi- 
diacre de Pinserais en l'église de Chartres. Il ordonne que les 
usures soient restituées à ceux qui les auront payées ou à leurs 
héritiers. Quant aux biens saisis sur les Juifs, dont les baillis, 
prévôts ou autres agents n'auront pas rendu compte, ils seront 
retirés des mains des détenteurs par les dits commissaires et mis 
en celles de personnes sures. Ces trois délégués auront pouvoir 
de vendre les maisons, revenus et autres immeubles appartenant 
aux Juifs; toutefois, on rendra à ceux-ci leurs anciennes syna- 
gogues et leurs cimetières. 

Cet acte, bien qu'on y mentionne expressément certains usu- 
riers morts en Normandie, ne paraît pas être spécial à cette pro- 

1 Cf. les deux ouvrages suivants de M. J.-X. Carré de Busserolle, Armoriai de 
Ton raine, t. I, p. 48 (t. XVIII dos Mémoires de la Société archéologique de Touraine}, 
et Dictionnaire géographique et historique d'Indre-et-Loire, t. I, p. 3 (t. XX VII des 
mêmes Mémoires), 

2 « Quœdam bona percepimus a Judœis, non tamen animo retinendi », lit-on dans 
la pièce qui t'ait l'objet de cette note. 



LE CIMETIERE DES JUIFS A TOURS 271 

vince \ pas plus que ne l'avaient été l'expulsion et la confiscation 
de 1253 -. On y trouve, en effet, cités les prévôts, or, ce terme n'est 
que rarement usité en Normandie, où il est remplacé par celui de 
vicomte. Voulut-on, du reste, considérer l'acte en question comme 
spécial à cette seule province, tout porterait, en ce cas, à croire 
que des commissions semblables, aujourd'hui perdues, auraient été 
données en même temps à d'autres personnes pour exécuter les 
volontés royales dans le reste du domaine de la couronne. 

En l'absence de date, Laurière a cru pouvoir donner à cette 
lettre, évidemment postérieure à la rentrée du roi en France 
(juillet 1254), celle de 1257 ou 1258. Nous pensons que cet acte, où 
Louis IX ordonne de rendre aux Juifs leurs synagogues et leurs 
cimetières, remonte vraisemblablement au mois d'août 1255, et 
qu'on est en droit de voir dans l'accord passé entre l'archevêque 
de Tours et les Juifs, en octobre de cette même année, une consé- 
quence de la décision royale. 

Il est nécessaire pour établir ce fait de rappeler sommairement 
quelques-unes des notions biographiques que l'on connaît sur les 
trois commissaires nommés par saint Louis. 

En premier lieu, la mort de Guillaume de Bussi, évêque d'Or- 
léans, qui arriva le 23 août 1258 3 , ne permet pas d'admettre que 
la lettre en question ait été écrite postérieurement à cette année. 
Ce fait, déjà relevé par Laurière, est la principale base de la date 
qu'il attribue à cette pièce. 

Quant à Pierre de Minci, après avoir professé en l'Université 
de Paris, il fut tour à tour chanoine de Chartres, archidiacre de 
Dunois, puis de Pincerais, et enfin doyen de l'église de Chartres, 
quand Robert de Courtenai quitta cette fonction pour succéder à 
Guillaume de Bussi. Peu après, en février 1260, il fut élu évêque 
de Chartres 4 . 

L'abbaye de Bonneval, dont l'abbé est nommé clans la lettre de 
saint Louis, doit être celle de Saint-Florentin de Bonneval 8 . Elle 
était alors gouvernée par Hervé Blondel, qui avait fait profession 
à Saint-Père de Chartres en 1246, et qui mourut le 1 er octobre 
1261 6 . Dans le texte donné par Laurière, son nom est désigné par 



1 Aufsi ne se trouve-t-il pas mentionné dans le Cartulaire normand de M. Delisle. 
1 Le Nain de Tillemont nous semble avoir raison quand il dit que cette mesure 
fut générale. (Hist. de saint Louis, t. V, p. 393.) 

3 Gallia rkrisltana, tome VIII, col. 1467. Guillaume, avant d'être évêque d'Or- 
léans, avait été conseiller de saint Louis (col. 1465). 

4 Bonneval, chef- lieu de canton, arr. de Chûteaudun (Eure-et-Loir), 
s Gallia christiana, V III, 1164 et 1223. 

6 Gallia christ., VIII, 1244. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

B. au lieu de II. ; mais l'éditeur n'ayant eu entre les mains que 
le registre Pater l , et non l'original, il est permis d'admettre une 
erreur de copiste facile à expliquer. Cette supposition est d'autant 
plus vraisemblable que saint Louis donna, en novembre 1260, une 
commission pour les affaires des Juifs, à Hervé Blondel, ainsi 
qu'à Pierre de Minci, devenu évêque d'Orléans, et à Guillaume 
« de Valle Grignosa », doyen de Paris 2 . La lettre dont nous nous 
occupons et celle de 1260 devaient être relatives à la même mission, 
et la seconde n'avait probablement pour but que de nommer le 
doyen de Paris en la place de Guillaume de Bussi décédé. 

C'est la réunion de ces trois commissaires qui permet, croyons- 
nous, de préciser la date de la lettre publiée dans les Ordon- 
nances. 

En effet, en 1255, le lundi et le mardi avant la fête de saint 
Arnoul, c'est-à-dire, les 9 et 10 août, il se tint à Paris une assem- 
blée d'évêques à laquelle prit part Guillaume de Bussi. On y 
jugea Hugues de Cliavernay, chanoine de Chartres, et son frère 
Colin, accusés du meurtre de Renaud «de Spina », chantre de 
l'église de Chartres 3 . Ne paraît-il pas naturel que l'archidiacre 
de Pinserais en cette église et le chef de l'une des abbayes les plus 
importantes de ce diocèse soient venus à Paris à l'occasion de ce 
procès, où peut-être ils devaient être entendus comme témoins? 
Or précisément saint Louis se trouvait également à cette époque 
à Paris ou dans les environs 4 ; il est probable qu'il profita de leur 
présence pour leur confier cette mission à l'égard des biens ayant 
appartenu aux Juifs. 

La date du concile dont nous venons de parler peut donner lieu 
à quelques doutes; en effet, le texte du jugement porte seulement : 
en 1255, le lundi et le mardi avant la fête de saint Arnoul. Les 
auteurs de Y Art de vérifier les dates mentionnent, dans leur Ca- 
talogue alphabétique et chronologique des Saints, quatre bien- 
heureux de ce nom : saint Arnoul, martyr, le 18 juillet; saint 
Arnoul, évêque de Soissons, le 15 août; saint Arnoul, évêque de 
Metz, le 16 de ce même mois, et saint Arnoul, évêque de Gap, le 
19 septembre. Le plus célèbre est évidemment l'évêque de Metz, 



1 Cette lettre se trouvait au fol. 201, comme l'indique la copie qui en existe aux 
Archives Nationales dans le volume coté P. 2289, p. 198. 

2 G allia christ., VIII, 1164. 

3 Le texte du jugement se trouve dansMansi, Sacrcrum conciliorum nova et amplis- 
sima collectio,i. XXIII (Venise, 1779), col. 853, et dans la Gallia christiana, t. VIII, 
pièce justif., n° XCVI, col. 3C7. 

4 D'après Y Itinéraire de saint Louis, publié dans le Recueil des Historiens, t. XXI, 
p. 415, au mois d'août 1255 ce roi résida à Paris, à Saint-Port (Seine-et-Marne) et à 
Melun. 



LE CIMETIERE DES JUIFS A TOURS 273 

et c'est d'après sa fête que nous avons fixé la date du concile de 
Paris; du reste, en admettant qu'il soit question de l'évoque de 
Soissons, le résultat resterait le même. S'il s'agissait, au contraire, 
de saint Arnoul honoré le 18 juillet, le concile se trouverait re- 
porté au 12 et au 13 de ce mois, mais notre argumentation subsis- 
terait entièrement; car, d'après Y Itinéraire de saint Louis, ce roi 
fut en juillet 1255 à Vincennes, à Senlis, à Asnières-sur-Oise et 
à Royaumont, c'est-à-dire, toujours dans les environs de Paris. 
Enfin, il n'est pas admissible que le concile se soit tenu au mois 
de septembre avant la fête de saint Arnoul évoque de Gap, car 
le jugement qui condamne Hugues et son frère leur ordonne 
de partir pour l'Angleterre dans l'octave de l'Assomption, et il est 
impossible de supposer qu'on leur ait laissé presque une année 
entière pour s'éloigner. 

Si ces raisonnements, un peu arides, n'apportent pas une certi- 
tude, ils paraissent du moins établir d'une façon très vraisem- 
blable que la lettre de saint Louis qui fait l'objet de cette note 
doit être datée d'août (ou peut-être de juillet) 1255. Par con- 
séquent, elle pouvait facilement être connue en Touraine au mois 
d'octobre suivant. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

I 

Charte de Joseph ii, archevêque de Tours, donnant au monas- 
tère de Saint-Julien des vignes dépendant de l'abbaye de 
Saint-Vincent. 

(Tours, octobre 949.) 

XP '. Dum vivimus, movemur et surnus considerare debemus quia 
de terra sumus et in terram ibimus. 

Quamobrem ego Joseph, divina miseratione Turonicse sedis hu- 
milis archiepiscopus, cogitans de Dei timoré ac aeterna retributione, 
pro remedio animée meae ac praedecessorumnostrorum ejusdem sedis 
archiepiscopis (sic), dono, cedo, una cum assensu utrorumque fidelium 
nostrorum, arpen. II et quarterium I et médium de vinea, quos qui- 
dam nobis serviens, nomine Tetmarus, olim tenere visus fuit, ad 
monasterium Sancti Juliani, in proprios usus monachorum, tradimus 
perpetualiter ad habendum. 

Est autem sita in suburbio Turonicœ urbis, pertinens ex abbacia 

1 Chrisme de forme compliquée. 

T. XVIII, n° 30. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sancti Vincentii ; têrminatur de duabus partibus viis publicis, et de 
tertia parte viuea ejusdem potestalis quarta, parte vinea pertinens 
ad altare Sancti Mauricii. 

Eo etiam modo concedimus eis praescriptam vioeam uthabeant li- 
centiam desuper quodcumque melius elegerint emeliorandi, solventes 
exinde annis singulis ad missam sancti Vincentii, quœ colitur XI 
kalendas februarii, partibus rectoris ipsius cellulee censum denario- 
rum XIIII, et eis amplius non requiratur; sed, sub tali censu, eam 
omni tempore liberrimœ possideant ; et, si de eodem censu tardi aut 
neglegentes reperti fuerint, idipsum emendare studeant, et quod 
tenuerint non ideo amittant. 

Precamur interea successorum nostrorum clementiam ut, sicuti 
sua facta quae proamore omnipotentis Dei gesserint stabili voluerint 
vigore persistere, ita hase nostrœ parvitatis gesla sinant manere in- 
tacta et inviolata. Et ut heec nostrœ cessionis collatio firmior ha- 
beatur, et in reliquum inviolabiliter conservetur, manu propria eam 
subterfirmavimus, manibusque fidelium nostrorum utriusque or- 
dinis adnrmare rogavimus. 

XP. Joseph sanctœ Turonicse sedis archiepiscopus propria manu 
subscripsit '. 

XP. Arduinus clericus subscripsit. PihBernardus diaconus atque ar- 
cliiclams subscrlpsit. Rotbertus archidiaconus subscripsit. Rotbertus* 
archidiaconus subscripsit. Rotgerius diaconus atque precentor sub- 
scripsit. Odo diaconus subscripsit. Adalulfus diaconus subscripsit. 
G-erardus presbyter subscripsit. Dodaldus presbyter subscripsit. Ar- 
cherius presbyter subscripsit. Rotbertus presbyter subscripsit. Ingel- 
bertus diaconus subscripsit. Geraldus diaconus subscripsit. Armannus 
diaconus subscripsit. Hucbaldus acolytus subscripsit. Boso clericus 
subscripsit. Aganus clericus subscripsit. Otbertus clericus subscripsit. 
Rotbertus clericus subscripsit. Dodaldus clericus subscripsit Seguinus 
clericus subscripsit. Guarinus diaconus subscripsit. 

Sign. Adadelmi. Sign. Gelduini. Sign. Solionis. Sign. Andraldi. 
Sign. Sancionis. Sign. Adalberti. Sign. Ervici. Sign. Achardi. 

Data mense octob., in civitate Turonus, anno ab incarnatione 
Domini DCCCCXLVIIII, sive anno XIII régnante Hludovico rege. 

Ingelbertus 3 licet indignus sacerdos presens fui et rogitus scripsi et 
subscripsi. 

(Bibl. de Tours, ms. 1224, f. 401 ; copie, de la main de M. Rédet, d'après l'ori- 
ginal, que nous n'avons pas retrouvé ; celui-ci en parlait état de conservation 
mesurait m , 53 de haut sur m ,23 de large. — La copie doune seulement la re- 
présentation graphique des notes tironiennes, aussi la lecture en est-elle quel- 
quefois douleuse. — En l'absence de signe typographique représentant i'e cé- 
dille, on a employé le caractère <e pour désiguer à la fois les a e liés ensemble 
et les e cédilles.) 

1 Les mots en italiques sont écrits dans l'original en notes tironiennes* 

2 En tête du nom du second Rotbertus se trouve un paraphe initial. 

3 Le mot Ingelbertus et plus haut le mot Data sont en caractères allongés. 



LE CIMETIÈRE DES JUIFS A TOURS 275 

II 

Limites du fief du sacristain de Saint-Julien. 
4755. 

... Le fief et seigneurie du sacristain ou segretainerie de Saint- 
Julien [de Tours], anciennement appelé Fief de Champ Le Comte... 
[est] sittué en la ville dudit Tours, rue de la Sellerie, parroisse de 
Saint- Vincent, en un tenant, joignant au total : d'un long du nord, 
àladitterue de la Sellerie; d'autre long de midi, aux fondements des 
murs de l'ancienne clôture de cette ville l , les neuf pieds de ronde 
entre deux ; d'un bout d'orient, à l'église paroissiale et maison 
prieuralle dudit Saint-Vincent; et d'autre bout d'occident au fief de 
l'aumônier dudit Saint-Julien, une rue entre deux, anciennement 
appellée rue Hettée, et ensuitte rue Chèvre 2 dans le bout de laquelle 
étoit cy devant basty un portail au dessus et à costé duquel il y avait 
plusieurs chambres dans le fief dudit aumônier, appelle Portail de 
Baudry qui a été abbattu pour élargir la rue en l'hiver de l'année 
1744, par ordre de H r de Lucé, intendant de cette ville, qui l'a nommée 
en la même année, de son nom, rue de Lucé, laquelle fait en cet 
endroit la séparation de la parroisse de Saint-Vincent d'avec celle de 
saint Hillaire 3 . 

Le fond ou domaine de ce fief a été donné à ce monastère par le 
bienheureux Joseph, archevêque de Tours, l'an 949. . . 

(Arch. d'Indre-el-Loire, H. 531. Terrier du fief du sacristain de Saint- Julien dressé 
en 1755, p. 1 et 2.) 



1 II s'agit des murs élevés au xiv c et qui furent remplacés au xvn e siècle, quand 
l'enceinte de Tours fut de nouveau agrandie. Ils se trouvaient non loin du bord nord 
de l'ancienne rue des Fossés-Saint-Georges (aujourd'hui rues de l'Archevêché et 
Gatien-de-Clocheville). 

* Le rédacteur du terrier commet ici une erreur, le nom de rue Hettée n'a jamais 
été porté par la rue de Lucé actuelle, qui ne s'est appelée avant 1744 que rue 
Chèvre et aussi rue du Portail-de- Baudry (Cf. Archives d'Indre-et-Loire, H. 531, 
p. 7). Quant à la rue Hettée, c'est sous ce nom que primitivement était connue la 
rue Chaude (aujourd'hui rue de la Préfecture et rue Gambetta) ; on lit, eu effet, dans 
le volume des Archives d'Indre-et-Loire coté H. 528, p. 953 : « la rue Chaude ou des 
Minimes, anciennement appelée rue Hettée ». Aujourd'hui que le nom de rue Chaude 
a disparu de la topographie tourangelle, ce texte pourrait amener une confusion 
avec la rue actuelle des Minimes, mais cette dernière n'existait pas au xvm e siècle. 
(Cf. L.-A. Bossebœuf, op. cit., p. 44, 62 et 81.) 

3 Pages 128 et 129 de ce même terrier se trouve le plan du fief du sacristain de 
Saint-Julien. 



UNE 

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 

DE DANIEL LÉ VI DE BARRIOS 



De tous les poètes espagnols de race juive qui, même loin de la 
patrie, ont cultivé avec zèle la langue du pays natal, aucun n'a, 
pour la littérature et l'histoire du judaïsme, une importance plus 
grande que Don Miguel, ou Daniel Lévi de Barrios, comme il se fai- 
sait appeler à Amsterdam, où il professa publiquement la religion 
de ses pères. Ce que nous savons de l'origine et du développement 
de la communauté hispano-portugaise d'Amsterdam, de ses insti- 
tutions charitables, de ses écoles et académies, de ses rabbins et 
maîtres, de ses médecins et de ses poètes, nous le devons en grande 
partie aux nombreux petits écrits et aux notices éparses de Don 
Miguel. Il y a surtout deux de ses petits ouvrages qui sont d'une 
valeur inestimable pour l'histoire de la littérature juive : sa 
« Relation des poètes et écrivains espagnols » et son histoire de 
l'Académie juive « Ez Chajim » , ou « Arbol de las Vidas » 
d'Amsterdam. 

Cet écrivain, qui depuis longtemps a conquis une place d'honneur 
parmi les auteurs dramatiques espagnols, est encore bien peu connu. 
Il y a quelques années encore, différents journaux allemands et 
hollandais en faisaient un contemporain d'Uriel Acosta, et admet- 
taient comme authentique une lettre traitant de la destinée d'Acosta 
et de l'avenir de Spinoza qui lui est faussement attribuée. 

Daniel Lévi de Barrios était issu de parents marranites. Son 
père Simon ou Jacob Lévi Caniso, qui avait épousé Sara, de la 
famille Valle, pourchassé par l'Inquisition, habita tantôt en Espa- 
gne, àMontilla, lieu de naissance de Miguel, tantôt en Portugal, à 
Marialva et à Villa-Flor, jusqu'au moment où il se fixa définitive- 
ment à Alger. De son mariage, Simon Lévi eut de nombreux 
enfants, sept fils et quatre filles. Trois d'entre eux, Antonio, Fran- 



UNE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 277 

cisco et Clara, moururent à la fleur de l'âge « dans leur cruelle 
patrie », comme Miguel le dit amèrement. Ses autres sœurs 
s'étaient mariées à Alger : Judith avec Jacob (Francisco) Lopez 
Puerto (Porto), qui mourut le 10 mars 1684 ; Esther, avec Eliau 
Vaez, qui mourutjeune, laissant la pauvre femme veuve avec cinq 
enfants en bas âge ; Blanca perdit également son époux Antonio et 
erra ensuite pendant longtemps avec ses enfants, jusqu'à ce qu'elle 
trouva en lin le repos dans la mort, à Amsterdam. 

Quant aux frères de Miguel, Isaac et Benjamin résidèrent à 
Alger ; Juan et Francisco prirent du service dans l'armée espagnole 
et tinrent garnison à Oran, qui appartenait alors aux Espagnols ; 
ce dernier mourut empoisonné par une femme qui avait mis du 
verre dans sa boisson. 

De tous les siens, Miguel mena la vie la plus tourmentée. En 
1G59, il vint en Italie. Il n'avait pas encore trente ans à ce moment. 
Il séjourna pendant quelque temps à Nice, chez sa tante Sara, 
une sœur de son père qui avait épousé Abraham de Torres. Il 
s'arrêta plus longtemps à Livourne, où il retrouva beaucoup de 
Juifs de son ancienne patrie ; en effet, les Juifs qui s'étaient établis 
dans la forteresse de Mers-El-Kebir, à deux milles d'Oran, avaient 
fui devant les persécutions des Espagnols et s'étaient embarqués 
pour Livourne l . Là s'opéra en lui une métamorphose importante : 
le marranite devint un Adèle adhérent du judaïsme. De même que 
Paul de Pina, lors de son voyage à Rome, au lieu d'entrer d:\ns un 
couvent, se laissa gagner au judaïsme, grâce aux efforts du docteur 
Eliau Montalto, médecin attitré de Marie de Médicis, ainsi Miguel 
de Barrios professa publiquement à Livourne la religion de ses 
pères. C'est à sa tante Rahel, autre sœur de son père, habitant 
Livourne et mariée à Isaac Cohen de Sosa, qu'il fut redevable de 
« la première lueur de la Loi pure 2 ». 

Las de vivre en Europe, il voulut tenter la chance dans une 
autre partie du monde. Il se maria avec une parente de son beau- 
frère Yaez, une fille d'Abraham et de Catherine Vaez d'Alger, et, 
accompagné de sa Débora — c'est le nom de cette jeune femme — 
et de cent cinquante-deux coreligionnaires, il s'embarqua sur le 
vaisseau Monte del Cisne, le 9 ab, c'est-à-dire le 20 juillet 1660, 
pour se rendre aux Indes Occidentales. A peine arrivé à ïabago, 
la mort lui arracha sa chère compagne. Aussitôt il résolut de 
retourner en Europe. Il choisit comme résidence Bruxelles et entra 

1 Ilenri-Léon Fey, Histoire d'Oran (Oran, 1858), p. 211. 
* A mi tia Raquel Cohen de Sosa, 

Devo la primer luz de la ley pura< 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au service de l'Espagne. Le mercredi 30 août 1662, à Amsterdam, 
il épousa en secondes noces Abigaïl, fille d'Isaac et de Rabel de 
Pina \ dont la sœur, Blanca, épousa bientôt après Diego de Rosa, 
le fils d'Ezéchiel ou Ruy Lopez Rosa. A Bruxelles, où Barrios fut 
promu au grade de capitaine « entre idolos profanes rompia à los 
preceptos soberanos », il reçut la nouvelle de la naissance de son 
fils, qui naquit le 17 mars 1665. L'enfant eut comme parrain Manuel 
de Campos et pour marraine la femme de ce dernier, Simcha, 
petite-fille du célèbre rabbin d'Amsterdam Isaac Uziel. Dans cet 
enfant, qu'il appela Simon, d'après le nom de son père, Miguel 
voyait l'appui de sa vieillesse 2 . 

De Barrios eut beaucoup et souvent à lutter contre la mauvaise 
fortune. Les années qu'il passa à Bruxelles, étant, en sa qualité de 
capitaine, en rapport avec la noblesse d'Espagne et de Portugal, 
peuvent compter parmi les plus heureuses de sa carrière. C'est de 
cette époque que datent ses œuvres poétiques les plus importantes, 
sa Flor de Âpolo, ses drames et son Coro de las Musas, qu'il 
avait dédié à son protecteur Don Francisco de Melo, ambassadeur 
du Portugal dans les Pays-Bas, et dans lequel il a chanté les rois 
et les princes régnants de l'Europe, ainsi que les cités de Madrid, 
Paris, Lisbonne, Liveurne, Rome, Florence, Londres et Amster- 
dam. Toutefois, il avait encore un autre but qu'il voulait 
réaliser au moyen du Coro de las Musas. Longtemps avant 
son apparition, il avait conçu le plan de son grand ouvrage 
poétique, Harmonia del Mundô. Au sujet de cette œuvre d'un 
plan grandiose, dont un fragment fut publié déjà en 1670, nous 
avons quelques renseignements venant d'une source dont on ne 
pouvait guère les attendre, du célèbre rabbin Jacob Sasportas. 
Dans cet ouvrage, bnperio de Dios, ou Harmonia del Mundo, 
l'auteur avait l'intention de transformer le Pentateuque en une 
œuvre poétique. L'ouvrage devait se composer de douze parties, 
dont chacune serait dédiée à un prince, par exemple au duc de 
Ligurie, aux régents de la Hollande, du Portugal, de l'Angleterre. 
Différents potentats avaient déjà promis au poète l'envoi de leur 
portrait, de leurs armoiries et de leur généalogie et, ce qui impor- 
tait davantage au pauvre écrivain, avaient pris l'engagement de 
lui fournir les fonds nécessaires pour les frais d'impression. Le 
plan de notre auteur ne fut jamais mis à exécution. Quelques 
membres de l'Administration de la Communauté d'Amsterdam, le 

1 Casé en Miereoles a 15 del Mes de Helul âno de 5422 con mi amada Abigaïl 
hija de mis Senores Ishac y Raquel de Piua. De Barrios, La Memoria renueva el 
dolor, p. 29. 

2 lbid., p. 29 ; de Barrios, Vida de Ishac Uziel, p. 52. 



UNE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 279 

« Maamad » ainsi que la plupart des rabbins d'Amsterdam refu- 
sèrent leur approbation à une oeuvre qui, selon leur opinion, devait 
être une cause de profanation delà Loi divine 1 . Ce qui est plus 
curieux encore, c'est que l'activité littéraire de cet auteur, qui 
précédemment et plus tard a tant écrit, s'arrêta pendant Tannée 
1674 d'une façon complète. C'est encore Sasportas qui nous donne 
la solution de cette énigme. Barrios avait quitté le service militaire 
et, au commencement de l'année 1674, s'était établi à Amsterdam. 
Là, il se laissa entraîner dans l'agitation messianique et perdit un 
instant la raison. 

A Amsterdam, surtout parmi les juifs marranites hispano-por- 
tugais, il y avait beaucoup de partisans de Sabbataï Zewi. Le 
moraliste Abraham Israël Pereyra, ou Thomas Rodriguez, comme 
on l'appelait à Madrid, qui jouissait d'une grande fortune, était 
parmi les plus ardents. A l'instigation du médecin Méir de Hébron, 
partisan de Sabbataï, il s'était mis en route pour Gaza, mais il 
n'atteignit pas cette ville et ne vit pas le Messie : il ne dépassa pas 
Venise, d'où il revint à Amsterdam. Les partisans de Sabbataï se 
réunissaient pour tenir conseil dans la maison du Hazan Emanuel 
Abenatar Melo, que les croyants d'Amsterdam avaient choisi 
comme chef et guide 2 . Daniel Lévi de Barrios, d'un naturel porté 
à l'excentricité, s'attacha fortement à ce groupe. Il crut ferme- 
ment à la prophétie d'Abraham Michel Gardoso, un des principaux 
apôtres de Sabbataï, qui avait annoncé que le règne du Messie 
daterait de la conclusion de la paix entre l'Angleterre et la 
Hollande et que le Messie apparaîtrait le jour de Rosch-Haschana 
de l'an 1674; qu'aussitôt toutes les nations le reconnaîtraient et 
lui rendraient hommage. De Barrios communiqua confidentielle- 
ment toutes ses rêveries et extravagances au vénérable Jacob 

1 Ces renseignements nous sont fournis par le manuscrit du "0!£ bm2 Pii^lÊ '0> 
4 e partie, de Jacob Sasportas. Nous en devons la communication à l'obligeance de 
M. A. Epslein, de Vienne : 

«"trans fmptt T"*b ■pmba -mi»» spn Dv^&n *i *ib barai . . , 
^-m rtrin ^ïïin ï-nzmn tobbwi miû "pobn ï-innr: mmnn nam 
im« pbm risitt b-n tf^aww dbnj» "pan a néon' hN «npi *r»$ 
bœ ^oa issbi *yvwb bia Disnb ^hn owib nm pbn bm mpbn m"b 
nnb ûri^br ibap ûb"ûi fin'wûKbJû'wbi niDobi bwiamsbn ï-n^biN 
inb-cn ûniaK t-naani ûa^t ^bsi dbîtti ûrms ib nnbun nbwan ib 
t»ido r-î"wrm nm bsu: "j^^ai , . . i-iOD^r; Sna**}ttb "pïïtt ib 
mm iftymn nsp i^-t c^i-b-, ma^-b mma imïn fcpp-ntt» 
îrrmna *b iok mfcie niht; maria tt^ra a-i^Na vhs lo^aa*» n"nn 
, mo iwba npp^na ■pbin b© mis iibod i^nmr ntDWB a m 
* bNiï»y ïibrtpn "{tn ni- WiaraKa fNaara û^attofi itt nrwo 
■pspbi ©înb i!TMa , »© , n ie* bmo û^pTiJatti dTJtapn» dbim naa^aa 

/. c iaat baia nat^x tOmbr 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sasportas, peut-être par reconnaissance pour les conseils et l'assis- 
tance qu'il avait trouvés auprès de lui lorsqu'il travaillait à son 
« Harmonie de l'Univers ». 

Le premier jour de la fête de Pâque de l'an 1674, Abigaïl de Bar- 
rios, accompagnée de son père, accourut chez Sasportas, le sup- 
pliant de venir sans retard voir son mari, qui se démenait comme 
un fou, parlant constamment devisions et de rêveries; depuis 
quatre jours, il n'avait ni mangé ni bu et elle craignait qu'il ne 
succombât à sa faiblesse, toujours croissante. Sasportas le trouva 
complètement affaibli et incapable de proférer une parole. En vain 
il insista pour lui faire prendre quelque nourriture, lui représen- 
tant que ses rêveries compromettaient sa vie et qu'il laisserait sa 
famille dans la plus grande misère. 11 ajouta que rien ne l'empê- 
cherait de considérer Sabbataï Zewi comme le Messie ; mais que son 
devoir le plus sacré était de songer à donner du pain à sa famille. 
Il l'engageait donc à continuer de s'occuper de poésie et de tra- 
vailler à son grand ouvrage. Barrios promit de suivre les exhor- 
tations de Sasportas; cependant il continua à s'attacher aux rêve- 
ries messianiques. Tous ceux qu'il rencontrait, il les exhortait à 
jeûner et à faire pénitence, car une grande catastrophe menaçait 
le monde pour le châtier de ses péchés *. 

Peu à peu de Barrios reprit ses travaux littéraires ; du reste, la 
nécessité l'y contraignait. Pour procurer du pain à sa femme et à 
ses deux jeunes enfants — sa fille Rebecca était née le 1 er jan- 
vier 1670 — , il dut condescendre à faire des vers en l'honneur des 
juifs riches d'Amsterdam, de Londres et de Hambourg, à l'occa- 
sion de chaque événement heureux ou malheureux. Il resta toute 
sa vie un poète pauvre, plutôt digne de pitié que de raillerie. Seul 
survivant de tous ceux qu'il aimait, il mourut en février 1701. Sa 
femme était morte quinze ans avant lui, le 23 janvier 1686. Deux 
ans après, le 16 mai 1688, son fils unique la rejoignit dans la 
tombe ; il mourut à la fleur de l'âge, à la Barbade, une des îles de 
l'Inde occidentale. Barrios avait choisi un emplacement pour son 
tombeau à côté de la tombe de sa femme, dans le cimetière 
israélite d'Amsterdam, 48 e rangée n° 64, et il avait composé lui- 
même son épitaphe ainsi conçue : 

1 iroa i-narra pu^i nab ba t^iû-iB ims mswai i^rtta ww 
in nnrptt s-ranpiD • • * TnwHi ■nma pD^m uni ima ^m 
•pttNi-ib -imn tsan bmti "pan pin "pas Tsa rwn nn*"!» «ar 

ras mnfc lapab b^iattjrfbtt bnm ab bas •pEN"» mon ^as \NnaM 
«b bax ^b rnaan lai Enbnmjaï"! ttid nso ainab nbrna mzjfco 
■nmaTAttïi vba- n^ym "mai nrrn -pmivw nna t-ob» Vin 
"i b^N tnnaarr TnsDara' nrrpw ina -isaa taianro a- abri 



UNE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 1$[ 

Y DANIEL Y ABIGAIL 

LEVI AJUNTARSK BOLVIERON 

POR UN AMOR EN LOS ALMAS, 

POR UNA LOS A EN LAS CUERPOS 

PORQUE TANTO EN LA VIDA SE QUISIERON, 

QUE AUN DESPUES DE LA MUERTE UN V1VIR FUERON 1 . 

Après cette courte biographie du malheureux poète, nous arri- 
vons à son petit traité d'histoire littéraire déjà mentionné : « Re- 
lation des poètes et des écrivains espagnols », qui a été composé 
vers l'an 1684. Ce traité se trouve dans quelques exemplaires de 
ses opuscules et compte aujourd'hui parmi les plus grandes 
raretés. En le publiant, nous espérons donc rendre un véritable 
service à tous les amis de la littérature judéo-espagnole. 

Le titre complet est ainsi conçu : 

RELAGION 

de los 

POETAS 

Y 

ESCRITORES ESPANOLES 

de la 

NACION JUDAYCA AMSTELODAMA. 

Por 

Daniel Levi de Barrios. 

[53J Descrivo los Poetas y Escritores 

De Espana luzes, y de la Ley flores, 
En el Amstelodamo Judaismo, 
Dulce freno à las furias del abismo. 
Judio del destierro Lusitano 
Abraham Farrar en el lenguage Ilispano 
Los preceptos pinto de la Ley fuerte, 
Que coge lauros, y ensenanças vierte 2 , 

1 De Barrios, Memoria renueva, p. 29. Pour le reste voir mes Sephardim. Roma- 
nische Pœsien der Juden in Spanicn, p. 256, et ma Bi'olioteca espauola-porturjucza- 
iudaica, qui paraîtra sous peu. 

* Abraham Farrar, ou Ferrar, né à Porto, vécut à Lisbonne, où il exerça la mé- 
decine, jusqu'au moment où il émigra à Amsterdam, i Judeo do destierro de Portu- 
gal », tel est le nom qu'il se donne sur le titre de son ouvrage qu'il composa en 
portugais, et non en espagnol, comme le dit de Barrios. Declaraçâoo dos seiscentas c 
treze Encommenlancas de nossa Santa Ley... Amsterdâo em Casa de Paulo de 
Ravestein. Por iudustria e despeza de Abr. Pharar, Judeo ào desterro de Portugal, 
5387 = 1627. Il ne faut pas confondre ce dernier avec un autre Abraham Farar, 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Primo del singular Jacob Tir ado 
Que fundo de fcrvor y zelo armado, 
La primer sinagoga Amstelodama, 

Y fue à Jérusalem de la Ley flama l , 
("outra la Inquisicion Jacob Belmonte 
Un canlo tira del Castalio Monte, 

Y comico la Ilistoria de Job canta 2 , 
lufernalos espiritus quebranta 
David Abenatar Melo barmonioso, 

[54] Traductor del Psalterio misterioso 3 . 
Paulo de Pina à Belgas Ilorizontes 
Dialogo instruye de sagrados montes 4 : 
El Doctor Joseph Bueno cou la planta 
Del sol, su trente en Helicon levanta 3 . 
Bove Himanuel Nehemias en su fuente 6 , 
Ishac de Herrera canta en su corriente 7 . 
Fue Abraham Peregrino de su Ilistoria 
Pluma, y del Judaismo clara gloria. 
Uel Poëma de Ilester en sacro coro 
Mosseh Delgado da esplendor sonoro, 

Y corren con su voz en ricas plantas 
De Jeremias las Endecbas sautas 8 . 
Ezechiel Bosa del boton Aonio 
liespiro la fragancia de Latonio ; 

Y las semanas de Daniel déclara, 
De la ciencia astrologia luz clara. 
Su bijo Semuel Bosa haze fragancia 
Del rosal de su bistoria à la elegancia, 
En la espada Narvays, por dar congoja 

aussi nommé Simon Lopes Rosa, président de la communauté israélite portugaise 
c Beth Jahacob », la plus ancienne des communautés d'Amsterdam. Celui-ci mourut 
le 14 décembre 1018. 

1 Jacob Tirado, oncle du précédent, fut le fondateur de la première communauté 
hispano- portugaise d'Amsterdam, dénommée d'après lui c Beth Jacob » ; plus tard, 
il fit un pèlerinage à Jérusalem. 

2 Jacob Israël Belmonte, de Madère, un des co-f'ondateurs de la communauté 
Beth-Jacob à Amsterdam et chef d'une famille qui eut de nombreuses branches. Il 
mourut le 4 décembre 1629 (De Castro, Grafst., p. 53). De ses poésies sur l'Inqui- 
sition, Barrios nous communique une stance dans son Triumpho del Govierno Popu- 
lar, p. 76 ; voir Sephardim, p. 289 et suiv. 

3 La traduction des psaumes de Melo parut sous le titre « Los CL Psalmos de 
David en lengua espanola en varias rimas conforme ala verdadera traduccion ferra— 
resqua con algunas alegorias. En Franquaforte aîîo de 5386 en el mes de Elul. » 

4 Paul de Pina, appelé aussi Behuel Jessurun, né à Lisbonne, vint à Amsterdam en 
1604, et en 1614 il conçut le premier règlement de sépulture pour la communauté 
juive d'Amsterdam. Son Dialogo dos Montes, composé en 1624, parut à Amsterdam 
en 5527 = 1767. 

5 Joseph Bueïlo, un des premiers et plus célèbres médecins juifs d'Amsterdam, 
mort le 8 août 1641 (De Castro, loc. cit., 88). 

G Himanuel Nehemias, ami de Manassé ben Israël ; v. Sephardim, p. 208. 

7 11 y a un sonnet de lui en tète de la traduction des psaumes de Melo. 

8 Mosseh Pinto Delgado, né à Tavira (Algarve) ; son Pœma de la régna Ester, 
Lamentaciones del propheta Jeremia, Histona de But g Varias Pœsias, parut à 
Kouen en 1627. 



UNE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 283 

(!on una à marte, al sol con mucha hooja l . 
Por David Hitziel de Avelar luzc 
Lo que en llispano de Philon traduze 2 , 
Jacob de Pi,ia en quanto verso imprime 
Healsa lo agudo, lo yocoso exprime. 

Con el nombre de Manuel de Pina imprimio un libro de varias 
Poesias, y despues entre otras hizo una rara cancion en la muerte 
del Jaxam Saul levi MorteraK Antes Abraham Sacuto Lusitano de- 
puso la honorifiea autoridad que Lenia de ser insigne Medico en 
Lisboa por observar la divina Ley en Amsterdam donde exercio la 
Medicina que escrivio en très volumenes que admiraron las Univer- 
sidades de Europa siedo Autor clasico en toda ella *. 

Eliau Mo/Ualto, dexô por la Ley Mosaiea las conveniencias Espa- 
nolas, y los grandes gages que tuvo de ser primer Medico de la 
Reyna de Fraucia, Maria de Medicis, y del Gran Duque de Toscana 
por exercer publicamente el Judaismo en Venecia de donde bolvio à 
Paris, llamado de la propuesta Reyna que le embio diplomas del Rey 
su marido Henrique Quarto con permision de observar la sacra 
Ley en Francia con todos sus domesticos, como lo bizo muchos aîios 
teniendo consigo al insigne y doctissimo Jaxam Saul Levi Mortera 
con tanta exactitud, que mandandole el Rey ir a visitar una Princesa 
aparté tan distante que no podia llegar sino profonando el sancto 
Sabado; respondio constante que no podia obedecerle : y el Rey le 
ordenô poner diez postas de carroça paraque llegasse à tiempo, y no 
prevaricase el sagrado estaluto dl Sabado. Hizolo assi, y escrivio 
tanto en defensa de la Ley sanctissima que se pudieran imprimir 
no pequenos volumenes pero sus manuscriptos quien los tiene, los 
estima mas que piedras preciosas 5 . 

Rodrigo de Castro, Medico del Senado de Hamburgo, hizo dos fa- 
mosos libros, uno de la enfermedad de las Mugeres, y otro del Me- 



1 Ezéchiel, ou Ruy Lopez Rosa, et son fils Samuel Rosa ne sont nommés que par 
de Barrios. 

8 Autrement inconnu. 

3 Jacob ou Manuel de Pina de Lisbonne, que Barbosa Machado, III, 341, vante 
comme « insigne Poeta na lingua materna e castelhana », composa Juguetes de la 
Niîîez y travessuras del genio (Lisbonne, 1656); voir à son sujet Sephardim, p. 253 
et suiv. 

4 Abraham Sacuto (Zacuto) Lusitano, arrière petit-fils d'Abraham Sacuto, auteur 
bien connu du c Jocbasin », né à Lisbonne, où il pratiqua la médecine pendant 
trente ans. Agé de cinquante ans, il revint publiquement au judaïsme, à Amster- 
dam, où il mourut le 1 er janvier 1642. Ses œuvres parurent à Leyde, en 1649. 

5 Eliau ou Philothée Elian Montalto, Arère cadet du célèbre médecin Amatus Lu- 
sitanus, de Castel Branco, dans la province de Beira, vécut, vers 1598, a Livourne 
et, plus tard, à Venise, d ; où il se rendit à Paris comme médecin attitré de Marie de 
Médicis. Voir ma Gesckichte der Jaden in Spaniea. I, 146 et s. — Au sujet de ses 
écrits de polémique, voir Biblwteca espanola judaica, s. v. Il mourut le 29 schevat 
•"'376 = 19 lévrier 1616. Son épitaphe en hébreu et en espagnol est citée par D. H. 
de Castro [N. Israël. Weekblal, II, n° 49). 



28-i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dico Politico ' :y su bijo Benedilo de Castro (alias Baruch Nehemias) 
fue Medico de la Reyna Cliristina de Suecia 2 . 

El Doctor y Poeta Jshac Cardoso, que en Madrid se llamo Fernando 
Cardoso, hizo con notable elegancia y erudicion los libros que intitulé 
el primero Del color verde, dedicado a Doua Isabel Henriques; el se- 
gundo De los Provechos de bever nieve, dirigido al Rey Phelipe 
Quarto ; el lercero latino de Philosopbia libéra con la dedicacion al 
Senado de Venecia ; el quarto de las Excelencias de Israël con la 
direccion al Amstelodamo y deboto Jacob de Pinto, y de quinto de 
Varias Poesias 3 . Su bermano Abraham Cardoso, Medico del Rey de 
Tripol, formo el libro de la Escala de Jacob, y otras obras que le 
acreditan de gran Poeta, Jaxam y Cabaiista 4 . 

El Doctor Juda Zumbroso*, ilustre letrado Présidente del Goncejo 
del Gran Duque de Toscana, se retiro à Venecia por guardar la Ley 
sancta, donde profesando la Medicina, escrivio en defeosa de la Ley 
un Tomo de mas de ducientos pliegos contra el sublime Hugo Grocio, 
Catedratico en la Universidad de Utrech. Su sobrino David de Acosta 
Andrada en Amsterdam es muy versado en los sagrados Escritos, y 
assistente en las Academias congregaciones, mostrando mas pro- 
gressos en los esludios que permiten sus muchos negocios, y admi- 
nistracion de la hazienda de que Dios le hizo muy abundante. 

Moseh Belmonte 6 compuso contra la Idolatria una sonora Silva entre 
cuyos versos vienen estos : 

Si Adam peco, y es Dios el agraviado, 
Como puede ser Dios el castigado ? 

Yosiahu Rosales, bermano del Doctor Rosales, que fue Gonde Pala- 
lino, compuso en octava rima los Anefaleucis que intitulo de Bo- 
carro 7 . 

1 Rodrigo de Castro, médecin à Hambourg, mort le 20 janvier 1627. Voir, à son 
sujet et au sujet de ses deux ouvrages médicaux, mon travail Rodrigo de Castro, 
Monatsschrift, VIII, 330 et s. 

2 Benedito de Castro, ou Baruch Nahamias, médecin à Hambourg et médecin 
ordinaire de la reine Christine de Suède, mort le 15 schevat 5444 = 31 janvier 1684 ; 
voir à son sujet mon travail Benedict de Castro, Monatsschrift, IX, 92 et s. Ben. de 
Castro s'était marié deux fois ; sa seconde femme, Jael, mourut folle vers 1670 , voir 
Sasportas, Ohcl Jacob, n° 27. 

3 Sur Ishac ou Fernando Cardoso, voir Sephardim, 189 et s.; Revue des Etudes 
juives, XII, 303-305. 

4 Abraham Michel Cardoso, le célèbre partisan de Sabbataï Zewi. Voir à son sujet 
Graetz, Geschichte der Juden, IX, liv et s. 

5 Barrios écrit par erreur Juda, au lieu de Jacob Lombroso, comme le dit déjà 
Wolf, Bibl. hebr., III, 513, n° 1070. 

6 Moseh Belmonte, fils de. Jacob Israël Belmonte, mourut à l'âge de vingt-huit ans, 
le 20 mai 1647; v. De Castro, Grafst., p. 56. Ce dernier reproduit, à la page 58, son 
poème Argumenta contra os Noserim. Sa traduction espagnole des Pirké Abot parut 
à Amsterdam, en 1644. 

' Sur Josiahu Rosales et ses poésies, v, ftephardim, p. 310 â 



l NE HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE JUIVE 283 

Custodio Lobo (alias Moseh Yesurun Ribero l ) hizo conceptuosas Poe- 
sias, y gloso admirablemente esta Redondilla : 

Si es hija de Dios, porque 
La Ley al Ilorubre da, quando 
Sin Ley à la Ley fallando. 
Niega la de vida fe ? 

Doîïa Isabel Henriques \ célèbre eu las Academias de Madrid por su 
raro iugeuio, viuo al Judaismo Amstelodamo, donde dexo entre sus 
obras poclicas esta Décima hecha al Jaxaoa. Ishac Aboab en ocasion 
de baver nacido en su casa un huevo grandissimo con una coroua 
por cabeça mal interpretada de algunos : 

Este assombre, este protento, 
Que engaiiosa fantasia 
Basilisco o Aspid cria, 
Yerro es el del entendimiento : 
Pues si bien se mira atento, 
La divina Providencia 
Premiando esta tu eloquencia, 
En este Monstruo que ves, 
Lo grande tu virtud es, 
Y la corona tu ciencia. 

El Capitan Moseh Coen Peixoto, Ishac Reynoso, hijo del gran Doctor 
Michael Reynoso, David AtUunes, Joseph Bueno, y otros Poetas Amste- 
lodamos, compusieron los versos de los libros que celebran los mar- 
tirios de Ishac Tarlas, de Abraham Nuhez Bernai, y de mi deudo 
Ishac de Almeyada 3 . 

Entre otras célèbres Poesias el Doctor Miguel de Silveyra haze el 
Poema de los Macbabeos 4 , Jacob Uziel, el de David 5 , y Antonio En- 

' Moseh Jesurun Ribero mourut à Livourne. 

2 Isabel Henriques, à laquelle Ishac Cardoso avait dédié son ouvrage Bel color 
verde (Madrid, 1632), était l'objet d"une profonde vénération pour Barrios ; voir $e- 
phardim, p. 250. 

3 Ishac de Almeyda, appelé aussi Ishac Almeyda Bernai, parent de Daniel Levi 
de Barrios, fut fait prisonnier, à l'âge de dix-sept ans, avec son frère, qui était son aîué 
de deux ans, par le Tribunal de l'Inquisition de Valladolid. L'Inquisition de Cordoue 
retenait prisonniers ses parents, sa sœur et une de ses tantes. Après un emprison- 
nement de cinq ans, en mars 1655, à l'âge de vingt-deux ans, Ishac fut brûlé à 
Saint-Jacques de Compostelle. Abraham Nuïlez Bernai, son oncle, eut le même sort 
à Cordoue, le 3 mai 1655. Ishac de Castro Taitas, un parent du médecin Eiiau Mon- 
laito et de l'imprimeur David de Castro Tartas, fut brûlé à Lisbonne en 1647. Sous 
le titre Elogios que Zelosos dedicaron à la felice memoria de Abraham Nuûez Bernai, 
parut un martyrologe poétique recueilli par Iabacob Bernai (Amsterdam, 1655), au- 
quel, outre l'auteur cité ici par Barrios, d'autres écrivains ont fourni des élégies. 
Joseph Bueno, déjà mentionné ci-dessus, avait fourni une SUva; ce qui induisit 
Wolf en erreur ; ce dernier, l. cit., p. 385, l'appelle Josepb Bueno Silva. 

4 Sur Miguel de Silveyra, v. de los Kios, Sephardim. 

5 Jacob Uziel, médecin a Venise, mourut à Zante en 1630. Son poème héroïque 
David parut à Venise, en 1624. 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

riqnez Gomez el de Sanson, y el Romance que décanta el martirio de 
Don lope de Vera 1 . 

Ishac Orobio Medico eminente 
Con sus libros da envidia a la sapiente, 
Y en lo que escrivie contra el Alheista 
Espinosa, mas clara haze la vista 2 . 
Ishac de Silva, con primor facundo 
Cantô en el Pindo la creacion del Mundo 3 . 
Joseph Frances armado de conceptos 
Guardo del Pindo harmonicos preceptos\ 

Illustré al Pueblo Hebreo Hamburgues con su exemplar obser- 
vancia Mosayca, y con sus poeticas expresiones, entre las quales 
viene este Epitafio al Jaxam Ishac Jesurum de Hamburgo 5 . 

Aqui de un Varaon ciente 
Se resolvo o corpo em terra, 
Que deste Mundo na guerra, 
Fes a humildade val en te : 
Da Ley sancta a o fogo ardente, 
Tanto a materia apurou, 
Que espiritu so ficou, 
Y para subir ligeiro, 
A su centro verdadeiro, 
O pesado aqui ficou. 

El Poeta y Doctor Mordochay Barrocas logrando la esperança la de 
circuncidarse hizo los élégantes tercetos que empieçan : 



Senor de los esercitos del cielo 

En que ha tomado puerto el aima mia 6 . 

1 Le gamson d'Antonio Enriquez Gomez parut à Rohan, en 1656; sa Romance al 
divin Martir Juda Creyente (Don Lope de Vera y Alarcon), martirizado em Valla- 
dolid for la inquisition est encore manuscrite ; voir Neubauer, Catal. of the hebr. 
M ss. in the Bodleian Library, 2481 5 . 

2 Sur Ishac Orobio de Castro et ses écrits, voir Biblioteca espanola judaïca. Il 
écrivit contre Spinoza son Certamen philosophiez , que G. de la Torre a traduit en 
espagnol et dédié à D. Carlos del Sotlo. 

3 Au sujet de Ishac de Silva, Barrios, dans son opuscule Alegras de Hymeneo 
(Amsterdam, 1686), dit élogieusement : 

Ishac de Silva 
Compuso con grave eslilo 
Un libro de versos varios 
Y a la obra univcrsal 
Hizo un torre de canto. 

4 Joseph Frances, un ami de David Cohen de Lara, à Hambourg. 

5 Ishac Jesuruu, hacham à Hambourg (mort le 19 mars 1655); il est l'auteur du 
miïiin Û^D et du Liuro da Providencia Divina (Amsterdam, 5423). 

6 Mordechay Barrocas vivait, à ce que nous supposons, à Pise. 



UNE HISTOIRE DE LA LITTERATURE JUIVE 287 

Pedro Teix{r y eira tract ujo de Persa en Espailol la historia de los 
Reyes de Persia : escrivio la de Hormuz el vinge que hizo de la 
India, Italia, y inurio en Verona \ 

Jonas Abrabauel cauoro kermauo 2 
Del grau Manuel Thomas que el « Lusitano J 
Pheuix » eu las Icrceras Islas hizo ; 
Ilustro de Ilclicoua el cristal rizo ; 

Y de la Sinagoga Amstelodama 
Dulce cauto eu el coro de la Fama 
Que la visito en pompa Reyua Iuglesa 
Maria flor de Magestad Fraucesa, 

Y el principe de Orange que guerrero 
Yerno fue del Ingles Carlos Primero. 
Fliau Machorro de apolinea cumbre 

A Holauda y al Brasil dio clara lumbre*. 
Juan de Farta 5 , el cuerdo Aron Dormido 6 
Sou Ruisenores del Musayco nido. 

David Nasi escrivio los primeros tomos Espafioles con grande eru- 
dicion de la Geograpbia Blaeuiana : los segundos lineo Daniel Juda, 
alias Don Nicolas de Oliver y Fullana 7 , cavallero Mallorquin, Sar- 
gento Mayor eu Catalufia, y circumeidado Goronel de Infanteria en 
Holanda contra Francia, sieudo su teniente Gapitan Don Joseph 
Semah*, que despues tuvo el puesto de Gapitan. Oy el propuesto 
Fullana es Cosmographo de la Magesdad Catholica, y autor de in- 
signes libros de Cosmographia. Su muger Rebecca por otro nombre 
Dona Isabel Correa, tiene hecho un libro de varias Poesias 9 , y el 
erudito Thomas de Pinedo, alias Ishac de Pinedo, ilumino en su tra- 

1 Sur Pedro Teixeira, v. ma Monographie en tête de Benjamin Achl Jahre in 
Asien imd Africa (Hanovre, 1858). 

1 Jonas Abravanel, fils du médecin Joseph Abravanel et neveu de Manassé ben 
Israël (mort le 11 août 1667), auteur et éditeur, v. Biblioteca espaîlola judaica, s. v. 

3 Manuel Thomas, son frère, auteur du Phénix da Lusitania (Rouen, 1649), mourut 
dans File de Madère, le 10 avril 1665. 

4 E.iau Machorro n : est cité que par De Barrios. Moseh et Salomon Machorro vécu- 
rent en 1675, à Amsterdam, Voir D. II. de Castro, De Synagoge. . . te Amsterdam 
(S. Gravenhage, 1875), lv. 

5 Juan de Faria a célébré le Coro de las Musas de Barrios. 

6 Peut-être un parent de David Abravanel Dormido. 

7 D. Nicolas de Oliver y Fullana et non Fullano comme le dit Graetz, Geschichte 
der Juden, X, 199, xv, était originaire de Majorque, où il se trouvait encore en 
1650. Il y a une épigramme de lui dans la deuxième partie de Y Historia del Reyno 
de Mallorca de Vicente Mut. Thomas de Pinedo le désigne {Stephanus de Urbibus, 
p. 216. note 76) comme « litteris et astrologià eruditus » ; de même De Barrios (Coro 
de las Musas, p. 226) * Grande astrologo y erudito escritor de una parte de la Geogra- 
phia Blaeviana intitulada « Atlas del Mundo >. 

» Joseph Semah — et non Samedi comme l'écrit Graetz, l. c, X, xv — . Arias 
traduisit le Repuesta De Josepho contra Apion (Amsterdam, 1687). 

9 Sur Isabel Correa — la seconde femme de D. Nicolas de Oliver y Fullana — • la 
traductrice du Pastor Fido, v. Sephardim, p. 246 et s, 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ducion al Geographo Estephano de Griego en Latin y lo dedico al 
Marques de Mondejar l . 

Lorenço Escudero % por otro nombre Abraham Israël, famoso Pere- 
grino de Israël, vivio en Amsterdam con gran miseria por observai' 
tan firme la Ley Mosaica, que el marques de Garacena, Governador 
de Flaudes, no pudiendo con grandes promesas bolverlo a la religion 
Christiana, lo llevo en su Palaeio de Bruselas a sala en sala, hasta 
entrarlo en una Iglesia por ver si se reduzia mirando de las Ima- 
genes : y quedo tan entero en su firmeza, que se cubrio delante de 
ellas con el sombrero que antes no ténia puerto en presencia del 
Marques. Irrito con esta rara accion à los Gavalleros y Gapitanes 
que le bizieron pedaços, si por divino impulso, el Marques no les 
dixera lo dexassen salir. Fue extremado en la destreça de la espada, 
en la musica, y en el tocar sonoros instrumentos. Es uno de sus 
fructos Poeticos este pasquin que nxo en la Puerta de una Iglesia. 

En esta casa se aumenta 
Del Papa §u autoridad; 
Y aunque se reza por cuenta 
No conocen la Unidad. 

Abraham Pereyra*, dignissimo esposo de la virtuosa Donna Sara 
Pereyra, produjo ocho plausibles ramos, llamados el primero Ishac, 
el segundo Jacob, el tercero Moseh, el quarto Aaron, el quinto David, 
con renombres de Pereyras ; el sexto Donna Ribca, esposa del noble 
Jacob de Pinto, el septimo Donna Raquel, consorte del deboto Abra- 
ham Quiùiùo, y el octavo Donna Judith que murio doncella. Grecio 
tanto el famoso Arbol de estos ocho ramos, que en el govierno y vo- 
luntad de los Iudios Amstelodamos, arraygando las profundas 
raizes de su prudencia y caridad, hizo benigna sombra aun a la dis- 
tante Yesiba que mantuvo de la tierra Sancta. Sus fructi feras y doc- 
trinales hojas permanecen en dos salntiferos libros que compuso in- 
titulado una « Gerteza del Camino », y otro g Espejo de la Vanidad 
del Mundo » que celebraron doctos varones, y este Soneto que com- 
prise entonces. 

1 Sur Thomas (Ishac) de Pinedo, voir mon esquisse biographique dans la Monais- 
schrift, 1858, p. 191 et s. Graevius écrivait à Heinsius le 13 janvier 1669 (Bur- 
mann, SyUogi Epistolarum, II, 78) : « Amsterodami nuperius in Thomam de Pinedo 
Hispanum incidi... Judœum doctiorem nunquam vidi ». De Pinedo acheva son 
ouvrage en septembre 1676. 

2 Lorenco Escudero, l'auteur du Fortaleza del judaismo y con fusion del estraûo, qui 
est aussi traduit en italien et en hébreu (v. de Rossi, D'nion. Storic, p. 259), mourut 
vers 1683. 

3 Abraham Israël Pereyra, homme très riche, très charitable et très instruit de 
la communauté d'Amsterdam, partisan de Sabbataï Zewi, fonda une Yesiba à Hé- 
bron, où le médecin Méir NSVin fc "P£W, autre adhérent de Sabbataï Zewi, séjourna un 
certain temps. C'est lui qui persuada à Pereyra de se rendre à Gaza pour rendre 
hommage au pseudo-Messie. Pereyra est l'auteur des ouvrages de morale Certcza del 
(JarniiHO (Amsterdam, 1666), et Espejo de la Vanidad del Mundo (Amsterdam, 1671). 
Le sonnet reproduit ici se trouve en tête de ce dernier ouvrage. 



UNU HISTOIRE DE LA LITTERATURE JUIVE 289 

Cano peral, aunquc en virtuel facundo, 
Das de tu iugenio en rama peregrina 
Constante flor de candida doctrina, 
De excmplar vida tïuto sin segundo. 

('.on alla copa de saber profundo, 
Gran sombra ofreces al que te examina, 
Aibol feliz de erudicion Divina, 
Luz del espejo en que se mira el mundo. 

A moral passas dende con felizes 
Prevenciones el tardo fructo ofreces 
Con que a la Vanidad del Suelo enojas 

Cuerdo en los ramos, sano en las raizes 
Culpas a las costumbres que aboreces, 
Aun con tu exemplo mas que con tus bojas. 

En el aîio de 1676 Ishac Nimez, alias Don Manuel de Belmonte \ 
Coude Palatino y Résidente del Rey de Espana en los Paises Baxos, 
formo una Academia Poetiea, de que fue juez con dos insignes su- 
getos ; uno el Doctor Ishac de Rocamora * alias Fray Vicente de Roca- 
mora^ dominico natural de Valencia, y Predicador de la Emperatriz 
Donna Maria de Austria, otro Ishac Gomez de Soso \ famoso Poeta la- 
tino, y sobrino del Doctor Semuel Serra 1 *, que imitio a Virgilio en 
la Poesia Latina, El Mantenedor de la Justa Poetiea fue yo, y aven- 
tureros Abraham Henriques, Moseh Rosa x \ Moseh Dias 6 , y Abraham 
Gomez Silveyra\ 

Ilustrola con sus raros enigmas Jacob Castilo s , muy perito en las 
artes libérales, y con sus explicaciones Abraham Gomez Arauxo y 
otros nobles ingenios. 

M, Kayserling. 



1 D. Manuel de Belmonte, fils de Jacob Israël Belmonte précité, fonda 1' « Acade- 
mia de los Floridos » décrite par Barrios. 

2 Sur Ishac de Rocamora, v. Sephardim, 291. 

3 Ishac Gomez de Sofa (Sossa), fils d'Abraham Gomez de Sossa, mort en 16G7, 
médecin ordinaire de D. Fernando, gouverneur des Pays-Bas, auteur d'un ouvrage 
latin placé en tête de Alabancas de Santitad, de Jahacob Jehuda Léon. 

4 On ne sait rien de plus de Samuel Serra. 

5 Moseh (Duarte Lopez) Rosa de Béja (Portugal), médecin et poète. Voir au sujet 
doses écrits Biblioteca 'espanola judaica, s. v. 

6 Moseh de Ishac Dia*s, auteur, imprimeur et libraire-éditeur à Amsterdam. Ses 
Meditaciones sobre la Historia sagrada parurent en deux éditions, Amsterdam, 1697 
et 1705. 

7 Abraham Gomez Silveyra, poète et auteur de Sennones (Amsterdam, 1677). 
Quelques-unes de ses compositions poétiques et apologétiques sont encore manus- 
crites. 

8 Jacob Antonio de Castilo ; v. à son sujet Sephardim, 253, 272. 



T. XVIII, n° 30. 19 



NOTES ET MÉLANGES 



LE SCHEM HAMMEPHORASCH 

ET LE NOM DE QUARANTE -DEUX LETTRES 



Malgré l'ingéniosité des raisons sur lesquelles M. Sidon a fondé 
son interprétation de l'expression timswin &■© (Revue, XVII, 238 
et suiv.), je ne puis cependant pas accepter sa démonstration 
comme convaincante. Dans le passage du Sifra, sur Lé vit., xxiv, 
11, sur lequel s'appuie cette explication — « le nom révélé au 
Sinaï » —, le point saillant n'est pas dans les mots ttmsttrï dis, 
qui expliquent &ta il du texte, mais dans la suite : ^rott ynw. Par 
cette dernière indication, on veut faire entendre que le blasphé- 
mateur avait blasphémé le nom de Dieu, qu'il avait appris à con- 
naître au Sinaï, et on justifie ainsi ou plutôt on explique l'ar- 
ticle défini (n) de ùttn ,."»r07a yttttîtD n'est donc nullement une 
paraphrase du sens de wviDîaîi, mais une explication du ïi dans 
BWtt. On sait que le Midrasch avait l'habitude d'interpréter l'ar- 
ticle défini. Je me bornerai à citer à ce sujet l'explication de 
b"6stt, Gen., xiv, 13, que le Midrasch interprète en disant que ce 
fuyard était le fameux fuyard dont parle le Dqut., ni, 11, qui fut 
le seul survivant de la race des géants, Og, roi de Baschan. 

Mais quant au véritable sens de l'expression umDttii diû, qu'il 
me soit permis de renvoyer à l'explication que j'ai donnée dans 
la Monatsschrift, de Graetz, année 1871, p. 382-384. Malgré les 
nombreuses discussions qui se sont produites depuis cette époque 
au sujet de umstort tra et qui ont été examinées également par 
M. Sidon, je considère toujours mon explication comme la véri- 
table, car elle est la seule qui établisse sans difficulté l'iden- 
tité des deux expressions ©tid»!i tara et im^rr de et qui donne 



NOTES ET MÉLANGES 291 

un sens satisfaisant, en même temps que conforme aux usages 
de la langue néo-hébraïque. Tout en renvoyant à l'article 
précité, je tiens à répéter brièvement ce qui suit, dans l'intérêt 
des lecteurs de la Revue qui ne peuvent lire la Monatsschrift. 
Les expressions ntrr»» et unis» se trouvent non seulement comme 
épithètes synonymes du nom sacro-saint de Dieu, mais elles sont 
aussi employées comme termes synonymes dans le Midrasch lia- 
lachique. L'expression im^, par laquelle un objet qui a un signe 
distinctif caractéristique est mis en dehors de la catégorie à la- 
quelle il appartient et est désigné comme étant séparé de tous les 
objets de la même catégorie, se rencontre plus fréquemment. Voir 
les passages suivants du Sifrê sur Deutéronome : § 70 (sur xn, 
14) mrrvfc tùm rvn ; § 107 (sur xiv, 26) û^nro iba rra ; § 221 
(sur xxi, 22) in™ Bpantt ritt ; § 272 (sur xxiv, 6) aiDii trrm !T2 
fivmr»» bïr© ; § 286 (sur xxv, 3) mrrp» rttfW ïitt ; § 287 (sur xxv, 
4) irrPTa iD^ ïro. Une fois, il est dit, dans le même sens (g 163, sur 
xiv, 15), "0*11373 *mï» fflo. C'est le passage où on établit les signes 
des oiseaux impurs. Or ce passage se retouve dans le Talmud baby- 
lonien, Hullin, 61 a; mais là, il est ainsi conçu : nrrr» n^3 rto. Par 
là, l'identité du sens des deux termes se trouve établie, et, en même 
temps, nous sommes assurés de l'identité de leur signification 
comme épithètes du nom de Dieu : c'est le nom distingué de Dieu, 
le nom séparé de tous les autres noms. Il est inutile de démon- 
trer que ce sens du participe poual de la racine inns est en har- 
monie avec l'emploi habituel de cette racine dans la langue de la 
Mischna. Comme exemple de l'usage du même participe dans la 
langue des anciens Tannaïtes, par laquelle s'explique aussi l'ex- 
pression tmswtt ûe 7 je ne citerai que la parole de R. Simon b. 
Gamliel dans la Mechilta sur Exode, xv, 25 : nws nam N3 
tro "noa "WTa m"pn *Wi "pimiSE. Je me bornerai à observer 
encore que le mot araméen ûnç 1 », merveilleux, qui a été éga- 
lement cité pour l'explication de notre expression, notamment en 
se basant sur le Targum de Juges, xm, 18, et le sens néo-hébreu 
de la racine se rattachent l'un à l'autre, autant que l'idée du 
merveilleux a de connexité avec l'idée de ce qui se distingue de 
l'ordinaire. D'ailleurs, le mot de l'hébreu biblique usité pour dési- 
gner une merveille, quelque chose de merveilleux, abs .abw, 
pe ut être ramené, quant à sa racine, au même sens primitif. 
Dans la forme parallèle nbs de cette racine, ce sens fondamental 
de la séparation, de la distinction est facile à reconnaître, comme 
on peut le constater par tous les lexiques hébreux. 

M. Sidon a aussi consacré une observation à mon interprétation 
du nom divin de quarante-deux lettres {Die Agada der hàbyion. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Amoraer, p. 18), p. 240, note 2. Je reconnais la justesse de sa 
remarque, savoir que, selon mon hypothèse, en comptant les 
quarante-deux lettres du nom divin, il faut y compter les quatre 
lettres du tétragramme, tandis* que le nom de douze lettres, ex- 
pliqué par moi selon le même principe, ne contient pas le tétra- 
gramme. Il y a déjà longtemps que cette objection m'a été faite, par 
lettre, parle D r Rosin de Breslau. Mais je crois qu'elle ne pèse pas 
trop lourdement dans la balance : il est facile de comprendre que, 
pour le grand nom complet, on ait compté aussi le nom de quatre 
lettres avec les dix attributs et que, pour le nom moins solennel ne 
renfermant que trois attributs, le nom de douze lettres, qui selon 
mon système n'est qu'un résumé du premier, on ait laissé le té- 
tragramme de côté. Le fait que dans Aboi de R. Nathan on ne 
parle que de sept choses au moyen desquelles Dieu aurait créé le 
monde ne prouve naturellement rien contre mon hypothèse, car 
ce passage n'est qu'une modification postérieure de la sentence de 
Rab sur les dix choses au moyen desquelles le monde a été créé 
[Ilagiga, 12 a). Si ce dernier passage a été utilisé par moi et, à 
mon avis, avec succès, pour l'explication du nom de quarante- 
deux lettres, il ne s'ensuit nullement, comme le veut M. Sidon, 
qu'il faille un nom de Dieu répondant aussi aux « Sept choses » 
dont parlent les Aboth de R. N. *. 

Qu'il me soit permis, à cette occasion, d'appeler l'attention sur 
une remarque de Rabbénu Tam, dans Tossafot sur Hagiga, 
11 b (s. v. fwn •;■»«), que j'ai négligée dans mon interprétation 
du nom de quarante-deux lettres. Ce dernier, ainsi le croit 
R. Tam, c'est le miafina ïtwn, que la Mischna de Ilagiga, n, 1, 
défend d'exposer, les quarante-deux lettres de ce nom se trouvant 
dans les deux premiers versets de l'Écriture Sainte (Gen., i, 1 et 
2). Je crois que R. Tam, ou l'auteur à qui il doit cette explication, 
avait en vue une autre parole de Rab, où il énumère les dix 
choses qui ont été créées le premier jour et qu'on peut découvrir 
dans les premiers versets de l'Écriture Sainte, Gen., i, 1-5. Cette 
sentence est ainsi conçue : ibNi 1HD»"I bT3 lanns û"n:n mw 
rr^b rvrai br m» tTO"i nn -pûm un imai irrn y-ian trtttt) p. 
Ces dix choses qu'on retrouve isolément dans le texte de l'Écri- 
ture peuvent fournir facilement une série de quarante-deux let- 
tres, par exemple de la manière suivante : 

1 Au sujet du passage des Aboth de R. N., cf. Graetz, Gnosticismus und Juden- 
Ihum, p. 36, et Oppenheim, dans la Monatsschrift de Frankel, 1855, p. 06 et s. 



NOTES ET MELANGES 293 



■pan d^ttuî 


8 lettres. 


irrm iïnn 


9 


— 


tin 


3 


— 


"pn 


3 


— 


nn 


3 


— 


d^ 


3 


— 


ù"p rro 


6 


— 


nb"ô mn 


7 


— 


Total... 


42 


lettres. 



Si.R. Tam a compris ainsi la composition du nom de quarante- 
deux lettres, il faut dans Tossafot, au lieu de TnrtN bu) piSDtti, 
lire TnriwN bo ù^pno&ft'i. Dans tous les cas, l'explication du nom 
divin de quarante-deux lettres à laquelle R. Tam fait allusion 
accuse la même tendance que mon hypothèse. Seulement dans 
cette dernière, ce ne sont pas des êtres créés, mais les attributs 
de Dieu agissant dans l'œuvre de la création, tels que Rab les 
énumère suivant les données bibliques, qui forment les éléments 
de ce nom. 

Budapest, 3 février 1889. 

W. Bâcher. 



TROIS DOCTEURS DE PADOUE 

TOBIAS MOSCHIDES — GABRIEL SELIG B. MOSÉ 
— ISAK WALLICII 



L'histoire juive n'a pas encore épuisé toutes les sources qui 
peuvent augmenter d'une façon notable les matériaux, en général 
insuffisants, dont elle dispose. Aussi espérons-nous retirer grand 
profit, au point de vue de l'histoire des savants juifs et de la cul- 
ture intellectuelle des Juifs en général, de l'examen des matricules 
des Universités. Comme nous nous proposons de publier à ce sujet 
un travail plus étendu, nous donnerons ici, à titre d'essai, les 
résultats auxquels nous ont amené ces recherches, pour établir la 
biographie d'un illustre couple d'amis. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jusqu'à présent on ne savait guère rien de précis sur les années 
d'étude de Tobias Moschides, malgré son autobiographie, qu'il 
nous a laissée sous forme d'introduction à son Encyclopédie 
(maiù ÏT&5253, Venise, V101). La personnalité de son collègue et 
compagnon inséparable, sauf le nom de Gabriel, que Tobias nous 
fait connaître dans cette même préface, était complètement 
ignorée. Gnaetz, X, 270, note 2, place l'époque où Tobias étu- 
diait à Francfort-sur-l'Oder, entre 1672 et 1678. Landshuth 
(Gegenwart, Berlin, 1867, p. 341) la place entre 1670 et 1680. 
C'était la première fois que des Juifs étaient admis à étudier la 
médecine à cette université prussienne. Ses statuts leur en défen- 
daient l'accès. Mais le grand Prince Electeur qui était alors sur le 
trône de Brandebourg accueillit à Berlin tous les exilés, les Juifs 
de Vienne comme les protestants de France. Ce fut lui qui procura 
à Tobias et à son ami Gabriel non seulement l'immatriculation, 
mais encore une subvention annuelle pour leurs études. En recon- 
naissance de ces faveurs, nos zélés étudiants dédièrent au Prince 
Electeur, qui commençait précisément alors à réunir les trésors 
manuscrits de la Bibliothèque de Berlin, un rouleau contenant un 
tableau de la grammaire hébraïque (n° 18, III, dans le catalogue 
de Steinschneider). Il y a donc un réel intérêt pour l'histoire juive 
à établir la date de ces faits. Les matricules l de l'Université de 
Francfort-sur-l'Oder nous ont conservé cette date et nous ont 
transmis les noms sous lesquels les deux amis furent admis le 
même jour. 

Le 17 juin 1678 furent inscrits: 

Gabriel Moysensis Broda Minoris Poloniae ; 
Tobias Mozyiensis Gallus. 

Pour la première fois, nous apprenons ici quelque chose de 
précis sur Gabriel. Il était Polonais, de Brody en Galicie, et son 
nom complet était : Gabriel b. Mosé. Tobias s'était fait inscrire 
comme Français; il avait droit à ce titre en sa qualité d'enfant de 
Metz. Il était à peine âgé de onze ans lorsqu'il devint orphelin, par 
suite de la mort de son illustre père, Mose Cohen Narol, rabbin 
de Metz (V. Abr. Cahen, Revue, VII, 223). Après le second ma- 
riage de sa mère 2 , ou peut-être même avant, Tobias, mûri avant 

1 D r E. Friedlânder, Mlterc Universitatsmatrikeln I. Uuiversitât Frankfurt a. 0. 
2, p. 159 (Publications tirées des Archives d'État du Royaume de Prusse, vol. 36). 

2 Elle devint la seconde femme de R. Simon Bacharach (v. le Memorbuch de 
Worms, p. 16). Les manuscrits de son premier mari, R. Mose Narol, parvinrent par 
cette voie à la bibliothèque de R. Jaïr Bacharach, qui les nomme dans son catalogue 
S^rO "PJO. 11 y avait aussi des lettres adressées par Tobias à son frère R. Jaïr. Un 
frère de Tobias, Iedidja Théophile, vécut et mourut à Worms ; ibid., p. 27. 



NOTES ET MÉLANGES 295 

l'âge, se rendit à Gracovie, où habitaient les frères et sœurs de 
son père, les enfants de son grand-père R. Eléasar. Tobias voulut 
suivre l'exemple de son grand-père et se faire médecin comme lui. 
C'est sans doute dans les écoles talmudiques de Cracovie qu'il 
contracta cette indissoluble amitié avec Gabriel b. Mosé. C'est en 
sa société qu'il fréquenta l'Université de Francfort-sur-1'Oder, où 
il s'adonna à l'étude de la médecine 1 . Il avait alors à peine vingt- 
cinq ans. Ne pouvant obtenir en cette ville le grade de docteur, 
nos Dioscures, disciples d'Esculape, résolurent de se rendre à 
Padoue. On sait ce détail par Tobias lui-même, mais grâce aux 
registres de cette Université, dont nous devons la communication 
à l'obligeance de M. le professeur Eude Lolli, Grand-Rabbin de 
Padoue, nous avons pu établir la date à laquelle les deux amis 
reçurent le chapeau de docteur des deux Facultés, de la médecine 
et de la philosophie. Il en résulte que Tobias Moschides, qui s'é- 
tait fait inscrire comme Polonais, passa les examens du doctorat 
le 25 juin 1683. Il avait donc consacré six années pleines à ses 
études. Aussi fut-il récompensé par le poste de médecin ordinaire 
du Sultan Ahmet. 

Le même jour, immédiatement après Tobias, un autre médecin 
juif, Isak Wallich de Francfort-sur-le-Mein, fut reçu docteur à 
l'Université de Padoue. Il appartenait à une famille de médecins 2 . 
Low Wallich, le fils d'Abraham Wallich, l'auteur de la Harmonia 
Wallichia Medica, était connu du judéophobe J.-J. Schudt de 
Francfort (v. Jùdische MerUwurdigUeiten, II, 402 et * 355 ; Horo- 
vitz, Jùdische JErzte in Frcmkfurt a. M., p. 31). Peut-être notre 
Isak était-il aussi un fils de cet Abraham Wallich, dont le père 
portait également le nom d'Isak. Gabriel fut promu docteur le 
9 juin 1683. On l'appelle ici Gabriel Félix, fils de Moïse, de Brody 
en Pologne. Félix est évidemment la traduction du prénom Selig 
que Gabriel a dû porter également. Quand Tobias écrivit, à Andri- 
nople, la préface de son ouvrage, Gabriel était déjà mort, et il ne 
pouvait plus que rappeler la mémoire du fidèle ami de sa jeunesse 
avec lequel il avait vécu dans l'union la plus étroite pendant son 
séjour à deux Universités. 

David Kaufmann. 



1 Tobias fait mention encore vingt ans plus tard, dans le livre qu'il a composé, 
d'une femme géante qu'il avait vue en Allemagne lorsqu'il y étudiait, f° 77 b. 

2 Cf. Berlioer dans* Hebroische Bibliographie, VII, 82, et Lewin dans Jûd. Litte- 
raturblatt, de Rahmer, 1881, n» 33. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



1. 



1683. Die Mercurii 23 mensis Junii. 

(1681-88, fol. 35 v°.) 

Coram Illustrissime» Domino Comité et Equité Hieronymo Frigi- 
melica dignissimo Pra^side comparuit Ex mus dom us Nicolaus Galiachius 
et nomine Exc mi dom j Caroli Renaldini prœsentavit dominum Tobiam 
Moschidem l hebraum Polonum asserens esse suificientem se promo- 
veri in Phylosophia et Medicina, reverenterque petiit pro die Veneris 
hora 42, etinstetit assignari Puncta in utraquefacultatepro subeun- 
dis examinibus iuxta formam Ducalium, etc., cum intégra solutiooe 
pecuni<ne, ut moris est, etc. 

Item nomine proprio prœsentavit dominum IsaacWallichhebreeum 
francofurtensem in utraque facultate, etc., cum intégra etc. die et 
hora ut supra. Qua dominatio sua Illustrissima audita attestatione 
per Procuratores suos tam de sufficientia eorum quam de probitate 
admisit illos in forma. 

4683. Die Jovis 24 mensis Junii. 

Puncta d* Tobiae in utraque, sorte extrada : In Gap. de substantia : 
Commune autem omni substantiee in subiecto non esse, etc. 

In p m:l 4 lj tract. 2. Cap. 56 : Cura huius segritudinis diversificatur 
secundum horas suas, etc. 

Puncta d j Isaac in utraque sorte extrada : In p m0 Posteriorum lextu 
1° Omnis doctrina et omnis disciplina discursiva fit, etc. 

Ex Libro Aphorismorum, sect. 2°, Aphorismus 17. 

Ubi cibus prseter notum plus ingestus est, etc. 

In Dei iEterni nomine amen. 1683. Indictione 6 a die Veneris 25 
mensis Junii hora 12. iû exc° Collegio auctoritate Veneta Almi Gym- 
nasii Patavini doctorum Artistarum , cum preesentia IU mi domini 
Jacobi Cisati dignissimi Pro-Syndaci, nec non et infrascriptorum 
Excell rum dominorum doctorum ac Professorum et per brevia iuxta 
morem convocatorum.Ubi in eodem loco dominus Thobias Moschides 
hebrœus Polonus recitavit Puncta sua heri sibi sorte extracta in 
Phylosophia et Medicina bene se gessit tam in reasumendis et resol- 
vendis strictissimis obiectionibus sibi factis, per Excell 0s Arguentes 
quam in curando casu in re medica ei orectenus 2 proposito, adeo ut 
eruditionis suée omnibus maximum praebuerit argumentum, et finito 
examine semotus extra, iuxta solitum clausoque ostio positus fuit 
ad suffragia infrascriptorum Ex. dom rum doctorum; a quibus ex 
omnibus eorum votis doctor in Philosophia et Medicina aprobatus 
remansit. Qua approbatione per "Nuntium publicata, dennuo intratus 

1 A la marge : Tohias Moschides. 
a = Ore tenus. 



NOTES ET MÉLANGES 297 

fuit perlll nuun dominumGeorgium Turre dignissimum Pro-Pnosidem 
doctor iu utraque facultate prouuutiatus pnesentibus Excell mjs domi- 
uis doctoribus infrascriptis videlicet : 

Ilîmo domino Eugénie Turre diguissimo Pro-Prajside. 

Garolo Renaldino in Philosophia arguit. 

Joanne Pompilio Scoto. 

Antonio de Marchetis. 

Nicolao Ghaliachio, a quo fuit insignitus. 

Comité Alexandro Borroma>o. 

lHuniuico de Marchetis, arguit in Medicina. 

Garolo Patin Equité divi Marci, proposuit casum. 



IL 

Et post Iiîec statim in eodem loco convocato etiam ex causa infra- 
scripta pnrsentibus ut supra, etc., dominus Isaac Wallich l hebrœus 
francofurtentis recitavit Puncta sua heri sibi sorte extrada, etc., 
bene se gessit tam in reasumendis et resolvendis strictissimis obiec- 
tionibus sibi per Arguentes factis, quam in curando casu in re medica 
ei orectenus proposito adeo ut eruditioni suée maximum prœbuerit 
argumentum ; et finito examine, se motus extra, iuxta solitum, 
clausoque Ostio positus fuit ad suffragia infrascriptorum Ex rum do- 
minorum doctorum Professorum, a quibus ex omnibus eorum votis 
aprobatus remansit, nemine penitus atque penitus, etc. Qua qui- 
dem aprobatione per Nuntium publicata, denuo introductus, fuit per 
Ul m dominum Georgium Turre dignissimum Pro-Pra3side[m] doctor in 
utraque facultate pronuntiatus, prassentibus Excellentissimis dominis 
doctoribus et Professoribus ut supra, etc. 

Arguentes fuerunt. 

Excell 5 dominus Gomes Borromseus in Phylosophia, 

Ex s dom s de Marchetis in medicina, 

Proposuit casum Ex s dom 6s Joannes Pompilius 

Scotus, heri sorte extractis, etc. 

Ex s dominus Garolus Renaldini Insegnivit. 

Testi : domino Lando Meneghina Bidello Generali. 

Test. d° Petro Porta et Francisco Bernardi Bidellis. 

Qui supra Garolus Forta Gancellarius. 

III. 

4683 Die 6 mensis Julii. 

(1681-88, fol. 37.) 

Goram ill mo dom° Comité Equité Ilieronymo Frigimelica dig mo 
1 A la marge : Isaac Valligii heb. Francofurtensis. 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Préside Ex mi Gollegii, auctoritate publica comparuit Ex us dom ttS 
Joannes Pompilius Scotus Proeuratoret prœsentavit dom m Gabrielem 
Felicem 1 hebramm Polonum Brodensem donv Moysis filium, asse- 
rens esse sufficientem se possit (sic) promoveri in Phylosophia et 
Medicina reverenterque petiit pro die Veneris hora 12. ac instetit 
assignari ei Puncta in utraque facultate pro subeundis examinibus 
iuxta forma Ducalium cum intégra solutione pecuniœ, ut moris est. 

1683. Die Jovis 8, mensis Julii. 

Puncta domini Gabrielis Felicis hebrei Poloni, in utraque facul- 
tate, sorte, etc. 

In p mo Posteriorum text. q° : 

Si igitur est ipsum scire quale posuimus, necesse est, etc. 

Ex Libro Aphorismorum, sect. 2 a , Aphor. 17°. Ubi cibus prseter 
naturam plus ingestus est, etc. 

In Dei Eterni Nomine anno 1683. Indictione 6 a die Veneris q. men- 
sis Julii bora 12 in Exe. Collegio auctoritate Veneta Almi Gymnasii 
Patavini cum prsesentia 111* dom j Francisci Jacobi Gisati dig j Pro- 
Syndaci. Nec non et infrascriptorum Exc rum dom rum doctorum et 
Professorum per brevia iuxta morem convocatorum, ubi in eodem 
loco dom us Gabriel Félix hebrœus, Polonus Brodensis dorm Moysis 
filius recitavit Puncta sua heri sibi sorte extrada in Phylosophia et 
medicina, bene se gessit tam in reasumendis et resolvendis strictis- 
simis obiectionibus sibi per Exe. Arguentes factis, quam in curando 
casu in re medica ei orectenus proposito, adeo ut eruditionis suée 
omnibus maximum preebuerit argumentum, et finito examine, se- 
motus extra, iuxta solitum, clausoque ostio, positus fuit ad suffragia 
infrascriptorum Exc rum dom rum doctorum et Professorum in quibus 
ex omnibus eorum votis doctorin Philosophia et Medicina aprobatus 
remansit. Qua aprobatione per Nuntium publicata, denuo introduc- 
tus fuit per Ul m dom m Georgium Turre,dig m Pro-Prseside, œgrotante 
111° dora Comité Frigimelica, doctor in utraque facultate pronun- 
ciatus remansit, penitus atque penitus, etc. Prsesentibus Exc is dom is 
doctoribus infrascriptoribus, videlicet, etc. 

111° dom° Georgio Turre digniss Pro-Prseside, loco, etc. 

Carolo Renaldino, proposuit casum. 

Joanne Pompilio Scoto, a quo insignitus. 

Autonio de Marchetis. 

Comité Alexandro Borromseo. 

Nicolao Coliaehio, arguit in medicina. 

Carolo Patin, Equité divi Marci. 

Albino Albanerio, arguit in Phylosophia, sorte extractis, 

Testibus : d° Lando Meneghina Bidello Generali. 

Francisco Bernardi altero Bidello. 

Qui supra Carolus Torta Cancellarius. 

1 A la marp;e : Gabriel Félix hehr. Polacus, 



NOTES ET MÉLANGES 299 



NOTE SUR GENÈSE, III, 19 



Dans le texte pehlvi si intéressant que M. J. Darmesteter a 
publié ici et qu'il considère avec raison comme un élément utile à 
l'histoire de l'exégèse biblique, se trouve une interprétation des 
mots ^psa n*n (Gen., ni, 19) différente de celle qu'on donne 
communément et d'après laquelle cette expression ne signifierait 
pas « à la sueur de ta face », mais « à la sueur de tes narines ». 
Cette explication qui tranche sur celle qu'admettent unanimement 
les traducteurs et commentateurs de la Bible n'est pas cependant 
isolée, car elle se rencontre avec celle d'une autorité en matière 
d'exégèse, Abuiwalid ibn Ganâh. On lit, en effet, dans son Dic- 
tionnaire (col*. 63, 1. 18) : hx. dtaïi a^ao Eptf •prm*' &*bi arib t|&* 
■pBÉfâ nD*n ^sn rtfîa nVn^i Nn*^N im îidn. Il range donc le 
mot *f-aa dans la même catégorie que les autres passages où ïjn 
signifie nez, comme Psaumes, cxv, 6; Gen., xxiv, 27, ni, 7. 
Mais il traite ce mot comme un singulier; car ce n'est pas par 
erreur de copiste ou faute d'impression que le yod de ce vocable 
manque: dans un autre passage de son Dictionnaire (col. 279) il 
donne une autre explication de cette expression : rw (comme 
?r\ Ézéch., xliv, 18, « lieu de la force », les reins) signifie 
« force », et ^dn « colère », « dans la force de ta colère » 
CfniW frnta), à cause des peines et tourments que donne le souci 
de se nourrir; or, cette interprétation n'est possible qu'avec la 
lecture ^dn, au singulier. Aussi bien, ce mot est-il reproduit trois 
fois sans yod, col. 279, 1. 28 et 30 ; 280, 1. 23. Au reste, Abuiwalid 
donne encore ici la première explication en second lieu et même 
avec plus de détails : jnm ïinpm ^mn pn*a ïtb *iObi "jn tip ipi 
"lââtba ^b bNTibwN i&nrnUNi asttb&n a?nbà m aba \id^ ab. « il 
est possible d'expliquer ainsi cette expression :* « à Ja sueur 
de ton nez » ; ceci n'a lieu qu'à la suite des fatigues et des 
efforts douloureux ». Salomon ibn Parhon adopte cette interpré- 
tation avec la lecture *]sn, sans yod, et il ajoute: w> -irm "O 
tTSBïn b'D'a tzrjinrr « car le nez sue plus que le restant de la 
figure » (éd. Stern, p. 5, d). Ni Abuiwalid, ni Ibn Parhon ne 
mentionnent la lecture *pBN et l'explication ordinaire par « face ». 
Le texte publié par M. Darmesteter prouve donc que l'opinion 
d'Abulwalid n'est pas dépourvue de l'appui de la tradition exé- 
gétique, puisque le texte pehlvi témoigne qu'au ix° siècle, en 
Orient, le mot 'psa de notre passage était traduit dans le même 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sens que le mot ton, « ses narines », qui se trouve dans le passage 
précédent de la Genèse, au en. n, v. 7. 

Budapest, 27 mai 1889. t 

W. Bâcher. 



SUR LES MONNAIES DE SIMON 



Un passage du Midrasch confirme l'identification proposée par 
M. Graetz de Simon et de Julianus. Dans Schir Haschirîm 
Rabba, sur le verset bn^D "p, les Israélites sont loués de n'avoir 
pas échangé leurs noms hébreux pour des noms étrangers : 
•p-iip vn «bi *ppbo "p^ran pian *pnro "p 272 rai pian ù53ia nN otb sb 
(lis. onaonb) o^uob tp-pbi ^bib p^np m Nb p^ïïUibi oisnn ■pianb 
NTnosba "ï^mb-i. 

« Ils ne changèrent pas leurs noms (en Egypte); ils s'appelaient 
Ruben, Simon. . . en entrant (en Egypte), et Ruben, Simon. . . en 
en sortant. Ruben n'était pas appelé Rufus ; Simon, Julianus ; 
Joseph, Justus; Benjamin; Alexandre. » On voit qu'à l'époque de 
la rédaction de ce passage le nom de Simon avait pour corres- 
pondant étranger Julianus. 

Ce texte est reproduit encore dans Vayihra Ràbtta, 32 : Nb 
"O&obnb "pnfinb abi ons-n î-mmb "pTip vu « Juda n'était pas ap- 
pelé Rufus, ni Ruben Julianus ». Mais évidemment c'est la ver- 
sion de Schir Haschirim Rabba qui est la meilleure, car généra- 
lement ces noms étrangers étaient choisis pour leur ressemblance 
avec le mot hébreu, et Rufus doit certainement se rapporter à 
Ruben et nullement à Juda. 

Fcjerst. 



CORRESPONDANCE 



DES PRÉTENDUES MONNAIES DE SIMÉON ET DE BAR-K0Z1B! 



Monsieur le Rédacteur, 

Je viens vous prier de vouloir bien donner une place dans votre 
estimable recueil à un article de justification personnelle. 

Dans le tome XYII de la Revue (p. 42), qui vient seulement 
de me parvenir, je trouve une réfutation, signée par M. Th. 
Reinach, de ma théorie sur l'origine et la dénomination des 
monnaies de Siméon publiée dans le tome XVI (p. 161). Mais 
que dis -je une réfutation? Mon hypothèse est presque traitée 
d'absurde. Cependant, pour me réduire au silence, il aurait fallu 
que les arguments de mon adversaire fussent autrement décisifs. 
Voici le premier de ces arguments : « Gomment l'auteur explique- 
t-il les monnaies 1 ayant la légende Siméon, prince d'Israël, et 
Élêazar le prêtre ; les attribuera-t-il aussi à Julianus et à Pap- 
pos ? » Par cet argument, M. Reinach se réfute lui-même. Il croit 
que les monnaies ayant la légende binur» aroa "prM appartien- 
nent, selon toute vraisemblance, à Siméon et ne peuvent être 
attribuées également à Julianus. Or les numismates les plus com- 
pétents les attribuent à Simon b. Gamliel. Elles datent donc de la 
première révolution et n'ont rien de commun avec les monnaies 
de Siméon du temps d'Hadrien. Les numismates sont embar- 
rassés de savoir comment ces monnaies de Siméon ont pu être 
frappées par Bar-Koziba, puisqu'il n'y a pas ombre de preuve 
établissant qu'il ait porté le prénom de Siméon. Et on veut qu'il 
ait encore porté, par surcroit, le titre de prince, N^uîa ! Mais s'il en 
était ainsi, il aurait dû prendre le titre de roi, que R. Akiba lui 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

décerne arpiatt KSbfc &nfi an. — M. Keinach n'a pas tenu compte 
de mon argument, que la littérature talmudique appelle les mon- 
naies de Koziba simplement monnaies de Koziba, tandis qu'il 
aurait fallu les appeler monnaies de Siméon, si elles avaient réel- 
lement porté ce nom. On est encore plus autorisé à admettre que 
les prétendues monnaies d'Éléazar ont dû appartenir à la pre- 
mière révolution, car il n'est pas établi qu'il y ait eu pendant la 
deuxième révolution une personnalité du nom d'Éléazar qui ait 
pu figurer comme ayant droit de frapper monnaie. Mettre en 
avant le dévot agadiste Éléazar de Modin est une explication dé- 
sespérée. C'est comme si on disait que, pendant la Révolution 
française et sous la Terreur, des monnaies ont été frappées sous 
le nom d'un prêtre insermenté. Et on soutient encore qu'à côté 
du roi-messie si autocratique Bar-Koziba, il y avait un second 
personnage frappant monnaie ! Cette circonstance nous fournit 
le critérium nécessaire pour distinguer les monnaies de la pre- 
mière révolution de celles de l'époque d'Hadrien. 

Ainsi le premier argument de M. Reinach n'ébranle nullement 
ma thèse. Les monnaies ayant simplement le nom de Siméon ap- 
partiennent bien au temps d'Hadrien, mais ne sont nullement des 
monnaies de Bar-Koziba. 

Le deuxième argument de M. Reinach n'est pas plus décisif. 
Beaucoup de monnaies ont la légende ym, lorsqu'il y aurait eu 
toute la place nécessaire pour mettre 'j'Wtï) en entier. Or M. Rei- 
nach me renvoie à des monnaies grecques qui ont aussi des lé- 
gendes de noms en abrégé. Sans doute la place manquait sur ces 
monnaies. Quelque grande que soit en numismatique l'autorité de 
M. Reinach, elle ne dépasse pas celle des numismates de Saulcy 
et Madden, qui ont trouvé fort anormal et étrange que, lorsque la 
place ne manquait pas, on ait mis 273^, et non "pV^E. C'est là un 
point de repère pour distinguer deux sortes de monnaies. 

Le troisième argument de M. Reinach n'est pas plus convain- 
cant. « Comment Hadrien aurait-il accordé aux Juifs le privilège 
de frapper des monnaies propres ou comment aurait-il pu fermer 
les yeux quand on surfrappait des monnaies impériales romaines» ? 
— Cet argument me semble prouver que M. Reinach n'a pas 
apprécié toute la portée de la concession faite par l'empereur 
Hadrien aux Juifs lors de son avènement au trône. Il semble 
même ne pas la reconnaître comme un fait historique, et il la qua- 
lifie de prétendu projet de reconstruction du Temple. Or la con- 
cession au sujet de la reconstruction du Temple sous Hadrien est 
attestée non seulement par une source juive, mais encore par un 
contemporain chrétien, Fauteur de la lettre de Barnabas. « Voici 



CORRESPONDANCE 303 

ce qui est plus significatif : les serviteurs de ceux qui ont détruit 
le temple aident à la construction du nouveau ». 

Le fait historique est donc établi d'une manière irréfutable, et 
nous pouvons apprécier facilement la portée de la concession. Si 
l'empereur a autorisé la restauration du temple, et s'il y a même 
contribué, il a concédé eo ipso le rétablissement d'un État juif 
avec une capitale et un chef politique, bien que subordonné 
à l'empereur. La concession peut même avoir été plus large 
et avoir donné le droit de frapper des monnaies propres , 
comme Démétrius avait autorisé le prince macchabéen Siméon, 
surtout parce que ces monnaies à légendes hébraïques ne pou- 
vaient avoir cours qu'en Judée, de sorte qu'aucune atteinte n'était 
portée aux droits de la Majesté impériale 1 . — Fort bien, mais 
comment Hadrien a-t-il pu autoriser la surfrappe par des légen- 
des hébraïques de monnaies romaines à figures d'empereurs ? La 
loi romaine punissait les délits de ce genre du bagne ou même de 
la peine de mort, comme on le voit dans les sentences du juriste 
Paulus. Même si on admet que cette loi date des premiers temps 
de l'ère impériale, ce n'est pas là une objection bien sérieuse. Au 
contraire, le fait qu'une loi a été nécessaire pour empêcher la 
surfrappe des monnaies impériales prouve que des cas pareils ont 
dû se produire. La sévérité de la peine édictée prouve le mieux 
la fréquence du délit. Abusus testatur itsum. C'est ainsi que, 
lors du rétablissement de l'indépendance, des monnaies ont pu 
être surfrappées à l'insu de l'empereur. 

La signification des deux personnalités de Julianus et de Pappos 
n'a pas été de la part de M. Reinach l'objet d'un examen plus 
judicieux que la concession de la reconstruction du temple. 
M. Reinach les considère comme deux personnages obscurs. Or, 
suivant une relation authentique, ils étaient V orgueil d'Israël : 
banni bo tiï-i&w diddi "maoabN Dia^bv. Plus loin, M. Reinach les 
traite dédaigneusement de changeurs qui ont fait une bonne af- 
faire à la faveur d'un moment propice. Or le texte, qui est abso- 
lument authentique, dit d'eux « qu'ils ont pourvu ceux qui étaient 
venus de Babylonie en Judée pour prendre part à la reconstruc- 
tion, d'or, d'argent et de tous les objets nécessaires. » M. Deren- 
bourg, dont M. Reinach oppose l'explication à la mienne, n'a pas 
tenu compte du sens de ce passage. 11 est conçu dans les termes 
suivants : ûDnis bsn nnn Bjoid ïibna "»bir "ppao» *jm. M. Derenbourg 



1 C'est sans doute pour la même raison que certains pays et certains princes 
avaient le droit de frapper des monnaies de cuivre et non des monnaies d'argent, les 
premières n'ayant cours que dans le pays. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a dû lire dd*i£ b3, sans 1 copulatif. De là son erreur dans l'expli- 
cation du passage. û^ns bii donne à la phrase un tout autre sens. 
Je suis persuadé que M. Derenbourg, qui est un ami de la vérité, 
reconnaîtra la justesse de mon explication. D'ailleurs, yipsoia si- 
gnifie pourvoir abondamment, donner abondamment, et non 
« faire le change de monnaies contre d'autres monnaies ». Julia- 
nus et Pappos n'étaient donc nullement des changeurs avides de 
gain, mais des bailleurs de fonds. Gela concorde avec le fait qu'on 
les appelle « l'orgueil d'Israël ». En souvenir de leur délivrance 
(sans doute de leur délivrance des mains de Quietus) un jour 
commémoratif fut institué. La légende, qui très souvent reflète 
un fond de vérité historique, leur donne une place d'honneur 
dans la galerie des saints. En un mot, Julianus Alexander ou 
d'Alexandrie et son frère Pappos étaient des personnages de 
haute distinction. Ils jouissaient d'une grande considération et 
pouvaient très bien figurer nominativement comme ayant droit 
de frapper monnaie. Sans aucun doute, ils ont joué un rôle 
important lors du projet de restauration du temple et de l'État 
juif. Si M. Reinach avait examiné plus sérieusement tous ces 
faits, il n'aurait pu dire : « des changeurs sont-ils des chefs poli^ 
tiques et ont-ils l'habitude d'inscrire leurs noms sur les monnaies 
dont ils font le trafic » ? Cette réfutation ironique est d'autant moins 
justifiée que Julianus et Pappos n'ont certainement pas fourni 
aux immigrants babyloniens des monnaies à légendes hébraï- 
ques, qui ne pouvaient encore avoir été frappées durant cette 
première période : s'ils ont fait des affaires de change, ils ont 
dû opérer sur des monnaies grecques et romaines de bon aloi. 
Mais, en réalité, ils n'ont pas fait d'affaires de change. Dans tous 
les cas, mon hypothèse est plus plausible que celle qui attribue 
les monnaies de Siméon à Bar-Koziba, pour lequel rien, absolu- 
ment rien, ne prouve qu'il ait porté le nom de Siméon. 

Graetz. 



Réponse de M. Reinach. 

Après avoir lu et relu consciencieusement la note de M. Graetz, 
il m'est, à mon grand regret, impossible de modifier ou de retran- 
cher quoi que ce soit à mon article du n° 33. Mon éminent con- 



CORHESPONDANΠ30b 

tradieteur ne me paraît avoir réfuté aucune des objections que j'ai 
adressées à sa thèse, et les arguments nouveaux qu'il apporte ou 
croit apporter ne convaincront aucun numismate 1 . Il est bien 
certain qu'en attribuant les « monnaies de Simon » à Bar Cochba, 
on fait une hypothèse, puisque le prénom de Simon n'est pas ex- 
pressément attesté pour ce personnage ; mais au moins cette hypo- 
thèse n'a-t-elle rien d'invraisemblable et se fonde-t-elle sur deux 
laits avérés : l'un, que les monnaies de Simon sont bien de l'époque 
d'Adrien, l'autre, que Bar Cochba a bien frappé monnaie. Au 
contraire, la thèse, également conjecturale de M. Graetz, ne peut 
invoquer en sa faveur aucun fait, aucun texte positif; elle choque 
toutes les vraisemblances, enfin elle exige un chassé-croisé de 
noms propres bien autrement aventureux que la supposition toute 
simple que Bar Cochba, comme son précurseur Bar Gioras, por- 
tait le prénom banal de Simon. Si leTalmud appelle nos monnaies 
« Monnaies de Bar Cochba », au lieu de « Monnaies de Simon », 
c'est que le Talmud parle la langue de tout le monde et que le 
patronymique Bar Cochba était le nom sous lequel on connaissait 
universellement le héros de Béthar ; cela ne l'empêchait pas de 
signer ses monnaies de son nom officiel « Simon », comme le roi- 
prêtre Antigone avait signé les siennes, en hébreu, « Mathathias ». 
On pourrait, sans difficulté, trouver des faits analogues dans la 
numismatique païenne. Ainsi, les monnaies frappées en Grèce par 
Lucullus, questeur de Sylla, étaient connues sous le nom de 
« Monnaies luculliennes » (Plutarque, Lucullus, c. n), et cepen- 
dant le cognomen de Lucullus n'y figurait pas. 

Je crois inutile de m'arrêter aux autres arguments numismati- 
ques et juridiques de M. Graetz : le respect que je professe pour le 
savant historien ne me permettrait pas, d'ailleurs, d'insister sur leur 
faiblesse, mais je ne puis m'empêcher de remarquer avec quelle 
facilité l'imagination dénature ou grossit les faits historiques pour 
y trouver des arguments à l'appui d'un paradoxe. Ainsi, de ce 
qu'Adrien a peut-être autorisé un instant la reconstruction du 
temple de Jérusalem, M. Graetz conclut qu'il a eo ipso recons- 
titué « l'état juif » et autorisé les Juifs à frapper monnaie ! C'est 
comme si l'on disait que Louis XVI, en rendant la liberté de cons- 
cience aux protestants, leur a, par cela même, restitué les places 
de sûreté que leur attribuait l'édit de Nantes. Adrien pouvait 

1 Je ne comprends pas comment M. Graetz peut sérieusement attribuer au pa- 
triarche Simon II ben Gamaliel, contemporain de la première révolte, les monnaies 
de Simon Nasi. Non seulement ce personnage n'était point JVasi, mais le titre même 
de Nasi nexistait point au sens où le prend M. Graelz, à cette époque. (Cf. Deren- 
bourg, Essai, p. 270 et 3il.) 

T. XVIII, n° 36. 20 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

être tolérant, c'est-à-dire sceptique, en matière religieuse, mais 
en matière politique il était aussi fortement imbu qu'aucun de 
ses prédécesseurs des principes de centralisation et d'omnipotence 
traditionnels chez les empereurs romains. 

Quant à savoir si Julien et Pappus étaient ou n'étaient pas 
des changeurs, c'est affaire entre M. Derenbourg et M. Graetz ; 
je n'ai pas à prendre parti entre leurs interprétations diver- 
gentes du texte du Midrasch, et d'ailleurs cela importe peu. 
L'essentiel est que ce texte ne dit aucunement que Julien et 
Pappus aient frappé monnaie, tandis que cela est expressément 
attesté pour Bar Gochba ; il me semble que cela suffit pour tran- 
cher la question. 

Théodore Reinach. 



Nous recevons la lettre suivante de M. Pariente, directeur de 
l'École de l'Alliance israélite de Smyrne : 

» M. Salomon Reinach se demande [Revue, 1889, t. XVIII, p. 107) 
quel est l'imprimeur juif qui, d'après le Journal d'Antoine Gal- 
larid, habitait Smyrne dans la seconde moitié du dix-septième 
siècle. Or, je possède un ouvrage édité à Smyrne à cette époque, 
ou plus exactement en 5420 (1660), sous le règne de Mahomet IV, 
par l'imprimeur Abraham Béhar Yedidia Gabbaï. C'est l'ouvrage 
intitulé as©» î«5W ïibYrtTi hdîd [Kenesset Haguedola, Hoschen 
Misehpath), parle rabbin ntta ]' ma (MosséBen Bassat). D'autre 
part, on a l'habitude de donner, dans nos parages, une origine 
italienne à tous les noms patronymiques précédés du mot Béhar, 
(On dit ici, d'une façon générale, que tous les Béhar *©a sont 
Calabrais). 

» Il y a donc tout lieu de supposer que l'imprimeur livour- 
nais (?) auquel fait allusion Galland n'est autre que l'éditeur pré- 
cité du Kenesset Haguedola. J'ai cru intéressant de vous fournir 
ce petit renseignement. 

» Agréez, etc. 

» P. -S. Pariente. » 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

(Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre 
mais de l'auteur de la reccnsion, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



1. Ouvrages hébreux. 

"l"OTK DÏ-nSN '0 Deraschot par ordre alphabétique, par Abraham Palagi. 
Smyrne, impr. Hayyim Abraham de Segora, 5649 (1889), in-f° de 101 ff. 

mTiarî rP3 Sâmmtliche Gedichte Rab. Hai Gaon, nach Hdss. und alten 
Editionen mit erlàuternden Anmerkungen der Gelehrten J. Reifmann, 
J. M. Senders, u. S. J. Halberstam... von Samuel Philipp. Collection II. 
Lemberg, libr. du Bet-habbehira, 1889; in-8° de VIII-58 p. En tête, 
titre ge'néral : Auswahl hebràischer Classiker. La collection I est probable- 
ment le recueil de poésies de Juda Hallévi publié précédemment. 

mbn^ msbîl Halachoth Gedoloth nach dem Texte der Hdschr. der Vati- 
cana hrsggb. und mit kritischen Noten versehen, von D r J. Hildesheimer. 
Berlin, impr. Itzkowski, 1888; in-8° de 188 p. Publications de la Soc. 
M'kize Nirdamim. 

rPŒ&nn ÏTIÛSrçab 1*n5î 'o Réflexions sur le récit de la Création dans la 
Genèse, par Aron Lœb Neumann. Jérusalem, imp. Isaac Tessler, 5649 
(1889), in-4° de 20 ff. 

JV1DT ISO Sepher Sikkaron, Grammatik der hebr. Sprache von R. Joseph 
Kimchi, zum 1. Maie herausggb. von D r Wilhelm Bâcher. Berlin, libr. 
M'kize Nirdamin, 1888 ; in-8° de XVI-75-16 p. Public, de la Soc. M'kize 
Nirdamim. 

Iinbnîl ^ by l'nïT'îl ""fi 'O Morale juive d'après le Talmud et autres 
ouvrages rabbiniques, par Isaac fils de Simson Suwalski. Varsovie, libr. 
Suwalski, 5649 (1889) ; petit in-8° de 120 p. 

"l"D.7!l TlO^ Etude sur le calendrier juif, 3 e édition revue et augmentée, par 
Hayyim Selig Slonimsky. Varsovie, impr. Lewinski, 5649 (1889) ; in-8° 
de IV-83p. 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3VN 3Nrû Das Buch Iliob ùbersetzt und erklârt vom Gaon Saadia, nach 
Ilandschriften der Bodlejana u. d. k. Bibliolh. in Berlin, herausggb. u. 
mit Anmerkungen verscben von D r John Cohn. Altona, impr. frères 
Bonn, 1889 ; in-8° de 112 p. 

btfTù^ bv nVPTÎkîl nvnpb Beitrage zur Geschichte der Judenverfolgungen, 
von Jonas Gurland. Separatabdruck aus dem Jùd. Liter. Magazin, hrsgg. 
von Eisig Gràber. Cracovie, impr. Josef Fischer, 1888 ; in-8° de 40 p. 

bJSni^"' rii:3 IttNtt Apologie du Judaïsme, par Bser Lœb Friedmann. Varsovie 
1886 ; in-8° de 91 p. 

Û^-pD^î PIDS53 Mafteach ha-Pijutim, Index zu D r Zunz' Literaturgeschichle 
der synogogalen Poésie, von Ad. Gestetner. Berlin, libr. J. Kauffmann à 
Francfort-s.-M., 1889, in-8° de VIII-127 p. Publié par le Conseil de la 
Fondation Zunz. 

D^p" 1 ^ ni2H^73 Nolice biographique sur Ilayyim ibn Atar, de Sale' (au Maroc) 
et sur Hayyim Aboulafia, au commencement du xvili e s., par Abraham 
Hallévi ibn Sosan. Jérusalem, impr. Lilienthal, 5649 (1889), in-8° de (12)- 
36 ff. 

\M2^2 '3 Ï"TC5E 'n nnn '*B Ù3> mérita nno «Commentaire de Maïmonide sur 
la Mischnah Seder Tohorot, publié pour la l re fois en arabe et accompagné 
d'une traduction hébraïque, par J. Derenbourg, 3 e livraison. » Berlin, impr. 
H. Itzkowski, 1888 ; in-8°, p. 65 à 178. Publications de la Soc. M'kize 
Nirdamim. 

pn^" 1 "ïHD "0 Pachad Jizchak ; lettre n. Berlin, libr. M'kize Nirdamim. 
1888 ; in-8° de 183 ff. Publicat. de la Soc. M'kize Nirdamim. 

rplin ■vfflfc'in nom by triîmsh tP'JttD 'O Peschatim u. Peruschim, Erklâ- 
rungen zum Pentateuch von R. Jacob aus Wien, nach einer Hdschr. der 
konigl. Biblioth. zu Mùnchen, mit einem Anhange Se fer Haschlomoh ùber 
Masechet Megillah und Taanith von Rabenu Maschulam aus Badrasch 
nach einer Hdschr. der Hamburger Sladtbibliothek, hgg. von Menasse 
Grossberg. Mayence, impr. Joh. Wirth (Oscar Lehmann), 1888, in-8° de 
(xvi)-viii-272 p. Le Se'f Hasctilama commence p. 237. Badrasch (dans 
le titre ci-dessus) est Béziers. 

T by yap Sammelband kleiner Beitrage aus Handschriften mitgetheilt von 
Neubauer, Halberstam und Berliner, Jahrgang IV, 1888-5548. Berlin, 
libr. M'kize Nirdamim, 1888; in-8° de 74 -j- 40 p. Publicat. de la Soc. 
M'kize Nirdamim. 

Contient : 1. Û'iîaa'lïîïi rH12J3> "0"^, par Ad. Neubauer; 2. "^"îsnn 
bNTHJ" 1 "'S 2, 12 selihot sur divers événements historiques, recueillies par 
Isaac Baruch Hallévi, en 5639 (1879), avec additions et notes par S.-J. 
Halberstam. 

■jrûlïT 1 rmn S"lL2Dlp Etude sur l'application actuelle de l'année sabba- 
tique en Palestine, par Jonatan fils d'Abraham Isaac, de Byalistock. 
Wilna, impr. Juda Lœb, 5649 (1889) ; in-8° de x-84-(2) p. 

D^^HN U"l21 Die Osteologie der Talmudisten» eine talmudisch-anatomische 
Studie von D r L. Katzenelsson. Separatabdruck aus der Zeitung Haiom, 
1886-87. St-Pétersbourg, libr. du journal Haiom, 1888 ; in-8° de 138 p. 

Û^lï "HO NnBOin « La Tosephta, livraison Seraïm, avec le commen- 



BIBLIOGRAPHIE 309 

taire Ilosak Schlomoh, tiré d'un grand nombre d'œuvres et manuscrits, 
corrigée, nouvellement classée, complètement simplifiée et expliquée avec 
l'aide des sources talmudique et littéraire, par le rabbin Lev Friedlacn- 
dèr. » Presbourg, impr. A.dolf Alkalay, 5(549 (1889\ in-8° de 1G-286 p. 

1"wVr; rmn Taras Ilalascbon, eine tbeoretisebe und praktisebe Grammatik 
der bebr. Sprache ... von 13. L. Friedmann. Varsovie, impr. Josef Unter- 
biuidler, 1888, in-8° de 62 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Analele societatii istorice Iuliu Barascb. Année 2, n os 1 et 2. Bucharest, 
impr. Wiegnnd, 1888; in-8° de 224 p. 

Annuaire des Archives israélites pour l'an du monde 5650, publié par 
H. Prague, 6 e année. Paris, libr. des Archives israélites (1889), in-8°. 

En appendice : 1. Léon Kahn : Le 26 août 1789. — Hypol. Lévy : 
Souvenirs du blocus de Metz (1870). — L. Lazard : L'antisémitisme sous 
Louis XIV ; prouve, entre autres, ce que nous avions déjà dit dans le 
précédent numéro sur l'ouvrage de M. Léon Kahn, qu'à Paris, sous 
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Baudissin (Wolf Wilhelm Grafen). Die Geschichte des Altlestamentl. 
Priesterthums. Leipzig, libr. S. Hirzel, 1889 ; in-8° de xv-312 p. 

Behrend (Benzion). Die Kreti und Pleti, ihre inbaltliche Bedeutung und 
Geschichte. Krotoschin, libr. B. Behrend, 1888; in-8° de 37 p. Disserta- 
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Bellangé (Charles). Le Judaïsme et l'histoire du peuple juif. Paris, libr. 
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N3ID1D "D Bar-Kochba, oder die letzte Tage Zions, musikalisches Melo- 
drama in Reimen, in 4 Akten und 14 Bildern, verfasst von Abraham 
Goldfaden. Varsovie, impr. I.-O. Alapin, 1887 ; in-8° de 81 p. en judéo- 
allemand. Fait partie d'une collection intitulée : Golfadens jùdisch 
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Saladin. New édition. London, Rich. Bentley, 1888 ; in-8° de xiv-525 p. 

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Cassel (David). Hebrâisch-Deutsches Worterbuch nebst kurzer bebr. Gram- 
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libr. II. Handel, 1889, in-8° de ;2-360 + 47 p. 

24. Catalog, Judaïca u. Hebraïca ; publié par Jakob W. Pascheles, Prag, 
1889 ; in-8° de xxxn-48 p. Contient : Judaïca, n os 2416 à 3242; Hebraïca, 

n M 1 à 757. 

% 
Dalman (Gustaf Herman). Jùdischdcutsche Volkslieder aus Galizien und 
Russland. Leipzig, Centralburcau der Instituta Judaïca, 1888; in-8° de 
vni-73 p., n° 20-21 des « Scbriften des Institut. Judaicum » pour la con- 
version des Juifs. 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Franck (Ad.). La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux. Nou- 
velle édition. Paris, libr. Hachette, 1889, in-8° de vi-314 p. 

Handmann (Rudolf). Das Ilebrâer-Evangelium. Vol. 5,, fasc. 3, des Texte 
u. Untersuchungen, de Gebhardt et Harnack. Leipzig, libr. J.-C. Hinrichs, 
1888, in-8° de 142 p. 

Harris (Isidore). The Rise and development of the Massorah. Londres, 
impr. Wertheimer, Lea et O, 1889, in-8° de 50 p. Tirage à part de la 
Jew. Quarterly Review. 

Katalog n° 14, J. Kauffmann, Frankfurt a. M. Francfort-s.-M., 1889; in-8° 
de 100 p. Contient 2647 numéros d'imprimés hébreux et 149 numéros de 
mss. he'br. 

Katalog werthvoller und seltener Werke der hebr. u. jùd. Literatur, von 
Julius Benzian. Berlin, 1889; in-8° de 82 p., 1925 numéros. 

Kaupmann (D.). Die letzte Vertreibung der Juden aus Wien und Niederôs- 
terreich, ihre Vorgeschichte (1625-1670) und ihre Opter. — Dans le Jahres- 
bericht du sémin. rabb. de Budapest. Budapest, imp.de l'Athenâum, 1889, 
in-8° de 228 p. 

Levi (J.). Elia Levita, seine Leistungen als Grammatiker. Breslau, imp. 
Schottlaender, 1888, in-8° de 63 p. 

Levy (J.). Neuhebr. u. chald. Wôrterbuch ; 22° et dernière livraison. Leip- 
zig, 1889. 

Loeb (Isidore). Josef Haccohen et les chroniqueurs juifs. Paris, libr. 
Durlacher, 1888 ; in-8° de 103 p. Tirage à part de la Revue des Études 
juives. 

Voici quelques additions et corrections : Sur U 7, Tavara se trouve bien 
en Espagne, prov. de Zamora ; nous ne l'avions pas trouvé d'abord à 
cause d'une faute dans l'index du dictionnaire qui nous a servi. — V n° 4, 
sur ibn Tumart, voir Neubauer, dans Letterbode, VI, 22. — V n° 27 (cf. 
U 21), Ui^aa est Madrid. — O 96,29. Pour y'.Ttfn, M. Schiller Szi- 
nessy propose de lire pT£ laSJDîQ'a rflbfcHp m m 113 H ou i^pfabri 
plllt '23 "pli) 72125 (si nous comprenons bien). M. S. Sz. nous fait aussi re- 
marquer avec raison qu'il faut écrire Sabbioneta, non Sabionetta. — Nou- 
velle correction à Z 226 a, 1. 2 en remontant : au lieu de 3"D"I il faut 22"D"j, 
ce qui signifie, avec le signe suivant : *p Qà "T^ blDl, c'est-à-dire, ironi- 
quement : il y a maintenant tant d'années après la création et quelques 
autres encore. — Sur O 79, voir Me vue, XVIII, 60, note. — Dans V 
n° 6 étudié dans le paragraphe U 16, *p;pN est très probablement Agen, 
en France. 

Loening (Edgar). Die Gemeindeverfassung des Urchristenthums. Halle, libr. 
Max Niemeyer, 1889, in-8° de 154 p. 

Manassewitgh (B.). Die Kunst die hebr. Sprache durch Selbstunterricht 
schnell u. leicht zu erlernen. Leipzig, libr. A. Hartleben (1889); in-8° de 
xn-177 p. 

Menzel (Paul). Der griechische Einfluss auf Prediger und Weisheit Salo- 
mos. Halle, impr. et libr. C.-A. Kaemmerer, 1889 ; in-8° de 70 p. 

M'kize Nirdamim. Pour les publications de cette Société voir : n"Obï"î 

rnbvi:» — vnroî nso - nnrto n^D — priât** ins — "n by y^P- 



MBLIOr.RAPHIK 311 

Mohona (Loonello). Catalogo dci codici cbraici dclla Bibliotcca délia 
R. Università di Bologna. Florence, impr. Le MonniiT. 1888 ; in-8° de 
58 p. Extrait des C.ataloghi dei Codd, Orient, di alcune Bibliot. d'Italia. 

Mueller (Joël). Die Responsen der spanischen Lebrer des 10. Jabrbunderts, 
R. Mose, R. Cbanoch, R. Josepb ilir Abitur. — Dans 7. Bericbt ùber 
die Lohranstalt f. die Wissenscbaft des Judentbums in Berlin. Berlin, 
impr. Rosontbal, 1889 ; in-4°. 

Omont (IL). Spécimens de caractères bébreux, grecs, latins et de musique, 
gravés à Venise et à Paris par Guillaume Le Bé (1545-1592). Paris, 
1889. Extrait des Mém. de la Soc. de l'IIist. de Paris et de l'Ile de 
Fr., tome XV. 

Nouveaux spécimens de caractères hébreux gravés par Le Bé, à Ve- 
nise et à Paris, pour Giustiniani, Mazp de Parenza, Claude Garamond, 
Plantin, Michel du Boys. On se rappelle la précédente étude de M. Omont 
sur ce sujet, intitulé Spécimens de caractères hébreux, etc. M. Moïse 
Schwab a eu la bonté de nous envoyer (et nous reproduisons ici sa note) 
la liste complète des pièces contenues dans le premier recueil utilisé par 
M. Omont Ce sont : 1° Sentences rabbiniques, suivies du nom < Guil- 
laume Le Bé Sarfati » (français) ; 2° lettres diverses et mots sans suite ; 
3° Proverbes ; 4° Ps. xviu ; 5° I Chron., i : G Fragments du Psaume xl, 
avec gloses de Raschi ; 7° II Samuel, il, avec glose de Ralbag (R. Lévi 
b. Gerson), caractères raschi ; 8° Haftarah de la section Waëra % fragment 
de Jérémie ; 9° II Samuel, i. avec comment, de Ralbag et de David 
Qamhi; 10° Ps. lxxix ; 11° Genèse vin, fin, et ix ; 12° Fragment du 
Tour, série II, Ioré Déa, n° 09, avec glose dite Beth-Josef (par Josef 
Caro), et au verso : Maïmoni, lad Hazaça, section I, Yessodë ha-tora, 
chap. v, avec les gloses (Venise, Bomberg, fol. 1524) ; 13° Extrait du 
Ps. cxix ; 14° Pirké-Aboth, v, 20-23, avec gloses; 15° Lévitique, i, suivi 
de lettres et mots isolés ; 16° Ruth, n ; 17° et 18° Talmud de Jérusalem, 
Péa, fin, et Dema'i, commenc. (édition de Venise, 1520); 19° Fragment 
d'homélie, caractères rabbiuiques ; 20° un morceau du Sé/'er Haschoraschim 
(livre des racines) de Qamhi, et au bas, le psaume xc en caractères mi- 
nuscules ; 21° Sommaire (fort rare) du traité talmudique B. Berakhoth, 
chap. v et vi, avec références à l'abrégé de Maïmoni ; 22° Morceau de 
conjugaison des paradigmes hébreux, pou'al et hipliil ; 23° Lettres et mots 
isolés. — L'énumératioH qui précède suit le nombre des feuillets tels qu'ils 
ont été reliés pêle-mêle ; la publication de M. Omont rétablit leur ordre 
chronologique. 

Réquisitoire du ministère public dans le procès intenté au « Luxemburger 
Wort » pour outrages au culte israélite. Luxembourg, impr. Tb. Scbrœll, 
1889 ; in-8° de 28 p. 

Sack (Israël). Die altjùdiscbe Religion im Uebergange vom Bibeltbumc zum 
Talmudismus. Berlin, libr. Ferd. Diïmmler, 1889 ; in-8° de xvi-612 p. 

Contient les chapitres suivants : 1. Tendances et partis dans l'exil de 
Babylonie ; 2. Retour des Juifs, situation pénible ; 3. Ezra et Néhémie, 
réforme du Judaïsme ; 4. La période de la Grande-Synagogue; 5. Nou- 
velles idées; G. Suites de la conquête d'Alexandre; 7. Division des partis; 
8. Les guerres macchabéennes ; 9. Leur influence sur la religion ; 10. La 
dynastie macchabéenne ; 11. Situation politique et sociale jusqu'à la mort 
d Hérode ; 12. État religieux et moral; 13. Nouvelle phase du pharisa'fsme ; 
d'. Les Esséniens ; 15. Origine du christianisme; 1G. Persécutions contre 
14 Juifs et les chrétiens ; 17. Destruction de Jérusalem ; 18. L'école de 
Hidel et de Iohanan b. Zaceaï ; 19. Le Talmudisme sous Gamaliel II. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sciiolz (Anton). Commentai' zum Bûche Tobias. Wùrzbourg et Wien, 
libr. Léo Woerl, 1889 ; in-8" de vrn-1'72 p. 

Statistisches Jahrbuch des Deutsch-Israelitischen Gemeindebundes, 1889. 
Berlin, impr. J.-S. Preuss (1889); in-8° de (2)-116 p. 

Wkinsberg (Leopold). Der Mikrokosmos, ein angeblich im 12. Jahrhundert 
von dem Cordubenser Josef ibn Zaddik verfasstes philosophisclies System. 
Breslau, libr. Koebner, 1888; in-8° de 61 p. Démonstration manque ou 
est manquéc. 

Wolf (R.). Die siebzig Wochen Daniels. Eine kritisch-exegetische Studie 
als Inaugural-Dissertation zu Rostock vorgelegt. Leipzig, libr. J.-C. Hin- 
richs, 1889; in-8 J de 102 p. 

Zsghokke (Hermann). Der dogmatisch-ethische Lehrgebalt der alttes- 
tameutlichen Weisheitsbùcher. Wien, libr. Manz, 1889 ; in-8° de 
Viu-229 p. 

3. Notes et extraits divers. 

= M. Joseph Jacobs a publié dans la Archœological Review (Londres, 
chez David Nutt), n° 3, vol. III, mai 1889, p. 145 et suiv , un article inti- 
tulé : Are there Totem-Clans in the Old Testament? 

= Notre cher collègue M. Hartwig Derenbourg vient de publier deux 
ouvrages qui prennent une place importante dans la liste, déjà grande, 
de ses œuvres : 1° La fin de son Livre de Sîbawaihi, traité de gram- 
maire arabe, texte arabe (tome II, 2° partie, Paris, imp. nationale, 1889) ; 
2° Ousama ibn Mounkidh, un émir syrien au premier siècle des croi- 
sades (1095-1188), première partie, Vie d'Ousâma, chapitres I-V (Paris, 
Ernest Leroux, 1889 ; publié par l'Ecole des langues orientales vivantes). 
C'est de ce même Ousâma que M. Derenbourg a extrait deux passages 
concernant les Juifs dont la traduction française a paru dans la Jubel- 
schrift de Graetz. Dans l'ouvrage présent, M. Derenbourg donne la bio- 
graphie d'Ousâma d'après l'autobiographie de ce personnage et d'autres 
sources. 

= Un ms. contenant une ancienne traduction allemande de la fameuse 
lettre de Samuel du Maroc, qui joue un si grand rôle dans la polémique 
religieuse du moyen âge, se trouve à Salzburg ; signalé dans Geutral- 
blatt f. Bibliolhekwesen, 6 a année, 1 er fasc, janvier 1889, p. 31. 

= Notes diverses tirées du Boletin de la Real Academia de la Historia, de 
Madrid, tome XIV, 1889: 1. Mois de mars, p. 261, Templarios, Cala- 
travos y Hebreos, par M. Fidel Fita; donation de cinq jougs de terre faite 
par le roi don Sanche, dans le territoire de Azano, arrondissement d'il— 
lescas, en mars 1156, à Bon Juda Aben Muxarif, que M. Fita suppose 
être le fameux Juda b. Josef ibn Ezra, du temps d'Alfonse VIL Une par- 
tic de cette tenure fut plus tard cédée par Juda aux frères de l'ordre de 
Calulrava. — Avril, p. 364-5, note sur notre Josef Haccohen, par 
M. Fidel Fita. — Mai, p. 468, il a déjà été question, dans le Boletin 
(t. VII, p. 180), des souffrances endurées par les Juifs de Girone lors de 
la présence des troupes de Philippe III, roi de France, en 1285. Le 
12 octobre 1285, le jour même où don Pèdre le Grand, après avoir battu 



BIBLIOGRAPHIE 313 

les troupes du roi do France, entra dans la capitale de la Catalogne, un 
ordre de sou fils et successeur D. Alfonse, donné à Sarria près de Bar- 
celone, et envoyé à La Bisbal, décrétait que les compositions et conces- 
sions pour dette*» arrachées aux Juifs de La Bisbal par le roi de France, 
Lors do sa présence à Girone, étaient nulles et sans effet. M. Fidel Fita 
publie le texte de cette pièce. 

: La Chaîne de la Tradition dans le premier chapitre des Pirké Abot, par 
Isidore Loeb ; — dans le tome I de la Bibliothèque de l'École des Hautes- 
Études, section des sciences religieuses (Paris, libr. Leroux, 1889-). 

- Notices très instructives sur l'histoire des Juifs en Allemagne, pendant 
le moyen ûge, dans Geschichte Kaiser Karls IV. und seiner Zeit, par 
Kmil Weruusky, 2 e vol. (1344-1355), 1. Abtheilung, Innsbruck, libr. 
Wagner, 1882, chap. 6, p. 239 et suivantes: Judenverfolgungen, Geissel- 
fahrten, Grosse Pest. 

= Très bel article sur les Juifs de Russie, par M. Anatole Leroy-Beaulieu, 
dans la Revue des Deux-Mondes du 1 er mai 1889, réimprimé dans le 
tome III (Paris, libr. Hachette, 1889) de l'Empire des Tsars et les 
Russes, du même auteur. 

= Une intéressante étude sur la situation légale et politique des Juifs de 
Belgique a été publiée par M. Charles Demeure dans la Revue de Droit 
international et de législation comparée (Bruxelles, libr. G. Macquardt), 
tome XX, 1888, n° 3 et n° 5, sous le titre de : Les Juifs en Belgique. 

- L'ouvrage de M. Charles Both, intitulé: Labour and Life of the people 
(vol. I, East London ; Londres libr. Williams et Norgate, 1889), contient 
de nombreuses notices sur la vie des Juifs pauvres de Londres, principa- 
lement sur les tailleurs juifs émigrés, en partie, de Russie. 

= Le journal La Mëlusine publie depuis quelque temps une série de 
variantes du jugement de Salomon chez les différents peuples. Intaille 
antique, avec dessin, IV, p. 337; dans le Iatakas (Boudhistes), ibid. ; 
à Pompéi (avec dessin) ; au Thibet ; p. 313 et 366 ; en Chine, p. 385. — 
Légende de l'enfant qui parle avant d'être né, par M. Israël Lévi, ibid. % 
p. 323. 

= Dans Revue d'Anthropologie, n° du 15 mars 1889, p. 144, très intéres- 
sante étude de M. Salomon Reinach (avec le concours de M. S. Fuchs) 
sur Samuel Zarza, sur ses ouvrages, ses doctrines, sa biographie et sur 
l'épisode concernant la mort de Zarza qui est raconté dans le Iohasin 
[édition Filip., p. 226 a). M. Reinach" prouve que ce récit n'est qu'une 
légende. Elle serait venue de ce que Zarza aurait cru, avec certains phi- 
losophes, à l'éternité du monde, contrairement à la doctrine orthodoxe 
juive. 

- La librairie Delagrave se propose de publier, sous le titre de Reliques 
scientifiques, deux volumes où seront recueillis différents travaux et ar- 
ticles de feu Arsène Darmesteter. Une grande partie du premier vol. 
sera consacrc'e aux travaux d'érudition concernant le judaïsme, elle con- 
tiendra, entre autres, les articles de Darmesteter publiés par la Revue sur 
les Inscriptions romaines, sur l'Elégie du Vatican, sur le Talmud. En 
tète de ce volume, il y aura un portrait d'Arsène Darmesteter. Le second 
volume sera consacré aux études romanes du regretté défunt. Le prix de 
la souscription est de 30 francs pour les deux volumes. L'e'dition sera com- 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mencée dès qu'il y aura trois cent cinquante souscripteurs. Nous recom- 
mandons cette souscription à nos lecteurs. La rédaction de la Revue se 
charge de transmettre les souscriptions à l'e'diteur. 



4. Chronique des Journaux. 

Liste des nouveaux journaux : 

1 . a^afiWr, journal hébreu hebdomadaire, publié à Londres, par M. D. 
Goldman; in-f° ; le numéro a 8 p. à 2 col., prix, 8 sh. par an. Le nu- 
méro 1 (non chiffré) est date du 17 mai 1889. 

2. ■sb^'nhl T^fab. — Le Magld oranais, journal israélite arabe, en carac- 
tères hébreux carrés et raschi, publié à Oran sous la direction d'Elie Kar- 
senty ; hebdomadaire, 6 francs par an. — Les numéros 1 et 2 ont le format 
in-8° ; à partir du numéro 3, format in-f°. 

3. Der Familientisch, herausggb. von J. Kopelovitz. — Beilage zum Beth- 
Israel. — Publié à Wien. Le fascic. 2 de la deuxième année est de 
mars 1889. Format in-8° prix, G fl. par an avec le Beth-ïsrael ; le 
Familientisch seul, 1 fl. par an. 

4. Il Novelliere israelitico (Letture di famiglia), appendice al Corriere isra- 
elitico. Esce il 15 d'ogni mese. — Publié depuis le 15 janvier 1889, à 
Trieste, par le Corriere israelitico ; in-8° ; 3 flor. p. an. 

5. El Sabado, Revista quincenal, organo de los Jovhelim ; editor y redac- 
tor, Francisco Rivas Puigcever. — Journal portugais, publié à Mexico ; 
in-4* ; le numéro a quatre pages à deux col., prix, doll. 0,05 le nume'ro. 
Le n° 2 de la première année est du 27 avril 1889. Nous n'avons pas vu 
le n° 1, du 9 février 1889, qui, d'après l'annonce de certains journaux 
allemands, aurait porté pour titre : El Sabada seCreto, et aurait été publié 
par Elias Abarbanel y David, à Mexico (voir Israelit u. Jeschurun, 1889, 
p. 533; Jud. Literatbl., 1889, n° 17). D'après le n° 2, les Jovhelim ou 
Yoelim seraient une espèce de secte juive provenant de Sefarad (Espagne 
et Portugal) et qui observe le Sabbat. Ils ne connaissent qu'un seul 
livre, le livre de la Création (Genèse), à partir de bereschit bara jusqu'à 
beiom asot adonaï élohim ërer va-scliamaim. Ce sont des restes des anusim, 
et il y en a quelques-uns en Amérique, mais ils sont peu nombreux. 
L'éditeur est né à Campeche, dans le Yucatan, en 1850. Il paraît savoir 
l'hébreu. Il serait très inte'ressant d'avoir, par son journal, plus de dé- 
tails sur l'histoire des Yoelim. ■ 

Isidore Loeb. 



La Kabbale ou la Pbilosopbie religieuse des Hébreux, nouvelle édition, 
par Ad. Franck. Paris, libr. Hachette, 1889. 

La première édition de La Kabbale a paru en 1843, et c'est pour 
nous une grande satisfaction de voir notre illustre président, après 



B1BLI0GHAPH1K 8«i 

un espace de plus de quarante-cinq ans, reprendre son ancienne 
œuvre, celle qui a contribué à fonder sa haute réputation, pour la 
revoir et la perfectionner. Nous admirons à la lois, dans cette en- 
treprise, et la vigueur intellectuelle du savant qui garde encore, 
dans un âge avancé, toute l'aisance et la fraîcheur de la jeunesse, 
et la constance avec laquelle il est resté attaché à ses anciennes 
études et aux opinions qu'il a professées. M. Franck n'a pas varié 
dans son jugement sur l'âge et les origines de la cabbale, mais il a 
profité des progrès de la science pour expliquer avec plus d'exacti- 
tude qu'on ne pouvait le faire autrefois les textes qu'il invoque, et 
rectifier son opinion sur un grand nombre de passages du Targum, 
du Talmud et du Midrasch qu'on ne pouvait pas comprendre autre- 
fois comme on les comprend aujourd'hui. La Kabbale s'est donc re- 
nouvelée et rajeunie tout en restant semblable à elle-même; en appli- 
quant à son œuvre des retouches heureuses, M. Franck s'est gardé 
de l'altérer. L'eùt-il voulu, il n'en avait pas le droit. La Kabbale a 
fait événement autrefois, elle a été le point de départ de nombreux 
travaux sur la matière publiés en France et en Allemagne, l'histoire 
de la littérature cabbalistique de notre époque repose sur elle. Un 
ouvrage qui a eu une si haute fortune scientifique et exercé une si 
grande influence doit rester ce qu'il était. Nous ne regretterons donc 
pas que M. Franck n'ait pas modifié son jugement sur l'âge et l'au- 
thenticité du Zohar, quoique nous pensions que le Zokar est effecti- 
vement du xni e siècle. M. Franck est, du reste, loin de contester 
entièrement cette opinion, et ce qu'il entend par l'authenticité du 
Zohar n'est pas aussi absolu qu'on pourrait le croire. Il n'y avait 
rien à changer à l'analyse du Livre de la Création, elle était déjà 
excellente dans la première édition. L'exposé de la doctrine du 
Zohar est également exact et les auteurs qui sont venus après 
M. Franck n'ont pas sensiblement modifié l'idée qu'on peut se faire, 
d'après lui, de ce grand ouvrage. M. Franck a pu se dispenser d'étu- 
dier les ouvrages qui ont précédé le Zohar en France et en Espagne, 
il n'avait pas l'intention d'épuiser la matière et le Zohar est une 
'vraie encyclopédie de la cabbale qui a réuni et absorbé tous les ma- 
tériaux antérieurs. Les cabbalistes des siècles suivants n'y ont rien 
ajouté d'essentiel, M. Franck indique quelquefois, en passant, les 
idées nouvelles qu'ils ont introduites dans la cabbale, et cela suffit. 
Les chapitres consacrés à l'influence exercée sur la cabbale par la 
philosophie de Platon, l'école d'Alexandrie, la doctrine de Philon, le 
christianisme, la religion des Ghaldéens et des Perses, contiennent 
des aperçus dignes de l'homme qui a consacré sa vie à l'étude de la 
philosophie. Le grand problème actuel de l'histoire de la cabbale, 
c'est la recherche précise des voies par lesquelles les idées mystiques 
du dehors ont pénétré dans le judaïsme. Pour l'époque de la Mischna, 
le problème est à peu près résolu. L'éclosion du mysticisme, chez les 
Juifs, au temps de Ben Azzaï, Ben Zoma et Akiba, est évidemment 
due à l'influence des grands gnostiques de cette époque, le Fardes 



316 REVUE DES ETUDES JUIVES 

où ont pénétré les docteurs juifs a été planté par Valentinien. L'ori- 
gine du Livre de la Création est déjà plus difficile à comprendre : 
c'est, du reste, un livre à part, presque isolé dans la littérature cab- 
balistique et d'un étonnant caractère individuel. Le mysticisme des 
Juifs babyloniens s'explique, en gros, par l'influence du milieu ; la 
Babylonie est la terre classique du symbolisme, de la croyance au 
surnaturel et de la superstition. Le plus intéressant et le plus diffi- 
cite à découvrir, ce sont les origines de la cabbale moderne, née en 
France et en Espagne, au xn° et au xm« siècle. On ne sait pas du 
tout comment ces rabbins du sud de la France se sont initiés aux 
doctrines mystiques de l'école d'Alexandrie, de Pbilon, des gnos- 
tiques, des théologiens chrétiens, sans parler d'autres sources où 
ils ont puisé. La Kabbale de M. Franck, dès son apparition, a créé 
un mouvement scientifique dont l'auteur peut être fier ; nous espé- 
rons que cette seconde édition, à son tour, inaugurera une ère nou- 
velle pour l'étude de la cabbale et la solution des problèmes qui s'y 
rattachent. 

Isidobe Loeb. 



Julius Euting. Uber die iilteren licbraisclicn Steilie iin I.lsass. 

Extrait du livre composé pour la fête du Gymnase protestant de Strasbourg. 
J.-H.-Ed. Heitz, 1888, in-8°, p. 229-246 [3-20] et 4 planches. 



C'est un opuscule de grand mérite que celui où l'éminent épigra- 
phiste, M. le professeur Euting, a réuni et expliqué les inscriptions 
tombales de l'Alsace. Il y a en tout quatorze pierres qu'il nous met 
sous les yeux, admirablement dessinées, et qu'il a déchiffrées, au- 
tant qu'elles lui étaient accessibles, en accompagnant les inscrip- 
tions d'une traduction allemande. Chose remarquable, parmi ces 
pierres, trois sont des pierres d'inauguration, témoins de la construc- 
tion de synagogues alsaciennes qui n'existent plus. Le n° 1, que 
M. Euting fait remonter antérieurement à l'an 1200, était déjà conuu 
grâce à M. Lambert (Univers Israélite). La pierre de Molsheim, qui 
parait avoir été destinée à perpétuer le souvenir du fondateur de la 
synagogue, construite avant 1343, est malheureusement fortement 
détériorée, de sorte qu'on ne peut plus y lire ni le nom du fonda- 
teur ni la date (n° 13) de la fondation. De l'inscription de la pierre de 
Rouffach, on peut du moins encore distinguer le nom du donateur 
des pierres pour les portes de la synagogue, David b. Israël (n° 14). 
L'édifice lui-même doit d'avoir échappé à la destruction à ce qu'il a 
été utilisé comme cellier; l'architecte Winkler de Colmar (v. p. ■>, 
note 1) se propose de donner la description de cet intéressant monu- 



BLuLlOGHAPIIlK 317 

meut architectural daus le Bulletiu de la Société pour la conserva- 
tiou des monuments historiques d'Alsace. Les autres pierres portent 
des inscriptions funéraires, dont neuf se rapportent à Strasbourg. 
Elles datent des années 1223, 1325; 1329, 1344, 1347 et 1371. Trois 
d'entre elles ne portent plus de date. On voit par là que vingt ans 
après l'effroyable massacre des Juifs de Strasbourg en 1319, il y eut 
de nouveau des Juifs qui se fixèrent dans cette ville. Le même fait 
se reproduit à Colmar, d'où proviennent les deux dernières pierres 
de la collection. L'une d'elles porte' ia date de 1391 ; l'autre, qui est 
intéressante à cause du nom de famille Schuschan de R. Samuel b. 
Jehuda Schuschan, n'a plus de date par suite d'une fracture. 

Dans l'exemplaire que je dois à l'obligeance de M. Euting, je 
trouve les observations suivantes faites par l'auteur lui-même : 
P. 234 [8], pour l'explication de la lettre K, au lieu de "^IN lire LpnbiK. 
P. 236 [10], au lieu de lundi 19 Tammouz 1243, lire : dimanche. 
P. 244 [18], au lieu de l'explication défectueuse *ft DnatanN, il faut 
mettre simplement bnart nn\a nriN. A ces observations de M. Euting, 
qu'il me soit permis d'en ajouter seulement quelques autres. P. 238 
[12], n'p'n ne signifie pas nécessairement "*a*i tDVrpït, l'analogie avec 
les documents de l'armoire de Cologne ' permettant aussi de penser à 
WpHfcpïT, surtout la pierre d'inauguration de Strasbourg commen- 
çant par ces mots naïab }^*p -nar trïibtf. P. 239 [13], le signe abré- 
viatif qui se trouve sur mN"nabi ûizib ITD indique que ûttîb remplace 
le nom de Dieu. P. 239, la netteté des lettres dans le mot ma exclut 
l'interprétation du mot par mi3T3S. P. 240 [14], naab est employé dans 
le sens absolu, ce qui n'est pas sans exemple. P. 244 [18], "rVn, outre 
■>ai nb^sn, peut signifier aussi "W a^WT, ou "»an 'paaïT La pierre 
de Molsheim, sur laquelle on pourrait peut-être encore déchiffrer 
plus d'une lettre au moyen d'un.bon estampage ou de la photo- 
graphie, manque de toute cohésion quant à l'inscription. Il est cer- 
tain qu'au lieu de "p-na" 1 naïaa, comme M. Euting lit, il faut lire 
yw® nBTUa, dans la langue de Saron, les autres rimes et le i qui 
manque excluant la leçon de Jeschouroun. La traduction de M. Eu- 
ting, p. 245 (19), de frUD nsiDa tris nnbvi « Apportons des sacri- 
fices de taureaux dans la langue de Jeschouroun » doit être corrigée 
ainsi : Apportons des sacrifices en priant dans la langue de Saron 
(au lieu de sacrifices, des prières). Dans une inscription tumulaire 
de Venise de 1581, il est dit au sujet d'un ministre officiant 

û"hd ûiptta abia n^N 
a^3 bnpa n»N nsia 

v. ÛTî3K mnb, édit. Berliner, n° 77. A la ligne 6, au lieu de 1731S1 
■pTûaa, que M. Euting traduit : et son nom en droiture, on devrait 

1 Edit. Hœniger-Stera. 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peut-être lire lttfcn et traduire ainsi : flint rr^) il ramènera sa pos- 
térité et la mettra en liberté. 

Nous souhaitons que M. le professeur Euting ne perde pas de vue 
les découvertes de pierres funéraires qui seront faites en Alsace et 
qu'il soit bientôt en état de publier une collection nouvelle et plus 
considérable. Le sol de l'Alsace cache encore incontestablement bien 
des monuments juifs l . 

David Kaufmann. 

1 P. 48, 1. 14, lire, au lieu de le, ne pas les obscurcir, car Ûlb^SiO se rapporte aux 
fenêtres. P. 53, 1. 9, lire &n[b]'n£bl!"Itt. P. 71,1. 2,1a leçon i^n mb:H n'a pas de 
sens ; il faut lire ou ^H "6^*7 ou ^Tll "ib^"!. P. 78, 1. 3, d'en bas, le mot ÛDD" 1 ^ 
n'a pas été traduit. P. 79, 1. 8, au lieu de ^[ttîj^ps, il faut lire ^"PS, car Stern 
a remarqué à l'endroit du 1Ï5 deux lettres qu'on ne distingue plus, et 12 se résout 
souvent en a. P. 82, note e, Stern lit ttJ^SMTlbfc tt)3£î C3EN et traduit : bailliage 
de S 1 Laurent. Mais jamais Saint ne s'écrit ainsi, il se rend ordinairement par U51p. 
Je présume donc que ce mot signifie Amtssassen, assesseurs du bailli, assesseurs de jus- 
tice. P. 84, n° 219, ligne 4, lire Bru(x)ellia. P. 100, il est dit qu'on trouve dans trois 
signatures successives b"^"! pour b"3£"T. Cela n'est pas admissible, il faut dire que 
le £ ressemblant au y est plutôt appelé à être pris pour ce dernier. P. 113, note e, le 
ÏT^D du document est la véritable version, le mot se rapportant à Joseph. P. 152, 
ligne 2 d'en bas, lire p(r)edictam ; 158, ligne 7, lire Hallensibus, au lieu de Hallen- 
sidus. Je ne voudrais pas me prononcer sur la question de savoir si byUVP doit s'in- 
terpréter par f'psb rnb? mrt»a i"DT3i yotn w et ynb-nz) par t-nntaai naaniû 

■p"^ 1ï"n mb3>b, mais, en tout cas, Jerubaal et Schulbatz ne doivent pas être acco- 
lés aux noms à côté desquels ils se trouvent comme de véritables euphémies, comme 
s'ils en faisaient partie. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XVII, p. 308. — M. Jastrow nous écrit qu'il a depuis retrouvé dans 
Graetz, Histoire des Juifs, t. IV, 2 e éd., p. 261, note 4, l'explication de 
ludim par ludi, qu'il croyait nouvelle. Cette rencontre nous avait été si- 
gnalée également par notre excellent collaborateur, M. Bâcher. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 



• 



Gagnât (R.). Un milliaire inédit de Judée 95 

Darmesteter (James). Textes pehlvis relatifs au judaïsme 1 

Derenbourg (J.). Gloses d'Abou Zakariya ben Bilam sur Isaïe 

(suite) 71 

Grandmaison (Louis de). Le cimetière des Juifs de Tours 262 

Gunzbourg (David de). Études épigraphiques 212 

Guttmann. Guillaume d'Auvergne et la littérature juive 243 

Halévy (J.). Examen critique des sources relatives à la per- 
sécution des chrétiens de Nedjran par le roi juif des 

Himyarites. . « 1 6 et 1 61 

Jacobs (Joseph). Une lettre française d'un juif anglais au 

xm e siècle 256 

Kayserling. Une histoire de la littérature juive de Daniel Lévi 

de Barrios 276 

Lévi (Israël). Eléments chrétiens dans le Pirké Rabbi Éliézer.. . 83 
Loeb (Isidore). I. Polémistes chrétiens et juifs en France et en 

Espagne 43 et 21 9 

II. Un mémoire de Laurent Ganganelli sur la calomnie du 

meurtre rituel 479 

Reinagh (Salomon). Les Juifs d'Orient d'après les géographes et 

les voyageurs 101 

Reinach (Théodore). Le calendrier des Grecs de Babylonie et 

les origines du calendrier juif 90 

Schwab (Moïse). Le Maqré Dardeqé (fin) 1 08 



NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Le Schem hammephorasch et le nom de qua- 
rante-deux lettres 290 

II. Note sur Genèse, III, 19 299 

Blanchet (J. Adrien). Les Juifs de Pamiers en 1256 4 39 

Derenbourg (J.). Le nom de Jésus dans le Koran 126 



320 REVUE .DES ETUDES JUIVES 

Fuerst. Sur les monnaies de Simon 300 

Kaui<mann (David). I. Les Juifs et la Bible de l'abbé Etienne de 

Citeaux 131 

II. Une lettre de Josef Caro adressée aux Juifs de Car- 
pentras 133 

III. Trois docteurs de Padoue 293 

Lambert (Mayer). I. Le pluriel vocalisé en hébreu 118 

II. Deux passages talmudiques négligés ou méconnus 

par les exégètes juifs 120 

III. Quelques remarques sur les voyelles hébraïques chez 

les grammairiens juifs avant Qamchi 123 

Lévi (Israël). I. Une nouvelle interprétation de la. dénomination 

Schem Hammephorascli 119 

II. Les vers accusateurs 1 28 

III. Une anecdote sur Pharaon „ . . . 130 

Loeb (Isidore). Notes sur l'histoire des Juifs d'Espagne 136 



CORRESPONDANCE. 

I. Déclaration de M. Oppert 142 

II. Réponse de M. Halévy 144 

III. Réplique de M. Oppert 146 

I. Des prétendues monnaies de Siméon et de Bar-Koziba, par 

H. Gr^tz o 301 

II. Réplique de M. Théodore Reinagh 304 

Communication de M. Pariente 306 



BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique 148 et 309 

IL La Kabbale, par Ad. Franck 315 

Kaufmann (D.). Uber die àlteren hebraischen Steine im Elsass, 

par Julius Euting 317 

Additions et rectifications 1 60 et 31 8 

Table des matières 319 



FIN. 



VEBSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESS1S, 59. 



ACTES ET CONFÉRENCES 



DE LA 



SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



QUATRIÈME ANNÉE 

(10 e ANNÉE DE LA SOCIÉTÉ) 

1889 



ACT. ET CONF., T. I. 23 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 19 JANVIER 1889. 
Présidence de M. Ad. Franck, président. 

M. le président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

En ouvrant cette séance en qualité de président, je n'oublie pas 
que je dois la fermer à titre de conférencier. C'est une raison pour 
moi d'être bref dans la première partie de ma tâche. Assurément, 
vous auriez eu le droit de demander qu'on m'appliquât la loi qui 
interdit le cumul des fonctions. J'aurais dû le demander moi-même; 
mais j'ai mieux aimé céder aux aimables instances de votre 
Conseil. J'espère, toutefois, que vous nous pardonnerez à l'un et à 
l'autre, car je me bornerai, en ce moment, à rendre un légitime 
hommage à la mémoire de ceux de nos collègues que nous avons eu 
la douleur de perdre dans le cours de cette année. 

En tête de cette liste funèbre se place le nom vénéré et cher du 
grand rabbin du Consistoire central de France, Lazard Isidor. 
Mais que pourrais-je dire de lui qui puisse égaler ce qu'en a dit 
M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. L'oraison funèbre qu'il a écrite 
en son honneur n'a rien des solennités vides et sonores qu'autorise 
le genre. C'est un véritable portrait, un portrait vivant et charmant 



CCCVIU ACTES ET CONFÉRENCES 

où jamais l'éloge ne dépasse ni ne contredit la vérité, tout en la 
montrant sous son plus beau jour, comme font les peintres habiles. 

Le nom de M. Arsène Darmesteter appartient à la fois à la 
religion israélite et à la science. L'une et l'autre ne cesseront de lui 
payer un tribut de reconnaissance et d'affection dans lequel entrera 
le regret désintéressé qu'une vie aussi utile, aussi brillante, ait été 
tranchée si vite, avant d'avoir produit peut-être la meilleure 
partie de ses fruits. Ici encore, je vous renverrai aux paroles de 
M. Zadoc Kahn. Le petit discours qu'il a prononcé aux funérailles 
de M. Arsène Darmesteter est un modèle de grâce affectueuse et 
de cette simplicité du cœur, qui est la vraie éloquence, précisément 
parce qu'elle n'y vise pas. Cependant, avec le discours de M. Zadoc 
Kahn, je vous engage à lire celui de M. Gaston Paris, de l'Académie 
des inscriptions et belles-lettres. Le savant, lui aussi, a trouvé des 
accents venus de l'âme, et le chrétien n'a pas l'air de se douter 
que, devant la tombe d'un homme supérieur, qui fat également un 
homme de bien, il y ait la moindre différence de religion et de race. 

A mon grand regret, je ne pourrai pas m'étendre beaucoup sur 
les autres personnes très honorables, très bienfaisantes, très dévouées 
à notre Société, dont il me reste encore à vous entretenir. 

M. Adelson-Monteau, quoique très occupé d'économie politique 
et un des meilleurs interprètes de cette science, s'intéressait vive- 
ment à l'histoire et à la littérature juives et suivait avec passion 
les destinées du judaïsme lui-même, qu'il croyait appelé à parcourir 
encore une brillante carrière. 

M. Victor Saint-Paul, membre du Consistoire de Paris et très 
dévoué aux intérêts de la communauté israélite, ne l'était pas moins 
à ceux de l'humanité et de la science. Il a fondé un prix de 
25,000 francs destiné à récompenser la découverte la plus impor- 
tante touchant la diphthérie, cette maladie terrible qui ne pardonne 
presque jamais. M. Saint-Paul a fondé aussi, en faveur des 
étudiants en droit, une œuvre qui porte son nom et a généreusement 
contribué à la formation de la maison de refuge qui existe à Neuilly 
en faveur des jeunes filles. 

M. Henri Picart, que personne n'égalait en popularité parmi les 
israélites de Paris, a fait de la bienfaisance l'affaire de toute sa vie. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 JANV1KK 1889 CCCIX 

M. Gustave Léon habitait Bayonne, et, malgré la distance qui le 
séparait de nous, il a prêté à notre Société, dès les premiers jours 
de son existence, le concours le plus actif. 

Enfin, M. Emile Meyer, chef d'une très grande maison de com- 
merce, et placé à la tête d'une de ces industries parisiennes qui 
sont connues dans le monde entier, s'est montré très attaché au 
progrès de notre Société et a contribué, par son zèle et par ses 
sacrifices, à avancer la solution d'une des plus grandes questions 
de notre temps : le logement des ouvriers. 

Ces pertes nous sont sensibles, mais ne doivent pas nous décou- 
rager. Elles témoignent de l'étendue de nos forces et du profond 
intérêt qu'excite notre œuvre dans toutes les classes de la société 
israélite. 



M. Erlanger, trésorier, rend compte ainsi qu'il suit de la situa- 
tion financière de la Société : 



Mesdames, Messieurs, 

J'ai l'habitude d'être très court dans mes rapports financiers. Je 
le serai bien davantage aujourd'hui. 

D'un côté, le temps est précieux, et je ne veu»pas retarder votre 
plaisir d'entendre le rapport de M. le Secrétaire et la conférence de 
M. le Président ; de l'autre, je ne me trouve pas dans des disposi- 
tions d'esprit à faire une causerie financière. Une perte irréparable 
m'a plongé dans un deuil profond. J'ai déserté, depuis, plus d'un 
devoir. Vous me pardonnerez aujourd'hui la sobriété de ce rapport. 

Je vous demande la permission, Mesdames et Messieurs, de me 
borner à l'énumération des chiffres, qui, du reste, disent tout. Voici 
notre situation : 



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ACTES ET CONFERENCES 



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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 JANV1KK 1889 GCCXI 



Je n'ajoute qu'un seul mot. Vous aurez remarqué que nous 
sommes entrés dans une nouvelle phase. Faut-il l'appeler l'ère des 
déficits ? Non. Je me permets d'espérer que notre déficit est excep- 
tionnel et que, grâce à votre concours, qui ne nous a jamais fait 
défaut, les vides qui se sont faits dans nos rangs se combleront 
facilement. Laissez-moi finir sur cet espoir. 

M Th. Reinach, secrétaire, lit le rapport sur les publications de 
la Société pendant l'année 1888. (Voir plus loin, p. cccxxur.) 

M. Ad. Franck, président, fait une conférence sur le Panthéisme 
iciilal et le Monothéisme hébreu. (Voir plus loin, p. cccxn.) 



or 



Il est donné connaissance du résultat du scrutin pour le renou- 
vellement du tiers des membres du Conseil et le remplacement de 
MM. le grand-rabbin Isidor et Arsène Darmesteter, décédés. 
Sont élus : 
MM. Abraham Cahen, grand-rabbin, membre sortant ; 

Adolphe Franck, membre de l'Institut, membre sortant ; 
Isidore Loeb, professeur au Séminaire israélite, membre 

sortant. 
OprERT, membre de l'Institut, membre sortant ; 
Salomon Reinach, agrégé, ancien élève de l'École 

d'Athènes, membre sortant ; 
Théodore Reinach, docteur en droit, membre sortant ; 
Le baron Alphonse de Rothschild, membre de l'Institut, 

membre sortant ; 
Albert Cahkn, professeur agrégé au Collège Rollin ; 
Sylvain LÉvr, professeur à l'École des Hautes-Études. 

M. Adolphe Franck, membre de l'Institut, est élu à l'unanimité, 
au scrutin secret, président de la Société pour l'année 1889. 



LE PANTHÉISME ORIENTAL 



ET 



LE MONOTHÉISME HÉBREU 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 19 JANVIER 1889 

Par M. Ad. FRANCK 



Mesdames, Messieurs, 

La religion et la science sont les deux expressions les plus élevées 
de la pensée humaine et les aliments les plus nécessaires, non 
seulement de l'intelligence, mais de la vie elle même, de la vie 
collective et continue de la société. C'est en vain qu'on voudrait 
supprimer l'une ou l'autre et former des peuples uniquement com- 
posés, soit de croyants, soit de savants ou de philosophes, car la 
philosophie est, pour chaque époque, le résumé et le dernier mot de 
la science. 

La religion a son berceau, et, en quelque sorte, sa patrie natu- 
relle en Orient, la science en Occident, particulièrement en Europe. 
Quand l'Orient contemplatif, mystique, courbé sous l'empire d'im- 
muables traditions, commence à souffrir de son immobilité et à 
sentir le besoin d'être mieux armé contre les lois de la nature, 
d'être mieux informé de ses secrets et du parti qu'on peut tirer de 
ses forces, alors il tourne ses regards vers l'Occident, et, non content 



LE PANTHÉISME ORIENTAL ET LE MONOTHÉISME HÉBREU CCGXlll 

de subir l'ascendant de son génie, il se résigne à accepter sa domi- 
nation. Quand, au contraire, l'Occident, abusant des procédés de 
l'analyse et confondant la négation, la dissolution, avec le progrès, 
a tari dans son sein la source des sentiments, des idées, des 
croyances qui sont le patrimoine éternel des âmes, alors, il tourne 
ses regards vers l'Orient, curieux de prendre connaissance de ses 
dogmes, de ses traditions enveloppées de mystères, de ses langues, 
de son histoire, de ses monuments artistiques et littéraires. Tel est 
le spectacle que nous offrent les nations les plus civilisées de l'Eu- 
rope depuis la fin du dernier siècle et qui semble arrivé aujourd'hui 
à son plus haut degré de développement. C'est une nouvelle renais- 
sance, une renaissance orientale, succédant à la renaissance clas- 
sique, à la renaissance grecque et latine qui a répandu une si vive 
lumière entre le moyen âge et l'ère moderne. 

Parmi les premiers promoteurs de ce mouvement, nous rencon- 
trons Voltaire, le grand sceptique, le grand railleur, le grand 
démolisseur des institutions et des croyances les plus respectées 
jusqu'à lui ! Mais l'admiration singulièrement hyperbolique que pro- 
fessait Voltaire pour la philosophie et la législation de la Chine 
tenait moins à son goût pour l'Orient qu'à sa haine pour l'Occident 
chrétien. Il en est autrement de William Jones, de Volney, d'An- 
quetil-Duperron, tous les trois du xvin 6 siècle. Le premier, qui 
possédait, à ce qu'on assure, jusqu'à vingt langues, entre autres 
l'arabe, le persan et le sanscrit, a fondé la société de Calcutta, 
véritable atelier de science brahmanique, de philosophie et de litté- 
rature sanscrites. Le second, je veux dire Volney, l'auteur des 
Ruines et du Catéchisme du citoyen, le premier modèle de nos traités 
de morale civique, a été poussé par une véritable passion à visiter 
l'Egypte et la Syrie, après avoir appris l'arabe chez les Druses du 
mont Liban. Le plus grand, le plus admirable des trois par la force 
de la volonté, c'est Anquetil-Duperron. Sans ressources, sans appui, 
il s'engagea comme simple soldat dans un régiment en partance 
pour l'Inde. Et qu'allait-il faire dans l'Inde? Chercher les écrits qui 
renfermaient la religion de Zoroastre et apprendre la langue, abso- 
lument inconnue en Occident, dans laquelle ils étaient rédigés. 
Pour cela, il lui fallut se rendre dans une province reculée de la 



CGCX1V ACTES ET CONFÉRENCES 

presqu'île hindoustanique, dans le Guzarate, où s'étaient réfugiés 
les sectateurs du mazdéisme, ceux qu'on appelle les Guèbres ou les 
Parsis, après la conquête de la Perse par les Arabes musulmans. 
Mais, ô cruelle déception ! les prêtres parsis, les destours, n'enten- 
daient plus la langue de leur prophète et ne pouvaient plus saisir 
sa pensée qu'à travers une traduction relativement moderne. C'est • 
la langue de cette traduction qu'apprit Anquetil-Duperron : ce qui 
ne l'empêcha pas de publier en français le Zend-Avesta , c'est- 
à-dire la bible de Zoroastre, et d'en rapporter le texte original, le 
texte zend, que notre immortel Burnouf déchiffra plus tard et qui 
est aujourd'hui une des matières de l'enseignement du Collège de 
France, confiée à un des membres de notre société, à M. James 
Darmesteter. 

Les personnages que je viens de nommer ne sont que les pion- 
niers d'une exploration à la fois plus étendue et plus approfondie. 
Il me suffit, pour le but que je me propose, d'en signaler les résultats 
les plus importants, sans m'astreindre à aucun ordre chronologique. 
L'Egypte, déjà fortement entamée au point de vue scientifique par 
l'expédition du général Bonaparte et par l'institut créé à sa suite, 
a été conquise successivement par Champollion, par Mariette et par 
M. Maspero. A l'ancien Iran, l'ancienne Perse rendue accessible 
à nos recherches par Anquetil-Duperron, — Sylvestre de Sacy, 
Etienne Quatremère et Mohl ajoutèrent la Perse moderne. La 
Chine, arrachée à son isolement, ouverte aux regards de l'Europe 
attentive par les admirables travaux des jésuites, fut étudiée dans 
sa langue, dans sa littérature, dans son histoire, par Abel Rémusat, 
Pauthier, Stanislas Julien, Chavas et beaucoup de vivants, de jour 
en jour plus nombreux, que je ne puis nommer. D'autres savants, 
en non moins grand nombre, à la tête desquels, sans manquer de 
reconnaissance envers l'Allemagne et envers l'Angleterre, il me 
sera peut-être permis de placer Eugène Burnouf, ont répandu une 
abondante lumière tant sur le bouddhisme que sur le brahmanisme. 
Les noms des Vèdas et du Bhagavat-Gita, les légendes de Krischna 
et de Çakya-Mouni, les plus beaux épisodes du Ramayana et du 
Miiltalharala, sont presque entrés dans le commerce des esprits 
cultivés, et il n'y a pas jusqu'à nos professeurs de lycée, j.e n'ose 



LE PANTHÉISME ORIENTAL ET LE .MONOTHEISME HÉBREU CCGXV 

pas dire jusqu'à nos bacheliers, qui ne citent couramment les divers 
systèmes de philosophie indiens traduits par Colebrooke. 

Est-ce tout? Non pas. L'Assyrie et la Chaldée ont eu leur tour 
dans* cette suite non interrompue de merveilleuses conquêtes, les 
seules (pii soient dignes de l'humanité et de la civilisation. Après 
le déchiffrement des hiéroglyphes, est venu celui des inscriptions 
cunéiformes. Je n'ai pas besoin de nommer celui qui nous a donné 
la clef de cette énigme, si longtemps réputée indéchiffrable. Le 
monde entier le connaît, il est au milieu de nous, il est assis à cette 
table. 

A M. Oppert, — pardon ! son nom vient de m'échapper, — a 
succédé M. Sarzec, dont les fouilles intelligentes ont enrichi nos 
musées et la science archéologique. Vous avez entendu, il n'y a pas 
longtemps, M. Dieulafoy, revenu de la Susiane, faisant la descrip- 
tion du palais d'Assuérus et nous offrant un commentaire nouveau, 
recueilli sur place, du livre à'Esther. 

Chacune de ces antiques civilisations a sa physionomie propre, a 
imprimé sa marque sur les œuvres qu'elle a produites, langues, 
religions, littératures, institutions sociales, créations de l'art. C'est 
par là qu'elles nous charment, nous captivent et nous éblouissent 
comme les rayons du soleil qui a éclairé leur naissance. Mais l'esprit 
qui les anime et les inspire, le fond qu'elles récèlent sous la diversité 
infinie de leurs formes, est le même. C'est le panthéisme. Le pan- 
théisme, c'est la confusion de Dieu avec la nature, et de l'homme 
avec Dieu. L'homme et la nature ne sont dans ce système que de 
fugitives apparences, de pures illusions, une magie universelle, une 
mma comme disent les Indiens. Dieu seul existe, Dieu est l'être 
unique. Il ne faut pas vous imaginer qu'il ait fallu un grand effort 
d'intelligence pour en venir là. Le panthéisme n'est, après tout, que 
la synthèse ou l'expression la plus complète du polythéisme. Ce 
sont tous les lieux, dont chacun préside à un phénomène différent 
de l'univers, réunis en un dieu unique dont l'univers, dans sa 
totalité, est la manifestation visible. 

J'ai donc le droit de dire, ce que d'ailleurs l'histoire nous 
démontre, que tout l'Orient, avec son polythéisme illimité et exu- 
bérant, a dû nécessairement être poussé à l'idée panthéiste ; même 



CCCXVl ACTES ET CONFERENCES 

le dualisme des Perses n'est pour ainsi dire qu'un panthéisme à deux 
parties qui se rejoignent dans le Temps sans bornes, principe supé- 
rieur à Ormuzd et à Ahriman, et qui doit finir par les absorber ^ 

Vous voyez tout de suite à quelles conséquences aboutit la doc- 
trine panthéiste, qu'elle se présente comme une philosophie ou 
comme une religion. Si la nature et, par suite, la vie n'est qu'une 
apparence, elle ne mérite le respect ni en nous-mêmes, ni dans les 
autres ; elle n'est pas digne qu'on y attache le moindre prix ; on 
n'est pas coupable de s'en débarrasser dès qu'elle nous gêne, ou 
d'en débarrasser nos semblables quand ils deviennent un obstacle 
pour nous. D'un autre côté, si Dieu est tout, c'est lui qui est l'auteur 
de nos actions et non pas nous : notre volonté et notre pensée ne 
sont pas plus à nous que notre existence. Nous ne sommes ni libres 
ni responsables. Nous n'avons aucun mérite de faire le bien, nous 
ne sommes pas criminels en faisant ïe mal, ou pour parler plus 
exactement, le bien et le mal ne sont que des illusions, des mots 
vides de sens. Dieu est, lui aussi, privé de liberté, par conséquent 
de justice, de bonté, de prévoyance, puisqu'il n'y a rien en lui qui 
ne soit nécessaire. 

Toutes ces conséquences, nous les trouvons réunies dans le 
bouddhisme, la forme la plus accomplie, la plus savante, la plus 
séduisante aussi du panthéisme oriental ; je puis dire tout simple- 
ment du panthéisme. Vous savez que le fondateur de cette religion 
n'est ni Dieu, ni fils de Dieu, mais un sage, un bouddha, ,un soli- 
taire du nom de Çakya : Çakya-Mouni. La vie est, à ses yeux, 
tellement méprisable qu'il se dérobe à tous les devoirs qu'elle lui 
impose. Fils de roi, destiné à régner sur un grand empire, marié 
aune femme aussi vertueuse que belle et dont il est l'idole, il quitte 
son palais, son trône, sa famille, son peuple, pour s'ensevelir dans 
la solitude. Il n'en sort que pour apprendre aux hommes à se 
guérir du mal de l'existence. Le remède qu'il propose, c'est l'ex- 
tinction volontaire de toutes nos facultés, c'est le repos dans 
l'inconscience et dans l'immobilité, c'est le nirvana. 

Au lieu des huit béatitudes de l'Évangile, il n'y en a qu'une 
seule dans la doctrine de Çakya-Mouni : heureux ceux qui ne vi- 
vent pas, qui n'ont jamais vécu ou qui ont. cessé de vivre ! Pitié 



LE PANTHÉISME ORIENTAL ET LE MONOTHÉISME HÉBREU CCCXVII 



pour tous ceux que la mort, non seulement la mort physique, mais 
la mort intellectuelle a laissés debout ! De là dérive toute la morale 
du bouddhisme. Toutes ses vertus ne sont qu'une variante de la 
pitié. Pourquoi faire le mal? Pourquoi tuer, voler, mentir, exercer 
la vengeance ? Ceux que nous voulons faire souffrir souffrent bien 
assez. Les avantages que nous croyons nous procurer à leurs dé- 
pens ne font qu'ajouter à nos douleurs. Satisfaire nos passions est 
un sûr moyen d'irriter ou d'accroitre notre supplice. 

Le bouddhisme, qui de l'Inde a passé dans le Thibet et clans la 
Chine, règne, à ce qu'on assure, sur une population de quatre à 
cinq cent millions d'âmes. Ne règne-t-il qu'en Orient? Ce serait une 
grande erreur de le croire. Un peu avant le milieu de notre siècle, 
le philosophe allemand Schopenhauer l'a introduit dans une portion 
notable des classes cultivées de la société européenne ; car ce qu'on 
appelle le pessimisme n'est pas autre chose que la doctrine du Boud- 
dha. Le mal qu'a déjà fait le pessimisme, je n'ai pas besoin de vous 
le signaler. C'est lui qui empoisonne notre littérature et nos mœurs, 
qui brise nos courages, énerve nos meilleurs instincts, nous laisse 
presque indifférents entre la liberté et un immonde césarisme. 

Quel a été, dès la plus haute antiquité, l'adversaire du boud- 
dhisme, même avant qu'il fût né, je veux dire avant qu'il fût sorti 
de sa gangue polythéiste ? Quel est, dans le temps présent, depuis 
qu'il s'est transformé en pessimisme, son contradicteur le plus ar- 
dent et aussi le plus puissant, parce qu'il parle au cœur autant qu'à 
la raison, parce qu il joint à l'autorité de son enseignement celle 
des siècles qu'il a traversés? C'est la foi en un Dieu libre et créa- 
teur, auteur de la liberté de l'homme et de son âme intelligente, en 
même temps que des forces aveugles de la nature et des sphères en- 
flammées semées par milliards dans l'espace. C'est cette foi qui a 
reçu, dans la langue philosophique, le nom de monothéisme. Le 
monothéisme a été la religion du peuple hébreu bien des siècles 
avant de devenir celle du christianisme et des peuples les plus 
éclairés du monde : «. Écoute, Israël : l'Eternel notre Dieu est le 
Dieu un », telles sont les paroles sublimes qui en forment le Credo 
et dont l'équivalent se reconnaît à peine dans les conversations de 
Socrate avec ses disciples et dans les Dialogues de Platon. On peut 



CCCXVIII ACTES ET COiNFERENCES 

être fier de les avoir dans le cœur et sur les lèvres. C'est en les 
prononçant avec énergie que des martyrs sans nombre, hommes, 
femmes, enfants, sont montés sur les bûchers que dressaient pour 
eux, pendant une longue suite de siècles, des bourreaux qui blas- 
phémaient le nom de Dieu et déshonoraient celui de la charité. 

Cependant, au moment où nous nous préparons à célébrer le cen- 
tenaire de 1*789, de cette Révolution qui a proclamé les droits de la 
conscience et qui s'imposera toujours au respect du monde tant 
qu'elle échappera aux usurpations des jacobins, des communards et 
des césars ; dans ce moment même nous assistons à une renaissance 
de passions antisémitiques, pendant laquelle on ose écrire que le 
peuple hébreu, que la race hébraïque, dans toute la durée de son 
existence, n'a jamais rien fait pour la civilisation, pour l'avancement 
moral et religieux du genre humain. Comment donc! On est allé 
jusqu'à soutenir que les vices et les crimes que sa loi punit avec le 
plus de rigueur, sont précisément ceux dont elle était souillée : 
comme si les turpitudes prévues et frappées par le Code pénal nous 
représentaient la vie habituelle, l'état général du peuple français. 
C'est perdre sa peine que de répondre à cela. J'aime mieux qu'on 
accuse le monothéisme lui-même d'être en contradiction avec la 
science. Par cette accusation, l'on avoue indirectement qu'il y a 
une certaine science indigne de son nom, qui n'est qu'un outrage à 
la raison : c'est celle qui, au lieu de faire monter, comme elle s'en 
vante, l'animalité jusqu'à l'homme, fait rentrer l'homme dans l'ani- 
malité. C'est le système de l'évolution entendu à rebours ; et, pour 
vous dire toute ma pensée, je crains bien qu'il ne puisse pas être 
entendu autrement. L'évolutionnisme, au fond, n'est que la maia 
indienne, une métamorphose éternelle et perpétuelle, une des con- 
séquences nécessaires du panthéisme. 

Voyons maintenant ce que le monothéisme hébreu, quand on le 
considère, non pas à son début ou dans les plus obscures périodes 
de son histoire, mais dans son plein développement, dans les pas- 
sages les plus solennels du Pentateuque et des prophètes, renferme 
de vérités morales et religieuses. En voici la rapide énumération : 
Dieu n'est pas la substance inconsciente et indifférente qui se cache 
sous les phénomènes de l'univers, qui n'aime, ni ne hait, ni ne pense 



LK PANTHÉISME ORIENTAL ET LE MONOTHÉISME HÉBREU CCCXIX 

et n'obéit qu'aux seules lois d'une inexorable fatalité. C'est lui qui a 
créé l'univers, parce qu'il est libre et bon, parce que sa volonté 
toute puissante ne relève que d'une intelligence éternelle comme 
lui. 11 est, selon la belle expression de l'Ecriture, «le Dieu vivant ». 

Dieu n'a pas créé l'homme comme il a créé le monde : il l'a créé 
libre et intelligent, et par là même, il l'a placé à une distance in- 
comparable au-dessus de l'animalité ; caria raison et la liberté sont 
étrangères à l'animal, qui ne connaît que l'instinct et ignore le pro- 
grès. 

Par la raison et la liberté, l'homme est initié à la loi du devoir, 
car il lui est ordonné de ne pas descendre au-dessous de sa nature, 
de ne pas corrompre sa voie, comme le dit encore l'Ecriture dans 
son magnifique langage. 

Par le devoir, éternelle loi de Dieu et loi uni\erselle, l'homme est 
digne de respect et d'amour, et, ces deux sentiments, très différents 
de la pitié enseignée par le Bouddha et le pessimisme moderne, il 
les doit non seulement à lui-même, mais à ses semblables, considé- 
rés individuellement et en masse : il les doit à l'humanité. 

Oui, c'est le monothéisme hébreu qui, non content de promulguer 
la loi de justice sous la forme du Décalogue, forme éternelle et im- 
muable, a aussi promulgué la loi d'amour dans cette maxime éga- 
lement éternelle : « Aime ton prochain comme toi-même. » Afin 
qu'on ne puisse douter du sens universel de ces mots, le législateur 
hébreu prend soin d'ajouter : « Aime l'Égyptien, car tu as été étran- 
ger en Egypte ; aime l'étranger comme toi-même. » Et, d'ailleurs, 
les grands prophètes, tout particulièrement Isaïe, n'ont-ils pas pré- 
dit que la guerre cessera d'exister entre les hommes, et que l'hu- 
manité, descendue d'un même père et d'une même mère, ne formera 
dans l'avenir qu'un seul peuple, qu'une seule famille, qu'une seule 
religion ? Ah! que nous sommes loin de l'accomplissement de cette 
prédiction ! 

Qui donc a osé écrire que le genre humain ne doit rien à la race 
hébraïque, que cette race, emprisonnée dans son égoïsme et dans 
le culte de la matière, n'a jamais connu la charité, n'a jamais eu le 
sentiment de l'idéal et du progrès ? Ceux qui ont tenu ou qui tien- 
nent encore ce langage, je ne veux pas me rappeler leurs noms, car 



CCCXX ACTES ET CONFÉRENCES 

je craindrais de leur ressembler en manquant, comme eux, de cha- 
rité et de justice. 

On ne peut pas dire non plus que le code sacré des Hébreux ait 
oublié de prescrire l'amour de Dieu, « Tu aimeras l'Éternel, ton 
Dieu Jéhovah (je déteste ce nom de Javeh qui répond à une pronon- 
ciation tout à fait arbitraire), tu aimeras ton Dieu Jéhovah de tout 
ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. » — « Soyez 
saints comme Jéhovah votre Dieu. » C'est ce que Platon et Pytha- 
gore ont appelé l'imitation de Dieu. 

Mais il y a une condition sans laquelle le monothéisme biblique 
sera difficilement compris et facilement calomnié : c'est que les lois 
qu'il donne à la conscience et les dogmes qu'il impose à la raison, 
lois immuables et absolues, dogmes éternels, ne soient point con- 
fondus avec les lois positives d'un Etat déterminé ni avec les opi- 
nions particulières, encore moins avec les actions et les mœurs de 
de tel ou tel personnage. En d'autres termes, il faut que le domaine 
de la morale et de la religion soit nettement séparé de celui de la 
politique et de l'histoire. Par exemple, qui oserait soutenir que les 
faits et gestes d'un Louis XI, d'un Charles IX, d'un Philippe II 
d'Espagne ou d'un Richard III d'Angleterre soient l'expression fidèle 
du christianisme ou que l'on trouvera l'esprit chrétien dans les lois 
pénales ou le droit de la guerre tels qu'ils ont existé en Europe jus- 
qu'au milieu de ce siècle et tels qu'ils existent encore presque par- 
tout ? On commet la même confusion quand on croit voir le mono- 
théisme juif en action dans la politique des rois de Judée et d'Israël 
même d'un David et d'un Salomon, ou dans la manière dont la Pa- 
lestine a été conquise par Josué. Les lois civiles qui autorisent le 
divorce et la polygamie n'ont rien de commun avec l'union d'un seul 
homme et d'une seule femme que la Genèse nous présente comme 
l'idéal du mariage, ou avec le portrait de la femme forte, c'est- 
à-dire de la vertueuse maîtresse de maison que nous admirons 
dans le livre des Proverbes. Il sera également permis de faire des ré- 
serves sur les lois criminelles du peuple hébreu ; et cependant, dans 
cette partie de sa législation, on ne trouvera rien de comparable à 
la torture, à la question ordinaire et extraordinaire, consacrée par 
la jurisprudence de tous les peuples européens jusqu'à l'avènement 



LE PANTHÉISME ORIENTAL ET LE MONOTHÉISME HÉBREU GGCXXl 

de Beccaria et de la Révolution de 1789. Aucun des quatre sup- 
plices autorisés par le Code hébraïque contre les plus grands 
criminels n'égale, même de loin, celui qui fut infligé à La Barre et à 
Damien. 

Le fond spirituel du monothéisme hébreu, une fois dégagé des 
faits matériels qui le contredisent et le déshonorent, nous avons 
devant nous ce qu'il y a de plus pur et de plus universel dans le 
monothéisme chrétien, ce que le héros des récits évangéliques a lui- 
même résumé dans ces mots : « Aime Dieu par-dessus toutes choses 
et ton prochain comme toi-même. » 

Le judaïsme et le christianisme, ou pour les appeler de leurs 
vrais noms, la religion biblique et la religion évangélique, diffèrent 
cependant et différeront toujours l'une de l'autre sur un point capi- 
tal. La première a un caractère pratique, un esprit de mesure et de 
modération dont elle ne se départira jamais, auquel elle emprunte 
son originalité et sa force. La seconde a une tendance marquée vers 
le mysticisme et les élans de l'àme, de nobles élans qui ne sont pas 
toujours d'accord avec les exigences de la vie, de la société et de la 
famille. En voici un exemple frappant entre tous. La religion bi- 
blique, ce qu'on oublie trop facilement, recommande le pardon des 
injures et veut qu'on se porte au secours de son ennemi. « Si tu vois 
l'âne ou le bœuf de ton ennemi succombant sous son fardeau, aide- 
lui à le relever. » L'Evangile prescrit de tendre la joue gauche 
après qu'on a été frappé sur la joue droite. Je ne fais pas la critique 
de ce commandement, je ne demande pas s'il est possible ou utile de 
s'y conformer ; je me borne à signaler la différence qui le sépare de 
la loi biblique. Voici un autre exemple. La religion biblique vénère 
par-dessus tout la famille ; elle prescrit d'honorer son père et sa 
mère, de vivre en bonne harmonie avecsa femme et ses enfants. 
L'Evangile recommande de quitter tout, femme, enfans, père, mère, 
mari, pour s'attacher uniquement à Dieu. Là encore, je m'abstiens 
de toute critique et me borne à signaler la différence qui a fait naître 
d'une part les institutions monastiques et de l'autre le culte de la 
famille. Faut-il vous l'avouer ? J'admire les sainte Thérèse et les 
sainte Catherine de Sienne, j'admire surtout et j'aime les saintes filles 
Saint- Vincent-de-Paul qu'on a si brutalement chassées des asiles de 

ACT. ET CONF., T. I. 24 



GCCXXU ACTES ET CONFÉRENCES " 

de la maladie et de la souffrance. Si cela dépendait de moi, je les y 
rappelerais à l'instant et je réparerais l'injustice dont elles sont les 
victimes, au grand détriment des malheureux. Mais les vertus 
pratiquées dans le foyer de la famille ont aus^i leur sainteté et 
sont d'un usage plus général. La femme forte des Proverbes, dont 
je parlais tout à l'heure, est levée dès l'aube afin de pourvoir aux 
besoins de la maison ; elle ne permet pas qu'on mange chez elle 
« le pain de l'oisiveté » ; mais elle a la main tendue vers le pauvre 
et sait lui adresser des paroles de grâce. 

Le rôle reconnu à cette vertueuse, à cette sainte mère de famille, 
nous explique pourquoi les fidèles adeptes de la religion biblique 
goûtent médiocrement les paroles de miséricorde que Jésus adresse 
à la femme adultère. On leur pardonnera leur rigueur quand on son- 
gera que la femme adultère est devenue presque la seule héroïne des 
abominables romans qui souillent aujourd'hui les esprits et les coeurs 
et qui déshonorent à l'étranger la littérature française. Pour les 
hommes de la Bible, la femme est responsable de ses actions aussi 
bien que l'homme et doit être, comme lui, punie de ses fautes. 

Il y a une maxime indienne d'après laquelle « il ne faut pas frap- 
per, même avec une fleur, une femme coupable de mille fautes ». 
Pourquoi cela? Parce que, dans l'opinion du législateur indien, 
comme dans celle de notre Michelet. la femme est sans responsabi- 
lité. Je soutiens qu'on ne peut rien dire ni rien penser sur son 
compte qui lui soit un plus sanglant outrage. 

Ce sont précisément ces dissemblances, nées d'un fond de vérités 
identiques, qui nous rendent compte de la persistance invincible du 
monothéisme biblique au milieu du monde chrétien, au milieu de la 
société européenne, en face des révolutions qui passent périodique- 
ment sur la terre. Il n'y a là ni obstination aveugle d'une race, ni 
malédiction divine, mais un fait historique qui porte sa cause en lui- 
même et qui honore la nature humaine. L'obstination et l'aveugle- 
ment existent dans l'esprit de ceux qui, sous quelque symbole de foi 
qu'ils se rangent, manquent de justice et de charité. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE 

PENDANT L'ANNÉE 1888 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 JANVIER 1889 
Par M. Théodore REINAGH, secrétaire 



Mesdames, Messieurs, 

Entre l'allocution de M. Franck, président, et le discours de 
M. Franck, conférencier, je sens que mon rapport n'est ici qu'un 
simple intermède ; la première qualité d'un intermède, c'est d'être 
bref: soyez sûrs que je ne l'oublierai pas. Et pourtant, si court que 
soit le temps dont je dispose, je croirais manquer à mon plus strict 
devoir si, avant d'aborder le compte rendu annuel de nos publica- 
tions, je n'adressais, moi aussi, un dernier adieu aux deux collègues 
aimés que nous avons, cette année, laissés sur la route ; l'un au 
terme d'une longue vie bien remplie, l'autre hélas ! si jeune encore, 
plein de sève et d'espérance ! 

C'est au nom de la Revue, dont je suis ici plus particulièrement 
le porte -parole, que je viens vous dire, une fois de plus, le vide irré- 
parable que ce double départ a creusé dans nos rangs. 

M . Isidor n'a jamais compté parmi nos collaborateurs littéraires, 
mais sa collaboration morale nous fut acquise dès la première heure 
et ne nous a jamais fait défaut. Cette bénédiction chaleureuse qu'il 



CCCXXIY ACTES ET CONFÉRENCES 



prononçait sur notre œuvre à notre première réunion, voici mainte- 
nant dix ans — il me semble que c'était hier ! — cette bénédiction 
fut pour nous le plus précieux des encouragements ; et j'ose dire 
qu'elle nous a porté bonheur. La présence dans notre Conseil du 
chef spirituel, — deux fois spirituel, — du judaïsme français n'était- 
elle pas, en effet, la réponse la plus éloquente aux scrupules de 
quelques consciences ou trop timides ou trop zélées ? N'a-t-elle pas 
achevé de rallier à notre œuvre naissante ceux qu'inquiétait de prime 
abord soit notre constitution si largement libérale, soit notre pro- 
gramme, si étroitement scientifique? 

Quant à notre cher Arsène Darmesteter, comment exprimer en 
quelques mots tout ce que nous devons à cette nature d'élite, qui, 
par un rare privilège, paraissait toute lumière quand on s'adressait 
à son intelligence, et toute flamme quand on parlait à son cœur? Ce 
serait définir d'une façon bien incomplète la part de Darmesteter 
dans l'origine et les progrès de notre Revue que de rappeler simple- 
ment les titres des savants mémoires dont il a enrichi nos pre- 
miers volumes. C'est à lui que nous devons cette édition nouvelle et 
définitive delà fameuse élégie du Vatican, sa plus belle trouvaille, 
chef-d'œuvre de poésie humble et touchante, écrite avec des larmes, 
exhumée de la cendre d'un bûcher ; c'est à lui que nous devons une 
étude pénétrante sur les inscriptions romaines relatives aux guerres 
de Judée, qu'on dirait l'œuvre d'un épigraphiste de profession, et 
non d'un romaniste doublé d'un hébraïsant. Que dire de cette colla- 
boration anonyme et discrète de Darmesteter à tant de travaux 
signés d'autres noms, mais qui lui devaient ou l'idée première, ou 
de précieux éclaircissements de détail: car jamais, — j'en atteste 
ici tous ceux qui l'ont connu — jamais on n'a fait inutilement appel 
à cette complaisance aussi inépuisable que sa science elle-même. 
Mais, messieurs, plus encore que par son concours littéraire, officiel 
ou officieux, c'est par son action personnelle au début de notre 
œuvre, c'est par son influence comme vice-président de notre 
Société et comme président du Comité de publication, que notre 
regretté ami, ainsi que le rappelait si justement M. Zadoc Kahn au 
pied de sa tombe, a su imprimer en quelque sorte à la Revue des 



RAPPORT SUH LLS PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CGCXXV 

Etudes juives son cachet personnel. Nul n'a voulu plus fermement, 
nul n'a dit plus clairement que lui ce que la Revue devait être et ce 
qu'elle a été en effet : un organe purement scientifique, ne connais- 
sant d'autre but et d'autre guide que la vérité, et servant par cela 
même les intérêts durables du judaïsme d'une manière plus efficace 
que toutes les œuvres de propagande ou d'apologie. Darmesteter 
comprenait la Revue à sa propre image : très savante, très juive 
et très française. C'est ainsi qu'elle est sortie de ses mains et des 
nôtres, c'est en lui conservant ce caractère que nous honore- 
rons la mémoire de notre ami, mieux que par des larmes qui ne le 
rendront pas à notre affection, ou par des louanges, qui, si méritées 
qu'elles soient, semblent alarmer sa modestie jusque dans sa tombe. 



Il est temps, messieurs, de détourner mes regards de nos chers 
morts pour remercier les vivants qui continuent si dignement leur 
œuvre. La neuvième année de notre recueil nous a apporté, comme 
les précédentes, son contingent d'utiles et curieuses publications. 
Passons-les en revue, comme à l'ordinaire, suivant l'ordre chrono- 
logique. 

La période biblique, la plus intéressante pourtant de notre sujet, 
continue à être la plus négligée. L'appel que j'adressais l'année 
dernière à nos collaborateurs, à l'occasion de Y Histoire d'Israël de 
M. Renan, n'a pas été entendu : pour quelle raison, je l'ignore, ou 
plutôt cela m'entraînerait trop loin de la rechercher ; toujours est- 
il qu'à côté des immenses travaux, parfois si hasardés, qu'accomplit 
sans cesse l'exégèse protestante des deux côtés des Vosges, l'absten- 
tion volontaire des savants juifs en cette matière est pour a beau- 
coup un sujet d'étonnement, je dirai presque de scandale ; un peu 
plus, les mauvais plaisants pourront répéter de nos Bibles ce que 
Voltaire disait des poèmes sacrés de son ennemi intime, Lefranc 
de Pompignan : 

Sacrés ils sont, car personne n'y touche! 



CCCXXV1 ACTES ET CONFERENCES 

Personne? — Je me trompe, M. Halévy est toujours là, pour 
sauver l'honneur de la Revue, seul sur la brèche, comme Ajax dans 
l'Iliade ; mais M. Halévy lui-même ne touche depuis quelque temps 
à la Bible que par un de ses plus petits côtés, on pourrait dire, par 
un de ses faubourgs : c'est un représentant de la banlieue, ce qui, 
par le temps qui court, n'est pas d'ailleurs un mauvais titre à nos 
suffrages. Voilà plusieurs années que notre collaborateur ne sort pas 
des chapitres 10 et 14 de la Genèse, qui n'ont l'un et l'autre qu'un 
rapport assez indirect avec l'histoire juive. Après avoir discuté, 
l'an passé, l'identité de ce fameux roi Koudourlagomar d'Elam, 
l'ennemi d'Abraham, il s'attaque, cette année, à son collègue 
Amraphel, roi de Sennaar *. Celui-ci également serait un person- 
nage historique : il faudrait reconnaître en lui un monarque babylo- 
nien de l'an 2000 et quelques avant 1ère chrétienne, celui que les 
inscriptions cunéiformes appellent tantôt Hammurabi, tantôt Kim- 
tarapashtu. Pour M. Schrader, la forme Amraphel vient d'Ham- 
murabi; pour^ M. Halévy, elle vient de Kimtarapashtu ou plutôt 
Kimtarapaltu; pour M . Oppert, elle ne vient ni de l'un ni de l'autre. 
Je n'en dirai pas davantage sur cette épineuse controverse; lorsque 
l'accord se sera fait entre nos assyriologues, je vous préviendrai, à 
moins que ce ne soit mon successeur. 

Dans la table ethnographique de la Genèse, ce sont les peuples 
japhétiques qui continuent à occuper M. Halévy. L'explication de 
ces noms de peuples, dont plusieurs paraissent ici pour la seule et 
unique fois et ont pu être altérés par les copistes, est une tache 
difficile, je dirai volontiers décourageante, si rien pouvait décourager 
la ténacité ingénieuse de M. Halévy. Cette année, il ne nous a pas 
ménagé les surprises dans cette matière si délicate. Par exemple, le 
peuple de Riphat, que notre savant écrit Phirat, serait le même pays 
que Bit Purutasfo, un canton cilicien mentionné par les inscriptions 
cunéiformes ; Elisha serait le Péloponnèse et tirerait son nom de la 
ville d'Hélos en Laconie ; Tarshish représenterait la Crète, ainsi 
nommée d'une de ses nombreuses cités, Tarra ou Tarsa 2 . Ce sont 

1 Halévy, Note supplémentaire sur Amraphel, roi de Sennaar (Recherches 
bibliques, n° 13), Revue, XVII, 1. 

2 Halévy, Recherches bibliques, XVII, 161. 



RAPPORT SUK LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCCX.WII 

la amant d'identifications nouvelles à qui nous souhaitons bonne 
chance dans leur voyage à travers la critique compétente. Quant au 
nom plus laineux de Gomer, M. Halévy s'écarte moins de l'opinion 
reçue ; il y reconnaît, comme déjà le Targoum sur Ezéchiel, les 
habitants de la Cappadoce, c'est-à-dire les débris de l'ancien peuple 
Cimmérien , les Gimirroii des inscriptions assyriennes. Mais 
M. Halévy n'est jamais d'accord pendant longtemps avec qui que ce 
soit, fût-ce avec la tradition ; il fait de ces Cimmériens non pas, 
suivant le témoignage explicite et unanime des historiens grecs, des 
envahisseurs d'assez fraîche date, des conquérants descendus du 
Nord de l'Euxin dans l'Asie-Mineure, vers l'an 700 avant Jésus- 
Christ, mais au contraire de très anciens occupants du centre de la 
péninsule, un peuple sédentaire, peut-être autochtone, qui serait 
déjà mentionné dans une inscription de Sargon, vers l'an 715 '. 



II 



Avec le livre d'Esther et la conférence de M. Marcel Dieulafoy 2 , 
nous abordons l'histoire du second temple. Rappeler le sujet de cette 
conférence serait oublier le plaisir attentif avec lequel vous l'avez 
écoutée. Nul, mieux que le savant explorateur qui a fait sortir de 
terre le palais d'Artaxerxès, ne connaît la scène où s'est déroulé 
censément le drame d'Esther ; nous pouvons le croire sur parole 
lorsqu'il nous affirme que la Meghilla renferme sur ce palais des 
détails trop vrais et d'une vérité trop particulière pour ne pas éma- 
ner d'un témoin oculaire. Pourtant cette constatation laisse encore 
une certaine marge à la chronologie : M. Dieulafoy lui-même ne 
place l'abandon et la ruine du Memnonium de Suse que dans les der- 
nières années du in e siècle avant J.-C, et si l'on réfléchit que 
pendant tout le règne d'Antiochus-le-Grand la Susiane a fait 
partie intégrante de la monarchie syrienne, on sera tenté de des- 
cendre la date de cet événement jusqu'au premier quart du siècle 

1 Halévy, Recherches bibliques, n° 14, Bévue, XVII, 13. 

2 Actes et Conférences, p. cclxv. 



CCCXXV11I ACTES ET C0NFEHE1NCES 

suivant. Dès lors, il n'est pas impossible que le rédacteur du livre 
d'Esther ait vécu sous les premiers Séleucides, plutôt que sous les 
derniers Achéménides, et plus d'un indice vient à l'appui de cette 
opinion l . 

Quoi qu'il en soit de cette question de date et de la question d'au- 
thenticité elle-même, le travail de M. Dieulafoy ne devra être né- 
gligé par aucun des futurs commentateurs du livre d'Esther ; il a 
replacé les personnages dans leur cadre historique ou imaginaire, il 
a fait revivre sous nos yeux et le palais lui-même et les mœurs du 
despotisme oriental, qui se conservent dans ces pays immobiles- 
avec une étonnante fidélité, et si jamais M. Bicla entreprend une 
nouvelle édition du livre d'Esther, c'est à M. Dieulafoy que son 
crayon devra demander les éléments d'une illustration vraiment 
scientifique. 

Ce n'est pas seulement sous le mystérieux Assuérus que le ca- 
price d'un despote perse a fait courir des dangers pressants au ju- 
daïsme oriental. En 88 avant J.-C, lorsque le roi de Pont Mithri- 
date Eupator conquit l'Asie-Mineure, les Juifs de ce pays furent 
enveloppés dans la ruine des Romains, leurs protecteurs. Ils ne 
furent pas massacrés — la chronique, du moins, n'en dit rien — , 
mais les richesses qu'ils avaient déposées dans l'île de Cos, et qui 
s'élevaient à la somme de 5 millions, furent confisquées par le vain- 
queur. Un de nos collaborateurs nous a raconté l'histoire de cette 
spoliation et a tâché d'en expliquer les raisons secrètes '- : la plus 

1 En voici un que je n'ai pas rencontré chez les exégètes modernes. D'après 
le livre d'Esther, Assuérus règne sur « 127 provinces depuis l'Inde jusqu'à 
l'Ethiopie ». Ces limites sont bien celles de l'empire perse, mais le chiffre de 
127 provinces aurait paru absurde à l'époque des Achéménides, où tout le monde 
devait savoir qu'il n'y avait pas plus de 30 satrapies. Sous les Séleucides, le 
système des petites provinces fut substitué à celui des grands gouvernements, 
qui rappelaient trop les anciennes unités nationales : sous Séleucus Nicator on 
comptait 72 départements de ce genre (Appien, Syr. 62) ; il est probable que, 
d'après une tendance souvent constatée en pareille matière, le nombre ne fit que 
s'accroître et atteignit la centaine sous Antiochus-le-Grand. Si l'on place la 
rédaction du livre d'Esther vers cette époque, le chiffre des 127 provinces 
d' Assuérus devient un anachronisme très explicable ; les lecteurs du temps ne 
durent pas même le considérer comme une hyperbole. 

1 Th. Reinach, Mïtlxndale U les Juifs, XVI, 204. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCCXX1X 

imprévue, à coup sur, c'est que Mithridate, qui, par son père, pré- 
tendait descendre de Cyrus, le roi judéophile par excellence, était, 
par sa mère, le petit-fils d'Antiochus Epiphane, ce persécuteur ma- 
niaque du culte de Jéhovah ; l'antisémitisme, chez le roi de Pont, 
était donc une tradition de famille. Quel malheur que l'Esther de 
ce temps-là, qui s'appelait Monime, ait été grecque au lieu de 
juive 1 Les économies de nos ancêtres lui auraient peut-être dû 
leur salut. 

Je ne quitterai pas cette période de notre histoire sans rappeler 
une note de M. Joseph Derenbourg sur le Traité de la vie contem- 
plai ire attribué à Philon, ce fameux opuscule où sont décrites les 
mœurs et les vertus « trop plus qu'humaines » des solitaires Juifs 
de la Basse-Egypte, les thérapeutes dit lac Marèa, M. Derenbourg 
n'a voulu écrire qu'un compte-rendu bibliographique 1 , mais, tout en 
nous présentant l'essai de M. Massebieau, notre vénéré do j'en a 
saisi l'occasion d'exprimer son opinion personnelle sur la question, 
et vraiment, après avoir lu son argumentation si claire, si concise, 
si pénétrante, il est difficile de ne pas accepter entièrement ses con- 
clusions. Le Traité de la vie contemplative ne serait pas l'œuvre de 
Philon, mais d'un de ces polémistes juifs d'Alexandrie qui tâchaient 
de répandre la morale juive dans le monde païen sous le masque de 
l'allégorie ; quant aux thérapeutes du lac Maréa — ils n'ont jamais 
existé que dans l'imagination de cet ingénieux sectaire. 



III 



Avant d'écrire l'histoire d'un peuple ou d'une époque, il semble 
que le premier devoir de l'historien soit de procéder à un examen 
critique des sources dont il dispose. C'est pourtant ce qu'avaient 
trop négligé, jusqu'à présent, les historiens du judaïsme médiéval ; 
le groupe le plus important des sources de cette histoire, celui des 
chroniqueurs juifs, n'avait pas encore été analysé d'une façon vrai- 

1 Revue, XVI, loi. 



CGGXXX ACTES ET CONFERENCES 

ment scientifique. M. Isidore Loeb vient de réparer cette omission • . 
L'occasion de son travail lui a été fournie par l'acquisition de ma- 
nuscrits nouveaux de Joseph Haccohen, le plus célèbre de nos chro- 
niqueurs, l'auteur cle ce long martyrologe si justement intitulé la 
Vallée des pleurs. Mais M. Loeb no s'est pas contenté d'analyser ces 
documents inédits, de montrer le profit qu'on peut en tirer pour la 
biographie de Joseph et la correction de ses ouvrages imprimés ; à 
l'examen de Joseph Haccohen il a joint celui de ses contemporains 
et de ses précurseurs les plus considérables, Abraham ibn Daud, 
Usque, les Ibn Verga. Il apprécie leur mérite, leur originalité res- 
pective, leur système chronologique. Puis, au cours d'une minu- 
tieuse analyse de leurs ouvrages, il remonte, point par point, aux 
sources de leurs renseignements et même de leurs bévues ; le pre- 
mier il classifie, d'une manière rigoureuse, les causes matérielles de 
ces confusions de faits et de dates, de ces « douillets » historiques, 
de ces transpositions de chiffres et de lettres qui, se' propageant de 
copiste à copiste, grossissant de compilateur à compilateur, ont fait 
boule de neige à travers les siècles. Travail ingrat de critique et 
d'épluchage, dira peut-être le lecteur, rebuté par ce fourmillement 
de chiffres et d'abréviations rébarbatives. Analyse, répondrons-nous, 
qui présage une synthèse, préface nécessaire de l'œuvre d'art et de 
science que nous attendons du talent de M. Loeb, et que, si j'en 
crois les on- dit, il ne nous fera plus longtemps attendre. Notre cher 
collègue ne nous a livré cette fois que les copeaux de son atelier, 
mais l'ouvrage même est achevé, il est sous presse, et le nom dont 
il est signé nous en garantit d'avance la perfection. 

A côté de ce tableau d'ensemble, que j'ai voulu saluer avant 
même son apparition, voici, comme toujours, des études de détail 
pleines d'intérêt. Peu à peu, nous achevons notre tour de France, 
et dès à présent il suffirait presque de juxtaposer les monographies 
locales que nous avons publiées pour que l'histoire générale du 
judaïsme français s'en dégageât d'elle-même, comme la carte d'un 



1 Loeb, Joseph Haccohen et les chroniqueurs juifs, XVI, 28 et 211 ; XVII, 
74 et 247. 



RAPPORT SUR MIS PUBLICATIONS DK LA SOCIÉTÉ CGCXXX1 

pavs de L'assemblage des pièces qui composent un jeu de patience. 
Cette année M. Isidore Loeb a interrogé pour nous les documents 
publiés par M Blancard sur le commerce marseillais vers le milieu 
du xin e siècle ; M. Jonas Wevl nous a raconté, d'après les arrêts 
des parlements et les procès-verbaux des chambres de commerce, 
les tribulations de nos coreligionnaires marseillais quatre cents ans 
plus tard ; M. Pierre Vidal a terminé la triste histoire des juifs du 
Roussillon ; M. Brunschwicg continue celle des juifs de Nantes, 
M. Lucien Lazard a recueilli le peu qu'on sait sur les juifs de 
Touraine 1 . Tous ces récits nous montrent — avec des nuances de 
détail et une couleur locale variable suivant les temps et les 
provinces — les mômes personnages animés des mêmes passions : le 
seigneur avide et brutal, le marchand jaloux^ l'église qui, par 
charité, empêche la destruction des juifs, mais s'enorgueillit de 
leur misère et de leur humiliation comme d'un admirable argument 
théologique, enfin la royauté qui, moins sensible aux considérations 
de ce genre, se contente de pressurer les juifs, « ses juifs », jusqu'au 
jour où, dans un accès de folie imprévoyante, elle tue la poule aux 
œufs d'or. Une autre observation qu'on ne peut se défendre de faire 
quand on approfondit cette curieuse histoire, c'est combien exagé- 
rées, ou pour mieux dire combien fausses : sont les idées qui avaient 
vulgairement cours, autrefois comme aujourd'hui, sur l'importance 
des communautés juives, leur richesse, leur trafic et leur « usure. » 
A Perpignan, par exemple, Y Aljama est criblée de dettes, et la vente 
des biens des juifs, au moment de leur expulsion en 1493, ne donne 
qu'un produit dérisoire. A Marseille, au xm e siècle, contre vingt-six 
ou vingt huit changeurs chrétiens, il n'y a pas un juif, les opérations 
commerciales des Israélites se traînent clans la médiocrité et l'insi- 
gnifiance, et parmi les clients de la puissante maison des Manduel — 
les Fugger marseillais — les juifs figurent surtout... comme débi- 
teurs! « Il est très fâcheux d'être riche, conclut spirituellement 

Isidore Loeb, Les négociants juifs à Marseille au milieu du xm° siècle, 
XVI, 73. — Jonas Weyl, La résidence des Juifs à Marseille, XVII, 96. — 
Pierre Vidal, Les Juifs de Roussillon et de Cerdagne, XVI, 1 et 170.- L. 
Bruiischwicg, Lez Juifs de Nantes et du pays nantais, XIV, 80; XVII, 125 (à 
suivre). — L. Lazard, Les Juifs de Touraine, XVII, 210. 



CCCXXX1I ACTES ET CONFERENCES 

M. Loeb, mais il y a des compensations; ce qui est plus fâcheux 
encore c'est de passer pour riche quand on ne l'est pas. On a tous 
les inconvénients de la profession sans les avantages. » 

L'histoire du judaïsme dans les autres pays de l'Europe n'est 
représentée cette année que par un petit nombre d'articles. 
M. Kracauer nous a donné le texte original en hébreu et une utile 
analyse en français du journal de Rabbi Joselmann de Rosheim, 
le bienfaiteur des communautés d'Alsace et d'Allemagne sous 
Charles-Quint, dont il a été tant de fois question dans nos colonnes. 
Le même auteur publie les pièces d'une « accusation de sang » cé- 
lèbre, l'affaire d'Endingen en Brisgau (1470), qui coûta la vie à 
trois oncles de Joselmann. M. Kaufmann, qui avait traité autrefois 
l'horrible auto-dafé des marranes d'Ancône en 1556, s'occupe 
aujourd'hui des suites de cet événement ; il éclaire par des docu- 
ments nouveaux la tentative infructueuse des juifs pour venger le 
meurtre de leurs frères en détournant le trafic oriental du port 
d'Ancône vers celui de Pesaro. Enfin, M. Bruzzone a extrait des 
archives du Saint-Siège de curieux renseignements sur les fortunes 
des particuliers juifs et les budgets des communautés dans quelques 
villes des Etats romains au début et à la fin du xvm e siècle l . 



IV 



Nos anciens commentateurs appelaient le Talmud une mer — 
yam ha- Talmud — et il est certain qu'on peut appliquer à cette 
gigantesque encyclopédie ce que Tite-Live disait de l'histoire 
romaine : plus on y avance, plus on y enfonce. Aux instruments de 
travail dont on dispose pour étudier ce vaste ensemble est venue, 
cette année, s'ajouter la première partie d'un Dictionnaire falmudi- 

1 Kracauer, Rabbi Joselmann, XVI, 84; L'a/faire d'Endingen, XVI, 236. — 
Kaufmann, Les Marranes de Pesaro, XVI, 61 (du même : Le mode du talet, 
XVII, 159, à propos d'un passage du Narrenschif de Seb. Brand). — Bruz- 
zone, Les Juifs des Etats de V Eglise au xvm° siècle, XVI, 246. 



Il APPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCGXXXHI 

que par M. Jastrow ; un de nos collaborateurs en a signalé les 
mérites et les desiderata ', M. Jastrow lui-même est, d'ailleurs, un 
de nos fournisseurs réguliers ; que de notes ingénieuses nous lui 
devons déjà sur des points controversés du vocabulaire talmudique ! 
Son explication du mot ludim, par exemple, semble si naturelle, si 
évidente qu'on se demande comment on n'y avait pas songé plus 
tôt. Ces mystérieux ludim ou ludaï, où les uns ont vu les Lydiens, 
d'autres les habitants de Lydda, qualifiés d'anthropophages pour la 
circonstance, seraient tout simplement les jeux de gladiateurs, les 
ludi romains. On comprend dès lors pourquoi les rabbins hésitaient 
à permettre le rachat du juif qui s'était volontairement vendu aux 
ludim : il avait trafiqué de sa vie en pleine connaissance de cause ; 
à lui de subir les conséquences de son marché. Heureusement, si 
le droit pur dictait cette solution rigoureuse, la jurisprudence cha- 
ritable intervenait dans la pratique pour l'atténuer -. 

M. Sidon, M. Furst, M. Isidore Loeb ont traité différents points 
relatifs à la langue du Talmud, à sa rédaction, à sa division pen- 
dant le moyen âge 3 . M. Israël Lévi, notre fablier attitré, continue 
l'exploration de Yagada, et l'éclairé par de piquants rapprochements 
avec les contes populaires des autres littératures. « Les prétendues 
extravagances des rabbins, dit très bien notre collaborateur, 
s'expliquent par d'autres extravagances qui appartiennent à toutes 
les latitudes. » Et les exemples arrivent en foule à l'appui. Ici c'est 
Abisaï, averti du danger que court son frère d'armes David par des 
taches de sang qui apparaissent dans l'eau ; là c'est Salomon, qui, 
un jour, au sortir du bain, voit son trône occupé par un Sosie : 
méconnu de ses serviteurs, repoussé, humilié, battu, le pauvre roi 



1 Loew, compte rendu du Dictionnaire de Jastrow, Revue, XVI, 154. 

* Jastrow, Les ludim ou ludaï, XVII, 308. Du même : Scènes de chasse dans 
le Talmud, XVII, 146 [gdurçri serait le grec xsxpucpaXoç ?) . 

J Fùrst, Les interprétations d'Akiha et d'Ismaél sur Nombres, V, 28 , Revue, 
XVII, 143 (l'explication littérale et sensée d'Ismaël a été altérée sous l'inlluence 
victorieuse de l'école d'Akiba, qui cherchait à tirer un sens profond des moindres 
particules du texte sacré). — Sidon, Sens et origine de la dénomination Sem 
hamphorash, XVII, 239 (signifie le nom divin exprimé, c'est-à-dire révélé au 
Sinaï). — I. Loeb, Les 4 sedarim du Talmud, XVI, 282 (on ne comptait pas 
les deux ordres qui n'ont pas de guémara dans le Talmud de Babylone). 



CCCXXXIV ACTES KT CONFÉRENCES 

ne recouvre la couronne que lorsque l'inconnu se dévoile comme un 
ange envoyé par Dieu pour châtier son orgueil. Que de variantes 
ont été brodées sur ces thèmes fertiles, dont l'un est devenu le 
prototype d'une légende très répandue au moyen-âge, le « dit du 
magnificat » ! Le difficile en cette matière n'est pas de trouver des 
analogies — en général, on n'a que l'embarras des richesses — 
mais de reconstituer les filiations. Qui le croirait? La mode, l'amour- 
propre de race et de religion se mêlent jusque dans les questions de 
folklore pour les obscurcir ! C'est ainsi qu'une certaine école affecte 
de ramener tous les contes à des origines indiennes, et, cela même 
quand le héros est un personnage biblique, comme dans la légende 
de Salomon que je viens de rappeler. M. Lévi n'a pas de peine à 
montrer que la critique germanique a fait ici fausse route. C'est 
bien dans une cervelle de rabbin qu'est éclose cette histoire édifiante; 
elle a été bâtie tout entière pour expliquer un verset obscur de 
VErclèsiasle : « Moi, Kohélet, j'ai été roi sur Israël à Jérusalem. » 
Kohélet, c'est-à-dire Salomon, a été roi. Qu'est-ce à dire? Il a donc 
cessé de l'être ? Quand? Comment ? A quel propos ? Et voilà l'ima- 
gination de nos docteurs partie en campagne ; vous venez de voir 
ce qu'elle a rapporté 1 . 



V 



Le vaste champ de la littérature rabbinique du moyen âge nous a 
fourni cette année une moisson plus remarquable peut-être par 
l'abondance que par l'intérêt. Cependant, il ne faudrait pas être 
ingrat envers nos intrépides fouilleurs de bibliothèques, en premier 
lieu MM. Bâcher et Neubauer. M. Bâcher a pris prétexte de deux 
éditions récentes pour nous analyser, avec beaucoup de clarté et de 
méthode, deux importants ouvrages, dont l'un passait pour perdu 
jusque dans ces dernières années : il s'agit du commentaire sur le 

1 Israël Lévi, L'orgueil de Salomon, XVII, 58; Signes de danger et de mal- 
heur, XVII, 202. — Dans le même ordre d'idées ; D. Kaufmann, Une anecdote 
sur Pharaon et Aman chez Us Arabes, XVI, 144 (se retrouve chez Joseph Kimhij. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ CCCXWY 

Pentateuque, par le gaon Samuel ibn Hofni, et du commentaire sur 
ki Sèfer Yeçira, par Jehuda ben Barzilaï : le premier de ces ouvrages 
se distingue par sa prolixité, le second par son mysticisme. Dans 
un autre article, où M. Bâcher s'est peut-être inspiré d'une obser- 
vation de M. Neubauer, notre savant collaborateur propose une 
solution nouvelle d'un point controversé de la vie d'Abraham ibn 
Ezra, le célèbre docteur nomade du XII e siècle : la ville où Abraham 
a composé plusieurs de ses ouvrages avant de passer en Angleterre 
ne serait pas Rhodes, comme on le croyait autrefois, ni Rhoclez, 
comme on le disait depuis M. Graetz, mais la ville de Dreux, dans 
le département d'Eure-et-Loir : cette fois encore la ressemblance 
du dal et et du resh aurait fait tout le mal ' . 

M. Neubauer continue la série de ses addenda et errata aux Rab- 
bins français. A propos de deux décisions légales du xm c siècle, revê- 
tues de nombreuses signatures rabbiniques, il discute l'identité de 
plusieurs docteurs de l'école de Raschi. Nous lui devons également la 
primeur d'une élégie hébraïque sur la mort d'un rabbin célèbre de 
cette époque, Menahem Vardinas 2 . 

Un nouveau venu, qui est déjà un maître, M. Israelsohn, publie 
quelques fragments nouveaux d'un fameux ouvrage de polémique, 
souvent cité par Saadia, le livre de Hiwi de Balkh, qui n'énumérait 
pas moins de deux cents objections contre l'origine divine de la 
Bible. 

Le Rabba Rabbati a également joué un rôle important dans la 
polémique religieuse du moyen âge, quoique ce ne fût pas un livre 
de controverse, mais un midrasch. L'ouvrage, dans sa rédaction ori- 
ginale, est perdu, mais M. Epstein a récemment réussi à en définir 
les sources et le caractère ; M. Israël Lévi a pu glaner encore 
quelques trouvailles après M. Epstein, et ce n'est pas un médiocre 
éloge : notre collaborateur a montré notamment que certains pas- 
sages du fameux midrasch, habilement exploités par la polémique 

1 Bâcher, Le commentaire de Samuel ibn Hofni, XV, 277 ; XVI, 100 ; 
L'exégèse biblique en Espagne dans la première moitié du xn e siècle, XVII, 272 ; 
Abraham ibn Ezra dans le nord de la France, XVII, 300 (Cp. Neubauer, Dreux 
et Gournay, XVII, \M). 

2 Neubauer, Menahem Vardimas, XVII, VA. 



CCCXXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

chrétienne, sont puisés dans les fantasmagories d'Eldad le Danite 1 . 
Ne quittons pas le chapitre de la controverse sans mentionner, à 
titre de curiosité, la note de M. Kaufmann sur les lettres l m n. 
Les rabbins juifs du moyen âge, ayant remarqué la portion de ces 
lettres au centre de l'alphabet latin, en avaient tiré un argument 
triomphant contre la divinité du Christ: car elemen, en hébreu, 
signifie — ou à peu près — « Dieu n'a point de mère ! » A cela, 
évidemment, il n'y avait pas de réplique. En présence de ces enfan- 
tillages qui composent, il faut bien le dire, la monnaie courante de la 
polémique judéo-chrétienne au moyen âge, on comprend et l'on 
approuve le jugement de M. Loeb : « La seule chose que ces contro- 
versistes ont démontrée, c'est que la religion ne se démontre pas. » 
Je n'ose pas aller jusqu'au verdict de Henri Heine... Les lecteurs 
du Romancero n'ont pas besoin qu'on le leur rappelle. 



VI 



La grammaire et la linguistique n'occupent peut-être pas dans 
notre recueil toute la place qui leur est due. Je ne vois guère à 
signaler dans cet ordre d'idées qu'une note de M. Halévy sur le 
changement du mem final en noun dans le pluriel de tous les idiomes 
sémitiques, l'hébreu excepté. M. Halévy explique ce phénomène 
(comme on a expliqué la substitution analogue de Yn à Y m au début 
des mots en assyrien) par l'influence des lettres labiales, &, m, p. 
On avait commencé par faire le changement, par des raisons d'eu- 
phonie, dans les mots dont le radical renferme une de ces lettres ; 
on aurait fini par le généraliser -. 

Les grammairiens juifs du moyen âge avaient réuni dans des 
phrases mnémotechniques les lettres radicales et les lettres servîtes 
de l'alphabet hébreu. M. Derenbourg et quatre autres de nos colla- 
borateurs ont dépensé beaucoup de savoir et de sagacité à reconsti- 

1 Israël Lévi, Compte rendu du Bereschit Rabbati, par A. Epstein, XVII, 
313. 

* Halévy, Petits problèmes, XVI, 138. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCCXXXVII 

tuer la série de ces formules et à trouver un sens à chacune d'elles. 
C'est peut-être faire beaucoup d'honneur à de simples recettes de 
maîtres d'école, et l'on pense involontairement aux gens d'esprit qui 
passent leurs soirées à deviner les rébus des journaux illustrés. 
Mais qui de nous peut se vanter de ne s'être jamais livré à un exer- 
cice de ce genre ! ? 

M. Schwab a réimprimé dans nos colonnes le Maqrè Dardeqé de 
Péreç Trévôt, un lexique hébreu italien du xiv e siècle. L'ouvrage 
ne servira plus guère aujourd'hui à son but primitif, la traduction 
de l'hébreu en italien ; mais la partie italienne du vocabulaire est 
remarquable par ses vulgarismes, par ses gloses françaises et pro- 
vençales ; elle nous renseigne sur les règles, assez flottantes d'ail- 
leurs, qu'on suivait au xiv 6 siècle pour la transcription des mots 
romans en caractères hébraïques. A ce double titre, M. Schwab a été 
bien inspiré en disposant son édition suivant l'ordre alphabétique 
des mots italiens : c'est en effet surtout aux romanistes que s'adresse 
son travail méritoire -. 

Le mot taule 3 , qui désigne Jésus dans le patois judéo-allemand, 
a fourni à M. Loeb l'occasion d'une petite excursion dans le 
domaine des patois hébraïques. Il n'est pas sans intérêt d'observer 
que le changement de o en au , qui s'observe dans ce mot et 
d'autres analogues, s'était déjà produit dans le langage des juifs de 
Babylonie. Un autre patois littéraire fort curieux est l'arabe qu'é- 
crivent aujourd'hui 'nos coreligionnaires du Yémen : M. David de 
Gunzbourg nous l'a fait connaître à propos d'un rituel rédigé dans 
ce pays il y a une douzaine d'années 4 . On le voit : les phénomènes 
linguistiques les plus modernes appellent l'attention des savants au 
même titre que ceux des siècles passés ; ce n'a pas été un des 
moindres mérites de notre regretté Darmesteter d'insister sur cette 



1 J. Derenbourg, Mélanges rabbiniques, les signes mnémotechniques des 
lettres radicales et serviles, XVI, 57; Bâcher, Kaufmann, Grùnwald et Porges, 
XVI, 286; J. Derenbourg, XVII, 157. 

* Schwab, Le Afaqré Darde qé, XVI, 253 ; XVII, 111 et 285. 

3 Loeb, La prononciation de l'o dans le judéo-allemand et le mot Taule, 
XVI, 278. 

4 David de Gunzbourg, Notices et extraits de mes manuscrits, XVII, 46. 

ACT. ET GONF., T. I. 25 



CCCXXXVI1I ACTES ET CONFERENCES 

persistance des lois philosophiques et philologiques qui règlent l'évo- 
lution du langage. La leçon n'a pas été perdue pour nos collabo- 
rateurs. 



Vil 



L'histoire ne s'écrit pas seulement à l'aide des documents impri- 
més ou manuscrits : elle compte au nombre de ses matériaux les 
plus précieux les œuvres d'art, les inscriptions, les médailles. Je 
constate avec plaisir que l'attention de nos collaborateurs se dirige 
de plus en plus vers ces sciences auxiliaires si fécondes qui s'appel- 
lent l'archéologie, la numismatique, l'épigraphie juives. C'est ainsi 
que nous avons publié cette année, d'après des photographies prises 
par M. Nissim Behar, directeur de l'Ecole de l'Alliance Israélite à 
Jérusalem, deux beaux reliefs de marbre — des Victoires suppor- 
tées par des Atlas — provenant des ruines d'Ascalon ; il faut sans 
doute reconnaître dans ces sculptures les ornements de quelque 
palais élevé par Hérode-le-Grand dans la vieille cité philistine ! . 

La numismatique, d'introduction récente dans ce recueil, compte 
déjà une recrue nouvelle et pleine d'ardeur, le docteur Graetz, 
réminent historien des juifs. L'ingénieuse hypothèse de M. Graetz 
sur l'attribution du groupe des « monnaies de Simon » n'a pas 
réussi à convaincre tout le monde, mais n'eût-elle servi qu'à con- 
solider l'ancienne théorie, en forçant ses défenseurs à l'étayer par 
des raisons nouvelles, cette tentative hardie a droit à tous nos 
remerciements 2 . 

L'ancienne épigraphie hébraïque ne s'est enrichie cette année 
d'aucun monument nouveau ; cependant l'inscription bilingue du 
Pirée, quoique de provenance phénicienne, méritait de fixer un ins- 
tant l'attention de nos collaborateurs à cause des rapports intimes 



1 Th. Reinach, Sculptures d'Ascalon, XVI, 24. 

H. Graetz, Les monnaies de Simon, XVI, 161. — Réponse par Th. Rei- 
nach, XVII, 82. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCCXXXIX 

du phénicien avec l'hébreu'. L'épigraphie grecque nous a fourni 
une inscription d'Athribis, en Egypte, qui révèle l'existence dans 
oette ville d'une communauté et peut-être d'une garnison juive 
sous les Ptolémées ; l'épigraphie latine nous apporte le cursus 
honorum d'un centurion romain, qui fut récompensé par l'empereur 
Adrien pour sa belle conduite durant la guerre de Judée : c'est un 
document nouveau qui vient grossir les nombreux matériaux déjà 
réunis sur ce sujet par Darmesteter. Ces deux inscriptions ont été 
traduites et commentées par M. S'alomon Reinach 2 . Enfin l'épigra- 
phie médiévale est représentée par diverses inscriptions tumulaires 
ou commémoratives de Calatayud, de Riva, d'Orléans, de Girone; 
le principal intérêt de ces petits textes est de nous faire connaître 
des spécimens nouveaux de l'écriture lapidaire hébraïque au 
moyen âge ! . 



J'ai fini, Messieurs, mais avant de céder la parole à celui que 
réclame depuis longtemps votre impatience, un mot encore à 
l'adresse de nos collaborateurs. 

Personne n'apprécie plus que moi le mérite, l'intérêt de leurs 
savantes recherches ; il me semble cependant que notre Revue 
gagnerait quelque chose à ce que l'érudition y fût un peu moins... 
intransigeante, et surtout à ce qu'elle se dirigeât moins exclusive- 
ment vers les curiosités, les infiniment petits, les périodes relative- 
ment inférieures de la littérature et de l'histoire juives. Prenons 
garde que le goût très légitime du nouveau, de l'inédit, du détail 

1 Notes sur V inscription phénicienne du Virée, par J. Halévy, XVI, 40, et 
S. Reinach, XVI, 275. 

1 S. Reinach, La communauté juive d'Athribis, XVII, 235 ; Inscription 
relative à la guerre de Cudée, XVII, 299. 

3 Riva < v Kaufmann et Gunzbourg), XVI, 269 ; Calatayud (Loeb), XVI, 273 ; 
Girone (Loeb), XVII, 150 ; Orléans (Neubauer), XVI, 279. — Gp. sur cette der- 
nière inscription une note de M. Schwab, XVII, 318, qui propose de lire 
« Baruch, de Meaux » (et non « de Sept Mois »)• 



CCCXL ACTES ET CONFERENCES 

rare et inconnu, ne nous détourne trop longtemps de ces grands 
noms et de ces grandes œuvres qui sont l'honneur du judaïsme et 
la raison d'être de notre Société. Que dirait-on d'une Revue con- 
sacrée aux lettres grecques, qui s'absorberait dans le dédale fatigant 
de la littérature d'Alexandrie et de Byzanee, où les noms rayon- 
nants d'Homère, de Platon et de Démosthène ne seraient jamais 
prononcés ? J'ai bien peur que la Revue des études juives ne soit en 
train de mériter un reproche de ce genre. On dirait vraiment à 
nous lire .que la littérature hébraïque ne commence qu'avec le 
Talmud, que la Bible n'est pas un livre juif, et que tout a été dit 
sur David, sur Job et sur Isaïe ! 

Quelle erreur, Messieurs, si telle était vraiment la pensée de nos 
collaborateurs, et surtout quelle dangereuse erreur ! Si nous dé- 
laissons nous-mêmes, de parti pris, ce qu'il y a de plus digne d'être 
étudié dans l'ancien judaïsme, comment nous plaindre, comment 
nous étonner de l'indifférence croissante que le public, le public 
non israélite surtout, témoigne à ces vieilles histoires ? et de quel 
droit nous indigner, quand la malice et l'ignorance s'emparent de 
notre silence pour écouler impunément des affirmations audacieuses 
qui, en diffamant notre passé, visent en réalité notre présent et 
notre avenir? 

Je n'exagère rien, Messieurs. Il n'y a pas longtemps, dans un 
recueil périodique — scientifique ou prétendu tel — , que je ne dé- 
signerai pas plus clairement, un publiciste qui se croit un savant, 
a pu écrire, sans rire et sans rougir, que les Juifs n'avaient jamais 
possédé aucune des aptitudes d'un peuple civilisé, qu'ils n'avaient 
eu ni science, ni art, ni industrie, ni littérature profane, et qu'en 
dépit du préjugé théologique, leur part dans l'histoire générale de la 
civilisation avait été tout à fait nulle. Et savez-vous quelle était la 
conclusion de ce beau réquisitoire? C'est que les Juifs modernes 
n'étaient point en progrès sur leurs ancêtres, que leurs âmes étaient 
restées closes à tout sentiment élevé, désintéressé, national, pa- 
triotique, et qu'enfin, ce qu'on pouvait faire de mieux, puisqu'ils 
n'avaient pas réussi à devenir Français de cœur, c'était de les 
traiter en étrangers, comme on fait en Russie ! Voilà, je le répète, 
ce qui a été dit, écrit, imprimé dans une Revue d'apparence scien- 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE CCCXL 

tiliquc, à la veille du centenaire de la déclaration des droits de 
l'homme et de l'émancipation religieuse ; voilà les coupables bille- 
vesées qu'on a débitées à propos du judaïsme français, sur cette 
terre généreuse que tant de nos coreligionnaires ont arrosée de leur 
sang en 1870, et que, s'il le fallait, ils en arroseraient encore. En 
vérité, Messieurs, si l'auteur de ces tristes pages a la mémoire si 
courte, que n'a-t-il eu, du moins, la patience un peu plus longue? 
Encore quelques semaines et il n'aurait eu qu'à ouvrir le Journal 
officiel pour y voir honorer tardivement, par la plus noble distinction 
dont notre gouvernement dispose, un des plus admirables exemples 
de dévouement patriotique et charitable qui aient été donnés pen- 
dant la dernière guerre,- — donné par qui, Messieurs ? par une 
femme, une femme juive et française, que j'ai le plaisir, je crois, 
de reconnaître ce soir parmi notre assistance ! . . . 

Pardonnez cette digression qui n'est pas dans mes habitudes. Ce 
que j'ai voulu dire, ce que j'ai voulu illustrer par un exemple vrai- 
ment typique, c'est que les dénigreurs du judaïsme d'aujourd'hui 
sont les mêmes que les dénigreurs du judaïsme d'autrefois. De tout 
temps l'antisémitisme a eu des tendances et des prétentions archéo- 
logiques ; l'ignorance lui a servi de complice, la fausse science de 
manteau, et telle affirmation audacieuse qui ne serait qu'une erreur 
digne de mépris s'il s'agissait de l'histoire de toute autre race ou de 
toute autre croyance, devient, quand le judaïsme est en cause, un 
argument dangereux entre les mains de la haine et de la mauvaise 
foi. Eh bien ! messieurs, cet ennemi, il faut le combattre, non pas avec 
ses propres armes, mais sur son propre terrain ; il faut le convaincre 
de mensonge et d'erreur non seulement au sujet des faits actuels, 
mais encore des faits passés qu'il invoque contre nous. On conteste, 
on prétend réduire à néant le rôle du judaïsme dans l'histoire de 
la civilisation ? Répondez en montrant quel a été ce rôle, rétablissez 
la vérité, versez la lumière à pleines mains, à pleins flots ; ressus- 
citez les grandes figures et les grandes œuvres de notre race, com- 
mentez, expliquez, approfondissez, non pas seulement les obscures 
élucubrations de tel rabbin de second ordie, mais le Deutèronome 
mais les Psaumes, mais la poésie et la morale sublimes de Job et 



CCCXLII ACTES ET CONFERENCES 

d'Isaïe. Ne craignez pas de répéter des choses connues ou qui vous 
paraissent telles : elles ne le seront jamais assez, et chaque généra- 
tion a besoin qu'on lui rapprenne ce qu'ont su ses aînées. D'ailleurs, 
mes chers collaborateurs, je compte sur votre savoir et votre talent 
pour rajeunir des sujets qui sont loin d'être épuisés ; avec le temps 
et les progrès de la science les points de vue se modifient, des rap- 
prochements nouveaux surgissent, l'histoire et la littérature juives 
s'éclairent par la connaissance plus exacte de leur entourage ; le rôle 
du judaïsme dans la marche de la civilisation apparaît moins mira- 
culeux peut-être, mais non pas moins digne d'être admiré. Civili- 
satioUy oui, ne craignons pas de reprendre et de relever le mot 
qu'une ignorance hardie détourne, pour nous en accabler, de son sens 
véritable : car parler de civilisation en faisant abstraction de la 
poésie, de la religion et de la morale, c'est res-embler véritablement 
à ce philosophe qui, en analysant les éléments de la beauté d'une 
fleur de lys, n'en oubliait que deux, — la couleur et le parfum ! 



JEPHTE 



LE DROIT DES GENS ET LA RÉPARTITION DE LA PALESTINE 
ENTRE LES TRIBUS 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 10 MARS 1888 

Par M. Maurice VERNES 

Direcleur-adjoint à l'École des Hautes-Études. 



Mesdames, Messieurs, 

Vous avez pu éprouver quelque étonnement à la lecture seule de 
ce titre et vous demander très légitimement quel rapport il y avait 
entre les trois éléments qu'il énonce. On ne saisit point, en effet, 
au premier abord, le lien qui rattache le juge Jephté, lequel bat les 
Ammonites et sacrifie sa fille à la divinité, à des théories sur le 
droit des gens ou droit international ; on ne voit pas non plus bien 
clairement comment une thèse sur le droit des gens a pu avoir son 
influence sur la distribution géographique des différentes tribus 
Israélites. 

Si cependant, désireux de percer cette énigme, vous avez relu le 
chapitre xi du livre des Juges, qui rapporte les hauts faits de 
Jephté, il n'est pas que vous n'ayez été frappés du détail avec lequel 
l'écrivain rapporte une discussion entre le roi ammonite et les re- 
présentants des Israélites. Il s'agit là du droit respectif des Ammo- 
nites et des Israélites sur un territoire contesté» et il est visible que 



CCCXL1V ACTES ET CONFERENCES 

l'auteur de la narration fait grand cas des arguments que Jephté 
oppose à son antagoniste et par lesquels il s'efforce, inutilement 
d'ailleurs, de le convaincre de la justice de sa cause. Or, par cette 
discussion, nous soulevons un des voiles de la pensée juive, nous 
abordons un ordre de considérations trop souvent négligé ; nous 
nous rendons compte que les écrivains bibliques cherchaient à 
établir leurs titres à la possession de la Palestine, non seulement 
sur le fait de la conquête, mais également sur des thèses d'une 
nature essentiellement juridique. Je veux vous signaler aujourd'hui, 
dans l'histoire de Jephté, la présence de préoccupations de cet 
ordre et vous faire voir que plusieurs des auteurs bibliques leur ont 
donné assez d'importance pour être entraînés à modifier, d'après 
elles, la distribution géographique qui s'appuie sur les données au- 
thentiques de l'histoire. 



L EPISODE DE JEPHTE. 

< Rappelons, pour commencer, le cadre même de l'épisode dont 
Jephté est le héros *. A une époque antérieure à l'établissement de 
la royauté, les Israélites, spécialement ceux qui s'étaient fixés sur 
la rive gauche ou orientale du Jourdain, avaient à souffrir des 
entreprises de dangereux voisins, des Ammonites, qui cherchaient 
à les rejeter sur la rive droite ou occidentale du fleuve. Dans leur 
embarras, ils s'en vont chercher une sorte d'aventurier du nom de 
Jephté et le mettent à leur tête. 

Le nouveau chef, avant de recourir à l'argument de la force, 
dépêche aux Ammonites une ambassade, chargée de les engager à 
quitter de bon gré le territoire des Israélites sur lequel ils entrepre- 
naient. — Mais, répond le roi ammonite, ce n'est pas à vous de 
me rien réclamer. C'est à vous, tout au contraire, à faire droit à 

1 Juges, chap. xi. La discussion juridique, qui en forme la partie principale, 
occupe les versets 12 à 28. 



.1KPIITÉ CGCXLV 



mes légitimes griefs. En effet, vous autres, Israélites, quand vous 
êtes venus d'Egypte, avez fait main basse sur une portion de mon 
territoire, sur une bande qui est limitée au sud par le torrent de 
l'Arnon, au nord par celui du Jabok et à l'ouest par le Jourdain ; 
je vous somme de la rendre 1 . 

La région revendiquée à cette place par les Ammonites comprend 
la totalité du territoire de Ruben et la plus grande partie de celui 
de Gad. 

La réponse du roi ammonite était-elle inattendue? En tout cas, 
elle jette les envoyés de Jephté dans l'embarras, et ceux-ci, ne 
sachant qu'opposer à ces prétentions, rebroussent chemin pour s'en 
aller prendre langue près de leur chef. Que se passe-t-il alors, du 
moins dans la pensée du narrateur? Sans doute on rassemble les 
légistes, on fouille les archives pour se mettre en mesure de fermer 
la bouche par une réplique décisive aux outrecuidantes prétentions 
de l'ennemi. 

Une nouvelle ambassade reprend donc tôt après le chemin de la 
cour ammonite et oppose à l'argument de l'adversaire toute une 
thèse, échafaudée sur des considérations à la fois historiques et juri- 
diques. Nous la résumons. 

Non, disent les messagers de Jephté, non, nous n'avons entrepris 
en rien sur le territoire tant des Moabites que des Ammonites. 
Quand nos pères sont sortis d'Egypte, ils ont traversé le désert 
jusqu'à Cadès (au sud de la Palestine). Arrivés en ce point, ils ont 
demandé aux Edomites et aux Moabites de leur accorder le droit de 
passage (de manière à atteindre l'extrémité sud de la mer Morte et 
à la contourner, pour aborder le pays de Chanaan parla rive gauche 
du Jourdain à la hauteur de Jéricho). Les Edomites et les Moabites 
ayant refusé le passage, Israël n'a point cherché à le forcer, mais 
s'est pacifiquement résigné à un grand détour; en effet, il lui fallait, 
tournant le dos à sa destination, reprendre le chemin du midi jus- 
qu'à la pointe du golfe élanitique, laisser ainsi le territoire édo- 
mite au nord, puis, se jetant à l'est, contourner la région édomite 
et le territoire moabite. Parvenus au bord de l'Arnon, les Israélites 



1 Voyez la carte n° 1. 



GGCXLVI ACTES ET CONFERENCES 

se trouvaient à la limite nord des Moabites. Là ils n'étaient plus 
séparés du but de leur entreprise, autrement dit du Jourdain, que 
par une bande de territoire occupée par les Amorrhéens. N'ayant 
aucune pensée de s'en emparer, ils demandèrent la faculté de pas- 
sage au roi Schon. A une demande courtoise et loyale, le roi 
armorrhéen riposta par une déclaration de guerre. Il n'était pas 
possible de répondre à ce mauvais procédé par la retraite, puisque 
le refus des Amorrhéens mettait entre les Israélites et le pays de 
Chanaan une barrière infranchissable. On n'hésita donc pas à forcer 
le passage, et, le sort des armes ayant favorisé les Israélites, on 
garda le territoire qu'on avait eu l'intention de traverser seulement. 
Ce territoire, c'était précisément celui qui est borné à l'ouest par le 
Jourdain, au nord par le Jabok, au sud par l'Arnon. — Après avoir 
ainsi exposé leurs titres de possession au territoire disputé et 
contesté, les messagers israélites posent leurs conclusions sous une 
forme hautaine : « Maintenant que Yahvéh (Jéhova), Dieu d'Israël, 
a chassé les Amorrhéens devant son peuple, est-ce à vous, Ammo- 
nites, de vous emparer de notre territoire? Voilà trois cents ans 
(expression emphatique et où il serait imprudent de voir une indi- 
cation chronologique précise) que nous occupons la région de l'Ar- 
non au Jabok. Pourquoi ne l'avez-vous pas revendiquée plus tôt? 
En le faisant aujourd'hui, vous faites mal. Que Yahvéh soit juge 
entre les enfants d'Israël et les enfants d'Ammon ! » 

A la suite de cet échange de notes diplomatiques, l'action s'en- 
gage. Vous savez qu'elle tourne au profit de Jephté, bien que la 
victoire soit gâtée par le sacrifice de sa fille, accompli en exécution 
d'un vœu téméraire. 



II 



COMMENT LA TRADITION REPRESENTE L INVASION DE LA 
PALESTINE. 

Vous voyez qu'il y avait désaccord entre les Israélites et les 
Ammonites sur la propriété d'une portion de la rive gauche du 



JEPHTE 



CCGXLV1I 



Jourdain. Les Ammonites la revendiquaient comme leur ayant été 
enlevée ; les Israélites se prétendaient fondés à l'occuper par la 
raison qu'ils l'avaient conquise, non sur les Ammonites, mais sur 
un tiers occupant, sur les Amorrhéens. Voyons d'un peu plus près 




Golfe j£lamticp(fcRouje 



Carte N° 1. — La route d'invasion de la Palestine. — Le territoire en litige est 
indiqué par un pointillé. La route d'invasion est indiquée par des flèches. 



CCCXLVIII ACTES ET CONFERENCES 

les renseignements que les livres bibliques nous donnent à ce propos, 
dans leur récit de l'invasion de la Palestine '. 

Notre point de départ sera toujours la station de Cadès ou Cadès- 
Barnéa, dont l'emplacement géographique n'a pas été déterminé 
d'une façon définitive, mais que l'on peut placer sans hésitation à 
l'extrême sud du territoire qu'occupèrent par la suite les Israélites, 
autrement dit à la limite méridionale du pays de Chanaan. Parvenus 
à Cadès sous la conduite de Moïse, il semble que les Hébreux n'eus- 
sent qu'à prendre possession de la terre promise par une pointe au 
nord. Il paraît bien que telle a été d'abord l'intention de leur chef; 
mais, pour des raisons qui ne sont pas indiquées avec une parfaite 
clarté, il renonce à se servir du chemin le plus direct et entreprend 
d'attaquer la Palestine par un mouvement tournant. Pour cela, il lui 
faut le concours ou tout au moins la bonne volonté des peuplades 
établies au sud et à l'est de la mer Morte et du Jourdain, à savoir 
des Edomites, des Moabites et des Ammonites. Aux premiers, qui lui 
ferment la route à l'est, il tient ce langage : Israël et Edom sont 
frères. Laisse-nous traverser ton territoire en empruntant la grande 
route. Notre intention n'est point de nous y arrêter et nous paierons 
l'eau nécessaire aux hommes et aux troupeaux. — Les Edomites 
se refusent à une proposition faite en termes aussi conciliants et se 
montrent prêts à fermer le passage les armes à la main. — Tel est 
l'essentiel du récit des Nombres 2 . Le Deidèronome nous dit à son 
tour que la divinité avait formellement interdit aux Israélites 
d'empiéter sur le territoire des Edomites, et la raison qu'elle en 
fournit est celle-ci : « J'ai donné la montagne de Séir en propriété à 
Esaù (Edom) 3 . -» En vertu de cette déclaration, Moïse renonce à 
tenter la fortune des armes et décide d'éviter le territoire édomite, 
dont l'accès lui a été refusé. 

Or les Edomites occupaient le pays depuis l'extrémité de la mer 
Morte, jusqu'à l'une des pointes de la mer Rouge, jusqu'au golfe 
élanitique, comme il a été dit plus haut. Que faire? Pousser soi- 

1 Se reporter pour l'exposé qui va suivre à la carte n° t : V Invasion de la 
Palestine. Le territoire eu litige est indiqué par un pointillé. 

2 xx, 14-21. 

3 Venter., n, 2-7. 



JEPIITK CCCXUX 



même au sud jusqu'au golfe élanitique le long de la frontière ouest 
des Edomites et remonter au nord à partir de ce point le long* de la 
frontière est. C'est comme si, a un voyageur qui se proposerait de se 
rendre directement de Nancy à Strasbourg, on imposait l'obligation 
de faire le détour par Baie ou par Genève. Je n'insiste pas sur la 
gravité qu'avait ce changement imprévu d'itinéraire pour un peuple 
entier cheminant avec ses troupeaux *. 

Après qu'on a fait cet énorme circuit, on se trouve en face des 
Moabites, fixés, comme on sait, dans la région sud-est de la mer 
Morte. Mais le territoire des Moabites doit être respecté au même 
titre que celui des Edomites. « N'attaque pas Moab, dit Yahvéh au 
peuple d'Israël ; car je ne te donnerai rien à posséder dans son pays. 
Je F ai donné en propriété aux enfants de Loth -. » Les Israélites se 
conforment aux ordres de la divinité et, continuant de se porter à 
l'est, atteignent avec l'Arnon la limite septentrionale du territoire 
Moabite 3 . 

Arrivés en ce point, les Israélites se butent à la troisième des 
peuplades que nous avons nommées, aux Ammonites. Mais leur 
territoire à eux aussi est garanti par l'ordre formel de la divinité. 
« N'attaque pas les Ammonites, dit Yahvéh au peuple d'Israël, car 
je ne te donnerai rien à posséder dans leur pays. Ce pays je l'ai 
donné en propriété aux enfants de Loth 4 . » Laissant donc au nord 
les Ammonites, les Israélites prennent la direction de l'ouest et se 
heurtent aux Amorrhéens, établis dans ce qui fut plus tard le 
domaine des tribus de Ruben et de Gad. 

Ce n'est pas ici le moment d'insister sur les difficultés, peut-être 
insurmontables, qui se rencontrent sur le parcours de cette route 
d'invasion. Les scrupules des Israélites à l'endroit de peuples qui 
leur montrent aussi peu de bonne volonté, peuvent vous paraître ex- 
cessifs et s'accorder mal avec ce que l'histoire rapporte des hauts 
faits guerriers d'un David et de ses successeurs ; les Edomites, les 

1 Voyez pour cette partie du voyage au désert, Nombres, xxi, 4 suiv., et DeU- 
tér., II, 8. 

1 Deutér., h, 9. 

3 Nombres, xxi, 13 ; Deutér.., Il, 16 suiv. 

4 Deutér., il, 16 suiv. 



GCCL ACTES ET CONFERENCES 

Ammonites et les Moabites ne furent-ils pas leurs pires adversaires 
et n'usèrent-ils pas, à leur tour, de tous les moyens pour les réduire ? 
Etrange spectacle aussi que celui de tout un peuple, engagé dans des 
régions inhabitées et obligé de se maintenir à distance de tous les 
endroits qui auraient offert quelques ressources ! Mais je veux faire 
surtout ressortir un trait, qui doit nous intéresser spécialement parce 
qu'il se trouve dans une relation immédiate avec l'objet de nos recher- 
ches. La thèse que les écrivains bibliques se proposent d'établir, c'est 
que les Israélites, lors de la conquête, ont scrupuleusement respecté 
le territoire de leurs voisins et ils les font voir, devant un refus 
qu'inspire un sentiment non justifié de méfiance, se résignant à un 
changement complet d'itinéraire. Mais l'itinéraire que l'on nous 
soumet est-il lui-même possible et réalisable ? Les Israélites pour 
contourner le territoire édomite vont jusqu'à Elath ; mais, à Elath, 
ils sont pris entre les Edomites et la mer Rouge. Ils n'ont pu passer 
qu'en vertu d'un consentement exprès ou les armes à la main. La 
même difficulté, sinon plus grande encore, se rencontre au moment 
où les Israélites atteignent l'Arnon, limite commune aux Moabites 
et aux Ammonites. On se demande comment ils ont pu s'y prendre 
pour ne toucher ni aux uns ni aux autres, à moins de se glisser sur 
une sorte de frontière idéale, ligne de séparation théorique qui se 
prête mal au passage d'un peuple entier. C'est un peu comme si 
Ton disait : Je vais me rendre de France en Autriche en suivant 
la frontière qui sépare la Suisse de l'Italie, mais sans entrer ni en 
Suisse ni en Italie. 

Quoi qu'il en soit de ces divers points dont il sera reparlé plus 
tard, les Israélites ont réussi à se rapprocher du Jourdain et, par 
conséquent, du pays de Chanaan, sans avoir porté aucune atteinte, 
si légère fût-elle, au droit de propriété des Edomites, des Moabites 
et des Ammonites. C'est alors que se dresse un dernier obstacle dans 
la personne du roi Amorrhéen Séhon, qui détenait la rive gauche ou 
orientale du Jourdain entre l'Arnon et le Jabok. On lui demande 
le passage: il le refuse. Cette fois-ci reculera-t-on encore? Non; 
car les scrupules précédemment allégués ne s'appliquent pas aux 
Amorrhéens, lesquels n'ont point de titres de propriété consacrés 
par la divinité. On forcera donc le passage et, avec la permission 



JEPI1TE CCCLI 



de Yahvéh, on s'emparera du territoire où dominait Séhon, bien 
qu'il ne fît point partie à proprement parler de la terre promise ' . 



III 



LE VERITABLE CHANAAN . 



En effet, le véritable pays de Chanaan, la terre promise, au sens 
précis du mot, ne comprend pas les régions sises à l'est du Jourdain 
où deux tribus et demie étaient destinées à s'établir. On vient de 
voir déjà que Moïse, loin de prétendre à leur conquête, avait 
simplement demandé qu'on autorisât son peuple à les franchir, et 
nul doute qu'il n'eût tenu sa parole s'il ne se fût heurté à un refus 
malveillant, qui détermina et justifia à la fois la prise de possession. 

Mais cette assertion est loin d'être isolée, et les passages des 
livres bibliques qui l'établissent ex professo sont aussi nombreux 
que décisifs. C'est d'abord au livre des Nombres une déclaration 
solennelle de la divinité définissant les limites du pays de Chanaan " 2 . 
« Yahvéh, rapporte l'écrivain, parla à Moïse et lui dit : Donne cet 
ordre aux enfants d'Israël'et dis leur : Quand vous serez entrés dans 
le pays de Chanaan, ce pays deviendra votre héritage, le pays de 
Chanaan dont voici les limites. » Suit l'indication des quatre limites 
méridionale, occidentale, septentrionale et orientale, la première 
courant de l'est à l'ouest à la hauteur de l'extrémité sud de la mer 
Morte, la seconde formée par la mer Méditerranée, la troisième 
courant de l'ouest à l'est à la hauteur des sources du Jourdain, la 
quatrième formée par le Jourdain et la mer Morte. « Tel sera, 
déclare le texte, votre pays avec ses limites tout autour. » La terre 
promise s'étend entre la mer et le Jourdain. C'est l'assertion 
formelle des Nombres et ce sera également, d'un bout à l'autre, la 
théorie du livre de Josué, celle dont ce livre part pour répartir le 
territoire de la Palestine entre les tribus. 

1 Nombres, xxi, 21-25, 31-32, et Dcuter., u, 26-37. 
1 Nombres, xxxiv, 1-12. 



CCCLII ACTES ET CONFÉRENCES 

Reportez-vous maintenant au conflit si remarquable que rapporte 
l'écrivain sacré et où figurent d'une part Abraham, l'ancêtre de la 
nation israélite, de l'autre son neveu Loth, auteur des Ammonites 
et des Moabites l . Il est bien visible que l'écrivain sacré considère 
ici ces deux personnages comme représentant les. nations qui 
doivent sortir d'eux et préfigure dans leurs relations les rapports 
politiques ultérieurs entre les Hébreux et leurs plus proches 
voisins. Or, par suite de l'indétermination des frontières, des 
difficultés s'élevaient entre les bergers d'Abraham et ceux de Loth. 
Le patriarche prend l'initiative d'un partage et, par un procédé 
d'une rare générosité , par une condescendance singulièrement 
touchante chez un vieillard qui avait le droit d'imposer sa volonté, 
propose à son neveu le choix. Qu'il prenne à son gré la rive droite 
ou la rive gauche du Jourdain, le pays de Chanaan ou le pays de 
la plaine ! Loth se décide pour ce dernier, dont l'aspect le séduit, 
et Abraham s'installe décidément dans ce qui sera la Palestine. 
Cette option est aussitôt confirmée par la divinité en termes exprès. 
C'est ainsi que, par une décision qui remonte aux temps les plus 
anciens, Israël est possesseur du Chanaan, tandis que la rive gauche 
ou orientale du Jourdain appartient aux descendants de Loth, aux 
Ammonites et aux Moabites. Entre les deux frères Esaù et Jacob, 
interviendra un peu plus tard un accord analogue, ainsi qu'entre ce 
même Jacob et Laban, Esaù représentant naturellement les Edo- 
mites, et Laban les Araméens ou Syriens 2 . 

Il résulte de ces indications que le véritable Chanaan a été occupé 
par les Israélites en vertu et en suite d'un ordre exprès, d'une 
volonté formelle, d'une décision réfléchie et constante de la divinité, 
mais que les régions de la rive gauche qu'ont peuplées historiquement 
les descendants de Jacob, — tribus de Ruben et de Gad, demi-tribu 
tran-sjordanique de Manassé, — ne l'ont été que par une sorte de 
hasard, par l'effet d'une chance imprévue, en suite des circonstances. 
Leur prise de possession est régulière assurément, mais elle est 
contingente ; elle ne rentrait pas dans les décrets éternels de la 
Providence. Que Séhon eût accordé le passage, et aucun Israélite 

1 Genèse, xm, 1-17. 

2 Genèse, xxxn, 2 suiv. ; xxxiii, 1-16, et xxxi, 43-54. 



JEPIITE CCCL11I 



ne s'installait sur la rive gauche du Jourdain, dans le Galaad et le 
Basan ! 

Mais depuis quand les Amorrhéens, terme qui doit être pris comme 
t'équivalent de Chananéens, avaient-ils, en dehors de leur établis- 
sement principal sur la rive occidentale du Jourdain, pris possession 
d'importantes régions de la rive opposée? Y séjournaient-ils de 
tout temps ou ne s'y étaient-ils fixés qu'aux dépens d'un premier 
occupant? C'est à cette question qu'un texte capital du livre des 
Nombres vient donner réponse. Eh bien! quand les Israélites s'empa- 
rèrent sur Séhon de la bande comprise entre Arnon et Jabok, il n'y 
avait que quelques années que celui-ci venait de l'arracher aux 
Moabites. Voici ce texte : « Séhon, roi des Amorrhéens, avait fait 
la guerre au précédent roi de Moab et lui avait enlevé tout son pays 
jusqu'à l' Arnon *. » Ainsi, au cas que l'invasion israélite se fût 
produite quelques années seulement plus tôt, Moïse aurait trouvé 
la route fermée par les Moabites et eût été mis par leur refus de 
passage dans l'impossibilité d'accéder aux rives du Jourdain, 
puisque, vous vous en souvenez, il lui était interdit de tirer l'épée 
contre les descendants de Loth. En réalité, la prise de possession 
accidentelle d'un district de la rive orientale du Jourdain par les 
Amorrhéens ou Chananéens a donné au territoire de Chanaan une 
extension imprévue. C'est ce que M. Reuss a très bien vu. « Le pays 
de Chanaan, remarque-t-il à ce propos, était borné à l'est par le 
Jourdain, et c'est ce pays seul qui était la terre promise. Mais, comme 
les Chananéens avaient conquis précédemment sur les Ammonites 2 
(ou Moabites) une partie du territoire à l'est du Jourdain, les Israélites 
les y remplacèrent à leur tour comme ayant reçu la mission cl' exterminer 
les Chananéens. » Les Israélites agissent donc dans l'espèce en vertu 
d'une sorte de droit de préemption. Le Galaad est une dépendance 
occasionnelle de la Palestine, qui suivra le sort de la métropole, 
la divinité ayant fait don à son peuple de toutes les possessions 
chananéennes, la Palestine et ses annexes. 

Vous saisissez donc la pointe de la discussion juridico-politique 

1 Nombres, xxi, 20. 

* Les écrivains bibliques échangent parfois les expressions moabites et ammo- 
nites, ce qui s'explique par le voisinage et la commune origine de ces peuplades. 

ACT. ET CONF., T. I. 26 



CGGLiV ACTES ET CONFERENCES 

de Jephté faisant dire aux Ammonites : « Maintenant que Yahvéh, 
Dieu d'Israël, a chassé les Amorrhéens devant son peuple d'Israël, 
est-ce vous qui auriez la possession de leur pays? Garde ce que ton 
Dieu Chamos t'a donné; nous, nous gardons ce que notre Dieu 
Yahvéh nous a donné. » 

Mais vous comprenez très bien, par la même occasion, pourquoi 
les Ammonites n'acceptent point cette argumentation. En effet, ils 
revendiquent sur le territoire contesté un droit de possession an- 
térieur à la conquête amorrhéenne. Cherchons à illustrer cette 
situation par une comparaison empruntée aux choses du présent. 
Supposons qu'un conflit ayant éclaté, d'ici à quelques années, 
entre l'Allemagne et l'Autriche, cette dernière fût amenée à s'em- 
parer de l'Alsace-Lorraine. Aussitôt la France intervient et dit : 
Soit, vous avez battu l'Allemagne et vous lui avez arraché l'Alsace. 
Mais ces provinces, l'Allemagne me les avait précédemment enle- 
vées et je revendique sur elles mes droits de possession. — A quoi 
l'Autriche riposterait : Je n'ai pas à m'occuper des droits des tiers. 
Sur qui ai-je pris l'Alsace et la Lorraine? Sur l'Allemagne, n'est-il 
pas vrai ? Vous, France, je ne vous connais pas et vous interdis 
d'intervenir au débat. — 

Et cependant, malgré cette thèse de droit des gens qui légalise et 
consacre la conquête de la rive gauche du Jourdain, une sorte de 
défaveur s'attache, dans la pensée des écrivains bibliques, à cette 
région qu'ils considèrent toujours comme extérieure au véritable 
Chanaan, comme étrangère à la Terre promise proprement dite. 

Dans l'épisode même de Jephté, les députés israélites sont tout 
d'abord interloqués par la franche riposte des Ammonites, et vous 
avez vu un signe sensible de leur embarras dans le délai et les ré- 
flexions qui précèdent leur réponse. Mais voici qui est plus signi- 
ficatif encore. 

Immédiatement après la conquête du Galaad, les délégués des 
tribus de Gad et de Ruben viennent prier Moïse de leur concéder 
ce territoire, qui semblait admirablement approprié à leur condi- 
tion 1 . Rien de plus légitime, vous semble-t-il, qu'une pareille de- 

1 Nombres, chap. xxxn. 



Jl< IMITE GCCLV 



mande. Et cependant le chef accueille fort mal la proposition. Sa 
méfiance-, son mécontentement se font jour dans une brusque sortie : 
« Que demandez- vous-là ? Vos frères des autres tribus iraient se 
battre et vous vous resteriez ici tranquillement! Pourquoi voulez- 
vous décourager vos frères de passer dans le pa} s que Yahvéh leur 
donne ! Ainsi ont fait vos pères quand, à Cadès, ils effrayèrent le 
peuple et l'empêchèrent d'entreprendre la conquête. Et la divinité 
courroucée les a contraints d'errer quarante ans dans le désert jus- 
qu'à l'anéantissement de la génération coupable. Une leçon aussi 
effroyable no vous suffit elle pas? Voulez-vous enflammer de nou- 
veau et à jamais la colère divine et perdre Israël pour toujours en 
lui fermant le chemin de la Terre promise? » A cette véhémente 
apostrophe, les délégués de Gad et de Ruben répondent qu'ils s'en- 
gagent à prendre part à la conquête du Chanaan. Ils installeront 
vivement leurs familles et leurs troupeaux sur la rive gauche, puis, 
se réunissant aux autres tribus, joindront leurs efforts aux leurs jus- 
qu'à achèvement complet de la conquête. Alors seulement, déclinant 
toute part dans le Chanaan cis-jordanique, ils reprendront le che- 
min du Galaad. — Moïse est fléchi par ce témoignage d'obéissance 
et de bonne volonté ; cependant, il stipule d'une façon formelle à 
quelles conditions il accueille la demande des deux tribus et demie 
(en y comprenant la demi-tribu trans-jordanique de Manassé). Les 
représentants de toutes les tribus en sont avisés en ces termes : 
« Si les fils de Gad et les fils de Ruben passent avec vous le Jour- 
dain, tous armés pour combattre devant Yahvéh, après que le pays 
aura été soumis devant vous, vous leur donnerez (remarquez ce 
futur) en propriété la contrée du Galaad. Mais, s'ils ne marchent 
point en armes devant vous, qu'ils s'établissent au milieu de vous 
dans le pays de Chanaan ! » 

Cependant, quoi qu'elle en ait, la pensée juive continue de sur- 
veiller avec inquiétude les agissements de ceux qui ont préféré au 
Chanaan proprement dit l'installation à l'est du Jourdain. Ce senti- 
ment se manifeste avec une singulière vivacité dans un épisode, trop 
négligé, que rapporte le livre de Josué '. — La conquête du Chanaan 



1 Chap. xxn. 



CCCLVf ACTES ET CONFERENCES 

a été achevée et, conformément aux engagements pris, Josué délivre 
leur exeat aux tribus trans-jordaniques, non sans y joindre quelques 
recommandations. 

Les hommes de Ruben, de Gad et de Manassé trans-jordanique 
prennent donc la route du Jourdain; mais, avant de le franchir, ils 
élèvent un autel monumental. Dès que la nouvelle en parvient aux 
autres tribus, il se fait un grand émoi ; des députés prennent aus- 
sitôt le chemin de la rive gauche et tiennent aux deux tribus et 
demie ce langage : n Qu'avez-vous fait? C'est ainsi que vous reniez 
Yahvéh, le Dieu d'Israël, en bâtissant un second autel en face du 
seul légitime. Si vous tenez pour impur le pays qui est votre pro- 
priété, passez dans le pays qui est la propriété de Yahvéh, où est fixée 
la demeure de Yahvéh et établissez-vous au milieu de nous ; mais 
ne vous révoltez pas contre Yahvéh, en opposant autel à autel. » Il 
est visible que, dans la pensée de l'écrivain, la rive gauche du Jour- 
dain ne vaut pas la rive droite. Il va jusqu'à dire que la seconde 
est la propriété de Yahvéh, tandis que l'autre ne l'est pas. — Les 
trans-jordanites sont enfin admis à expliquer leurs intentions, et ces 
intentions, contrairement à ce qu'on avait supposé, sont des plus 
orthodoxes. « Loin de nous, disent-ils, la pensée de violer la loi de 
Yahvéh ! L'autel que nous avons bâti n'est pas un autel destiné à 
recevoir des victimes, c'est un simulacre d'autel, une sorte de mé- 
morial, destiné à figurer et à rappeler le seul autel légitime. Nous 
nous sommes alarmés à la pensée que vos fils (à vous cis-jordanites) 
diraient un jour à nos fils : Qu'y a-t-il de commun entre vous et Yah- 
véh, le Dieu d'Israël? Yahvéh a mis le Jourdain pour limite entre 
vous et nous, fils de Ruben et fils de Gad ; vous n'avez point de 
part à Yahvéh ! — Pour éviter ce funeste malentendu, nous avons 
résolu de construire un autel, simple mémorial, qui attestera notre 
commun droit et montrera notre volonté constante de participer au 
culte que Yahvéh reçoit dans son seul sanctuaire légitime ». Ces 
explications sont jugées satisfaisantes et l'incident en reste là ; il 
n'en atteste pas moins l'opinion défavorable qui s'attache à la région 
trans-jordanique. 

De ces différentes observations, il résulte que le territoire sur 
lequel se trouvent installées les différentes tribus israélites comporte 



.IKl'HIK CCCLVI1 



deux zones de qualité et do valeur inégales. Neuf tribus et demie 
occupent le véritable pays de Chanaan, celui-là même que la divi- 
ûité a réservé de tout temps à son peuple de prédilection et dont 
les occupants étaient destinés à disparaître pour faire place à celui- 
ci. Deux tribus et demie, par suite de circonstances accidentelles, 
ont reçu l'autorisation de s'établir au dehors, dans une région qui 
forme comme un prolongement et une annexe de la Terre promise, 
mais n'en fait pas essentiellement partie. D'un côté, c'est le droit, 
de l'autre, la tolérance; d'un côté, la nécessité, de l'autre, une 
mesure de fait, d'un caractère contingent. 



IV 

L ISRAËL HISTORIQUE ET L'iSRAEL D'APRÈS LE LIVRE DE JOSUÉ 

Ces théories de « droit des gens » qui proclament le droit absolu 
des Israélites sur le Chanaan proprement dit, leur droit secondaire 
seulement et dérivé en ce qui touche la rive gauche du Jourdain, 
ont eu de très curieuses conséquences au point de vue de la géo- 
graphie. Elles ont amené plusieurs écrivains bibliques à modifier la 
répartition historique du territoire entre les tribus, pour lui substi- 
tuer une répartition sensiblement différente, visiblement empreinte 
d'un caractère idéal et théorique. 

Les livres historiques de la Bible nous renseignent très claire- 
ment sur les limites du territoire israélite et sur la position qu'oc- 
cupaient les différents groupes, tels qu'ils subsistèrent générale- 
ment pendant toute la période des anciens royaumes, depuis la 
prise de possession du pays de Chanaan jusqu'à la captivité de Ba- 
bylone ' . 

Le territoire israélite, situé dans le prolongement montagneux 
par lequel la Syrie se rattache à l'Afrique, occupe sur les deux rives 
du Jourdain, depuis ses sources jusqu'à l'extrémité méridionale de 
la mer Morte, une sorte de rectangle aux angles émoussés et de 



1 Voyez la carte n° 2 : l'Israël historique. 



CCCLV1II 



ACTES ET CUNKEKENCES 



forme assez irrégulière, dont le plus grand côté du nord au sud, 
compte environ 250 kilomètres, et le plus petit, de l'est à l'ouest, 




«V \OEMFMANASSE 



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BENJAMIN &^**- 



AMMONITES 



MOABITES 



EO OMITES 

Carte N° 2. — L'Israël historique faisant voir l'emplacement des douze tribus. — 
Le territoire en litige, entre Arnon et Jabok, est indiqué par un pointillé ; la 
côle maritime, que le livre de Josiiff attribue aux Israélites, est également in- 
diquée par un pointillé. 



80 à 100 en moyenne. La plus grande partie se trouve placée sur 
la rive droite du Jourdain, mais elle n'atteint pas la Méditer- 



JKIMITK GCCLIX 

râpée, dont une bande de terrain, d'une vingtaine de kilomètres en 
moyenne, l'a toujours séparée. Cette bande resta la possession des 
Philistins pour la partie méridionale, des Phéniciens pour la partie 
septentrionale. Sur la rive gauche du Jourdain, le territoire Israé- 
lite s'élargit quelque peu dans la région nord-est, mais ses limites 
ne lardent pas à se rapprocher du Jourdain qu'elles suivent parallè- 
lement au cours du ileuve jusqu'à la rencontre du torrent d'Arnon. 
Sur la rive occidentale du Jourdain, se succèdent, en partant de la 
frontière méridionale, les tribus de Siméon, de Juda, de Benjamin, 
de Dan (premier établissement), d'Éphraïm, de la demi-tribu cis- 
jordanique de Manassé, d'issachar, de Zabulon, de Nephtali, d'Aser 
et de Dan (second et définitif établissement). Sur la rive orientale 
du fleuve on rencontre, en allant du nord au sud, la demi tribu 
trans-jordanique de Manassé, les tribus de Gad et de Ruben. 

C'est sur ce territoire relativement restreint que s'est déroulée 
la fortune de l'Israël historique au travers de vicissitudes nom- 
breuses. 

Mais ces indications, conformes à la pure réalité, ne s'accor- 
daient point avec la doctrine que nous avons exposée sur le « véri- 
table Chanaan ». Vous vous apercevez tout de suite qu'on avait 
ainsi trop d'un côté et pas assez de l'autre, trop du côté oriental 
ou l'on occupait les importantes régions du Galaad et du Basan, 
non comprises au programme primitif, pas assez à l'ouest du Jour- 
dain où l'on devait avoir pour limite la Méditerranée, tandis que 
les circonstances n'avaient pas permis qu'on s'emparât de la côte 
maritime. Pour lever cette double contradiction entre la réalité et la 
théorie, entre le fait et l'idée, on s'avisa de deux expédients. Nous 
avons déjà vu que, en ce qui concerne l'occupation du Galaad et du 
Basan, qui faisaient partie du domaine réservé par la divinité aux 
Ammonites et aux Moabites, on justifiait leur prise de possession 
par une ingénieuse explication. Certes, on ne les avait point en- 
levés à leurs légitimes propriétaires ; mais ceux-ci, ayant eu le 
malheur ou commis la faute de les laisser tomber aux mains des 
Amorrhéens ou Chananéens, les circonstances avaient amené les 
Israélites a les arracher à ces derniers sans avoir à se soucier des 
droits des tiers. On explique donc l'écart qui se produit sur ce 



CCCLX ACTES ET CONFERENCES 

point entre la théorie et les faits, par un concours tout fortuit de 
circonstances. 

C'est le livre de Josuè qui se charge de répondre sur le second 
point. Par une mise en scène hardie, l'écrivain nous représente le 
successeur de Moïse parvenu au terme de sa carrière. La conquête 
du « Chanaan légal » est achevée ; Josué procède solennellement 
par le sort à la distribution du sol entre les neuf tribus et demie 
non loties, à l'exclusion de celles auxquelles est réservé le terri- 
toire conquis à l'est du Jourdain. La Terre promise est considérée 
comme une table rase ; l'auteur ne se préoccupe ni des Chananéens 
qui peuvent encore subsister dans des localités isolées ou même 
dans des districts entiers ; il feint d'ignorer que la côte est restée 
aux mains des Philistins et des Phéniciens. Pour la répartition 
idéale qu'il se propose, ces éléments peuvent être négligés ou omis. 
Il s'agit bien certainement dans sa pensée moins de rapporter 
exactement ce qui a été, que d'exposer ce qui aurait pu, ce qui 
aurait dû être. En d'autres termes, le tableau qu'il trace est un 
tableau idéal et théorique, de même que le Chanaan auquel il s'ap- 
plique n'est pas le territoire réellement occupé par les Israélites à 
l'époque historique, mais le Chanaan légal, celui auquel la Médi- 
terranée sert de frontière à l'ouest et le Jourdain à Test. 

Dans ces conditions, l'écrivain n'a qu"à partir de la distribution 
réelle qui a été indiquée tout à l'heure en répartissant entre les 
tribus la côte maritime *. C'est ainsi que Juda se voit attribuer la 
plus grande partie de la terre philistine et s'annexe de la sorte une 
importante section de la bande maritime. Même sort échoit à la 
tribu de Dan qui, mécontente de sa situation précaire, devait bien- 
tôt chercher fortune ailleurs. Le livre de Josué prolonge généreu- 
sement ses limites jusqu'à la côte et lui donne du coup, au moins 
en apparence, une importance disproportionnée à sa véritable 
situation. Ephraïm et le demi-Manassé cis-jordanique reçoivent de 
la même façon un accroissement non insignifiant. Enfin, des envi- 
rons du Carmel jusqu'à la hauteur de Tyr, la côte est attribuée à 
la tribu d'Aser. Donc cinq tribus, dont aucune n'avait accès à la 

1 Voyez la carie n° 2 où les additions indiquées par le livre de Josué sont 
marquées par une désignation spéciale. 



.1 El» Il TE CCCLXI 



mer, se sont vu partager la côte philistino et phénicienne, de ma- 
nière à réaliser les limites du Chanaan légal ou véritable. 

L'Israël selon Josuè marque donc un curieux effort pour trans- 
former les faits historiques sous l'influence d'une idée préconçue. 
Le Chanaan de la réalité travaille à se rapprocher du Chanaan de 
la théorie. 



L ISRAËL D APRES EZECHIEL. 

Ce que le livre de Josuè avait commencé de faire, le livre du 
prophète Ezèchiel l'achève. Ici la thèse juridique a été décidément 
plus forte que l'histoire ; les faits ont été complètement subordonnés 
à l'idée l . 

Vous savez que la dernière partie du livre A' Ezèchiel développe 
des plans de restauration et d'organisation du temple de Jérusalem, 
de son sacerdoce et de ses cérémonies ; mais à ce temple lui-même 
est assignée une place spéciale au centre du peuple, dont le pro- 
phète entraîné en exil attend la restauration sur le sol natal. Le 
prophète est ainsi amené à envisager l'ensemble de la nation et du 
territoire et il arrive à proposer une distribution nouvelle des 
tribus, où l'influence de la théorie du Chanaan légal, situé entre 
mer et Jourdain, est prépondérante. Les scrupules qui avaient 
arrêté l'écrivain de Josuè ne retiennent point le prophète ; il faut 
que la théorie désormais supplique exactement aux faits, que 
l'idée recouvre complètement et absorbe la réalité. Il ne lui suffira 
pas de s'être annexé la côte maritime; il n'hésitera pas à sacrifier 
les possessions trans-jordaniques, le Galaad et le Basan, dont la 
perte trouvera sa compensation dans la prise de possession du 
rivage de la grande mer, du domaine des Philistins et des Phéni- 
ciens. Ezèchiel ne s'en tiendra point là. Dans sa passion de symétrie 

1 Voyez la carte n° 3 : l'Israël selon Ezér.hid. 



CCCLXU 



ACTKS ET CONFKHKNCES 



et de régularité, il attribuera à chacune des tribus une bande 
parallèle courant de la mer Méditerranée au Jourdain ; enfin, dans 
la distribution de ces parallélogrammes entre les tribus, il usera 




lem 



^ l l„ t imm|irmnnimi l tirni[mt-tjinj|i|;,|inmmi,;mt> 



Carte N° 3. — L'Israël selon JKzéchiel. — Le tracé des limites de l'Israël historique 
a été indiqué pour permettre la comparaison, ainsi que la situation réelle d-e 
Jérusalem. Le ruisseau qui sortira du Temple a été marqué. 



de la plus grande liberté, transportant sans scrupule au nord un 
groupe que l'histoire lui déclarait appartenir au midi, et au midi 
ce qui devait revenir au nord. 



JEPHTE GCCLXUI 



C'est au chapitre xlvii ' que le propliète énonce les limites 
générales du pays qui doit « être distribue en héritage aux douze 
tribus «l'Israël >\ Ces limites sont celles-mêmes que nous avons 
attribuées au Clianaan « véritable » ou « légal », à savoir le Jour- 
dain ei ses lacs à lest et la Méditerranée à l'ouest, au nord une 
ligne située à la hauteur des sources du Jourdain, au sud, une 
autre ligne tracée à la hauteur à peu près de l'extrémité méri- 
dionale de la mer Morte. 

Dans cet espace se succéderont du nord au midi, après qu'il 
aura été procédé à un tirage au sort, les tribus de Dan, d'Aser, de 
Nephtali, de Manassé, d'Ephraïm, de Ruben et de Juda 2 . L'écrivain 
indique très nettement que chacun des territoires attribués aux 
tribus se composera d'une bande que bornent des lignes droites, par 
l'emploi de la formule suivante : ...Sur la limite de Dan, de 
l'orient à l'occident, Aser ; sur la limite d'Aser, de l'orient à l'occi- 
dent, Nephtali, et ainsi de suite. Aussi aucun commentateur ne s'y 
e&t trompé et M. Reuss résume son opinion en ces termes : « Chaque 
portion va de la Méditerranée aux lacs et au Jourdain, et les 
lignes de démarcation sont des lignes droites comme sur les cartes 
des Etats de l'intérieur de l'Union américaine. » Arrivé à Juda, 
l'auteur s'arrête pour faire place à une disposition spéciale; il 
s'agit d'un territoire réservé, sur lequel nous donnerons tout à 
l'heure quelques détails plus précis. Ce territoire réservé est spé- 
cialement destiné au temple et à son personnel , il s'étend égale- 
ment entre mer et Jourdain et s'interpose entre les domaines 
.attribués aux tribus, dont sept, que nous avons déjà nommées, se 
trouvent placées au nord, tandis que les cinq qui restent occuperont 
la partie méridionale du Chanaan ; ces cinq sont : Benjamin, limi- 
trophe au territoire réservé, puis Siméon, Issachar, Zabulon, enfin 
Gad qui clôt la liste. 

11 est a remarquer que l'écrivain n'indique pour les douze tribus, 
ni la dimension de leur territoire en longueur, ni la dimension en 
largeur ou hauteur. On peut aisément se passer du premier de ces 



1 Versets 13 à 23. 

2 Cliap. xlviii, l à 29. 



CCCLX1V ACTES ET CONFERENCES 

éléments, puisque la longueur est déterminée uniformément pour 
chacune par la distance qui sépare la mer Méditerranée du Jour- 
dain et de ses lacs ; il n'en est pas de même de la largeur, et 
l'absence de cet élément a mis les exégètes dans l'embarras, bien 
qu'ils s'accordent à reconnaître que l'intention formelle de l'écrivain 
est d'attribuer à toutes les bandes une mesure constante. 

En ce qui est du territoire réservé qui occupera le centre même 
du pays de Chanaan, nos renseignements sont plus complets. Il 
nous est dit qu'il doit former un carré parfait et présenter 25,000 
cannes ou perches en longueur sur autant en largeur ou hauteur. 
Or la canne pouvant être évaluée à 3 mètres environ, c'est un 
carré de 75 kilomètres de côté qu'il convient de prélever en faveur 
du temple et de son personnel, d'une part, de Jérusalem et de sa 
banlieue d'autre part. En vous reportant à la carte de la Palestine, 
vous constaterez que cette longueur de 75 kilomètres répond très 
suffisamment à la distance qui sépare le Jourdain de la mer quand 
on se place à la latitude de Jérusalem et des localités sises immé- 
diatement au nord de la capitale. Ce rapprochement à lui seul fait 
voir combien il serait risqué de traiter de pure fantaisie une combi- 
naison, où il est bien clair qu'une très grande place a été faite' à 
l'arbitraire, à l'imagination personnelle, mais où vous allez recon- 
naître que cette imagination s'est tracé à elle-même des limites 
précises qu'elle n'a point franchies. La particularité de la grande 
vision à'Ézèchiel dont nous tâchons d'éclairer un point, est, en effet, 
un singulier mariage entre l'observation précise, presque méticu- 
leuse, et la combinaison personnelle la plus hardie. 

Puisque l'écrivain ne nous a pas donné la largeur des bandes 
affectées aux douze tribus, tâchons de suppléer à son silence. Si 
nous leur accordions à chacune la même dimension qu'au territoire 
réservé, nous aurions un chiffre exagéré qui nous ferait franchir, et 
de beaucoup, les limites assignées au territoire de Chanaan. En 
multipliant, en effet, 12 par 75 nous obtiendrions 900 kilomètres, 
ce qui avec adjonction du territoire réservé, ferait 975. C'est à 
peu près quatre fois la dimension réelle de la Palestine. Je vous 
propose de vous arrêter au chiffre de 15 kilomètres, autrement dit 
de 5,000 cannes ou perches. En supposant douze bandes de même 



JE PUTE CCCLXV 



largeur nous obtenons 180 kilomètres et avec adjonction du terri- 
toire réservé, 255 kilomètres. Or, ce chiffre de 255 kilomètres repré- 
senté à 1res peu près les dimensions réelles de la Palestine des sources 
du Jourdain à l'extrémité sud de la mer Morte, telles que les a défi- 
nir* Ézèchiel lui même. 

Je n'hésite pas à penser que l'on peut très légitimement dresser 
la carte de l'Israël restauré selon les plans à'Ezéeliiel en adoptant 
le chiffre de 15 kilomètres pour chacune des douze tribus. Ce sont 
précisément les dimensions du territoire qui, à l'intérieur du grand 
carré réservé, est assigné à Jérusalem et à sa banlieue. 

Donnons ici quelques indications sur ce « territoire réservé ' ». Il 
comporte lui-même trois sous-divisions 

1° Une bande destinée au Temple et aux prêtres, constituant la 
« portion sainte » ; au milieu, le sanctuaire présentant un carré de 
1,500 mètres de côté. Cette bande aura 75 kilomètres en longueur 
sur 30 en largeur ou hauteur ; 

2° Une bande d'égales dimensions réservée aux lévites ; 

3° Une bande d'égale longueur mais n'ayant que la moitié/ de la 
largeur des deux autres, soit 15 kilomètres seulement pour la ville 
de Jérusalem et sa banlieue. La ville sera située à mi-longueur, 
occupant un carré de 13,500 mètres de côté 2 . 

Le texte ne disant pas nettement dans quel ordre doivent se 
suivre les trois divisions du territoire sacré, nous avons cru bien 
faire en plaçant le temple dans la position centrale ; la bande attri- 
buée aux Lévites se trouve au nord et celle qui est réservée à 
Jérusalem au sud. 

Si, après ces explications, vous vous reportez à la carte que j'ai 
dressée de la distribution des tribus selon Ezèchiel, vous serez 
étonné de voir que plusieurs des difficultés que présente son établis- 
sement sont levées de la façon la plus simple et sans efforts et que, 
si son auteur en a usé très librement avec les faits, il s'est, du 
moins, maintenu nettement dans les limites du cadre géographique 

1 Chap. xlviii, 8-22, et xlv, 1-8. 

2 La seule portion un peu obscure de la description à'Ezéchiel est celle qui a 
trait à la situation exacte du territoire destiné à former l'apanage du prince. 



CCCLXV1 ACTES ET CONFERENCES 

qu'il s'était assigné. Refaisons donc par la pensée le chemin qu'il a 
suivi lui-même. 

EzècUiel prend pour point de départ la doctrine déjà admise par le 
livre de Josuè, d'après laquelle le domaine que la divinité avait 
destiné aux Israélites est borné à l'est par le Jourdain, à l'ouest 
par la Méditerranée ; mais il conçoit le dessein de s'y conformer 
exactement et, tandis que son prédécesseur a respecté la situation 
historique de certaines tribus sur la rive orientale du Jourdain, il 
se promet de leur faire place à toutes sur le véritable Chanaan, sur 
le Chanaan légal. En second lieu et par analogie avec la position que 
les livres de Moïse assignent au sanctuaire dans le désert 1 , il médite 
d'isoler à l'usage du temple, de son personnel et de l'ensemble des 
douze tribus, la portion centrale du territoire. Jérusalem et son en- 
tourage cesseront aussi d'être la possession d'une tribu en parti- 
culier, pour devenir communs à l'ensemble de la nation. Tout cela 
formera le territoire réservé ou consacré. Ce territoire affectera, 
autant que possible, la forme d'un carré et, comme il y a en réalité 
75 kilomètres environ du Jourdain à la mer, à la latitude de Jéru- 
salem, l'auteur s'arrête à un territoire ayant cette même dimension 
en hauteur ou largeur. 

Passant ensuite aux douze tribus, l'écrivain était conduit par sa 
décision première à l'endroit du territoire consacré, à les concevoir 
comme des bandes horizontales. Sa première préoccupation a dû 
être ici de déterminer les dimensions en hauteur de ces bandes de 
manière à rester dans les limites générales de la Palestine. Nous 
avons vu qu'on y arrive en adoptant pour les diverses tribus la lar- 
geur même accordée au territoire de Jérusalem. D'autre part, si 
l'on plaçait un nombre égal de tribus dans la région sise au nord du 
territoire réservé et dans la région sise au sud, on risquait de dé- 
placer Jésusalem et de l'éloigner de sa situation véritable. L'au- 
teur y a pris garde et a placé seulement cinq tribus au midi de la 
capitale. Ces cinq tribus exigeant 75 kilomètres, Jérusalem, on peut 
s'en assurer, se trouvera à la latitude désirée. 

1 Voyez Nombres, chap. n, etc. Il y a là un rapprochement qui s'impose : 
dans la position centrale et isolée du tabernacle, d'une part ; de l'autre, dans le 
groupement méthodique des tribus tout à l'entour. 



JEH1TK CCCLXVII 



En commençant par le nord l , Ézèchiel rencontrait la tribu de Dan. 
11 l'a laissée en place, vous le voyez, tout en l'étendant jusqu'à la 
mer; nous en dirons autant d'Aser et de Nephtali. Jusqu'ici l'auteur 
respecte l'histoire dans la mesure où elle peut s'accommoder des 
nécessités de son plan. Mais il importait de classer ici le Manassé 
trans-jordanique qui est à la même latitude que les trois tribus plus 
haut nommées. Ezèchiel le place immédiatement au-dessous de 
Nephtali et le rejoint au demi-Manassé cis-jordanique. C'est, sans 
doute, par suite delà réunion des deux Manassé que l'écrivain a été 
amené à écarter Zabulon et Issachar qui auraient pu trouver place 
ici. Quelle qu'en soit en définitive la raison, Ezèchiel place immé- 
diatement au-dessous de Manassé son important voisin Ephraïm. En 
ce point, il a sans doute hésité. L'ordre historique appelait Benja- 
min, mais cette tribu s'est toujours vantée de posséder Jérusalem et 
le prophète voulait la maintenir dans le voisinage immédiat de la ca- 
pitale. Il semble que l'écrivain aurait pu loger ici soit Zabulon, soit 
Issachar. A notre grand étonnement, il s'en va chercher à l'extrême 
sud-est la tribu de Ruben. Cette résolution s'expliquerait-elle par un 
ressouvenir de la primogéniture de l'auteur de la tribu et le désir 
de l'honorer ? on ne saurait le dire. Il me semble, en revanche, que, 
si Juda est transporté au nord du territoire réservé et arraché 
aussi brusquement à sa situation historique, c'est bien dans l'inten- 
tion de lui donner une situation privilégiée dans le voisinage immé- 
diat du territoire sacré. Lui et Benjamin seront tout particulière- 
ment appelés à le protéger. Dans le territoire sacré, on remarquera 
d'abord la bande attribuée aux lévites, puis celle des prêtres sado- 
cides dont le temple occupe le centre ; nous avons indiqué le ruis- 
seau merveilleux que le prophète fait jaillir de l'enceinte sacrée et 
dont les flots sont destinés à assainir la mer Morte 2 . Au-dessous du 
territoire du temple est la bande consacrée à Jérusalem ; nous 
avons indiqué, à côté du carré gigantesque que forme la nouvelle 
capitale, la situation de la Jérusalem historique. 

Au sud du territoire réservé vient immédiatement Benjamin, dont 

1 Pour ce qui suit, se reporter à la carte n° 3, qu'il convient de comparer avec 
la carte n° 2. 

5 Chap. xlvii, versets 1 à 12. 



CCCLXV1II ACTES ET CONFÉRENCES 

l'écrivain a cru devoir sauvegarder la situation historique. Juda 
avant été reporté au nord, la place suivante revenait à Siméon. Les 
trois dernières places seront attribuées aux tribus laissées de côté, 
à Issachar, à Zabulon, enfin à Gad. 

Vous voyez dans quelle singulière mesure la fantaisie en tout 
ceci s'allie au respect de la réalité. Ce même Ézèchiel, qui ne craint 
pas de déplacer le temple et de le mettre à quelque distance de Jé- 
rusalem, en a tracé le plan avec un soin et un détail qui ont permis 
à MM. Perrot et Chipiez d'en représenter les principales dispositions 
et l'aspect. D'autre part, même en admettant la complète authenti- 
cit4 de la vision des chapitres xl-xlviii, qui se placerait en l'an 574 
av. J.-C, il est bien clair qu'à cette date les douze tribus n'exis- 
taient plus à l'état de groupes séparés. L'écrivain pouvait donc les 
distribuer librement sans inconvénient sérieux. 



VI 



REMARQUES SUR LA DATE DES TEXTES ET SUR LA CONQUETE 
DE LA PALESTINE PAR LES ISRAÉLITES. 

Je crois que les développements qui précèdent ont suffisamment 
justifié mon titre. J'espère avoir démontré que l'épisode de Jephté 
contient une thèse juridique, une théorie de droit des gens, dont 
l'effet a été de modifier sérieusement la carte de la Palestine, 
d'amener plusieurs écrivains bibliques et non des moins considé- 
rables à proposer une distribution des tribus sur le sol de Chanaan 
singulièrement différente de celle qui résulte de l'histoire propre- 
ment dite. 

Les juristes hébreux ne s'appuient pas sur le droit de conquête 
pour justifier la prise de possession de certains territoires. C'est la 
divinité qui, en assignant des régions déterminées à tel ou tel 
peuple, a créé ses titres de propriété. Tel est le droit des Israélites 
sur le territoire de Chanaan proprement dit, situé entre le Jourdain 
et la mer Méditerranée. Il peut aussi exister des droits dérivés ou 
secondaires. De cette nature est le droit des Israélites sur le Galaad 



JEPHTÉ GCCLX1X 



et le Basan. Mais les titres de propriété qui se fondent sur un droit 
contingent n'ont pas la valeur des autres. Nous avons vu que 
plusieurs écrivains les traitaient assez dédaigneusement, et Êzéchiel 
se résout à les sacrifier complètement, sans se soucier de l'histoire 
et des souvenirs du passé. 

Mais cet aperçu serait insuffisant si nous n'y joignions quelques 
considérations sur deux points importants : sur la date des textes, 
ce qui est une question de littérature ; sur la manière dont on doit se 
représenter la conquête de la Palestine par les Israélites, ce qui est 
une question d'histoire. 

Nous avons, au cours de cet exposé, commenté des textes em- 
pruntés à différents livres bibliques. A quelle date remonte la 
composition de ces livres et, par suite, pour quelle époque pouvons- 
nous attester l'existence des idées et des préoccupations dont 
témoignent les textes étudiés ? 

Le livre des Juges auquel appartient le principal de nos textes, 
celui qui concerne Jephté, fait partie de la grande série des livres 
historiques comprenant Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, et où 
est exposée l'histoire des Israélites depuis la prise de possession du 
pays de Chanaan jusqu'à la destruction de Jérusalem par les Chal- 
déens. Il est difficile d'assurer que ces divers livres n'aient pas 
reçu leur forme dernière après la captivité, soit aux temps de la 
Restauration. Quoi qu'on puisse penser du plus ou moins d'histori- 
cité, fond ou détail, de l'aventure de Jephté et de son conflit avec 
les Ammonites, il est assez naturel de ne pas faire remonter à une 
haute antiquité la discussion juridique, véritable échange de notes 
diplomatiques, qui précède l'engagement. 

Nous avons déjà relevé de quel caractère idéal et théorique était 
marquée la répartition des tribus, telle que la dresse le livre de 
Josuè. Ce livre lui-même doit être rattaché intimement aux cinq 
livres de la Loi. Vous n'ignorez pas les discussions que soulèvent 
leur date d'origine et leur composition et les débats qui se sont 
élevés entre critiques pour la détermination de l'ordre de succes- 
sion des différents documents que l'on pense retrouver dans l'œuvre 
définitive. La répartition des tribus dans Josuè, avec son carac- 
tère systématique et absolu, semble devoir être rapportée aux 

ACT. ET CONF., T. I. 27 



CCCLXX ACTES ET CONFERENCES 

parties les plus récentes, rédigées en dernier lieu, de cette grande 
œuvre historique et législative. On peut donc croire qu'elle n'a reçu 
sa forme qu'aux temps du second Temple. D'ailleurs, au cours du 
livre de Josuè lui-même on rencontre plusieurs indications qui 
offrent le caractère d'un souvenir plus récent de la réalité et 
attestent que l'œuvre de la conquête n'aboutit ni si rapidement ni 
si complètement qu'il l'eût fallu pour rendre possible un tel partage. 
Le livre des Juges, de son côté, mentionne expressément la persis- 
tance des établissements phéniciens et philistins sur la côte mari- 
time ; nous savons également par lui que les Chanaéens se main- 
tinrent en plusieurs endroits de l'intérieur à l'état de villes ou de 
principautés indépendantes. 

Quant aux divers textes que nous avons empruntés au Penta- 
tenqiie, il est impossible d'affirmer qu'ils ne sont pas l'écho de vues 
relativement récentes ; il est toujours extrêmement délicat d'assurer 
qu'un souvenir du passé n'a pas subi l'empreinte des sentiments, 
des manières de voir et de penser de celui qui Ta mis par écrit et 
a garanti ainsi sa conservation. Pour le prophète Ézéchiel, nous 
sommes ramenés immédiatement aux temps de la captivité et à 
une date plus récente encore si l'on admettait que son œuvre a subi 
des remaniements. 

Si donc l'on nous demande à quelle époque s'est formée cette 
curieuse théorie de droit des gens dont nous avons constaté l'exis- 
tence et marqué les effets, nous devons avouer que nous sommes 
hors d'état de répondre avec certitude. Cependant nous invoque- 
rons cette remarque d'une application constante, qu'en pareille 
matière , ce n'est pas la théorie qui précède les faits et les 
pétrit à sa guise, mais les faits qui devancent la théorie. D'abord 
les événements, la lutte, la conquête, V action en un mot ; puis 
le récit des événements, leur justification, autrement dit le rai- 
sonnement. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de se départir de 
cette règle en ce qui touche l'histoire israélite ancienne. Donc les 
Israélites ont commencé par conquérir la plus grande partie du 
Chanaan cis-jordanique ainsi que le Galaad et le Basan et ce n'est 
qu'à une époque ultérieure qu'ils se sont demandé à quel titre et 
de quel droit ils avaient occupé cette région. Alors s'est formée la 



JEPI1TÉ CCCLXXl 



théorie, du « Chanaan légal », par laquelle une préférence avouée 
est conférée aux régions de la rive droite du Jourdain, une visible 
défaveur aux territoires sis sur la rive gauche. Et, de l'effort fait 
pour mettre les faits d'accord avec la théorie, naît d'abord le ta- 
bleau de la distribution que présente le livre de Josuè, enfin celui 
du prophète Ézèchiel. L'écrivain auquel nous devons le récit relatif 
à Jephté, se placj au même point de vue que le livre de Josuè ; il 
considère la possession du Galaad comme légitime, mais non 
comme nécessaire et il croit indispensable de la justifier par des 
arguments qui font voir qu'il était très sensible aux objections pré- 
sentées en sens contraire et ne pensait pouvoir les écarter que 
par une réfutation en règle. 

Son argumentation repose tout entière sur cette assertion que le 
Galaad n'a pas été enlevé aux Ammonites ou aux Moabites, mais 
aux Amorrhéens, autrement dit aux Chananéens dont les posses- 
sions avaient été, d'une façon générale, dévolues aux Israélites. Et 
nous avons eu la bonne fortune de mettre la main sur un texte, qui 
nous dit que la conquête du Galaad par les Chananéens n'avait de- 
vancé que de quelques années l'arrivée de Moïse à la tête du peuple 
israélite. 

Eh bien ! nous sommes amené à nous demander si ces Amor- 
rhéens qui viennent avec tant d'à propos s'emparer du Galaad sur 
les Moabites-Àmmonites quelques années avant l'arrivée de Moïse 
et de manière à permettre à celui-ci de l'annexer au pays de Cha- 
naan, nous sommes, dis-je, conduit à nous demander si ces Amor- 
rhéens n'ont pas été tout simplement inventés pour les besoins de 
la cause. Ils ne sont pas rares les textes des livres bibliques, 
notamment du Pentateuque, qui désignent la rive gauche du Jour- 
dain à la hauteur des tribus de Benjamin et d'Éphraïm comme 
ayant été aux mains des Moabites ou des Ammonites au moment 
de l'invasion israélite. Dans les Nombres et dans le Deutèronome, 
les régions de la vallée du Jourdain sises en face de Jéricho, préci- 
sément entre l'Arnon et le Jabok et où se produisent toute une 
série de faits considérables pour la dernière partie des aventure 
au désert, sont constamment et exclusivement appelées les plaines 
de Jfoab. Mais, dira-t-on, c'était là